La réadaptation cardiaque – Episode 2

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Les intervenant

  • Marisa Azevedo : Physiothérapeute à l’HRC.
  • Juliette Corgnet : Physiothérapeute

Transcription du Podcast

Juliette: Bonjour et bienvenue sur le podcast Santé Sport de CapRol. Aujourd’hui, nous allons reparler de la réadaptation cardiaque, épisode 2 avec Marisa Azevedo. Bonjour Marisa !

Marisa: Salut Juliette !

Juliette: Peux-tu brièvement te représenter pour ceux qui n’ont pas vu l’épisode 1 ?

Marisa: Je suis physiothérapeute, je travaille à la HRC (Hôpital Riviera Chabalais) à Rennaz. Et je suis une des référentes en réadaptation cardiaque. J’ai fais le CAS à l’HUG.

La fonction du coeur

Juliette: Peux-tu nous expliquer à quoi sert le cœur, quelle est sa fonction ?

Marisa: Le cœur, c’est la pompe de notre organisme, qui va jouer un rôle très très important dans la circulation sanguine. Il va permettre au sang de venir oxygéner tous nos organes. Et ça, pendant toute notre vie. D’où l’importance de bien le travailler.

Juliette: C’est le principe du moteur.

Marisa: Exactement.

L’anatomie du coeur

Juliette: Peux-tu nous parler, nous expliquer un petit peu l’anatomie du cœur ?

Marisa: Le cœur c’est un gros muscle à l’arrière du sternum, qui bat constamment, involontairement. Il est enveloppé dans un sac à deux enveloppes qui permet les mouvements normaux du cœur.

Marisa: Ensuite, après cette paroi, on a le myocarde. C’est la partie principale du muscle, ce qui fait les contractions. Et, plus à l’intérieur, on a ce qu’on appelle l’endocarde, les parois internes de notre cœur.

Juliette: Donc, il a différentes couches. Et puis, apparemment, il a aussi différentes cavités. Est-ce que tu peux nous expliquer les différentes cavités du cœur?

Marisa: Donc on a ces trois couches. Et puis le cœur, il a deux parties, même si c’est un gros muscle. Il a deux cavités le ventricule droit et le ventricule gauche. Et deux oreillettes aussi de chaque côté, avant l’entrée de ces cavités les ventricules. On a aussi les grosses artères qui permettent que le sang passe vers les poumons et tout l’organisme.

Une pompe qui permet la circulation du sang

Juliette: Le coeur a donc quatre cavités, quatre chambres cardiaques. L’ensemble est une pompe qui va permettre la circulation du sang. Est-ce que tu peux nous expliquer à quoi ça correspond, comment tout cela fonctionne ?

Marisa: Oui, les quatre chambres cardiaques … Donc tu te réfères aux oreillettes qui sont au niveau supérieur de notre cœur et les ventricules un peu plus inférieurement.

Marisa: Le côté droit de ce cœur va recevoir notre sang qui n’est pas riche en oxygène, désoxygéné. Sang qui va entrer par les veines cave dans l’oreillette droite.

Marisa: Une fois le sang désoxygéné dans l’oreillette droite, cette oreillette va se contracter. Permettant ainsi le passage du sang dans le ventricule droit.

Marisa: Le sang va par la suite sortir du ventricule droit pour aller vers le poumons.

Marisa: Il pourra alors bien s’oxygéner et revenir des poumons vers le cœur gauche.

Marisa: Le sang oxygéné partira du coeur gauche pour aller dans tout l’organisme enrichir nos tissus en oxygène, et ainisi avoir un bon fonctionnement.

Juliette: OK, donc le coeur permet vraiment l’oxygénation des tissus. C’est un peu un système de recyclage. Le sang arrive désoxygéné dans le cœur et revient oxygéné dans le cœur pour repartir dans la circulation générale. Pour pouvoir nous nourrir.

Marisa: C’est tout un travail de coordination. Tu as tout un tas de structures dans ce cœur, des oreillettes, des valves qui se ferment, qui s’ouvrent … En se fermant, elles empêchent le reflux dans le mauvais sens. D’autres s’ouvrent pour que cela passe dans le bon sens, c’est incroyable.

Juliette: Donc on peut avoir quand même passablement de dysfonctions cardiaques qui peuvent entrainer des soucis assez importants.

Marisa: Oui exact.

La réadaptation cardiaque muscle le coeur ?

Juliette: On dit souvent que la réadaptation cardiaque c’est muscler le cœur. Mais en réalité, la réadaptation cardiaque correspond à quoi ? Vous muscler quoi ? Quelles sont vos caractéristiques ? Comment travaillez-vous ?

Marisa: En réadaptation cardiaque, on travaille le cœur … Une fois qu’on sollicite le cœur, on est en train de travailler tout notre système cardio vasculaire. Il n’y a pas que le cœur, il y a tout le restant des muscles, la circulation … Tout est travaillé. Mais une fois qu’on le sollicite, on le rend plus performant. On le voit par exemple, chez les grands sportifs. Ils ont une fréquence cardiaque au repos plus basse. Justement parce que leur cœur est en bonne santé. Il a donc besoin de battre moins vite pour apporter la même oxygénation dans tout l’organisme.

Juliette: Il est plus efficace, plus performant. Donc il a moins besoin de battre rapidement.

Juliette: Quelqu’un qui n’est pas entraîné, lorsqu’il va commencer à courir un peu son rythme cardiaque va grimper directement.

Marisa: Le but, c’est vraiment d’essayer de l’entraîner pour qu’il travaille moins à chaque effort. On l’observe à la fin du traitement, la fréquence cardiaque au repos est diminuée par rapport au début. Et à l’effort, pour un même effort le ressenti en début et en fin de traitement sera différent. Les patients vont nous dire que c’est plus facile ; et là on pourra aller de l’avant, faire un peu plus.

Juliette: L’entraînement du cœur, lui permettra d’être plus performant, plus efficace. Mais si la musculature est aussi plus efficace, l’environnement est alors favorable. C’est toujours un ensemble.

Marisa: C’est tout un travail. C’est pour ça qu’on fait du renforcement global. On travaille avec les APA chez nous. Leur rôle, c’est de faire du renforcement surtout. Mais il y a aussi le côté endurance. On le fait sur des vélos, sur des tapis. On ne fait pas un travail de force mais surtout un travail de mouvement sur le long terme.

Travail en endurance ou en force

Juliette: Justement, est-ce que c’est plus intéressant de travailler la force ou l’endurance ? Est-ce qu’en fait il y a un élément particulier qui prédomine l’un par rapport à l’autre ?

Marisa: L’un va avec l’autre. Si on n’a pas de force, on n’aura pas d’endurance. Et si on n’a pas d’endurance, on ne pourra pas vraiment être efficace quand on travaille la force. Donc les deux sont importants.

Juliette: Toujours la notion de globalité. Au final, il faut toujours travailler un petit peu de tout.

Marisa: Oui, on ne peut pas avoir l’un sans l’autre.

La fréquence cardiaque maximale

Juliette: Au niveau de la fréquence cardiaque, souvent, on parle de fréquence cardiaque maximale. Peux-tu nous expliquer cette notion?

Marisa: La fréquence cardiaque maximale en théorie, et cela s’utilise de moins en moins, pour une personne en bonne santé en fait un calcul qui est FCmax = 220 – l’âge. Ce calcul théorique s’utilise de moins en moins. La fréquence cardiaque maximale est individuelle pour chaque personne. On va l’atteindre quand on atteint l’effort maximal que l’on arrive à faire. A partir de là, on peut faire des entraînements et rester un peu en dessous de cette valeur là.

Juliette: Comme tu le disais tout à l’heure, chacun a sa propre fréquence cardiaque. Et en plus d’un point de vue individuel, la fréquence cardiaque va varier en fonction de la capacité physique, et de l’entraînement. La fréquence cardiaque n’est pas la même chez une personne entraînée et une personne sédentaire.

Marisa: Exactement, c’est ce que j’allais dire. Avec le même âge et le même poids entre une personne sportive et une personne sédentaire, la fréquence cardiaque maximale ne peut pas être la même. Et pour les gens qui ont des problèmes cardiaques, dans ce cas, c’est le cardiologue qui fait un test d’effort ou autre pour trouver sa fréquence cardiaque maximale. Lors de l’entraînement, le cardiologue va nous donner les consignes de jusqu’où on peut aller avec le patient. C’est vraiment au cas par cas. Chaque personne est différente. Et puis il faut qu’on se base sur des valeurs individuelles. On ne peut pas avoir un chiffre global.

Approche physiothérapeutique chez les patients sédentaires

Juliette: Dans le cadre d’un patient sédentaire, peux-tu nous expliquer ce que tu fais comme exercices ? Tu commences par quoi ? Quelle est ton approche?

Marisa: Ça dépend. Comme je dis toujours, chaque personne est une personne. Si je vois un patient sédentaire, obèse, qui arrive à peine à marcher, parce qu’il ne sort jamais de son fauteuil, et regarde la tv toute la journée. Je vais lui proposer peut être de débuter l’entraînement sur un cyclo ergomètre assis. Et commencer par travailler doucement les jambes et progresser dans ce sens là. Par la suite faire des exercices avec des passes de ballon assis aussi. Puis progresser, pour la marche, augmenter le périmètre de marche. Compter le nombre de pauses qu’il doit faire pour un même périmètre, et essayer de diminuer ces pauses au fur et à mesure et progresser dans ce sens là.

Marisa: Il y a d’autres sédentaires qui bougent, qui font un peu de marche la journée. Et dans ce cas, je vais l’aborder autrement. On peut essayer de faire du tapis, mettre une pente plus élevée. Travailler en endurance peut être dans un premier temps. Faire du renforcement avec des TheraBand. Tu connais les élastiques où on peut avoir plusieurs résistances. Et progresser aussi dans ce sens là.

Approche physiothérapeutique les patients sportifs

Juliette: Dans le cadre d’un sportif, quelle serait la différence ? Je présume que tu ne ferais pas la même chose ?

Marisa: Ah non, pas du tout. Les sportifs souvent, on a deux cas principaux. Soit le grand sportif qui a peur parce que cela lui est arrivé quand il était en train de faire son entraînement. Il a donc peur que cela lui arrive à nouveau. Il va avoir beaucoup d’appréhension. Dans ce cas là, on va essayer d’utiliser ses activités à lui, de faire un entraînement dans son champ de confort, d’activités qui lui sont habituelles. Et lui faire comprendre ses limites. C’est-à-dire qu’on a déjà les consignes du cardiologue, par exemple la fréquence cardiaque. On va expliquer au patient qu’il a atteint chez le cardiologue une valeure X au niveau de sa fréquence cardiaque et donc que le cardiologue nous dit qu’on peut aller jusque là. On va s’entraîner, et faire quelques séances comme ça. On demande au patient de nous donner son ressenti. Et au fur et à mesure de l’entraînement, cela va être de plus en plus facile et on progressera comme ça. On va donc lui faire connaitre ses limites et progresser dans ce sens, avancer dans ce sens.

Juliette: Et lui donner confiance en lui aussi.

Marisa: Lui donner confiance aussi. Et on a le deuxième cas, qui ne comprend pas ce qui lui est arrivé et n’accepte pas. Et donc veut continuer à avoir sa vie sportive normale. Et donc là, on lui explique sa mise en danger. Il faut lui faire comprendre encore une fois où sont ses limites. Il faut qu’il les regarde pour ne pas que son cœur souffre et pour ne pas qu’il ait une récidive. On va faire à peu près le même entraînement que dans le premier cas mais avec une approche différente. Donc le premier cas la patient a peur, le deuxième cas n’a pas peur parce qu’il n’accepte pas la situation. Mais dans ce dernier cas, il faut que le patient comprenne jusqu’où il peut aller. Là, on va utiliser la fréquence cardiaque maximale qui nous a été donnée par le cardiologue, ainsi que ces ressentis. Et évoluer dans ce sens là.

Juliette: C’est toujours un accompagnement individuel par rapport aux patients et par rapport au vécu du patient.

Le bienfait ressenti de la réadaptation cardiaque

Juliette: Comment vous voyez, objectiver le bienfait de cette réadaptation cardiaque en fin de traitement?

Marisa: Comme je te l’ai dis, pour un même effort fait en début de traitement, le ressenti ne va pas être le même. Le patient sera beaucoup plus à l’aise parce que cet effort va être beaucoup plus facile. Et il verra qu’il arrive à faire beaucoup plus d’effort, en ayant moins de difficultés. Par rapport par exemple à l’essoufflement, à sa force musculaire. Par rapport à son endurance, parce qu’il arrive à faire, par exemple le vélo plus longtemps. C’est cela qu’on voit en fin de traitement. Ils sont contents.

Juliette: Majoritairement, ils le ressentent tous ? Les patients ont souvent tendance un peu à oublier l’état dans lequel ils arrivent.

Marisa: Ça arrive souvent. Mais on a un tableau, où on note à chaque fois plusieurs paramètres. Dont l’échelle de Borg, qui correspond à leur ressenti pour un effort déterminé. On note leur fréquence cardiaque à chaque fois et on leur montre le tableau à la fin du traitement. Souvent ils nous disent: « Ah ouais, quand même, au début, ce n’était pas génial ». Et puis je leur dis:  » vous voyez, maintenant, vous arrivez à faire ça. Et votre cœur, il souffre moins parce qu’il a même baisser sa fréquence cardiaque pour un effort plus élevé.

Juliette: Vous leur montrez, leur expliquez, de façon chiffrée leur évolution. ils objectivent ainsi qu’il y a eu du changement.

Marisa: Mais il y en a d’autres qui le voient. Ils nous disent : « Ah ouais, maintenant, j’arrive à mieux respirer, j’arrive à aller en montagne sans trop m’essouffler ». Donc ils reprennent une vie normale, quasiment comme avant. Mais en connaissant leurs limites. Et ils font plus attention maintenant à leurs symptômes. Parce que notre corps a une mémoire aussi. Donc ils vont reconnaître s’il y a quelque chose qui ne va pas. Ça, c’est aussi important.

Juliette: Leur apprendre à être à l’écoute d’eux-même.

Marisa: C’est ça, oui.

L’entraînement physique ne suffit pas

Juliette: Est ce que tu aurais d’autres notions qui te paraissent importantes à communiquer par rapport à cette pompe, à ce coeur ?

Marisa: Bon, il n’y a pas que l’entraînement physique. Ça, c’est une partie très, très très importante qu’il ne faut pas oublier. Mais il faut en prendre soin. Il faut avoir une alimentation saine aussi. Il faut diminuer le stress. Il faut savoir se détendre parce que ça, c’est hyper important aussi. Donc, je le dis à chaque fois. Et voilà, si on fait tout ça …

Juliette: Nous, les physiothérapeutes, on travaille au niveau physique, même si on travaille aussi plein d’autres choses en accompagnant le patient. Mais c’est vrai qu’à côté, la nutrition, l’hygiène de vie, le fait d’être bien dans son corps et dans sa tête. Comme tu le dis, diminuer le stress, la charge mentale, c’est quand même très important pour notre santé de façon générale.

Marisa: Et ça, on le connaît. Les gens qui ne sont pas bien moralement et qui sont tout le temps en stress, ont souvent des petits soucis cardiaques.

Juliette: Donc au final, la grande conclusion c’est toujours la même chose bouger plus et essayer d’être heureux.

Marisa: Oui, oui.

Juliette: Merci Marisa.


Juliette: Merci et à bientôt sur le podcast Santé Sport de CapRol.

Lutter contre la sédentarité

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Les intervenants

  • Juliette Corgnet : Physiothérapeute
  • Gabriel Duchemin : APA – Thérapeute du sport

Transcription du Podcast

Juliette: Bonjour et bienvenue sur le blog Santé Sport de CapRol. Aujourd’hui, nous allons parler de sédentarité, de mobilité, de motivation avec Gabriel Duchemin. Salut Gabriel. Peux-tu te présenter stp ?

Gabriel: Alors je m’appelle Gabriel Duchemin, je suis thérapeute du sport et je travaille à l’hôpital Riviera Chablais, situé à Rennaz, à plein temps avec l’équipe de physiothérapie.

Lavaux Performance

Juliette: Nous faisons cet interview chez toi au sein de Lavaux. On peut y voir un super spot derrière nous, pour faire de l’activité physique en extérieur. Apparemment tu as ouvert cet endroit il y a peu de temps ?!

Gabriel: Oui, c’est un petit projet que j’ai appelé Lavaux Performance. On a eu une année pour aménager notre jardin familiale. Je viens d’une famille de vignerons. On a aménagé le terrain pour pouvoir faire de l’activité physique en plein air.

Juliette: L’activité physique pour lutter contre la sédentarité par rapport à ce qui se passe à l’heure actuelle et à l’époque actuelle, j’aurais tendance à dire ?!

Gabriel: Absolument, c’est d’une part lié à la sédentarité, on va en parler. Et d’autre part, un projet amené suite à une réflexion, qui est le produit des circonstances actuelles, liées essentiellement aux virus. Circonstances qui ont amené beaucoup de gens a prendre plaisir d’aller se dépenser à l’extérieur pendant le confinement. Ils ont redécouvert un petit peu la nature. Ils ont découvert de magnifiques lieux comme celui dans lequel on se trouve et ont pris plaisir à se dépenser en extérieur. Du coup, on s’est dit qu’on pouvait certainement proposer quelque chose : du plein air pour des gens qui ont peut être, liée à ces circonstances, une crainte d’aller s’essouffler dans les espaces cloîtrés, en intérieur. On a voulu proposer quelque chose pour répondre à ce besoin.

Juliette: Pour rappel, on est en novembre 2021 et, on parle du fameux virus, le coronavirus. Donc là, on a tout ce qu’il faut pour travailler en extérieur et travailler pour être en bonne santé. Est-ce que tu pourrais me définir avec tes propres mots à quoi correspond la sédentarité ?

La sédentarité, c’est quoi ?

Gabriel: La sédentarité, je l’opposerais par définition, simplement à l’activité physique. Quand on bouge, quand on utilise nos muscles, quand on est en mouvement, c’est de l’activité. Par opposition, la sédentarité, c’est lorsqu’on est inactif. Par définition, lorsqu’on ne dépense pas, ou peu d’énergie. J’avais vu passer une définition qui disait que la sédentarité correspondait à une dépense de moins de 1,5 METS. Les fameux équivalents métaboliques. C’est un rapport de l’activité qu’on fait, sur la dépense qu’utilise le corps pour simplement se maintenir au repos pour fonctionner (le métabolisme de base). En somme, la sédentarité est une diminution ou une forte diminution des dépenses énergétiques. Être inactif, tout ce qui est assis, lecture, lorsqu’on est couché …

MET : Metabolic Equivalent of Task. On définit le MET comme le rapport de l’activité sur la demande du métabolisme de base.

Juliette: On peut aussi relier la sédentarité, à la majorité des personnes qui ont des métiers assis ?!

Gabriel: Absolument.

Juliette: Avec la crise du coronavirus, il y a eu beaucoup de home office. Les gens, en plus d’avoir un métier assis, ne marchaient plus pour aller au travail. Ils ne sortaient plus de chez eux. Cela a donc augmenté la sédentarité. Comme tu l’as expliqué, cela a entraîner une diminution de l’activité de façon générale.

Juliette: De plus la position assise est une position statique. Je dis souvent aux patients que le problème, ce n’est pas forcément le home office ou le poste de travail, même si on peut l’aménager. Mais c’est la position statique qui nous pose soucis. Le fait de ne pas bouger, de ne pas changer de position, … le corps est censé être en mouvement.

Gabriel: C’est surtout ça. On est conçu pour ça. Je pense, comme tu le dis, que le corps est conçu pour bouger. Il n’y a pas forcément de posture mauvaise dans l’absolu. C’est plutôt le maintien d’une position quelle qu’elle soit durant des temps prolongés qui va vraiment être néfaste. Et conduire à des risques pour la santé. C’est sur cela que l’on travaille à l’hôpital avec le service de physiothérapie. Lorsque des personnes sont hospitalisées, viennent à l’hôpital pour une raison X, fatalement elles risquent un problème Y à cause de l’inactivité qui est induite par l’hospitalisation, et les temps prolongés passé à être inactif au lit, en chambre. Donc on essaie de casser ces périodes prolongées d’inactivité. Pour éviter que les patients qui viennent à l’hôpital, repartent avec un autre problème.

Précédemment sur le blog santé sport de CapRol, Gabriel Duchemin nous avait expliqué son initiative au sein de l’HRC pour faire bouger les patients en chambre durant la crise du Covid : Article.

Juliette: C’est aussi ça le souci, la sédentarité engendre un certain nombre de pathologies. Même s’il y avait déjà des pathologies qui ont engendré la sédentarité, la sédentarité engendre d’autres pathologies.

La sédentarité, responsable de diverses pathologies

Juliette: Est-ce tu aurais des exemples de problématiques, de pathologies dues à la sédentarité ou qui pourraient être causées par la sédentarité ?

Gabriel: A titre personnel je placerais vraiment la sédentarité comme une cause de pathologies. C’est quelque chose qui est au centre, c’est un problème véritablement de santé public, qui peut engendrer des pathologies. Tout ce qui est cardio-vasculaire, diabète, obésité, hypertension artérielle, … Tout ce qui va correspondre à un syndrome métabolique. Je pense que toutes ces maladies, on peut les appeler des maladies dites de société. Quand on remonte dans le temps, si on a une perspective évolutive, ce sont des maladies qu’on trouvait infiniment moins. Même si les gens, à ce jour, vivent plus longtemps grâce aux fabuleux progrès de la médecine, on passe aussi un plus grand nombre d’années en mauvaise santé. C’est un gros problème.

Juliette: Parce que d’une certaine façon, on bouge beaucoup moins et que la nourriture, est certainement beaucoup moins saine, et beaucoup plus en profusion qu’à une autre époque. L’accès à la nourriture dans nos pays européaniser ou dits développés, est partout. On mange beaucoup trop et on bouge beaucoup moins !

Gabriel: Je pense aussi que c’est ça qui conduit à toutes ces maladies dites de société. Ce n’est que mon avis, mais pour moi c’est aussi lié un petit peu à notre bagage, ce pourquoi on est fait, on est conçu, donc nos gènes et puis ce qu’on fait réellement dans l’environnement. C’est-à-dire que si on reprend un peu cette perspective évolutive, nos ancêtres bougeaient infiniment plus que nous, ce n’est pas comparable. Toi comme moi, on est sédentaires comparé à eux. Quand bien même on est actifs. L’être humain dans l’histoire de la planète, on est une espèce assez jeune. On a donc encore un petit peu ce bagage génétique de nos ancêtres qui se dépensaient infiniment plus. Au final, quand on regarde sur l’échelle du temps, cela fait globalement depuis deux générations, depuis la guerre mondiale, que nous en faisons de moins en moins. Depuis la révolution de la technologie, des transports, de l’industrialisation, … ces évolutions nous ont amèné à tout avoir à portée de main. Et donc à en faire de moins en moins. Ne serait-ce que pour les déplacements. Et cela peut conduire fatalement à toutes ces problématiques et ces maladies que je qualifie de maladies de société : obésité, diabète, explosion des maladies cardio-vasculaires et j’en passe. Tout ce qui va être aussi psycho-social … On voit que toutes ces problématiques sont accentuées avec les circonstances actuelles.

Juliette: Je rajouterais à cela toutes les pathologies rhumatismales, tout ce qui va être petite douleur inflammatoire du genou, de l’épaule, … tout ce qui est troubles musculo-squelettiques. Puisqu’au final, à partir du moment où vous êtes sédentaire, vous ne faites pas marcher votre organisme, vous ne faites pas marcher tout le système. Je ne dirais pas que le système se rouille, mais c’est un peu le principe. Lorsque vous avez des pathologies lourdes, graves la médecine va pouvoir vous traiter. Mais vous avez aussi ce qu’on pourrait qualifier de blessures, mais des blessures relativement handicapantes, dûes simplement au fait d’être sédentaire.

Gabriel: Par rapport à cette image de rouille, cela me parle beaucoup. Je dis justement aux patients pour les sortir du lit, que le corps est un peu comme de l’eau. Il y a souvent des carafes d’eau sur les tables basses. Je la secoue un petit peu et je leur explique que si cela reste en mouvement, l’eau va rester assez claire, assez limpide. Par contre, si ça ne bouge pas pendant un temps prolongé, il va y avoir des algues, ça va croupir, ça ne va pas sentir bon. Moralité si vous voulez ne pas puer bougez vous.

Juliette: Ça leur donne envie de boire à l’hôpital, sympa (lol).

Des astuces pour bouger plus

Juliette: Est-ce que tu aurais des petites astuces pour essayer de lutter contre la sédentarité ou pour amener notre entourage à bouger plus sans forcément qu’il s’en rendre compte ?

Sportif mais sédentaire

Gabriel: Il y a beaucoup de points. Je ne saurais pas par où commencer. Par contre, je voulais vraiment souligner, qu’on peut pratiquer une activité physique, typiquement être abonné à une salle de sport, faire une heure de sport par jour, mais être considéré comme sédentaire. C’est hyper important de le comprendre. Il y a des personnes qui sont par exemple étudiantes, ou qui travaillent au bureau (beaucoup assis), et qui font une heure de sport le soir. Ces personnes là, on va les considérer comme sédentaires. Parce que, ce n’est pas l’heure de sport qui va être déterminante pour le bon fonctionnement de l’organisme. Dans la mesure où la majorité du temps ils sont en position statique. Le sport c’est super positif, c’est excellent ! Mais là, ça ne va pas dans le bon sens si, les 23 heures restantes, on a un mauvais sommeil, on est stressé, on est inactif, on mange peu sainement, …

Juliette: Cela ne va pas forcément compenser. C’est aussi le principe des gens qui vont faire une heure de fitness toutes les deux semaines. C’est toujours la même chose, on retrouve la même chose dans la performance. Si on veut être performant, il faut avoir une certaine régularité. Si on veut être en bonne santé, il faut avoir aussi une certaine régularité. Maintenant, il faut être honnête, je pense que toi et moi, on fait des excès. Je ne dis pas que ce sont des excès calculés, mais il faut que la majorité du temps, on ait une certaine logique et une certaine hygiène de vie. Qu’on est un comportement qui s’oriente plus dans la prévention que dans le plaisir et la sédentarité de façon générale.

La motivation

Gabriel: C’est ça, c’est de la discipline aussi quelque part. Les gens oppose souvent, la discipline et la motivation. Ils disent qu’ils ont de la peine à trouver la motivation. Cela n’engage que moi, ce n’est que mon avis, mais je trouve qu’à un moment donné, la rigueur et la discipline doivent primer sur l’aspect motivation. L’air du temps est d’être motivé. C’est important d’être motivé, mais la motivation ça fluctue. La rigueur, c’est un choix, on le fait, ou on ne fait pas. L’aspect motivation fluctue d’une personne à l’autre, et en fonction des circonstances. Je ne pense pas qu’il faille voir la motivation comme quelque chose qui nous pousse à faire et à entreprendre. Par exemple, de faire de l’exercice ou de s’activer. Mais plutôt comme un bonus. C’est à dire qu’on a notre discipline, notre organisation de base; et les jours où on est motivé, on le voit comme un bonus qui nous pousse a faire à un étage de plus, a faire quelques répétitions en plus, 100 mètres de plus …

Juliette: J’aurais tendance à dire qu’en hiver, la motivation, comme tu le dis, c’est le plus. C’est le jour où, là, on a envie. Alors que le reste du temps on n’a pas forcément envie. Je dis à certains patients un truc tout bête. Surtout quand ils ne sont pas bien parce que qu’ils sont malades ou qu’ils ont des douleurs. C’est simplement de sortir de chez eux. De marcher autour du pâté de maison ou autour de l’immeuble, 10 minutes. Ce n’est rien. Je leur explique, que le fait de prendre l’air, d’être en extérieur, de ne pas toujours être enfermé dans des bureaux ou à la maison, de ne pas forcément réfléchir, de ne pas avoir d’objectif, est un élément positif. On vit dans une société où on doit toujours avoir un objectif, où l’on a toujours quelque chose à faire. J’explique aux patients qu’en sortant 5-10 min, c’est du temps qu’ils s’accordent à eux-même, où ils sont en « off ». Et je pense que cela crée certainement un peu de libération d’endorphine, du bien être ou une sorte de remise à jour.

L’activité physique, un médicament !

Juliette: Il ne faut pas oublier que l’activité physique, c’est le premier moyen pour lutter contre la dépression. Si vous êtes déprimé, faites de l’activité physique. Au début, pas forcément beaucoup. Parce que vous ne savez pas comment faire, parce que vous n’avez pas envie. Et en fait, petit à petit, cette activité physique va vous faire du bien. Vous en aurez besoin. Et c’est là qu’on retrouve cette notion de rigueur qui se met en place sans forcément s’en rendre compte. Parce que c’est le bien être qui va primer. Evidemment, il y a des rechutes, c’est normal. Mais lorsqu’on a analysé et compris tout ça, on peut aussi se dire, à certains moments : je ne suis pas bien, je m’accorde une semaine au fond du lit parce que ça ne va pas et je décide d’être sédentaire pendant une semaine. Mais la semaine prochaine, je reprend a bouger car je sais que ça me fait du bien, que ça fait du bien à ma santé, mais aussi à mon moral. Quand on y pense, c’est quand même plus sympathique d’être heureux et joyeux, de profiter de la vie que de ruminer toute la journée.

Gabriel: On est d’accord. Après, il faut encore en avoir conscience. Au niveau des mœurs, notamment dans le domaine médical, cela évolue. Avant,on était vraiment focus sur l’aspect médicamenteux. Le marché pharmaceutique est immense, c’est colossal. On n’a pas idée de ce que cela représente en terme de chiffres. J’avais l’impression, qu’au niveau du discours médical, ce dernier correspondait à : il faut absolument que vous preniez vos pilules, et une liste pas possible de médicaments; et ça ne serait pas mal si vous bougiez un peu plus. L’activité physique était perçue un peu comme un bonus.

Gabriel: A ce jour, je trouve que le discours a bien changé. Maintenant on propose des programmes, on sort les gens rapidement du lit lorsqu’ils sont hospitalisés ou qu’il y a des problématiques aiguës ou chroniques de la santé. C’est formidable. J’ai encore eu une cliente qui est venue ce matin faire une séance. Elle disait justement que pour un problème de sciatalgie, elle est allée consulter sa doctoresse. Cette dernière l’a mise en 70%, et lui a dit « Je fais le choix de vous mettre 70%. Mais par contre, les jours où vous êtes libre, c’est obligatoire, vous allez sortir dehors, vous allez marcher ». Elle lui a dit de se procurer une de ces montres qui compte les pas. Et l’a informé qu’il fallait faire 10.000 pas par jour. On rentre dans les recommandations, et c’est bien. C’est bien de voir l’activité physique comme comme un médicament. Quand on voit tous les effets positifs que cela a. Ne serait ce que sur tous les aspects bio-psycho-sociaux, sur le corps, sur la santé mentale, sur l’estime de soi, sur les interactions avec les autres et tout ce qui est purement physiologique. C’est fantastique qu’aujourd’hui, l’activité physique soit perçue comme un médicament. Et je te mets au défi de trouver un médicament qui regroupe tous les effets bénéfiques que procure l’activité physique, et qui n’a pas d’effets secondaires. Alors, c’est sûr qu’il existe le surentraînement par exemple, mais ça ne concerne pas la majeure partie des personnes. Mais c’est chouette de constater une évolution des mœurs, et une prise de conscience.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande de faire au moins 10 000 pas par jour pour lutter contre les effets de la sédentarité et maintenir une bonne santé.

Juliette: C’est vrai, je trouve aussi qu’il y a eu un changement au niveau médical. Maintenant l’activité physique passe en premier plan. Ils se sont certainement rendu compte, je suis un peu méchante, mais qu’on a tellement « bourré » les gens de médicaments qu’il y avait un certain nombre d’interactions médicamenteuses. On a alors chercher a donner moins de médicaments. On a fini par réaliser en fin de compte, que le fait de bouger était déjà une bonne chose pour les patients. Bouger draine le corps, ce qui draine les substances administrées. C’est certainement une bonne chose d’un point de vu médical, mais il faut aussi drainer un petit peu le tout.

Gabriel: Pour rebondir sur ce que tu dis, il faut voir l’activité physique, en tout cas comme un médicament. Si une personne prend un médicament pour une raison X, et que ce médicament marche, elle le prend régulièrement. Et dès qu’elle ne le prend plus, il ne fait plus effet. L’activité physique c’est pareil, ça doit être régulier. Il est vrai, que lorsqu’on parle d’activité physique, cela peut faire peur aux gens. Ils se disent souvent : c’est du sport, il faut s’équiper. Mais ce n’est pas nécessaire. On peut le faire en habit comme ça.

Juliette: Rien que de marcher …

Gabriel: Aller marcher, c’est fantastique.

Juliette: Certains parlaient du CrossFit et expliquaient que certains exercices de CrossFit étaient basés sur la vie quotidienne. Et c’est vrai que l’on fait des squats pour aller chercher des assiettes en bas du placard, par exemple, ou pour vider le lave vaisselle. Faites des squats ! Pourquoi vous ne maîtrisez pas votre corps ? Vous êtes en train de descendre pour chercher votre assiette sans gainage du tronc. Lorsqu’on leur explique cela, les gens réalisent qu’au quotidien, quand ils montent les marches, ils sont en train de faire du step d’une certaine façon.

L’activité physique en premier plan pour une bonne santé

Juliette: Par rapport à ce que je voulais dire, c’est qu’il est vrai que les médecins maintenant ont compris que l’activité physique était primordiale et le voient au premier plan. La deuxième étape serait que les patients le voient aussi en premier plan aussi. Je pense que dans notre société, on n’en est pas encore là. Et c’est ça aussi notre rôle.

Gabriel: Là, on entre dans l’aspect prévention. Il est vrai qu’à ce jour, on agit souvent lorsque le problème de santé est déjà là, donc fatalement trop tard, trop tardivement. Entrer dans les aspects de la prévention de la santé en s’y mettant avant, en agissant avant, ça serait la prochaine étape.

Juliette: Lorsqu’on se retrouve face à des patients ou des clients, qui ont eu des douleurs ou qui ont mal quelque part, … on doit les instruire sur le pourquoi du comment. Si la personne comprendre pourquoi elle en est arrivé là, au final, dans l’avenir, elle va lutter pour que cela n’arrive pas de nouveau. Elle va alors changer sa façon de voir. L’activité physique, ce n’est pas faire du sport et être fit. En fait, l’activité physique, c’est pour pouvoir mieux vieillir, bien vieillir. Et pouvoir profiter de tout ce qui nous entoure plus facilement.

L’activité physique pour bien vieillir

Gabriel: J’aime bien le terme « bien vieillir ». J’avais un débat là dessus, justement. C’est marrant que tu dise ce terme parce que je vais prochainement participer à un séminaire sur cet aspect de bien vieillir, de vieillir sainement. La question du titre de ce séminaires s’est posé. Au début, le titre était « antiaging ». En discutant je disais que le terme « antiaging » faisait penser à un truc négatif. On a eu un débat là dessus. Je disais que les gens n’appréciaient pas de vieillir. Mais dans l’absolu, la meilleure chose qui puisse arriver, c’est de prendre de l’âge. On ne veut pas y passer à 30 ans. Donc autant mettre toutes les chances de son côté, s’activer et bouger.

Gabriel: Pour rebondir sur ce que tu dis par rapport aux autres activités de la vie quotidienne : les tâches, les squats en allant chercher les assiettes, les escaliers et autres. C’est ça, surtout qui va être déterminant dans les dépenses d’énergie au quotidien. Pour revenir sur ce qu’on disait avant, ce n’est pas l’heure de sport qui va être déterminante, c’est aussi ce qu’on fait le reste du temps. On appelle ça les NEAT (Non-exercise activity thermogenesis). Cela correspond à toutes les dépenses qui sont faites dans des activités qui ne sont pas prévues en tant que sport.

Juliette: L’exemple des sacs de courses. Il y a façon et façon de porter les sacs de courses. On le voit sur les problèmes d’épaule. Quand j’explique aux gens qui ont des soucis d’épaules, qu’à chaque fois qu’ils portent leur sac de courses en se crispant, ils accentuent l’inflammation, et l’installation des tensions. Je leur demande de prendre le sac juste devant eux près du corps avec les deux bras, et leur explique que plus le sac est lourd, plus ils doivent gainer. Il y a toujours un petit blocage au début, car il faut changer les habitudes. Il faut changer la façon de faire. C’est là aussi où, quand on va faire du travail actif avec eux, ni vu ni connu, on amène certains exercices. Et puis ensuite, on fait le rapprochement. Vous avez vu, vous êtes en train de porter 10 kg, et ça va… La prochaine fois avec votre sac de courses de 10 kg, vous penserez à moi. C’est comme ça qu’on inculque des notions qui peuvent se mettre en place.

Gabriel: C’est vrai que voir une progression c’est très encourageant pour les personnes. Voir une progression, participer avec autrui, ça peut aussi être intéressant pour des personnes qui ont un peu du mal à s’y mettre. Peut être avec un proche ou en groupe, ou trouver quelque chose qui nous convienne. Cette notion de plaisir est quand même intéressant. Avant, on parlait de l’aspect discipline, qui selon moi prime sur la motivation. Et de voir la motivation comme un bonus. Mais il faut aussi qu’on s’y retrouve dans tout ça. Il faut donc expérimenter, tester des trucs et s’y retrouver.

Juliette: Si on n’a pas la discipline, on peut toujours trouver soit des voisins pour aller marcher, soit des groupes de marche. Avec le covid, cela nous a quand même apporté pas mal de choses vis à vis de cela, des groupes où les gens se regroupent pour faire des activités ensemble. Je trouve qu’il y a toujours moyen.

Juliette: J’ai l’exemple d’une patiente. Elle n’aime pas faire les courses, et elle habite au cinquième étage. Je lui dis de ne pas faire ses courses en une fois. De toute façon elle va au travail tous les jours. Au lieu de revenir avec ses 15 sacs, avec lesquels elle va galérer pour monter ses cinq étages, je lui ai dit de le faire deux fois. Au lieu d’aller à la boulangerie, puis ensuite chez un boucher, … si vous avez le temps, allez à la boulangerie, revenez et ensuite, l’après midi, repartez chez le boucher pour essayer d’accumuler des petites choses au quotidien. Il n’y a pas toujours besoin de faire six heures de sport. Même si je le rappelle : on perd notre masse musculaire avec l’âge. Le renforcement musculaire, personne ne va le remplacer.

Juliette: De plus, cette lutte contre la sédentarité est synonyme de mobilité. On voit bien que lorsque l’on n’est pas bien, qu’on est un peu malade, on perd cette notion de mobilité. Je dis souvent une patient : Vous savez ce sont vos muscles qui font votre mobilité, il faut les activer. Quand on se tient mal ou lorsqu’on va chercher l’assiette au fin fond de l’armoire … et qu’il n’y a aucune tenue au niveau du tronc, qu’il n’y a aucun gainage nulle part; Au final, qu’est ce qui travaille? C’est plus de l’agression que du travail musculaire. Sauf que ce sont les muscles qui vous font bouger. Donc plus on va les bouger, mieux ça va être.

Gabriel: Il y a en effet un peu dose – réponse, comme on dit.

Les bonnes résolutions

Juliette: On est au mois de novembre, mais bientôt arrive le mois de janvier avec sa phase de nouvelles résolutions. Comment tu vois cette période de nouvelles résolutions, quel est ton avis sur ce sujet ?

Gabriel: La fameuse période des bonnes résolutions. On sait que cela marche une semaine. Et puis, après les gens abandonnent. Je dirais que c’est chouette d’avoir des bonnes résolutions et tout, encore faut-il s’y tenir.

Juliette: C’est bien de se challenger de temps en temps.

Gabriel: C’est très bien. Pour que concrètement, cela se passe bien, il serait important de procéder par étape. Et de revoir un petit peu les exigences, d’être un peu plus raisonnables, c’est important. Par exemple, quelqu’un qui se dirait du jour au lendemain, dès le 1er janvier, j’y vais. Je fais une heure de footing par jour. C’est illusoire, ça ne va pas durer …

Juliette: Tu sais que tu fais peur à certains … tu leur parles d’une heure de footing par jour …

Gabriel: On va développer. Plutôt que de se dire ça, … Par exemple, si je prend mon cas. Moi, il serait bien que je fasse un peu plus de méditation. Je vais me dire, dès demain, je m’y mets, je fais mon heure de méditation. Mais pour faire une heure de méditation ou de sport, il faut être dans une certaine disposition physique, mentale. De plus, il y a les circonstances de la vie de tous les jours. Le quotidien qui fait, qu’une heure ça peut ne pas être évident. Ce n’est pas simple à appréhender, la vie va à 100 km/h dans le quotidien des personnes. Se dire, la prochaine heure il va falloir que je fasse ça … mais il peut se passer beaucoup de choses. Il peut y avoir le voisin qui vient déranger, la famille, quelqu’un qui sonne, le téléphone qui sonne,le chien, le chat… un imprévu, que sais je ? Donc, en une heure, il peut se passer beaucoup de choses. Je pense qu’il est intéressant pour ceux qui souhaitent se mettre à faire une activité, d’être raisonnable, réaliste. Commencer par dix minutes. Si, par exemple, je souhaite faire 1h de méditation, je vais me mettre à faire 10 min. C’est assez simple, je trouve à appréhender. Je me dis OK, là, ce sont mes 10 min de méditation que je fais un jour sur deux. A ce moment là, je vais couper le téléphone, je vais fermée à clé, et je vais me mettre dans de bonnes dispositions. Dix min, c’est quoi ? Donc, je le fait. Je ne fais pas une minute de plus, je ne fais pas une minute de moins. Et si cela me convient bien, j’essaye de pérenniser la chose. Dans un second temps, peut être que je passe à un quart d’heure. Puis à vingt min. Peut être que 20 min, c’est trop. Dans ce cas là je reviens à un quart d’heure. J’essaye d’installer ça dans le temps.

Juliette: Oui, d’y aller progressivement, et de voir que les choses s’intègrent dans le temps. Sans se dégoûter. C’est un peu le problème quand on va trop vite.

Construire une routine, une habitude

Gabriel: Construire une routine, une habitude. C’est ça aujourd’hui le problème. Tu parles d’aller trop vite, mais c’est que tout va très vite. Et puis, on veut tout, tout de suite. On veut le résultat, on veut le programme miracle, mais les bonnes choses prennent du temps.

Juliette: C’est le programme des six semaines …

Gabriel: Le fameux programme des six semaines. Et puis, on a tellement de chance, c’est ça que je voulais dire tout à l’heure. En Suisse, c’est fabuleux, on a tous les reliefs, on a tous les types de paysages, on a toutes les saisons, tous les climats. Il suffit d’être équipé un petit peu basiquement, de bonnes chaussures, un maillot de bain, éventuellement un vélo. Et on peut tout faire tout, et toute l’année.

Juliette: L’avantage qu’on a ici, c’est que où que vous habitiez, vous avez la nature à proximité. Il n’y a pas forcément besoin de faire une heure d’embouteillage, pour se retrouver dans la première forêt. Il y a quand même des choses qui sont proches. Comme tu le disais, il y a cette notion de quantité de temps. Il faut être réaliste et commencer petit, sachant que le planning n’a que 24 heures. Il y a aussi une notion de quantité de charge. Quand tu parlais d’aller courir une heure par jour tous les jours, certains ont eu peur je pense. Selon votre niveau sportif, rien que d’aller marcher, c’est déjà une première étape. Si vous voulez courir une heure tous les jours parce que vous avez cette quantité en tête, et que vous n’avez jamais couru. Je vous déconseille de commencer aussi vite. Vous devriez déjà commencer à marcher. Et, ensuite faire un petit peu plus de marche rapide. Puis intégrer la course à pied progressivement.

Gabriel: Absolument. Il faut bouger en somme. Ne faites pas rien, faites quelque chose. Et puis, ce n’est pas pour rien qu’il y a ces fameuses recommandations de la demi heure par jour. Les gens prennent un médicament pour aller mieux, dès qu’ils arrêtent de le prendre cela n’a plus d’effet. L’activité physique, c’est pareil, comme on disait avant, il faut le voir comme un médicament.

Gabriel: Les gens disent souvent qu’ils n’ont pas le temps, … Ils invoquent le temps, mais aussi le coût. Ils disent que pratiquer une activité physique ça coûte cher, qu’il faut s’équiper, avoir un abonnement, … Mais en terme de temps et en terme de coût, je trouve qu’il faut voir les choses sur le long terme. Une mauvaise santé induite par l’inactivité, de la sédentarité et une mauvaise hygiène de vie va coûter beaucoup plus de temps et d’argent sur le long terme. Être en mauvaise santé, ça coûte extrêmement cher. Et si on met dans la balance la demi heure de marche un petit peu vigoureuse par jour, en se parkant à 10 min de son travail et en faisant le reste à pied, versus les hospitalisations, les traitements, les visites chez le médecin … les coûts et le temps que cela va prendre, c’est faramineux.

Gabriel: Il ne s’agit pas forcément de parler de sport, cela peut faire un peu peur, mais simplement de s’activer un petit peu. Je vous invite vraiment a réfléchir à votre emploi du temps, à votre quotidien, à vos habitudes. Activité par activité, et vous dire OK, à tel moment de la journée, je fais ça, comment est ce que je peux sans perdre de temps, y placer un petit peu de mouvement ? Par exemple, si je me rends en transports à mon travail, cela me coûte quoi de m’arrêter un-deux arrêts de métro avant, et de faire le reste à pied ? Idem pour le retour. Si j’ai beaucoup de téléphones à faire, qu’est ce que cela me coûte de faire ces appels en position debout, en marchant ? Je vous invite vraiment à avoir une réelle réflexion sur votre emploi du temps, à vous poser la question : A quel moment est ce que je peux caler un peu de mouvement ?

« Ceux qui estiment ne pas avoir de temps pour l’exercice physique, devront tôt ou tard, trouver du temps pour la maladie ». Edward Stanley

Juliette: Réfléchir aux petites choses qu’on peut changer. Ne plus prendre les escalators ni l’ascenseur, mais les escaliers par exemple.

Gabriel: Tout à fait. Il y avait eu d’ailleurs une étude, je crois que c’était aux HUG, dans laquelle ils avaient pris un groupe de collaborateurs auquel ils avaient donné une sorte de badge, de puce, qui les empéchait de prendre l’ascenseur. Ils étaient donc contraints de prendre les escaliers. Ils ont observé des bénéfices. Dans cette étude, il s’agissait en l’occurrence de mesurer tout ce qui était composition corporelle. Sur quelques mois, ça a porté ses fruits. C’est vrai qu’on voit souvent les choses dans l’immédiat, on se dit que 10 min ce n’est rien, et que ça ne va pas avoir d’effet. Mais sur une semaine, simplement 10 min de marche, on voit les résultats. On va plutôt parler de la demi heure, car ce sont les critères … J’avais 10 min en tête parce que c’est ce qu’on peut comptabiliser dans un temps d’activité. Si on fait 10 min d’activité, de mouvement sans interruption, c’est ce qu’on peut comptabiliser.

Il est recommandé de faire 30 min d’activité physique quotidienne d’intensité moyenne. Swissheart.ch

Répartir l’activité physique dans le temps

Gabriel: Quantifier le mouvement est plus intéressant. On revient sur l’exemple de quelqu’un qui fait une heure de fitness par jour, mais qui le reste du temps est assi. Cette personne va être considérée comme sédentaire dans la mesure où, on ne peut pas être inactif cinq jours sur sept et le week end, faire trois heures d’activité physique le samedi et trois heures le dimanche. Ce n’est pas comme ça que ça fonctionne. Pour prendre un exemple d’une activité de la vie quotidienne. Se brosser les dents, ce n’est pas parce que vous ne vous brossez pas les dents du lundi au vendredi, puis que vous passez une heure à vous brosser les dents le samedi et dimanche, que cela va porter ses fruits. C’est intéressant la répartition. et c’est souvent mieux. Par exemple si on a deux heures où l’on veut faire du sport de façon un peu intensif, il sera préférable de le répartir. De faire sur quatre jours, 30 min chaque jour. Plutôt que de ne rien faire pendant trois jours, et puis le quatrième jour faire deux heures d’un coup.

Juliette: Il faut toujours mieux faire de l’activité de façon quotidienne. Quand on rentre dans le sport, là, on rentre dans le système d’entraînement. C’est un autre débat. Mais de toute façon, il vaut mieux avoir de l’activité un petit peu tous les jours, ça, c’est sûr.

Les enfants et l’activité physique

Juliette: Un autre point qui peut être intéressant, ce sont les enfants. En tant qu’adulte, d’une certaine façon, on leur sert d’exemple. Cela peut être une motivation pour bouger, pour marcher. Si nos enfants nous voient être actifs, ils vont déjà être plus actifs. Il y a aussi la notion de comportement. Quand on les amène à l’école, les arrêter juste devant, les jeter de la voiture, ce n’est pas forcément leur apprendre à être actifs et à bouger. Et comme tu nous l’a dit tout au long de cet entretien, l’activité physique et on ne parle pas de sport, l’activité physique est importante pour être en bonne santé, de façon générale. Pour être bien dans sa vie, dans sa tête, dans son corps. Il faut donc peut être inculquer cela à nos enfants.

Juliette: Je ferais le parallèle avec les trottinettes. Je n’ai absolument rien contre les trottinettes, mais j’ai eu beaucoup de patientes qui me demandaient ce que je pensais des trottinettes chez les tout petits. Je répondais alors, que je n’avais rien contre les trottinettes, à partir du moment où on considérait que c’était un moment, que c’était une activité à part entière. Le problème, c’est qu’on est tous pareils. Les enfants sont petits. En tant qu’adulte, on marche beaucoup plus vite. C’est plus simple pour nous, en tant qu’adulte, d’avoir des enfants qui nous suivent au bord du lac en trottinette qu’à pied. J’avoue que c’est beaucoup plus confortable. Par contre, je pense que ce n’est pas forcément idyllique pour les enfants. Pour la simple et bonne raison qu’ils sont tout le temps en trottinette. La trottinette, ça va très vite. Ils ne prennent donc pas l’habitude d’observer les choses calmement. Ils n’ont pas la frustration d’être le petit qui essaye de suivre les adultes. Tout va trop vite, la notion d’attendre, le fait d’être patient, le fait de prendre le temps. On ne leur apprend pas à prendre le temps. En même temps, la trottinette, peut être une activité physique, mais quand elle est vue comme mode de transport, ce n’est plus le cas. De plus on voit de plus en plus, même les petits, avec des trottinettes électriques.

Juliette: Quand les patientes me posaient la question, je leur cassai un petit peu le truc. Pourtant, je suis très sport de glisse, trottinette, skate, … je trouve ça génial. Mais, vu comment c’est utilisé, c’est discutable. Il est parfois intéressant de prendre du recul et de réfléchir en tant qu’adulte, en quoi l’utilisation de la trottinette nous arrange, nous plaît. La plupart du temps, en tant que parent, ce qui va nous plaire dans la trottinette, c’est qu’il n’y a pas besoin d’attendre l’enfant. Est ce que c’est quelque chose de positif ? Même dans le rapport à ces enfants ? Là, il y a peut être moyen de se remettre en question.

Gabriel: C’est vrai que je ne me suis jamais posé la question, sur cet aspect de trottinette. Je ne suis pas spécialiste de la question chez les enfants, mais il est vrai qu’il y a des étapes dans la vie, de construction, de développement de l’organisme, du système nerveux qui se font par étapes. Les fondations se construisent à certains âges. C’est important que l’enfant soit stimulé, qu’il soit actif, qu’il bouge, qu’il court, qu’il saute, qu’il marche et qu’il fasse des expériences. C’est important qu’il soit stimulé par l’environnement, d’un point de vue sensoriel et avec le mouvement.

Juliette: Le problème avec la trottinette, c’est qu’elle va te stimuler sur beaucoup de choses, sur l’équilibre, sur la réactivité, et plein d’autres choses, ça, je ne le renie pas. Mais en contrepartie, le problème, c’est lorsque la trottinette remplace la marche et qu’il n’y a plus de marche. On ne va plus à l’école à pied, on dépose l’enfant devant la porte. Le week end, lorsqu’on a envie d’aller marcher dans les vignes ou au bord du lac, l’enfant ne marche pas, mais nous suit en trottinette. Souvent, à aucun moment les enfants marchent réellement. On observe de plus en plus les enfants se plaindre rapidement de douleurs partout après avoir un peu marché. Directement, on va penser aux douleurs de croissance, car l’enfant est en pleine croissance. Mais parfois, il faut prendre un peu de recul, car ce n’est peut être pas des douleurs de croissance. L’enfant n’est peut être pas suffisamment stimulé dans cette activité. Activité qui est censée être une activité basique. On est censé marcher avant de courir.

Gabriel: C’est vrai qu’au niveau mécanique, il y a cet aspect contrainte, impact qui va justement stimuler la synthèse osseuse. Donc ça, c’est important, et il vrai qu’on ne retrouve pas tellement cela dans la trottinette, encore moins dans la trottinette électrique.

Juliette: On va parler de trottinette récréatif. Parce que pour ceux qui font de la vraie trottinette sportive, c’est encore autre chose.

Gabriel: C’est encore autre chose, c’est sûr.

Juliette: Comme on l’a vu au final, tout ce qu’on cherche, c’est d’essayer d’être actif, de se remettre en question, de se poser des questions par rapport à son environnement ou son planning. Qu’est ce qu’on peut changer ? Qu’est ce qu’on peut améliorer, sans avoir des objectifs de Jeux olympiques ? Rester simple pour essayer de bien vieillir. Puis peut être arrêter de vouloir la solution miracle tout de suite sous forme de pilule en 2 secondes. Chercher les solutions, c’est bien. Vouloir une solution dans la seconde, ça ne marche pas.

Gabriel: Patience est mère de raison.

Le problème des écrans

Juliette: Est ce qu’il y aurait d’autres choses que tu aimerais partager, d’autres réflexions ?

Gabriel: Alors je trouve qu’on a bien fait le tour et on a bien parlé de la sédentarité, du mouvement, de l’activité physique. Tu nous as aussi parlé longuement de la trottinette (lol).

Juliette: J’aime bien le « longuement » (lol).

Gabriel: C’était très intéressant, mais c’est vrai que je ne m’étais jamais posé la question sous cet angle. Je n’ai jamais vu un enfant sur une trottinette suivre sa maman, et me dire tient elle le prend pour se décharger un petit peu.

Juliette: Elles ou ils, les papas ne le font pas consciemment. On ne le fait pas consciemment.

Gabriel: Mais c’est vrai que lorsque je pense, par exemple à mon petit frère ou aux enfants, actuellement l’aspect le plus problématique, pour moi, lié au manque de mouvement, à l’inactivité, c’est plus les écrans. En l’occurrence tout ce qu’il est accès au téléphone. Pour faire un parallèle avec la trottinette, par exemple, je dis ça sans son jugement et je ne suis pas papa, donc c’est purement un constat. Mais j’ai l’impression que parfois, on met dans les mains de l’enfant un écran, un smartphone pour qu’il ne fasse rien et reste calme. Pour qu’on puisse faire nos trucs tranquille. Que c’est une solution, une facilité.

Juliette: C’est la même facilité que la trottinette. On le fait inconsciemment ou consciemment des fois, mais c’est la même chose.

Gabriel: Je trouve que les écrans, pour n’importe qui, ce n’est pas forcément bien. Après, tout est question d’équilibre et de faire les choses raisonnablement avec les écrans. Sur les téléphone, il y a des options pour voir le temps d’écran. Parfois je confronte mon petit frère au temps qu’il a passé sur l’écran. Cela peut aller jusqu’à 4-5 heures. Il ne se rend pas compte. J’ai parfois l’impression qu’on a peur, et je m’inclue dedans, de ne rien faire. Je pense qu’il y a beaucoup de gens qui auraient du mal si on leur disait : maintenant tu dois durant 5 minutes ne rien faire, tu restes assis et tu ne fais rien. Je pense que beaucoup de gens seraient super mal.

Juliette: Ça, ce serait un test intéressant, face à des gens qui sont continuellement sur leur écran, de les poser face à ce type de panorama (vignes de Lavaux, face au lac) sans téléphone, sans musique, sans rien. Et de leur dire maintenant essaye de profiter de l’instant. S’ils n’y arrivent pas, peut être que ce test les amènerait à se remettre en question et peut être à changer 2-3 petites choses dans leur vie.

Gabriel: Tu prend conscience souvent que tu ne fais pas quelque chose d’utile sur le téléphone. Simplement tu fais défiler, tu navigues ou tu regardes un peu les publications des autres. Dans l’absolu, tu ne fais rien de plus intéressant que de ne rien faire, mais ça donne l’impression de faire quelque chose. Les gens maintenant l’embarquent aux toilettes …

Juliette: Ne pas amener son téléphone aux toilettes.

Gabriel: C’est le seul endroit où à proprement parler tu peux « te faire chier » et même là, les gens ont peur de se faire chier, de ne rien faire. Donc, ils embarquent le téléphone.

Juliette: C’est vrai que c’est la panique quand tu n’as plus ton téléphone, alors que le natel (portable) ce n’est pas si vieux. C’est comme Internet, ce n’est pas si vieux.

Gabriel: Tout va très vite. On ne sait pas encore les répercussions que cela peut avoir. On verra dans quelques dizaines d’années. Il y a forcément des répercussions positives, et négatives. On les constatera plus tard, on ne sait pas encore.

Juliette: Pour l’instant, on ne voit que l’aspect pratique de la modernité par rapport au natel, on ne voit pas les effets négatifs.

Gabriel: Quand je vois les plus jeunes, les enfants, c’est plus cet aspect lié aux réseaux sociaux, au temps passé sur tous les écrans, …

Juliette: Qui diminue les vraies interactions sociales. On le voit quand ils sont en famille. Au final, ils ne sont pas là. Ils sont sur leurs écrans et ils ne sont pas en train de communiquer avec nous. Ce qui n’est pas constructif non plus.

Gabriel: Ça donne l’impression que tu as des interactions sociales, que tu connais du monde. ça augmente l’estime de soi … Il y a tous ces mécanismes de valorisation, s’est construit comme ça. J’imagine qu’ils ne sont pas stupides, tout ce qui est like, le coeur, …

Juliette: Ça peut amener plein d’interactions intéressantes, te permettre de rencontrer de nouvelles personnes …

Gabriel: C’est un outil.

Juliette: En effet, il faut le voir comme un outil. Maintenant, tu le fais assis. En général, tu n’es pas en train de marcher pendant que tu regardes tes réseaux. Si tu marches pendant que tu regardes ton écran, c’est dans ce type de moment qu’on observe des accidents avec les voitures, ou entre piétons, …

Gabriel: Il y a des répercussions. On voit souvent le coté physique, sur les yeux, sur la posture … On est souvent affalé quand on l’utilise.

Les enfants et les réseaux sociaux

Gabriel: Mais il y a toutes les répercussions aussi plus psycho-sociales. Je parle des réseaux sociaux. C’est vrai que ce n’est pas un thème qui concerne forcément la sédentarité ou l’activité physique. Mais si je prends l’exemple, de jeunes qui sont malheureusement harcelés à l’école. Avant quand il n’y avait pas les réseaux sociaux, les jeunes qui subissaient ça, cela se cantonnait un peu aux limites de l’école. De nos jours, la majorité des jeunes sont sur les réseaux. Ceux qui subissent le harcèlement, celui-ci les poursuit jusqu’à la maison. Donc les répercussions sur la santé, et au niveau psycho social sont dévastateurs. On en voit à l’hôpital, en pédiatrie !

Juliette: Ces enfants se renferment sur eux même, et la reconstruction en est d’autant plus difficile. Comme on disait, ce n’est plus qu’au niveau local, c’est 24h/24. Cela prend une ampleur démesurée, c’est la ville d’à coté, c’est le pays d’à coté, ça implique des gens que l’on a jamais vu.

Gabriel: C’est H24. Et comme on disait avant, il y a des choses, des phases précises du développement. Des choses qui ne se construisent qu’à un certain âge. Et si cela se passe mal, malheureusement, ça conduit à des dérives qui peuvent être dramatiques.

Gabriel: On ne vend pas trop les natels (lol). Biensur qu’il y a du positif. Mais on s’éloigne un peu du sujet.

Juliette: C’est cette notion de prendre les choses avec un certain équilibre, de trouver de l’alternance, de prendre la modernité avec ce qu’elle nous apporte de positif. D’avoir conscience des mauvaises choses, que ce soit à cause des natels, ou que ce soit nos habitudes. Il faut essayer de trouver un juste milieu pour évoluer dans le temps de façon la plus optimale et bienveillante possible.

Gabriel: Oui, l’équilibre et faire les choses en connaissance de cause. S’informer. C’est vrai que tout ces outils sont aussi positifs pour s’informer, on a accès à l’information.

Juliette: Merci Google.

Gabriel: Merci Google.

Juliette: Parce que oui, on utilise Google tous les jours. C’est vrai que Google, c’est quand même pas mal …

Gabriel: En somme, on n’a pas de recette miracle et de remède magique à vendre.

Juliette: Essayons de faire simple. De la mobilité classique, de pas chercher les extrêmes, de se connaître par rapport à ses capacités, de se faire accompagner par des thérapeutes, des physiothérapeutes, des thérapeutes du sport, des coachs, … ce que vous voulez. Avancer progressivement en fonction de ses propres capacités.

Gabriel: Je n’aurais pas dis mieux.

Juliette: Autre chose à rajouter ?

Gabriel: C’est bon pour moi. Je te remercie infiniment, en tout cas pour ton temps. Si quelques collègues voient ce podcast, je les embrasse fort et je les salue.

Juliette: Et puis, il faut liker et partager (lol). Merci à tous.

La réadaptation cardiaque – Episode 1

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Les intervenants

  • Juliette Corgnet : Physiothérapeute
  • Marisa Azevedo : Physiothérapeute à l’HRC

Transcription du Podcast

Juliette: Bonjour et bienvenue sur le podcast Santé Sport de CapRol. Aujourd’hui, nous allons parler de la réadaptation cardiaque avec Marisa Azevedo. Marisa peux-tu te présenter stp ?

Marisa: Je suis physiothérapeute. Je travaille depuis quelques années à l’HRC (Hôpital Riviera Chablais) à Rennaz. J’ai fait une spécialisation en rééducation cardio-vasculaire. Je suis une des référente à l’hôpital en ce moment.

A quoi correspond la réadaptation cardiaque ?

Juliette: On a donc la bonne personne pour parler de la réadaptation cardiaque. Est-ce que tu arriverais à nous expliquer à quoi correspond la réadaptation cardiaque?

Marisa: Elle est destinée aux patients qui ont connu un problème, un soucis au niveau cardiaque ou cardio-vasculaire. Notre rôle en tant que physiothérapeute est de les éduquer, pour avoir une hygiène de vie plus saine. Et surtout de les réentraîner à l’effort, pour qu’il puisse par la suite le faire seuls. Nous voulons ainsi éviter une récidive.

Juliette: OK, c’est donc une rééducation, une réhabilitation à l’effort, dont un des buts est d’amener les patients à devenir autonomes dans leur prise en charge. A faire, ainsi en sorte qu’ils reviennent dans la vie de tous les jours, de façon la plus normalement possible. D’une certaine façon, la réadaptation cardiaque c’est le mouvement?

Marisa: Oui.

Juliette: Donc, même si on a eu un accident cardiaque, le premier message qu’on peut déjà retenir, c’est qu’il ne faut pas avoir peur de l’activité physique ?!

« Même en cas d’accident cardiaque, il ne faut pas avoir peur de l’activité physique »

Marisa: Non, il ne faut pas avoir peur ! Bien sûr que lorsque quelqu’un a eu un infarctus, selon la sévérité, il faut qu’il apprenne avec des professionnels de la santé, qu’il apprenne jusqu’où il peut aller au niveau de l’effort. Il a un coeur qui est un peu sensible à l’effort. C’est pour cela qu’il y a ces programmes de réadaptation cardiaque.

Les 3 phases de la réadaptation cardiaque

Phase 1 de la réadaptation cardiaque

Juliette: On veut réadapter le coeur à l’effort, d’où l’intérêt d’aller chez les professionnels dans un premier temps. A ma connaissance, il y a trois phases pour la réadaptation cardiaque. Est ce que tu peux nous expliquer déjà la phase numéro 1 ?

Marisa: Numéro 1, c’est lorsque le patient arrive à l’hôpital. C’est la phase critique, quand il a fait son premier malaise, premier ou deuxième peu importe. Mais c’est la phase d’hospitalisation, où l’on va essayer de résoudre ce problème, vraiment dans une phase initiale. La phase 1, c’est la phase d’hospitalisation si on veut.

Juliette: Donc la réadaptation elle commence déjà au lit du patient, quand on se retrouve à l’hôpital. Vous commencez par quoi, c’est du mouvement ou … ?

Marisa: Cela peut être des exercices respiratoires aussi dans un premier temps, cela dépend vraiment de la sévérité, et de ce qu’ils ont fait comme intervention. Il y a des patients qui ont un problème tellement grave qu’ils n’arrivent pas à sortir du lit tout de suite parce que leur coeur bat trop vite ou qu’ils ont une tension artérielle trop haute. Il faut qu’on contrôle tout cela avant. Mais on peut déjà faire quelque chose. On peut déjà travailler au niveau respiratoire. On peut commencer à bouger un petit peu les bras, voir comment le corps fonctionne. On surveille tout ça avec les médecins, les infirmiers, … On regarde la progression avec aussi la prise en charge médicamenteuse qui va avoir un rôle important dans la phase 1 pour pouvoir progresser dans les exercices. Mais l’objectif principal, c’est de les bouger le plus tôt possible.

Juliette: Donc, il y a vraiment une collaboration très étroite entre l’aspect purement médical, médicamenteux, et l’aspect physiothérapie.

Marisa: Oui c’est sur !

Phase 2 de la réadaptation cardiaque

uliette: La phase numéro 2 elle correspondrait à quoi ?

Marisa: La phase numéro 2, c’est lorsque le patient sort de l’hôpital et qu’il a besoin de poursuivre son entraînement, le mouvement. Un bilan cardiologique est fait chez un cardiologue. A ce moment là, le cardiologue l’envoie chez nous en ambulatoire ou en stationnaire. Je sais qu’il y a des centres qui le font en stationnaire. Il y aura alors, toute une rééducation physique qui se met en place. Mais il n’y a pas que physique. Il aussi des patients qui ont besoin de savoir comment ils mangent parce que ils mangent mal. L’alimentation est primordiale pour notre santé, mais pas que cardiaque, mais pour tout le reste. Donc, il y a toute une prise en charge tellement grande avec ses patients …

Juliette: C’est de la rééducation et aussi de l’éducation.

Marisa: Oui. Nous, notre rôle de physiothérapeute, c’est de les réentraîner, de les faire bouger, et de leur faire comprendre jusqu’où ils peuvent aller. Ce qu’on utilise à l’entraînement, c’est la fréquence cardiaque. On regarde jusqu’où ils peuvent aller, comment ils se sentent, pour ne pas qu’ils fassent de malaise. Et puis, on essaye de progresser l’effort chaque fois que les séances avancent.

Juliette: Puis on les dirige aussi, je pense à gérer la respiration durant l’effort pour éviter que le pulse n’augmente ?!

Marisa: Oui, oui c’est tout un l’entraînement.

Juliette: Donc, à la phase 2, le cardiologue va vous faire un bilan. Selon ce bilan, vous aurez des données chiffrées, qui vont vous permettre de travailler et de rassurer le patient, et de surveiller le patient pendant un certain temps.

Marisa: Oui, il faut qu’on connaisse sans problème et qu’on sache s’il y a des indications spécifiques. Le cardiologue, par exemple ne veut pas qu’on atteigne une fréquence cardiaque X pour ce patient, donc on va respecter ça.

Juliette: Le travail de rééducation est toujours pluridisciplinaire, mais est-ce surtout à la phase 2 qu’on va avoir les diététiciens ou le psy ou d’autres professionnels, ou c’est durant toute la réadaptation ?

Marisa: Ça pourrait déjà commencer dans la phase 1, la phase d’hospitalisation. Mais très souvent, le temps est tellement court qu’on n’a pas le temps de le faire. Ou alors, les diététiciennes ne sont pas tout de suite disponibles, ou bien ils ont un abordage tellement court qu’ils n’ont pas le temps de tout leur dire, ou de tout mettre en place.

Juliette: Elle dure combien de temps à peu près cette phase 2. Y-a-t-il y a un temps déterminé ?

Marisa: Alors ce sont 30 séances de physiothérapie chez nous, trois fois par semaine, donc trois à quatre mois. En stationnaire je pense que ça dure six semaines environ.

Juliette: Donc, ça veut dire que pendant toute la phase 2, le patient peut être demandeur, et c’est à ce moment là qu’il devrait ou qu’il faut qu’il soit demandeur d’aide supplémentaire auprès de vous pour faire intervenir des collègues.

Marisa: Après, nous on peut aussi leur proposer de l’aide. Parce que lorsqu’on connaît le dossier du patient, on sait déjà si c’est un patient qui a un peu de poids , qui a un IMC un peu élevé. Ou si c’est un patient qui a déjà eu une aide psychologique, il faut peut être voir si il a encore cette aide psychologique, si il en a besoin ou autre. Si c’est des fumeurs, voir si ils ont besoin d’aide. Très souvent, lorsque les fumeurs ont un infarctus, ces patients là, et ils arrêtent directement de fumer.

Juliette: C’est le traumatisme qui fait l’élément déclencheur.

Marisa: Excat. Et souvent, ils n’ont pas le réflexe de demander de l’aide. Et là, on les informe qu’on on a des tabacologues à l’hôpital, des psychologues. Et normalement, ils acceptent de l’aide, un premier rendez vous, en tout cas. Et puis ils viennent les voir ou ils prennent rendez vous par téléphone.

Juliette: C’est là où on voit quelque part que notre métier de physiothérapeute, il est global. On traite le patient dans sa globalité. Même si on ne fait pas tous les métiers, notre métier, ça reste physiothérapeute ; On est à l’écoute du patient et c’est aussi à nous d’amener le patient, à aller voir des collègues, que ce soient les psy et que ce soit les nutritionnistes …

Marisa: Mais je pense que les autres collègues ont aussi un peu ce rôle.

Juliette: Oui, la sphère médicale. Nous, on a accès plus facilement aux patients, plus longtemps ?!

Marisa: Après c’est vrai qu’ils passent beaucoup de temps avec nous. Donc on a cette chance de pouvoir les voir pendant deux heures, trois fois par semaine. On discute beaucoup, donc on connaît davantage leurs besoins.

La phase 3 de la réadaptation cardiaque

Juliette: ça c’est intéressant. Et la phase numéro 3 correspond à quoi ?

Marisa: Alors la phase numéro 3, c’est lorsque le patient est passé par la phase 1, la phase 2 et qu’il a pris l’autonomie de se prendre en charge tout seul.

Juliette: Il a tout appris. Il est autonome dans la poursuite de sa rééducation.

Marisa: C’est ça. Donc, le but, c’est qu’il choisisse une activité, un endroit où la faire, avec une régularité par semaine.

Juliette: C’est là où on rappelle que l’important, c’est la régularité. Si on veut obtenir des résultats, il faut une certaine régularité.

Marisa: Oui ça ne serre à rien de faire une par mois …

Juliette: Vous vous avez maintenant la phase 3 à l’hôpital de Rennaz ?

Marisa: Oui, on a des APA qui travaillent avec nous. Ils nous aide à faire la phase 2 aussi, en travaillant en binôme avec nous. Et c’est eux qui prennent en charge la phase 3. En ce moment, ils font une fois par semaine, une heure de temps pour les patients qui veulent faire avec nous. Ils font en fin de journée, surtout pour que les gens qui travaillent puissent venir. Ce sont des groupes donc c’est plus stimulants pour eux. Et comme c’est à l’hôpital, je pense qu’ils sont un peu plus rassurés.Juliette00:10:36La réadaptation est forcément en groupe ou peut être en individuel.Marisa00:10:40Elle peut être en individuel.

Juliette: C’est selon la gravité du patient ou le besoin du patient ?

Marisa: Oui, il y a des patients qui sont très faible et qui n’arriveraient pas à suivre un groupe, au niveau des efforts. Donc, à ce moment là, c’est mieux de les prendre en individuel pour avoir des exercices plus adéquats et être vraiment tout le temps à côté. Parce qu’avec un groupe, on est là, mais on les voit en global, on passe souvent vers les uns et les autres. Mais des fois, on a le dos tourné sur ceux qui sont en train de faire du vélo, par exemple derrière nous. Donc on n’est pas rapprochés tout le temps, autant qu’en individuel.

Juliette: Donc on peut passer à côté. En même temps, l’émulision de groupe, elle est intéressante.

Marisa: Oui, c’est beaucoup plus stimulant et les patients apprécient énormément.

Juliette: Ils font un partage d’expérience, ils se rendent compte qu’ils ne sont pas tout seul.

Marisa: Oui c’est ça !

Evolution des patients ces dix dernières années

Juliette: ça fait longtemps que tu fais de la réadaptation cardiaque. Est-ce que tu as vu une différence dans les patients ? Est-ce qu’ils sont plus jeunes, plus vieux, plus gros, avec plus de comorbidités, plus de femmes? As-tu observé un changement particulier ou pas du tout, sur les dix dernières années ?

Marisa: Pas forcément… Des jeunes, ça dépend quel âge tu entends par jeune ?

Juliette: Mais ça dépend toujours quel âge on a (rire).

Marisa: 50 ans, c’est jeune, 60 ans aussi. Et ça dépend.

Juliette: Vous avez plus de 40 ans, vous avez plus du 70-80 ans ?

Marisa: On a plus de 50 ans.

Juliette: OK, plus de 50 ans.

Marisa: Oui, je pense que les jeunes, maintenant ont tellement d’informations qu’une bonne partie arrive à avoir une hygiène de vie plus saine qu’il y a 30 ans en arrière. Mais on a aussi des jeunes, mais moins fréquemment, heureusement. Mais c’est très souvent des pathologies génétiques. Ce n’est pas des pathologies dégénératives, si on peut le dire comme ça …

Juliette: Est-ce qu’il y a une différence entre les hommes et les femmes par rapport au risque cardiaque ? Est ce que vous avez plus de patientes ? Est ce que vous avez plus de patients ?

Marisa: On a clairement plus de patients hommes que de femmes. Les femmes, elles sont un peu protégées par les hormones, jusqu’à la phase initiale de la ménopause. Et puis après, les risques sont les mêmes que les hommes. Donc on n’a pas très souvent des femmes jeunes. Même dans les âges un peu plus avancés, on a qu’en même un pourcentage plus petit que les hommes. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce qu’elles aiment la vie à la maison et qu’elles s’occupent un petit peu moins d’elle. Je ne sais pas. Et il y a aussi le fait que les femmes aient des symptômes un peu différents des traditionnels quand elles font un infarctus. Et très souvent, on arrive à les récupérer un peu tard. Donc, ça, c’est un facteur aussi qui fait que on est moins de femmes.

Juliette: C’est à dire qu’elles arrivent en post accident un peu plus blessées ?

Marisa: Oui. Et puis ça se peut qu’elle fasse un arrêt cardiaque parce que on n’a pas détecté le problème cardiaque à temps.

Juliette: Il y a aussi le fait que les femmes ont tendance à être moins plaintives. Je pense que tout le monde sera d’accord là dessus. Mais en même temps, dans notre éducation, l’infarctus, la douleur à la poitrine, etc…, c’est surtout les hommes. Les hommes, on pense directement infarctus, alors que la femme pas forcément. C’est peut être un a priori de ma part, mais c’est le sentiment que j’ai. Donc peut être aussi qu’elles font moins de prévention, qu’elles se préoccupent moins et qu’au final elles appellent peut être trop tard.

Marisa: Oui, mais tu sais, Juliette, les femmes, elles ont vraiment des symptômes très atypiques souvent. J’ai eu le cas, je me souviens, il y a quelques années, d’une patiente qui est venue aux urgences parce qu’elle avait des douleurs affreuses à l’estomac. Elle est restée, je ne sais pas combien de temps à l’hôpital pour ça. Et au final, c’était un infarctus qu’elle était en train de faire.

Juliette: Elle avait quel âge ?

Marisa: Je me souviens plus, mais elle était, je crois, 50/60 par là autour.

Juliette: On cherchait autre chose.

Marisa: On cherchait autre chose qu’un problème cardiaque.

Juliette: Et puis, l’ECG n’était peut être pas si flagrant que ça. Mais comme quoi, souvent, au niveau médical, on peut passer à côté de choses sans forcément s’en rendre compte. ça c’est encore un autre débat sur le tri. Faire le tri aux urgences, je pense que ce n’est pas facile ! Après, c’est aussi la problématique des gens d’être trop plaintif ou pas assez plaintif. Des fois, il faut savoir insister, mais certains insistent trop. Et après au niveau médical, on ne sait plus si c’est du sérieux ou pas.

Les facteurs de risques cardio-vasculaires

Juliette: Est-ce que tu peux nous citer les facteurs de risque cardio vasculaires? A quoi on doit faire attention ?

Les facteurs de risques sur lesquels on peut agir

Marisa: La sédentarité, on peut on peut corriger ça, tout le monde pour corriger ça. Le tabac. Ceux qui fument, je sais que c’est difficile d’arrêter de fumer, mais chercher de l’aide. C’est tellement important. Il n’y a pas que les problèmes cardiaques qui surviennent du tabac, il y en a plein d’autres.

Juliette: Je rappelle que le sevrage à la nicotine, c’est 15 jours, sauf erreur. Donc, ce n’est pas si énorme que ça. Après, c’est facile à dire quand on le vit pas. Et par la suite, c’est vraiment psychologique, avec une notion de perte d’habitudes.

Marisa: Mais c’est pour ça que je dis il faut demander de l’aide.

Juliette: Il faut demander de l’aide. Et pour moi, étant une ancienne fumeuse, je pense qu’il faut aussi se préparer. Il y a des gens qui ont peur d’arrêter de fumer parce qu’ils ont peur de grossir. Et c’est vrai qu’en général, le métabolisme de base est plus élevé quand vous fumez. Donc, lors de l’arrêt du tabac, en général, vous prenez 5 kilos. Mais ça peut être aussi une motivation pour regarder son alimentation. Et puis, les bienfaits de l’arrêt du tabac sont clairement démontrés.

Marisa: Tu te sens mieux maintenant que tu as arrêté ?

Juliette: Ah oui ! Pour rappel, quand on arrête avant 40 ans, on récupère la courbe de survie de quelqu’un qui n’a pas fumé. Cela ne veut pas dire que votre système respiratoire n’a pas souffert et qu’on ne voit pas de conséquences. On en voit, on peut en voir. Mais il faut garder en tête que l’arrêt du tabac avant 40 ans vous ramène à une courbe de survie classique. Et qu’en même temps, cela peut être que du bien pour beaucoup de choses. Et peut être pour le portefeuille aussi. Donc, il y a le tabac …

Marisa: Il y a le tabac. Le cholestérol, l’hypertension, ça c’est des choses qu’il faut contrôler chez le médecin et un autre …

Juliette: Le stress …

Marisa: Et oui le stress. Et oui, il y a plein d’infarctus qui se font sous stress. Le stress surtout, le stress cumulé. Il faut vraiment essayer de contrôler ça et encore une fois, chercher de l’aide si besoin.

Juliette: Surtout à l’époque actuelle. Parler, parler et éviter d’accumuler de la surcharge mentale qui fait qu’à un moment ça ne va plus.

Les facteurs de risques sur lesquels on peut agir : La sédentarité, le tabac, l’hypercholestérolémie, la tension artérielle, l’alimentation, le surpoids, le diabète, l’alcool, et le stress.

Les facteurs de risques sur lesquels on ne peut pas agir

Juliette: Par contre, il y a des facteurs aussi sur lesquels on ne peut pas forcément agir. Il y a de l’hérédité, à ma connaissance ?

Marisa: Oui, il y a l’âge aussi. On ne peut pas le changer. Les facteurs génétiques, tu viens de le dire.

Juliette: Le fait d’être un homme, c’est un facteur un peu plus important que celui d’être une femme, sachant qu’on est protégé avant la ménopause. Après la ménopause de souvenirs, il y a aussi la cholestérolémie qui a tendance à augmenter. Donc, c’est pour ça qu’on a peut-être tendance à prendre un peu de poids. D’où l’intérêt de l’alimentation avec l’âge qui avance. L’intérêt du mouvement avec l’âge qui commence.

Marisa: Plus l’âge avance, plus on a besoin de bouger !

Juliette: Et de prendre soin de soi.

Les facteurs de risques sur lesquels on ne peut pas agir : Hérédité, âge, sexe masculin.

Juliette: Est ce que il y avait d’autres choses que tu voulais nous partager par rapport à la réadaptation cardiaque?

On a compris qu’il y avait trois phases. Qu’on commençait le mouvement dès la phase 1, dès le lit de l’hôpital, que ce soit un petit mouvement ou un grand mouvement.

On a compris aussi qu’il faut éviter le stress, éviter les facteurs de risques externes du type le tabac par exemple. Qu’il existe des centres, que vous êtes là aussi pour aider les patients.

Comment intégrer un groupe de réadaptation cardiaque

Juliette: Tous les patients peuvent-ils venir vous voir ? Alors je ne parle pas forcément en phase 1. Imaginons qu’on ait un problème cardiaque, qu’on est suivi par notre cardiologue, et qu’on sente que l’âge avance, qu’on commence a avoir du mal à souffler, à respirer à la montée des escaliers. Est ce qu’on peut rentrer dans un cadre de réadaptation cardiaque?

Marisa: Oui. Il faut que le cardiologue soit d’accord, parce que tant que le cardiologue n’est pas d’accord, on ne peut pas le faire. On ne peut pas prendre l’autonomie de dire vous, vous venez en réadaptation cardiaque. On a besoin d’un bilan et on a besoin d’être sûr que la patient a tous les médicaments qu’il faut pour qu’il puisse faire des efforts contrôlés.

Juliette: Etre sûr que tout est bien stabilisé.

Marisa: Oui bien stabilisé, exactement. Si des choses ne sont pas contrôlées, on ne commence pas.

Centre spécialisé, physiothérapeute, coach ou fitness ?

Juliette: A partir du moment où le patient est stable et que les choses vont bien, il peut toujours se tourner vers les physio pour l’amener à être autonome dans sa réhabilitation à l’effort. Est-ce qu’un patient cardiaque qui est stabilisé, qui a eu son problème cardiaque il y a plusieurs années, qui est suivi par son cardiologue et qui voit qu’avec le temps sa capacité diminue, qu’il a des difficultés à monter les escaliers et qui a entendu parler de cette réadaptation cardiaque ; Est ce qu’il peut venir vous voir, vous? Ou est ce qu’il peut aussi aller voir des physio en cabinet privé ou dans des centres ?

Marisa: Oui. Alors oui, tout à fait. Il faut juste qu’il refasse un bilan chez le médecin, ou le cardiologue, et qu’il soit suivi par des professionnels de la santé dans un premier temps.

Juliette: A partir du moment où on est sûr qu’au niveau médical, les choses sont stables, il peut faire une réadaptation, une rééducation comme tout le monde. En poussant un petit peu, arrivé à un certain stade d’autonomie, puisqu’en fait, c’est ce qu’on cherche à leur apprendre avec la réadaptation cardiaque, est ce que par la suite, on les incite à aller au fitness tout seul ou à s’aider d’un coach, d’un Personal Trainer?

Marisa: Soit l’un, soit l’autre. Moi, ce que je leur dis : ils ont le choix, ils peuvent choisir l’activité qu’ils veulent faire par la suite puisque ils savent maintenant jusqu’où ils peuvent aller en termes d’effort. Fitness ou un coach ? Moi, je préfère toujours qu’il y ait une surveillance. Mais s’ils veulent allez en fitness, ils sont libres de le faire. S’ils veulent être suivis par un coach, ça me va aussi.

Juliette: Oui, le principal, c’est de continuer à bouger, de faire une activité physique. Et d’utiliser les coachs ou les personal trainer pour se motiver si besoin. Mais en contrepartie, il faut aussi prévenir. Parfois, les gens oublient, une fois qu’ils ont l’impression d’être en bonne santé. C’est toujours intéressant de prévenir de ses antécédents cardiaques qu’on soit au fitness ou autre.

Ne pas oublier de prévenir de ses antécédents cardiaques !

Marisa: Ce n’est pas la période où ils ont eu la réadaptation cardiaque qui va faire toute la différence, c’est le après. Donc, c’est du long terme.

Juliette: C’est ce qu’on disait sur le sport. Faire une fois par mois, ça sert à rien. C’est la même chose. C’est un nouveau départ. Il y a eu un accident, et on fait un nouveau départ en mettant toutes les chances de notre côté : du mouvement, de la nutrition, et no stress … Et puis, on essaye de profiter. Est ce que tu aurais un autre message à faire passer, à part le mouvement?

Marisa: Moi, comme physio, je dis à tout le monde il faut bouger, tout le monde est capable de le faire pour votre santé. Et maintenant que vous avez entendu les facteurs de risque, si vous en avez un ou plusieurs d’entre eux, chercher de l’aide. Et puis, ayez une vie saine, une hygiène de vie saine, c’est tellement facile. Il faut juste la mettre en route et c’est simple.

Juliette: La mettre en route. Ça devient une habitude et on se rend compte que ça fait du bien.

Juliette: Merci Marisa pour toutes ces informations. Et puis pour nous à bientôt sur le podcast de CapRol.

La douleur, c’est quoi?

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Les intervenants

  • Juliette Corgnet : Physiothérapeute (spécialisations : sport, pelvipérinéologie, rééducation respiratoire et cardiovasculaire)
  • Daniel Simão : Physiothérapeute, et co-fondateur des cabinets start.physio

Transcription du Podcast

Juliette: Bonjour et bienvenu sur le podcast de CapRol. Aujourd’hui, nous allons parler de la douleur avec Daniel Simão, physiothérapeute. Bonjour Daniel, est ce que tu peux te présenter stp?

Daniel: Daniel Simão. Je travaille en Suisse depuis 2013, j’ai cofondé avec des collègues les cabinets Start.Physio. Avant ça, j’ai donné quelques cours en thérapie manuelle et j’ai été invité à des conférences pour parler sur différentes thématiques ; dont la thématique de la douleur pour des séminaires et des Journées scientifiques au Portugal.

Définition de la douleur

Juliette: Voilà entre autres pourquoi je voulais faire ce podcast sur la douleur avec toi. Est-ce que tu aurais une définition de la douleur ?

Daniel: Il y a la définition standard. Là, je l’interprète plutôt de façon un peu poétique. C’est en signe d’alerte que le corps donne face à une potentielle menace. C’est comme cela que je l’interprète lorsque les patients parlent d’une douleur. Cette menace, elle peut être une menace réelle ou une menace virtuelle. Mais toutes les deux sont interprétées exactement de la même façon. L’expérience, la douleur est exactement la même. C’est là qu’il est intéressant de comprendre, que l’on rentre dans la neurophysiologie de la douleur et qu’on commence à rentrer dans la douleur chronique.

Juliette: La douleur c’est donc un signal d’alerte qui indique qu’il y a des questions à se poser sur soi-même, que ça soit d’un point de vue physique ou autre.

Daniel: En fait, la douleur, elle te dit simplement qu’il faut que tu fasses quelque chose. Tu as une action à réaliser. Par exemple, enlever ta main du feu qui est en train de brûler. Lorsqu’il y a quelque chose qui est en train de piquer, de percer la peau, des capteurs en informent le cerveau. Le cerveau prend alors la décision de dire OK, on regarde et on agit et on sort de cette situation. La douleur peut être aussi associée à quelque chose d’émotionnelle, de psychologique. Dans ce cas le corps ressent aussi le besoin de quitter quelque chose. Elle t’indique qu’il faut que tu prêtes attention à quelque chose et que tu changes.

Juliette: La douleur doit amener à l’action, et donc à la réflexion ?!

Daniel: La douleur, elle doit amener à l’action, exactement. Souvent pour arriver à l’action, il faut aussi qu’il y ait une réflexion.

Douleur aiguë et douleur chronique quelle différence ?

Juliette: Ok donc la douleur amène à la réflexion, et la réflexion à l’action. On parle souvent de la douleur aiguë. Cela montre que la douleur est importante pour lutter contre une menace imminente, ou instantanée. Après, il y a la douleur chronique. Quelle est la différence entre douleur aiguë et la douleur chronique ?

Daniel: D’un point de vue des mécanismes à un niveau supérieur, au niveau du cerveau, elles sont pratiquement identiques. J’ai beaucoup de patients qui disent « les médecins ou les gens disent que la douleur est dans la tête ». Oui, la douleur elle est toujours dans la tête. Le processus de douleur, il est toujours un output, donc c’est quelque chose qui « ressort du cerveau ». C’est comme une action. Je bouge donc il y a un ordre qui me fait bouger les membres. La douleur, c’est exactement la même chose. Donc, ce n’est pas « quelque chose qui rentre, mais quelque chose qui ressort ».

Juliette: C’est donc un message neurologique, qui ressort du cerveau.

Daniel: Un message qui ressort, mais qui dit attention. Au niveau aigu, lorsqu’on teste localement la zone de la blessure, on identifie des médiateurs inflammatoires. Ce sont des petits composants qui vont stimuler l’inflammation. L’inflammation est positive parce qu’elle va créer la régénération tissulaire. Cela va créer la cicatrisation, etc… Et cela va amener à finir l’agression. Ce processus prend 72 heures.

Daniel: Après, il y a d’autres mécanismes qui perpétuent la douleur. Ils sont souvent associés à des facteurs de perception, de peur. Ainsi qu’à des éléments liés au fait que cette agression a aussi une base, un contexte cognitif, qui permet de prolonger cette douleur. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire par exemple : « J’ai entendu mon voisin dire qu’a une entorse de la cheville, sa jambe a été amputée. Une histoire comme celle-là va potentiellement engendrer une peur, associée à cette blessure, à cette entorse. Et cela va potentiellement créer un effet nocebo.

L’effet nocebo correspond à l’apparition d’effets indésirables bénins, d’origine surtout psychologique, après administration d’un médicament inactif ou qui ne peut lui-même produire ces effets. (Par analogie avec l’effet placebo).

Définition du Larousse

Daniel: Autre exemple : J’ai entendu quelqu’un dire qu’un membre de sa famille est mort d’un problème cardiaque, alors qu’il se plaignait de douleurs dans la poitrine. J’ai un problème au niveau de la côte et je sens une douleur dans la poitrine. Rapidement, cette douleur va être très amplifiée. L’expérience de la douleur sera augmentée à cause de cette peur. Cette peur peut aussi prolongée cette douleur. En effet la peur est aussi quelque chose qui nous protège. Quel est le problème après ? C’est comment on va résoudre ce problème.

Juliette: D’où l’intérêt de prendre un peu de recul par rapport à ces problématiques ou sa douleur. D’où l’intérêt aussi de rassurer les patients sur leurs douleurs et d’avoir un minimum d’empathie. Même si les douleurs sont amplifiées par des causes psychologiques pour des événements extérieurs ou personnels, si on dit aux patients que « c’est dans la tête », on cultive un peu le fait qu’ils s’enferment dans cette douleur et dans leurs propres croyances. Je pense qu’on a aussi un rôle en tant que physiothérapeute dans le fait de les faire sortir de certaines croyances, qui sont négatives sur le processus de résolution de la douleur.

Oui c’est dans la tête, mais non vous n’êtes pas fou !

Daniel: C’est important, ce que tu dis. Parce qu’à partir du moment où on dit aux gens, « c’est dans ta tête », il y a toujours cette association : c’est dans ta tête donc tu est en train d’inventer la douleur. Le patien se dit alors, »mais je ne suis pas fou ». C’est cette expérience que les patients me racontent. Mais non, ils ne sont pas fous. Quelque fois il faut qu’on change nos mots, il faut qu’on adapte les mots. Il faut qu’on adapte aussi la façon dont on explique aux gens qu’en réalité : Oui, c’est toujours dans la tête, mais si je suis en train d’arracher la jambe, c’est aussi dans la tête.

L’analgésie du champ de bataille et les douleurs fantômes

Daniel: On a des textes très intéressants qui apparaissent après la guerre du Vietnam. On a commencé à parler de neurophysiologie de la douleur, et de l’analgésie du champ de bataille. Des soldats qui avaient subi des tirs sur les jambes, continuaient à courir malgré leurs blessures. Le cerveau avait décidé que sauver sa vie était plus important que définir qu’il y avait une douleur. Donc, oui, c’est toujours le pouvoir du mental. Même si il y aussi plein d’autres choses.

Daniel: Tout le monde connaît sûrement les douleurs fantômes des membres amputés. Le membre il n’est plus là et la personne continue à sentir ce membre qui fait mal. Donc oui, c’est toujours dans la tête, mais cela n’implique pas que les professionnels de santé doivent savoir rediriger le patient en cas de besoin et lui éviter d’effectuer des centaines d’examens. Examens qui au final ne donneront probablement rien, et ne feront qu’augmenter le niveau d’anxiété. Ce qui créera encore plus de problèmes et perpétuera plus de douleur.

A la recherche d’un diagnostic

Juliette: Oui en effet, parfois lorsqu’on se retrouve face à certaines douleurs, on est toujours en train de chercher un diagnostic.

Daniel: Quelque fois on le cherche au mauvais endroit.

Juliette: Cette recherche sans fin de diagnostic est parfois un problème. Personnellement, j’essayais d’expliquer aux patients que les examens complémentaires c’est bien quand on sait exactement ce qu’on cherche. Et même si on sait ce qu’on cherche, quelque part, est ce qu’on a vraiment besoin d’un examen? Parce que le traitement en lui même il ne va pas forcément changer. Par contre, dans certains cas le fait de poser un diagnostic, permet de rassurer, d’avoir enfin une réponse au pourquoi des douleurs, et permet au patient de sortir d’un contexte négatif de questionnements sans réponse. En contre partie parfois il est préférable de ne pas leur poser de diagnostic parce que cela angoisse plus qu’autre chose.

Daniel: C’est une belle question et je suis aussi divisé entre les deux. Il y a des facteurs qui vont faire que la personne aura plus de souffrance, dont le niveau d’éducation.

Juliette: Il y a le niveau d’éducation, mais après, il y a le vécu personnel ?

Daniel: Quand je parle éducation, c’est le niveau de développement ou le niveau intellectuel de la personne. C’est un facteur qui va contribuer dans le bon, ou le mauvais sens. Donc soit la personne comprend très bien tout ce qui se passe, et a un peu cette compréhension de la neurophysiologie, soit ce n’est pas le cas. Cela peut aussi être notre rôle d’éduquer la personne. Cela peut aider la personne a aller dans le bon sens. Mais lorsqu’on revient au fait de ne pas avoir de diagnostic, si cette personne est très loin du médical, et a très peu d’idée de comment cela se passe, elle va toujours se dire : « Mais personne ne sait ce que j’ai. J’ai sûrement le pire ». Dans ce cas là l’absence de diagnostic est très probablement catastrophique.

Intérêt des examens complémentaires (IRM, Radio, …) ?

Juliette: Mais le problème, c’est qu’on trouve souvent aux examens des choses que les patients interprètent comme catastrophiques. Ce qui est compliqué, je comprends que certaines personnes ont besoin d’un diagnostic, car elles ont besoin d’une réponse à leur question. Mais lorsqu’elles sont très, très loin du médical, elles dramatisent tout. Sur une hernie discale, c’est la fin du monde, alors que pas du tout. On a si cela se trouve toi et moi des hernies discales. Et c’est ça aussi le problème. Je pense que l’on a un rôle d’accompagnant. Le fait de rassurer et d’expliquer que la douleur est réelle. Mais aussi parfois de leur expliquer qu’on n’est pas toujours obligé de faire de diagnostic, car cela finit par un tourisme médical. Il est pour moi important de leur dire que le principal, c’est de bouger, et d’essayer d’atténuer la douleur. Il est important que l’on trouve des choses pour que votre organisme évolue. Je pense que c’est propre à chacun, à chaque thérapeute, à chaque patient, il faut s’adapter.

Daniel: Alors il y a plein de choses qui sont en train de se passer au niveau de la recherche scientifique, en ce moment. Et c’est intéressant de comprendre, peut être que je me trompe, qu’il existe entre la recherche et la pratique 17 ans de différence. Donc, pour ceux qui sont en train de rechercher maintenant ou depuis 5 ans, on a encore une dizaine voir une vingtaine d’années avant que les résultats n’arrivent dans la pratique de tous les professionnels de santé. C’est ce que j’explique aux patients qui disent « mais pourquoi jamais personne ne m’a dit ça? ». Mais c’est normal, cela prend du temps parce qu’il faut être toujours sur le sujet. Et il y a plein de sujets sur lesquels on est, donc tout le monde ne peut pas être sur ce sujet en particulier.

Daniel: Les recherches universitaires, citées dans des articles qui ont été publiés sur le sujet de la douleur, ont exposé à l’IRM, pas seulement des patients, mais aussi des gens considérés comme sains. Pour chaque tranche d’âge, ils ont découvert qu’il y avait une quantité de hernies, de fractures, de fractures consolidées… Il y avait des arthrose gigantesques … Au niveau de la recherche sur le genou, ils ont découvert que l’arthrose du genou n’est pas associée à la douleur. Il y a donc des gens avec de grosses arthroses, mais avec une bonne mobilité, une bonne forme, un bon équilibre et qui ne souffrent pas forcément de douleurs.

Daniel: De plus en plus, on commence à comprendre qu’en réalité l’image du corps, ce n’est pas comme la voiture qui, lorsqu’elle a une pièce un peu rouillée, il faut la changer car sinon elle ne marche pas. La question est : Est-ce que la structure a ce qu’il faut pour gérer les défis, pour faire face à la gravité, pour faire face à l’impact sur le sol? A-t-elle aussi un système nerveux capable de gérer tout l’ensemble? Si on ne se pose pas ces questions on va continuer à poursuivre, les recherches par les examens. On finira soit par trouver quelque chose et créer plus de nocebo, alors que les études démontrent qu’il n’y a pas vraiment de corrélation. Attention, il y a des cas où, Oui, il faut une chirurgie immédiate, mais cela représente 1 – 2%.

Juliette: Dans tous les cas, c’est au médecin de déterminer si on doit faire des examens complémentaires. Souvent, la population, ou même nous entre tant que physiothérapeutes, on veut demander une radio, une IRM ou d’autres imageries. Mais ce n’est pas à nous de déterminer si on doit faire un examen complémentaire puisque, dans la plupart des cas, cela ne va pas changer notre traitement.

Juliette: En contrepartie, il est vrai qu’on a souvent la curiosité d’avoir des images. Mais au final, les images, c’est parce qu’on aime bien voir. On a été éduqué comme ça, or ce n’est pas toujours représentatif. C’est donc au médecin de déterminer si pour lui, d’un point de vue purement médical, il a besoin d’avoir des images pour rechercher autre chose ou pour déterminer une chirurgie éventuelle.

Daniel: Je pense que l’idée et ce qui est proposé, c’est que les examens complémentaires sont là pour potentiellement voir les drapeaux rouges, les « red flags ». Pour être sure qu’il n’y a pas une maladie qui va mettre en cause la structure ou la personne. En voyant les images on peut interpréter, comprendre le chemin que la personne a pris dans la recherche de stabilité et donc les potentiels dégâts créés. Mais ces dégâts ne correspondent très probablement pas à la douleur. Souvent, ils correspondent à une conséquence de ce qui a crée la douleur.

Juliette: De toute façon, il y a toujours cette notion d’adaptation. Il est intéressant de fait un bilan pour savoir quels sont les déficits qui ne nous permettent pas de tenir debout. Et puis après, on essaye de s’adapter. Le corps est toujours éternellement adaptable. Evidemment quand on est jeune, c’est plus facile, mais l’objectif à tous âges est de s’adapter. Maintenant, quand on a une douleur chronique, je pense que l’objectif est d’atténuer cette douleur, mais surtout de récupérer de la mobilité pour ainsi amener de l’adaptation. Si on ne fait que du passif et qu’on ne fait que de l’antalgique, au final, on n’aura jamais d’adaptation à la mobilité et il n’y aura jamais de renforcement.

Les thérapies passives sont peu conseillées

Daniel: En ce moment, tout ce qui est thérapie passive n’est presque pas conseillé. Donc toutes les guidelines sur les différentes pathologies, il y a très peu d’interventions passives qui sont recommandées. Je suis spécialiste en thérapie manuelle (thérapie passive), j’en fais donc beaucoup et cela amène une action sur le système nerveux. On arrive à changer des perceptions, mais notre traitement doit être majoritairement éducationnel. On doit aider la personne à comprendre. Ce n’est plus l’éducation du « Back School » comment à l’époque, où on apprenait à la personne que : ça c’est votre vertèbre, ça c’est votre disque cassé, et ça c’est vote hernie qui explose en arrière quand vous vous penchez en avant. Non, non, c’est plutôt quelque chose où on rassure la personne en lui disant que son corps est robuste et résilient.

Daniel: Si vous faites les bons choix chaque jour, et si vous faites les bonnes actions, le corps va réagir dans le bon sens. Evidemment cela ne se fera pas du jour au lendemain. Vous n’allez pas voir la guérison du problème demain, mais peut être d’ici 3 mois, 6 mois, une année. Cela dépend aussi de la longueur de problème. Vous serez beaucoup plus fort, beaucoup plus capable de gérer la gravité, le mouvement descend-monter. Et en fait, c’est ça qu’on veut. On veut que la personne soit fonctionnelle, autonome et possiblement sans douleur. Il y a des cas où la douleur va persister, mais ça, ça rentre dans autres choses.

Vivre avec la douleur

Juliette: . J’ai eu des patients qui avaient vraiment « raison d’avoir mal » c’est à dire que mécaniquement il y avait de gros problèmes. Cette situation allait de toute façon en s’empirant pour cause de dégénérescence. Il s’agisait de patients très actifs, qui s’entretenaient comme ils le pouvaient. Malgré tous les efforts et toute la volonté, la douleur persistait. Ils décrivaient une douleur forte constante. Ces patients donnaient l’impression qu’ils s’étaient adaptés à la douleur. Ils ont une douleur forte, mais en fait, ils vivent avec …

Daniel: Alors plus on bouge, plus on a des mécanismes internes qui sous-pressent la douleur. Pourquoi les gens ont encore la douleur? Ça serait intéressant de comprendre, mais quelquefois, certains types de problèmes créent une potentiation à long terme des nerfs. Donc un nerf qui au début envoie une message, imaginons avec 10 chaines dues à certains processus, il peut passer à 20, 30, 40 ou 100 chaînes. Donc avant, il y avait un stimulus qui envoyait une information qui était interprétée comme une douleur seulement si il y avait beaucoup beaucoup d’information. Maintenant, beaucoup d’informations arrivent avec un minimum de stimulus. Il suffit de respirer pour envoyer déjà toute cette information. Parce que le nerf qui envoie l’information, indique comment la structure se présente, et envoie beaucoup trop de stimulus. Et cela peut se situer au niveau périphérique (et au niveau central), le nerf qui monte depuis la pointe du doigt jusqu’à la moelle et après de la moelle vers le cerveau. Cela peut aussi se passer dans le cerveau au niveau des nerfs de liaisons. Tout ça peut vraiment être un changement physique. Il est important de comprendre cet élément, parce que lorsqu’on dit que c’est dans la tête, oui c’est dans la tête, mais biologiquement, il y a un changement.

Juliette: Il y a donc aussi une adaptation neurophysiologique.

Adaptation neurophysiologique à la douleur

Daniel: Il y a une adaptation neurophysiologique, à sentir mieux la douleur. Les gens deviennent donc super capables de sentir la douleur. La meilleure image, c’est l’image des gens qui commencent à conduire. Au début, on est très mal à l’aise, on doit être très attentif. Et au bout d’une année, il y a des gens qui conduisent avec une main … Donc le cerveau s’adapte et il y a certains contextes qui permettent à la personne de devenir très adaptée à sentir la douleur.

Juliette: Donc, ils sont adaptés d’un point de vue négatif ? Ce n’est jamais positif ?

Daniel: Normalement, c’est positif. La majorité des gens s’adaptent très positivement. On a une douleur, on stimule le point de la douleur, et le cerveau comprend qu’il n’y a pas de risque, pas de danger, donc la douleur diminue. Là, c’est la magie du cabinet où on fait 1-2 thérapies et hop il n’y a plus de douleur. C’est exactement ça, on fait en sorte que le cerveau s’adapte. Mais là dans ce cas il n’y a pas cette potentialisation à long terme. Quand on rentre dans une pièce qui sent mauvais, on la ressent très fort. Il y a une alerte au cerveau, qui nous dis qu’on va peut être mourir à cause d’un gaz. Mais à partir du moment où le cerveau décide qu’il n’y a pas de danger, on ne le sent plus et on s’adapte. Ça, c’est l’adaptation positive.

Daniel: L’adaptation négative est normalement en rapport avec des peurs, ou avec des facteurs émotionnels, etc … qui peuvent augmenter et potentialiser cette douleur, parce que je dois être vraiment très attentif à cette douleur au début. Peut être que je ne le veux pas, mais il y a des choses qui se passent d’un point de vue non rationnelle. C’est notre inconscient qui est en train de rouler. Souvent, on ne peut rien faire, sauf changer la perception, la cognition. Mais si on ne change pas, il y a le pilote automatique et on va développer, on va potentialiser cet apprentissage à sentir la douleur. Ainsi on ressent mieux la douleur et la douleur reste. Après, il y a des gens qui ont un processus mental très fort. Et là, oui, c’est la force du mental qui joue. Ils arrivent à supprimer, à sous-presser le dérangement que la douleur amène à leur vie, même en continuant à la sentir.

Juliette: Ils se concentrent plus sur la mobilité, sur leur vie, et moins sur la douleur ?!

Daniel: C’est ça que les grands chercheurs des douleurs chroniques sont en train d’étudier. Lorsque la vie s’est la douleur, tu dois augmenter ta vie, et donc tu dois commencer à avoir plus de contacts sociaux, avoir plus d’interactions, avoir plus de choses à faire. Ainsi, tu as une vie au delà de la douleur et ta vie n’est plus seulement de la douleur.

Le coaching et la communication

Juliette: On a envie de parler de coach mental à ce moment là.

Daniel: On en fait c’est ça. C’est la nouvelle définition de la profession, on devrait éduquer, coacher. On est censé savoir des choses, mais notre formation de base ne nous forme pas assez sur ce point. Peut être que c’est mieux pour les nouveaux diplômés ?… Cela devrait être un des outils de tous les professionnels de santé. La communication devrait être quelque chose de très, très, très important. Je pense que cela va évoluer dans l’avenir.

Juliette: Oui ça évolue. Même chez les médecins, ils parlent beaucoup plus. Les physiothérapeutes expliquent aussi beaucoup plus les choses.

Daniel: Il faut avoir la capacité d’aider les gens à changer de comportement. On ne doit pas forcer la personne. On doit être capable, disons plutôt que cela serait bien si on arriverait à aider les gens à faire une transition, à changer leurs comportements, à changer leur perception du monde face à ce problème de façon à pouvoir marcher en avant. Il y a quelque chose de très intéressant que j’utilise : Lorsque les gens disent « J’ai fait un truc que je n’aurais pas dû, une intervention par exemple. J’ai fait une bêtise, j’y suis tombé, je me suis cassé… ». Je leur répond « ok, ça, c’est dans le passé, on peut rien changer. Mais qu’est ce qu’on peut faire maintenant?

Qu’est-ce qu’on peut faire MAINTENANT ?

Daniel: Et Là, on revient sur ce que tu disais tout à l’heure. On veut un diagnostic? Oui, c’est bien pour apaiser la tête. Mais de plus en plus, on ne cherche plus la cause des douleurs. Par exemple dans le cas des douleurs lombaires non définies, on ne cherche plus la cause. Pas parce qu’elle n’existe pas, mais parce que probalement, on n’arrivera pas à l’identifier. De plus, il est probable qu’on s’en sortira sans avoir besoin de la connaître. Il faut toujours aider la personne à avoir une vision dans le futur. Qu’est ce que je peux faire aujourd’hui? Et qu’est ce que je dois faire chaque jour pour changer ma souffrance dans le futur? Au lieu de qu’est ce qui m’est arrivé dans le passé?

Juliette: Mais au final, tout est multifactorielle ? On réalise qu’il y a le mental, qu’il y a la force, qu’il y a énormément de choses. Or un diagnostic est sensé être précis …

Les diagnostics sont en train de changer

Daniel: Les diagnostics sont aussi en train de changer. C’est un fait très intéressant. Avant, on avait plein de diagnostics de l’épaule. Maintenant, on parle de douleur antérieure de l’épaule, peu importe ce que tu as précisément. Les codes qui existent maintenant sont des codes de douleur antérieure de l’épaule, de douleur antérieure de genou. Ce n’est plus, syndrome fémorpatellaire, tendinite du sus-épineux etc. On en revient au grec, on en sait rien en fait. Mais on sait plus ou moins comment vous aider.

Juliette: Je vois, on arrive avec la prescription « rééducation genou ». Je ne dis pas que ce n’est pas bien, mais ça dépend… Moi, j’ai eu des prescriptions … Là c’est un petit message pour les médecins. J’ai eu une prescription de rééducation genou, le monsieur sortait de l’hôpital n’avait pas d’attelle, il venait de se faire opérer, et il m’expliquait qu’il avait eu une greffe. Moi, je suis pour « rééducation du genou ou pathologie du genou », mais avec un compte rendu en post-opératoire.

Daniel: Je suis d’accord. Mais là, quand je parle de cette évolution de diagnostic, c’est les diagnostics musculosquelettiques, pas orthopédiques. Dans le cas d’un patient avec une chirurgie orthopédique, là, j’ai besoin de toutes les informations possible.

Juliette: On pourrait faire avec le minimum. Maintenant, c’est que dans la poursuite du traitement qui a été fait, pour respecter le traitement qui a été fait, on a qu’en même besoin d’avoir les indications.

Daniel: Plus on a d’informations plus les résultat de la chirurgie seront bons. C’est un travail d’équipe. Donc pour que le résultat du chirurgien soit top, il faut que l’information soit bonne, pour que la suite soit bonne.

Les douleurs post-opératoires

Juliette: Là aussi, il y a une histoire de coaching. Dans le sens où il y a souvent des douleurs post-opératoires. Après l’opération, les patients ont l’impression qu’ils se sont fait opérer, et que par magie tout doit fonctionner. Je me suis déjà entendue dire « la chirurgie n’a pas fonctionné ». Non, la chirurgie a fonctionné. Le problème, c’est qu’après, il y a du travail à faire.

Daniel: Il y a d’autres sources de douleurs qui probablement n’ont pas été changées par la chirurgie parce qu’elle n’était pas censé le faire.

Juliette: La chirurgie a stabiliser et réglé certaines choses. Maintenant, il faut réadapter le corps et poursuivre. Le chirurgien n’a fait que la moitié du travail.

Daniel: Tout à fait. Et là, j’aime bien parler aux gens avec des images simples à comprendre. Je leur explique qu’il y a tous les composants péri-articulaires : la capsule, les ligaments, les bourses, … Souvent, même avant la chirurgie, ce sont ces éléments qui provoquent la douleur. Donc, quand il y a le changement (l’opération), la douleur qui vient de ces structures peut continuer. Il y a aussi la douleur de la cicatrice par exemple. Il y a plein de douleurs … j’explique au patient que maintenant, toutes les fibres qui sont là ne sont pas encore adaptées à leur nouvelle façon d’être. Il faut recalibrer le cerveau. Il y a l’installation d’une nouvelle pièce dans leur ordinateur. C’est une nouvelle pièce d’hardware, mais vous ne commencez pas à l’utiliser d’abord. Avant ça, vous allez installer le software pour que ça roule bien. On aimerait sortir de la chirurgie avec un programme déjà installé. Peut être dans le futur, mais pas encore. Il faut l’exposition graduelle au mouvement. Il faut l’action, l’activation musculaire, il faut tout ça. D’une façon correcte, de façon à ce que la douleur commence à s’exténuée. Il faut que ce signe d’alerte qui indiquait qu’il y avait un problème, commence à être compris par le cerveau. Que ce dernier se dise OK, là, je comprends, ce n’est pas si grave. Et à chaque jour qui passe, l’information qui arrive, « ce n’est pas si grave », va transformer quelque chose qui était une douleur, en une sensation de position, une sensation de contraction. La sensation normale qui devrait venir de cette structure. Il est donc très important d’avoir la capacité de coacher, de dire c’est comme ça maintenant, mais avec les bonnes décisions chaque jour de la personne les choses iront de mieux en mieux. C’est beaucoup de responsabilités pour le patient, et c’est le grand problème. Souvent, les gens sont beaucoup, beaucoup, beaucoup sur le passif. J’attends que quelqu’un me guérisse. Et ça, ça n’existe jamais. Aucun professionnel de santé ne va guérir la personne. C’est la personne qui va se guérir elle même avec ses comportements, avec la bonne bouffe, avec une bonne activité physique, avec une bonne prise de conscience de son état mental.

Soutien psychologique et pro-activité

Daniel: Quand on parle des athlètes de hautes compétitions, on parle souvent de coach mental, pour performer. Si on réalise qu’un athlète a besoin d’un coach mental pour atteindre les sommets, pour passer les Jeux olympiques, … On réalise que tout le monde a besoin aussi de gérer son niveau de stress, de gérer ses anxiété, de gérer ses émotions pour pouvoir passer certains défis. Peut être que ces Jeux olympiques, c’est une blessure. Et cette blessure, peut être qu’elle va amener de positif. Cela va transformer la vie de la personne. Mais pour cela il faut souvent un soutien. Pas quelqu’un qui vient changer votre vie, mais quelqu’un qui aide, qui donne un support.

Juliette: C’est pour ça que, pour moi, les patients doivent être proactifs. Après, il faut savoir se diriger et demander de l’accompagnement auprès de différents thérapeutes, qui chacuns ont leurs compétences.

Daniel: Toujours, sans la proactivité, probablement qu’il n’y a pas résolution du problème.

Aucun professionnel de santé ne va guérir la personne. C’est la personne qui va se guérir elle même avec ces comportements, avec la bonne bouffe, avec une bonne activité physique, avec une bonne prise de conscience de son état mental.

Juliette: On le voit sur des chirurgies simples,une prothèse de genou par exemple, qui présentent de belles douleurs post-opératoires. Si la personne se retrouve avec un thérapeute qui ne fait que du passif, sans un accompagnement psychologique, c’est à dire motivationnel, sans un coaching actif pour inciter à la marche. Et sans rassurer sur le manque de flexion qui va et doit s’améliorer par la suite. Au final, on peut nous même, en tant que thérapeute, enfermer le patient dans un système douloureux. Je pense qu’on a vraiment un rôle important dans le fait de motiver et de soutenir positivement les patients surtout en post-opératoire. La population est vieillissante. Beaucoup de personnes sont passives, et certaines attendent trop longtemps avant de se faire opérer quand la chirurgie est préconisée. Mais si derrière, en plus, elles n’ont pas quelqu’un de motivé pour leur dire bon maintenant on repart quasi de zéro. Vous avez un nouveau genou, tout va bien se passer, mais il faut travailler et avancer. On peut aussi avoir une part de responsabilité sur des douleurs qui s’installent insidieusement.

Daniel: Oui, c’est la logique, si je ne fais pas du bien, peut être que je suis responsable de faire du mal. Mais ça, c’est un petit peu plus philosophique. Il y a les composants de nocebo, la création des croyances qui vont être nocives. Et la croyance, les croyances : il faut être trop conservateur, il ne faut pas bouger… sont souvent négatives. On doit connaitre la limite. C’est pour ça qu’il est très, très important de communiquer et de savoir jusqu’où on peut aller. Normalement, je demande quelles sont les limitations, qu’est ce qu’on peut ne pas faire selon les chirurgiens? A part ça, on fait tout et on va exposer de plus en plus le membre opéré. Si on va dans le sens de dire aux gens, en fait, il ne faut pas trop bouger, on risque d’amener la personne à être limitée.

La télémédecine en physiothérapie

Daniel: Mais là, c’est bien parce que tu m’amène à faire un petit coucou aux gens qui n’ont pas encore compris l’évolution de la physiothérapie, qui n’ont pas compris que la télémédecine en physiothérapie est aussi efficace. Il y a plein de pays qui sont en train de le démontrer. Le physiothérapeute est un gestionnaire du programme de réadaptation. Je peux demander à la personne : Qu’est ce que vous avez fait? Je change son programme et elle le fait, et ça, ça fonctionne. Ça, c’est plus important que la personne qui vient pour se faire masser 30 minutes. Le plus important, ce sont les 5 minutes où le physiothérapeute discute et explique. Le moment où il dit OK, Quel est votre programme de renforcement? C’est ça? OK, c’est en train d’aller dans le bon sens. Il faut faire ça, ça, ça et ça. Ces 5 minutes où la connaissance du physiothérapeute est transmise au patient, c’est le moment le plus important. C’est cette évolution de la perception de la profession qui doit se faire.

Juliette: Je suis d’accord avec toi. Et c’est pour ça que nous, les physiothérapeutes, avec les entraîneurs sportifs, avec les coachs, etc. On a quand même passablement de points communs, avec des connaissances différentes, certes, mais il y a qu’en même des regards qui se regroupent. En contre partie, je ne suis pas contre la télémédecine en physiothérapie. Mais je considère qu’il faut pouvoir être confronté à des patients qui ont déjà un certain bagage de connaissances: un gainage bien positionné, un engagement du transverse bien réalisé ou certaines positions déjà bien connues quand on va faire certains exercices. Personnellement, au départ j’utilise beaucoup le touché pour faire sentir le bon positionnement au patient.

Daniel: Alors tout à fait. Je parle de gestion de cas.

Juliette: Oui mais c’est vrai que si tu ne les as pas déjà vu avant c’est compliqué.

Daniel: Tu arrives à aider dans le pire des cas. J’ai déjà fait des consultations avec des amis et de la famille à distance. Il faut questionner la personne : Qu’est-ce que tu as, qu’est-ce qui s’est passé ? Qu’est-ce que tu dois faire?Recueillir des informations comme on peut : montre moi une image, montre moi un film. D’un point de vue clinique, avec mes patients, je préfère être présent et voir. Mais ce n’est pas impossible d’avoir un suivi dans certains cas.

Juliette: Il faut que les patients sont aussi terriblement proactifs et concentrés. Cela signifie que le patient en face doit vraiment être à l’écoute et comprendre ce qu’on est en train de lui demander. Il n’y a personne pour le toucher et lui dire non, tu vois bien que tu n’est pas en train de contracter ta cuisse. Et c’est là aussi où on se rend compte des limitations par rapport aux connaissances physiques. Sur un sportif, je considère qu’il n’y a aucun problème. Mais par contre pour le commun des mortels, serrer un quadriceps, … il ne sait pas ce qu’est un quadriceps. Faire un squat, ce n’est pas si simple!

Daniel: C’est là que c’est important de comprendre : Il y a le fait de dire, « ça ça n’existe pas », et le fait de dire, « c’est possible de le faire ». Il faut trier les cas. Les personnes qu’on considère être capables de bénéficier d’une consultation à distance et celles qui ne le peuvent pas. J’ai des collègues pendant le COVID dans d’autres pays, qui ont fait avec des sportifs des consultations en post-opératoires par caméra. C’étaient des pays où les choses étaient beaucoup plus fermées (en comparaison à la Suisse) et ils ne pouvaient pas consulter en présentiel. Or il était très important de continuer la récupération. Cela a eu un énorme succès. Je pense que probalement, on va voir dans les résultats de la recherche sur ce type d’intervention dans un futur proche.

Juliette: Au final si on a la volonté, tout est faisable.

Daniel: Ça, c’est la question. Mais quelquefois, c’est à nous de comprendre qui est la personne en face de nous et comment elle va réagir. Peut-être qu’avec cette personne cela ne va pas marcher. Il faut qu’elle soit là avec nous, il faut qu’on la touche pour qu’elle sente tous les petits détails qu’on lui explique (Corrige ici, corrige là,…).

Juliette: En présentiel c’est quand même plus simple, je trouve. Après, à distance, il y a moyen comme tu dis selon les cas.

Daniel: C’est selon les cas. Tout ça pour dire que notre rôle, en tant que physiothérapeute, selon l’évolution de la profession, sera beaucoup plus à travers la connaissance et l’éducation. Une aide à gérer et à comprendre, ce que la personne doit faire. Il y aura toujours le toucher, mais avec une part moindre. Le physiothérapeute sera de moins en moins un thérapeute qui ne traite que par le toucher.

Juliette: L’éducation thérapeutique, on en parle depuis des années.

Daniel: Oui, mais elle a changé, elle a évolué. Maintenant, il s’agit plutôt de choses simples. A l’époque, c’était : Je te montre les neurones, je te montre et t’explique la chimie. Les gens, ce n’est pas ça qui les intéressaient.

Juliette: Ce n’était pas des outils qui étaient adaptés aux patients.

Daniel: La personne, elle doit comprendre qu’il y a quelqu’un qui a la connaissance, le professionnel de santé. Elle n’a donc pas besoin d’aller faire en cours universitaire. Elle a besoin de quelqu’un qui lui explique pourquoi elle a la douleur, ou pourquoi potentiellement elle a la douleur, et quel est le chemin à suivre. Elle doit se sentir rassurée et accompagnée.

Spondylarthrite ankylosante et sport

Daniel: Si tu permets, j’ai deux cas très intéressants de deux jeunes filles avec une spondylite ankylosante. C’est une maladie rhumatologique génétique. A 23-24 ans, les gens ont des douleurs inflammatoires du matin au soir. On observe les dégâts de la maladie à l’IRM, on y voit le changement du corps. Avant, la vision du thérapeute était qu’on ne pouvait pas changer cette situation pour les patients atteints. Il y a quelques médicaments, mais je ne suis plus à jour à ce niveau. L’important chez mes deux patientes, c’est que leurs capacités mentales ont changé. Actuellement une de ces patientes, est professeur de Pilates. Elle a ouvert un studio de Pilates et aide les gens avec des douleurs à passer au delà à travers l’activité physique. Elle a réussi à faire le changement dans sa tête et à dire bon, j’ai un problème qui me donne une douleur, mais plus je bouge, mieux je me sens.

Juliette: Elle est professeur de Pilates, et elle a une spondylarthrite ankylosante, c’est à noter. C’est une pathologie qui peut être lourde et en contrepartie, elle est qu’en même professeur de Pilates !

Daniel: Et l’autre? Elle m’a envoyé une photo ou elle faisait La Patrouille des glaciers. Comme quoi, le niveau du handicape est souvent défini entre autres par notre croyance et par notre vision. Donc, on peut tout faire, même si quelquefois le chemin est difficile à trouver.

Intérêt du suivi psychologique

Juliette: C’est pour ça que les thérapeutes ou les professionnels autour sont là pour diriger, accompagner. Pour que le patient puisse faire un choix vraiment éclairé. Qu’est ce que j’ai envie de faire ? Au final vous pouvez tout faire ! Maintenant, qu’est ce qui vous plaît le plus? On discute et on y va progressivement . Par contre est-ce que tu es d’accord avec moi sur le fait qu’à partir du moment où on a des douleurs chroniques ou des pathologies un peu lourdes, il est intéressant de se faire suivre au niveau psychologique?

Daniel: Honnêtement, je trouve qu’il y a un problème dans le système. Ici en Suisse, moins heureusement. Mais cette idée que le psy, c’est juste pour les fous. Ça, c’est complètement faux. Aujourd’hui, avec notre société, je pense que tout le monde devrait avoir un psy de famille. Tout le monde devrait avoir quelqu’un qui l’aide à gérer, toutes les choses qui nous arrive. C’est quelque chose qui est absolument nécessaire. Une personne qui nous donne un soutien psychologique, pour nous aider à comprendre ce qui se passe, et pour nous aider à passer au-delà.

Juliette: Et a accepter aussi.

Daniel: Il y a des gens qui ont une capacité déjà innée ou qui ont déjà appris a gérer un ensemble de problèmes et d’émotions. Et il y a les autres, qui ont de la peine. Parce qu’ils n’ont jamais appris, ou parce que leur système d’éducation les amène exactement dans le sens contraire à une évolution positive. Ceux là n’ont pas les ressources. Oui c’est absolument nécessaires. Et il faut démystifier l’aide psychologique. Et il faudrait s’appuyer plus dessus. Probablement que cela coûterait beaucoup moins cher en examens et en certaines thérapie.

La douleur du sportif

Juliette: Je pense que sur des douleurs chronique, le psy est super intéressant. Surtout si on travaille en équipe, et si on est tous dans la même dynamique. C’est à dire de redonner du mouvement et de la fonctionnalité à la personne, et pas seulement se canaliser sur il faut d’enlever la douleur. La douleur fait aussi partie de la vie quelque part. Et là, je pense par exemple aux sportifs. Chez eux, la douleur, c’est quelque chose qui n’est pas anormal.

Daniel: Non, ils ont toujours mal.

Juliette: Le fait d’aller courir et le lendemain, d’avoir un peu mal, ce n’est pas anormal. Par contre c’est à nous d’analyser la douleur. Elle représente quoi ? Est-ce que c’est juste des courbatures? Est ce que c’est juste représentatif du travail effectué ou de la fatigue. Est ce qu’elle est importante? Est ce que c’est un système d’alerte ou est-ce que c’est simplement mon corps qui s’exprime?

Juliette: Est ce qu’il y a d’autres choses que tu voulais rajouter par rapport à la douleur?

Des liens d’informations

Daniel: Oui, il y a un site Internet qui est Pain in Motion, ce sont des Belges qui font de la recherche. C’est chez eux que j’ai consommé beaucoup d’informations. Il y a aussi Noigroup, ils sont basés en Hollande. Ils ont fait beaucoup de recherches. Ils ont aussi beaucoup de choses pour les patients, pas seulement pour les cliniciens. Donc, si quelqu’un a de l’intérêt ces deux sites sont hautement recommandés.

Juliette: Merci beaucoup daniel !

L’initiative d’un APA de l’HRC pour faire bouger les patients en chambre durant la crise du COVID

CapRol a voulu interviewer Gabriel Duchemin pour qu’il nous explique l’initiative qu’il a mis en place au sein de l’HRC durant la crise du COVID. Voilà ses réponse à nos questions.

Bonjour Gabriel peux-tu te présenter rapidement ?

Je m’appelle Gabriel Duchemin, j’ai 26 ans et j’ai grandi à Rivaz, au bord du lac Léman dans le canton de Vaud.

Je travaille à l’Hôpital Riviera-Chablais (HRC) en tant que moniteur en activités physiques adaptées et suis dans le service de physiothérapie.

Je suis un mordu de sport, ce qui m’a amené à faire des études en sciences du sport à l’Université de Lausanne durant 5 ans. Ce cursus m’a permis d’acquérir des compétences pratiques et théoriques dans le domaine de la santé. 

Passionné de sport, je touche à tout, que ce soit le triathlon, la gymnastique, l’athlétisme, les sports nautiques, les sports d’hiver, les sports de balles, le trekking, les sports de montagne et j’en passe. 

En somme, j’adore bouger et transmettre cette passion. Je suis également animé par le fait de mener des projets et des initiatives dans le domaine de la santé. 

En tant que titulaire d’un master APAS (activité physique adaptée) comment se fait-il que tu te sois retrouvé à travailler en soins aigus à l’HRC ?

Depuis des années, j’avais à cœur d’apporter l’activité physique et le mouvement en milieu hospitalier. Cela me motive d’autant plus lorsque je vois des patients se remettre à bouger. 

Je pense par exemple aux personnes suivant un programme de rééducation cardiaque qui ne se pensaient plus capables de faire des efforts intenses. Cela leur redonne confiance et leur offre de nouvelles possibilités de faire de l’activité physique à leur niveau, et de façon adaptée. 

Je considère que l’activité physique est un très bon médicament, pour ne pas dire le meilleur.

J’ai par ailleurs longtemps hésité à faire des études en médecine du sport. Ma mère et mon médecin de famille m’y encourageaient fortement. C’est au final ma passion pour le sport qui a fait que j’ai suivi un cursus en sciences du sport et en psychologie. J’ai donc fait un bachelor suivi d’un master, où j’ai pu étudier l’anatomie, la physiologie, la biomécanique, la biologie, la psychologie du sport et autres branches en lien avec la santé humaine.  

Je tenais vraiment à trouver une façon de concilier les domaines du médical et du sport. Le cursus APAS me paraissait être le plus adéquat pour atteindre cet objectif.

La profession est récente en Suisse, le master APAS existant depuis un peu plus de 10 ans. Cela en fait une profession en pleine définition. Il faut savoir se valoriser et monter qu’on a des compétences et un savoir-faire à apporter. 

Durant toutes mes études, l’armée cherchait à me convoquer. Je me suis dit qu’il fallait que je trouve un moyen pour allier l’obligation de servir mon pays avec quelque-chose d’utile d’un point de vue professionnel. C’est pour cela que j’ai choisi de faire un service civil et d’envoyer une demande spontanée à l’HRC. Je leur ai dit que j’avais tels diplômes, telles expériences, des projets à proposer et que j’avais un service civil de 365 jours à accomplir. Ils n’avaient donc pas besoin de me rémunérer. 

J’ai envoyé ma demande à deux hôpitaux et les deux m’ont envoyé des réponses positives, l’hôpital de Lavaux et l’HRC.

On a estimé que mon activité se rapprochait de celle d’un physiothérapeute et j’ai eu des entretiens. Suite à ces entretiens, j’ai immédiatement choisi l’HRC. J’ai fait ce choix par instinct, car j’ai rencontré les responsables physio, des personnes incroyables avec de belles idées. Je suis heureux chaque jour d’aller travailler à l’hôpital et très fier de faire partie de cette équipe extraordinaire que je remercie du fond du cœur. 

Voilà donc comment je me suis retrouvé en soins aigus pour accomplir mon service civil. Comme cela s’est bien passé, j’ai reçu une proposition pour un poste à 100% et c’est top !

Avec quels types de patients travailles-tu au sein de l’HRC ?

La population de patients avec laquelle je travaille est assez variée. Il y a des patients en gériatrie, oncologie, neurologie, pédiatrie, chirurgie, cardiologie, soins palliatifs ou en situation psychosociale difficile. 

La rééducation cardiovasculaire occupe par ailleurs une grande place dans mon emploi du temps. J’ai également des expériences et des futurs projets en santé au travail. 

C’est assez marrant de se dire qu’indirectement, je travaille un peu partout dans l’hôpital. En effet, nous avons créé, en collaboration avec mes supérieurs et le service informatique, deux vidéos d’exercices qui passent chaque heure dans les chambres de l’hôpital. Cela motive bien les personnes à bouger en chambre. Je suis comblé ! 

J’ai la chance de communiquer avec les physiothérapeutes travaillant dans différentes unités. Ils me confient des patients qui ont besoin de travailler spécifiquement sur certains aspects, notamment le renforcement, l’endurance, la relaxation ou certaines modalités de la coordination comme l’équilibre. Il m’arrive de proposer du ludique ou des séances en groupe lorsque j’en ai la possibilité. J’utilise mon imagination pour trouver des exercices stimulant les personnes à faire de l’activité physique. 

Comment est venue l’idée de mettre en place des vidéos pour les patients COVID ?

Durant la période du COVID, j’ai eu la chance de continuer à travailler. C’était important pour moi de lutter contre cette crise à mon échelle en apportant ce que je pouvais. C’est justement de là qu’est parti l’idée de diffuser des vidéos en chambre. Les visites n’étaient pas autorisées et les patients étaient isolés en chambre. Mon rôle fut essentiellement de lutter contre le déconditionnement et d’apporter du soutien moral lorsque le pronostic était mauvais. 

Les personnes hospitalisées bougent fatalement moins à l’hôpital qu’à domicile. Il y a toutes les activités de la vie quotidienne en moins et ils passent facilement 20-22 heures couchés au lit. Perte de force et diminution des capacités cardiovasculaires sont donc des choses fréquentes. La condition physique est susceptible de se dégrader et il est capital que la personne à risque continue de se mobiliser au cours de son hospitalisation.  

Au final, le corps c’est un peu comme de l’eau car tant qu’il y a du mouvement ça va mais lorsque l’immobilité s’installe, ça commence à sentir mauvais. On parle d’eau stagnante qui risque de croupir et c’est pareil pour le corps !

Avant le confinement, on avait émis l’idée, avec mes responsables, d’utiliser les téléviseurs. Il faut savoir que chaque lit dispose d’un écran. On s’est dit qu’il serait judicieux de s’appuyer sur la technologie pour promouvoir le mouvement et l’activité physique. Comme je l’ai dit avant, les personnes hospitalisées sont à risque de se déconditionner. Tu ajoutes à ça l’isolement en chambre et l’impossibilité de recevoir des visites et tu obtiens le parfait cocktail pour ruiner ta santé physique et ton moral. Il fallait agir rapidement et nous avons sorti la vidéo en à peine 10 jours. On s’est très bien coordonnés et on était sur la même longueur d’onde.

Lorsque le COVID est arrivé en tant que soignant as-tu eu des appréhensions, as-tu eu peur du virus ?

Du virus en lui-même pas plus que ça. Bien sûr il faut avoir peur car cela permet d’adopter des comportements adéquats et rationnels pour protéger autrui et soi-même. Sans peur ou à l’inverse en paniquant on fait n’importe quoi et on représente un danger. Il y avait des directives claires et il s’agissait de les respecter.

Personne n’avait vécu ça avant et on parlait de ce virus depuis des semaines. Avec du recul, je me sentais plus en sécurité à l’hôpital qu’à l’extérieur car au moins j’étais face à une personne diagnostiquée donc je prenais des précautions lors des prises en charge. À l’extérieur c’était plus incertain et ce semi-confinement rendait la chose un peu délicate je trouve.

Comment cette initiative a-t-elle été accueillie par tes collègues de l’hôpital et les patients ?

Cette initiative a été très bien accueillie. Les collègues en font régulièrement la promotion en chambre. On a eu les félicitations de quelques médecins qui voient leurs patients faire de la gymnastique au lit. 

Ça me fait toujours plaisir d’aller voir les patients en chambre pour faire la vidéo avec eux. J’ai parfois l’occasion de le faire avec des patients qui sont deux en chambre et on se retrouve à trois à faire des mouvements. Certains patients demandent s’il existe un support pour pouvoir continuer à faire ces exercices à la maison. Je vais donc m’organiser pour les proposer en format papier. Je sais par ailleurs que les exercices sont sur YouTube sur la chaîne « Hôpital Riviera-Chablais ». 

Nous avons finalement sorti une seconde vidéo d’exercices qui fut tout aussi bien accueillie. Je suis ravi de voir l’engouement qu’il y a eu autour de ce projet. Cela me motive à trouver d’autres moyens pour encourager les personnes à bouger !

Que tires-tu de cette expérience ?

Que du positif ! J’ai été très touché par la confiance de mes collègues, je me sens valorisé dans mon travail. Je suis infiniment reconnaissant envers l’hôpital et envers l’ensemble du personnel qui y travaille. Donc à refaire !

Comment as-tu vécu personnellement cette période de COVID ?

Cette période ne fut pas terrible pour moi. J’ai eu la chance de continuer à travailler en apportant tout ce que je pouvais. Mon chef m’a d’ailleurs demandé si je voulais ne pas travailler pendant cette période. J’avais à cœur d’apporter mon aide donc je suis naturellement resté. 

En tant que thérapeute physique, mon activité consiste principalement à agir sur des paramètres qui sont liés à l’aspect moteur, mais il faut savoir que tout un pan de ma formation porte sur les facteurs psychosociaux. Cette période de crise m’a permis de valoriser ces compétences en apportant du soutien aux personnes qui étaient en situation de vulnérabilité sur un plan plus émotionnel.

As-tu d’autres projets à nous partager ?

Oui quelques projets, entre autres développer d’avantage l’activité cardiaque, notamment l’activité ambulatoire. Nous avons d’ailleurs, le 2 septembre 2020, lancé le projet « Benefit » à l’espace santé Valerette (pôle de physiothérapie et d’ergothérapie de l’HRC). C’est un programme de rééducation phase III pour les personnes ayant vécu un évènement cardiaque.

J’aimerais aussi aller plus loin dans un protocole destiné aux patients de 65 ans et plus en proposant des programmes d’activité physique adaptée pour valoriser les capacités de ces personnes dans leur vie de tous les jours. 

J’aimerais encore mener une étude et proposer des initiatives en santé au travail. 

J’ai encore d’autres idées donc je dois continuer à bosser dur. « Un jour en vaut trois pour qui fait chaque chose en son temps ».

Le cholestérol en détails, à priori et vérités

Dans cet article, vous allez apprendre tout ce qu’il y a à savoir sur le cholestérol. Une fois de plus, les choses sont un peu différentes de ce que l’on a bien voulu nous faire croire. En effet, le cholestérol et son métabolisme sont bien plus compliqués que ce que l’on a pensé ces dernières décennies.

Le cholestérol reste un élément important pour la santé et le système cardio-vasculaire, mais contrairement à ce que l’on nous a dit, ce n’est pas le cholestérol total ou le cholestérol de type LDL qui joue le rôle le plus important pour notre santé. Il y a une nouvelle façon de mesurer le cholestérol qui reflète beaucoup mieux le risque cardiovasculaire. Les informations ci-dessous sont en partie tirées d’un ebook du Dr Chris Kresser, The Diet-Heart Myth que vous pouvez trouver ici: https://chriskresser.com/heart-disease/

Nous avons besoin de cholestérol pour notre santé

Mais avant tout, laissez-moi vous expliquer pourquoi le cholestérol est important et pourquoi nous ne pouvons pas vivre sans:

  • Le cholestérol est essentiel au bon fonctionnement de notre corps, on ne peut pas vivre sans cholestérol.
  • Le cholestérol est un des composants des sels biliaires et est nécessaire à l’absorption des graisses.
  • Le cholestérol est un précurseur de la vitamine D ainsi que des hormones stéroïdes et sexuelles comme la testostérone, les œstrogènes, la progestérone, le cortisol et bien d’autres.
  • Le cholestérol est un composant essentiel des membranes cellulaires.

Nous avons en permanence entre 1100 et 1700 milligrammes de cholestérol qui circule dans notre corps:

  • 25% provient de notre alimentation
  • 75% est produit par le foie

La majorité du cholestérol présent dans notre circulation est fabriqué par notre propre corps

Une grande partie du cholestérol contenue dans les aliments ne peut pas être absorbée lors de la digestion.

La plus grande partie du cholestérol présente dans nos intestins a été synthétisée par notre foie puis a été sécrétée dans l’intestin par la vésicule biliaire.

Le corps régule étroitement la quantité de cholestérol présente dans le sang en contrôlant sa production interne. Lorsque l’apport en cholestérol dans l’alimentation diminue, le corps en fabrique plus. Inversement, si l’apport en cholestérol dans l’alimentation augmente, le corps en fabrique moins.

Le cholestérol ne fait techniquement pas partie de la famille des graisses

Le cholestérol est classé dans la famille des stérols. Un stérol est la combinaison d’un stéroïde et d’un alcool. Le cholestérol est liposoluble (soluble dans l’huile mais pas dans l’eau ni le sang) et doit donc être transporté par des protéines spéciales appelées lipoprotéines. Ces lipoprotéines sont classées en fonction de leur densité qui peut être haute (HDL) ou basse (LDL). Les deux classes les plus importantes en relation avec les maladies cardiovasculaires sont les lipoprotéines de basse densité (LDL) et les lipoprotéines de haute densité (HDL). Ces lipoprotéines transportent non seulement le cholestérol, mais également des triglycérides, des vitamines liposolubles et certains antioxydants. Pour cette raison, la concentration de cholestérol que ces lipoprotéines transportent peut varier.

Comment mesure-t-on votre risque cardiovasculaire ?

Les scientifiques ont toujours pensé que c’était la concentration de cholestérol dans les particules de LDL qui était le facteur déterminant dans le développement de maladies cardio-vasculaires. Cependant, des études plus récentes suggèrent que c’est le nombre de particules de LDL présentes dans le sang qui est l’élément le plus important.

Cela a une importance fondamentale en termes de détermination du risque de maladie cardio-vasculaire. En effet, lorsque vous allez chez le médecin pour mesurer votre taux de cholestérol, il est probable qu’il ou elle va mesurer votre taux de cholestérol total, votre taux de LDL et votre taux de HDL. Cela donne une indication sur la concentration de cholestérol (LDL-C) à l’intérieur des lipoprotéines.

Malheureusement ceci n’est pas le facteur qui conduit à la formation de plaque dans les artères, ni aux maladies cardio-vasculaires.

Ce qui devrait être mesuré, c’est le nombre de particules de LDL (LDL-P) présentes dans notre sang. Ces sont ces LDL-P qui donnent une vraie information quant au risque cardio-vasculaire. Ceci est très important, car il est possible d’avoir un taux de cholestérol normal ou même bas tout en ayant un nombre élevé de particules de LDL et donc d’être à risque élevé de maladie cardio-vasculaire, alors que l’on pense que tout va bien. Inversement, il est possible d’avoir un taux de cholestérol élevé mais un nombre de LDL-P bas et donc ne pas être à risque.

Un peu compliqué ? Laissez-moi vous donner une bonne analogie. Imaginons une route, des voitures et des passagers. Les voitures représentent les particules LDL-P (que l’on ne mesure jamais) et les passagers la concentration de cholestérol LDL-C (que l’on mesure habituellement). Les routes représentent les artères et un embouteillage une artère bouchée. Ce qui est important pour éviter un embouteillage ou plutôt ce qui cause un embouteillage, c’est le nombre de voitures (LDL-P) sur la route et non le nombre total de passagers (LDL-C) présents dans ces voitures.

Il a été montré que plus le nombre de composants du syndrome métabolique tels que:

  • L’obésité abdominale,
  • L’hypertension,
  • L’insulinorésistance,
  • Des triglycérides élevés
  • Des HDL bas

sont présents chez un individu, plus il est probable que le nombre de LDL-P soit élevé. Ce qui signifie un risque de maladie cardio-vasculaire plus élevé.

D’autre part, on peut avoir un taux de cholestérol LDL-C élevé avec un nombre de particules de LDL-P bas et avoir un risque beaucoup plus faible.

Si on revient à notre analogie, il y a moins de trafic avec 4000 passagers (LDL-C) dans 1000 voitures (LDL-P) qu’avec 4000 passagers dans 4000 voitures. On peut également avoir un taux de LDL-C plus élevé (8 000 passagers) et un nombre de LDL-P plus bas (2000 voitures) et être moins à risque que dans l’exemple des 4000 passagers dans 4000 voitures. Mais si on va chez notre médecin et qu’il mesure notre taux de cholestérol (LDL-C), il nous dira à tort que c’est trop élevé.

Un taux de cholestérol trop bas n’est pas bon pour notre santé

Des études récentes suggèrent qu’un taux de cholestérol trop bas peut augmenter le risque de décès, en particulier chez les femmes et les personnes âgées. Un taux de cholestérol bas est également associé à un risque accru de maladies, en particulier concernant la santé mentale et les maladies cérébrales.

Voici quelques exemples pour illustrer tout cela:

  • Une étude du Journal of Psychiatric Research a révélé que, les hommes ayant un taux de cholestérol total bas étaient 7 fois plus susceptibles de mourir prématurément de causes non naturelles telles que le suicide ou les accidents, que les autres hommes de l’étude.
  • Dans une étude portant sur plus de 52’000 Norvégiens, les chercheurs ont constaté que les femmes dont le taux de cholestérol total était inférieur à 195 mg / dL présentaient un risque de décès plus élevé que les femmes dont le taux de cholestérol était supérieur à ce seuil.
  • Une étude publiée dans l’American Journal of Medicine a révélé que les personnes de plus de 70 ans dont le taux de cholestérol total était inférieur à 160 mg / dL avaient un risque de décès deux fois plus élevé que celles dont le taux de cholestérol se situait entre 160 et 199 mg / dL.
  • Une étude publiée en 1993 dans The Lancet a révélé que le risque de dépression était 3 fois plus probable chez les hommes de plus de 70 ans ayant un taux de cholestérol bas par rapport à ceux ayant un taux de cholestérol normal ou élevé.
  • Une étude Suédoise a révélé que les femmes avec le taux de cholestérol le plus bas souffraient significativement plus de symptômes dépressifs que les autres femmes dans l’étude.
  • Une étude dans la revue Neurology a montré qu’un taux de cholestérol bas est associé à un risque accru de démence.
  • Un article publié dans le European Journal of Internal Medicine a établi un lien entre un taux de cholestérol bas et la maladie d’Alzheimer.

Que doit-on retenir sur le cholestérol ?

  • Il n’est pas bon pour la santé d’avoir un taux de cholestérol trop bas.
  • Le cholestérol est un marqueur de maladie cardiaque, mais un marqueur n’est pas une maladie.
  • C’est le nombre de LDL-P qui est le meilleur prédicteur de maladie cardio-vasculaire et non le taux de cholestérol LDL-C ou le cholestérol total qui sont malheureusement testés dans la majorité des cas.

Donc la prochaine fois que vous allez voir votre médecin, demandez qu’on vous mesure le nombre de particules de cholestérol (LDL-P). Les deux tests qui existent (aux USA) sont les suivants: Low-Density Lipoprotein Subfraction Profile et NMR particle test.

On continue…

Maintenant que l’on sait que ce sont les LDL-P qui sont importants, voyons ce qui peut élever leurs taux et donc augmenter les risques pour la santé.

Mais avant cela, encore un peu de théorie. Les particules de LDL ne transportent pas seulement le cholestérol; elles contiennent également des triglycérides, des vitamines liposolubles et des antioxydants. On peut imaginer que les LDL sont comme un service de taxi qui transportent des nutriments importants aux cellules et aux différents tissus de notre corps. Donc, si ces particules sont occupées à transporter d’autres choses que le cholestérol, comme des triglycérides par exemple, vous aurez besoin de plus de particules dans le sang pour transporter la même quantité de cholestérol. Et qui dit plus de particules dit… plus de risques! Ça commence à être plus clair ?

Revenons donc à ce qui peut faire augmenter ces particules. Le syndrome métabolique est associé à un taux de triglycérides plus élevé (plus de matière à transporter) et donc à un taux plus élevé de LDL-P (plus de moyens de transport). Une fonction thyroïdienne diminuée est également associée à un taux plus élevé de LDL-P, car l’hormone thyroïdienne augmente l’expression des récepteurs LDL sur les cellules, ce qui augmente la clairance (élimination) des LDL dans le sang. Comme le taux dans le sang est diminué, il faudra en transporter plus pour compenser et donc augmenter les LDL-P. D’autres causes incluent des infections virales et bactériennes qui influencent le métabolisme des lipides, des lésions de la barrière intestinale qui permettent aux toxines de pénétrer dans le sang et ainsi faire augmenter les LDL-P (elles ont une fonction immunitaire) et enfin génétique comme l’hypercholestérolémie familiale.

Pour terminer, voici quelques informations clés tirées d’une interview d’Ivor Cummins

Ivor Cummins est un ingénieur chimiste qui a passé les 25 dernières années à résoudre des problèmes dans le monde des produits de consommation complexes de l’industrie des dispositifs médicaux. En 2013, il a commencé à étudier le cholestérol et le syndrome métabolique et c’est devenu une obsession pour lui. Autant dire qu’il en connait un rayon sur le sujet et ce dans les moindres détails.

  • Plus votre cholestérol est bas, plus votre risque de mourir est élevé
  • Plus votre apport en graisses saturées est élevé, moins vous avez de risque de mourir
  • Le cholestérol total n’est pas un facteur de risque cardio-vasculaire, on peut avoir un taux élevé avec un risque faible de maladie cadio-vasculaire ou un taux bas avec un risque élevé
  • Le cholestérol total n’est pas un marqueur de maladie cardio-vasculaire. Il n’a qu’une association faible, mais pas de causalité
  • Le taux de LDL diminue avec la progression de la résistance à l’insuline (qui est un risque de maladie cardiaque)
  • Le taux de LDL diminue avec la résistance à l’insuline et il est à son plus bas juste avant une crise cardiaque (en raison de la progression de la résistance à l’insuline). Le taux de LDL n’est donc pas spécialement mauvais quand il est élevé au début de la maladie, mais est en revanche très mauvais quand il est plus bas à la fin. C’est pour cette raison que c’est un très mauvais biomarqueur
  • Les personnes qui ont eu une crise cardiaque ont un taux de LDL inférieur à celui des personnes en bonne santé du même âge et du même sexe (étude de 140’000 personnes ayant eu une crise cardiaque)
  • Le calcium dans les artères n’est pas seulement un facteur de risque mais il montre l’état de la maladie dans vos artères. C’est un vrai facteur de risque. Mais il n’a aucune corrélation avec le taux de cholestérol. Le calcium dans les artères peut être mesuré facilement par un CT scanner (coronary calcium scan), mais dont on entend très peu parler…
  • Les ratios tels que le cholestérol total / HDL ou les triglycérides / HDL sont d’excellents prédicteurs de maladies cardio-vasculaires. Le quartile supérieur de ce rapport a 16 fois plus de risque de crise cardiaque que le quartile inférieur. Il est important de noter que ces ratios sont liés à la résistance à l’insuline. Qui a dit que les glucides sont le problème? Moi c’est sur, et vous?

J’espère que cet article vous a intéressé et que vous aurez appris plein de nouvelles choses. Mais surtout, j’espère que cela vous a sensibilisé sur le fait qu’une fois de plus la réalité est différente de nos croyances.

Vous pouvez retrouver sur mon blog d’autres articles sur les sujets à controverses que sont les graisses et les glucides et leur relation avec la santé et les maladies cardio-vasculaires.

L’asthme n’est pas incompatible avec le sport

Définition de l’asthme

L’asthme est une affection fréquente (1 à 5% de la population) caractérisée par une hyper-réactivité des bronches en réponse à divers stimuli. Elle se manifeste par une diminution réversible du calibre des voies aériennes, d’importance variable spontanément et en réponse aux traitements.

L’augmentation de la résistance des voies aériennes est due à une contraction des muscles lisses bronchiques, à un œdème de la muqueuse bronchique, et à l’accumulation de sécrétions.

L’asthme présente:

  • Des muscles lisses hypertrophiés
  • Un mucus abondant, souvent épais et collant
  • Une expectoration blanchâtre souvent peu abondante

Pendant la crise on a une bronchoconstriction au niveau des muscles lisses. Les inflammations répétées à chaque crise d’asthme amènent un remodelage des bronches broncho-pulmonaires. Par conséquent il y aura une variation de la fonction pulmonaire qui deviendra moins importante. On observera une diminution des différents index de façon permanentes.

Le cercle vicieux de l’asthmatique sédentaire

Les causes de l’asthme

Il faut différencier l’asthme intrinsèque et l’asthme extrinsèque. L’asthme instrinsèque correspond à une prédisposition à l’asthme, à une sensibilité accrue. Il a un aspect atopique. L’asthme extrinsèque lui, est dû aux allergènes.

Les allergènes correspondent aux éléments suivants:

  • Poussières
  • Moisissures
  • Pollens
  • Poils d’animaux
  • Certains aliments

Voici les irritants non spécifiques pouvant être la cause d’une crise d’asthme:

  • Air froid
  • Air sec
  • Ou simplement la fumée

Les crises peuvent être provoquées par une exposition aux allergènes ou par l’hyperventilation d’air sec et/ou froid.

L’asthme d’effort

L’asthme d’effort survient surtout pour des efforts de plus de 6min. Il survient surtout dans le cadre d’activité physique où il y a une agitation des poumons (sauts, course, …). Les sports comme la natation sont moins asthmogènes que les sports comme la course à pied.

L’asthme d’effort touche 6 à 13% de la population générale.

Asthme induit par l’exercice = bronchospasme induit par l’exercice = asthme d’effort

  • Est présent chez quasiment tous les asthmatiques (50 à 90%)
  • Apparaît après 6-8 min d’un effort suffisamment intense 
  • Acmé en 5-10 min,
  • Disparaît en moins  d’1 heure
  • A une période réfractaire souvent de plusieurs heures
  • Est réversible sous béta2mimétiques

Les signes cliniques de l’asthme d’effort

  • Toux durant l’effort, hyper-réactivité à la toux
  • Irritation bronchique
  • Wheezing, sibilance
  • Sensation d’oppression thoracique
  • Arrêt de l’activité physique au bout de 10min

Circonstances favorisantes de l’asthme d’effort

  • Effort dans un environnement sec et froid
  • Effort intense et continu, sans échauffement
  • Air pollué
  • Infection récente des voies aériennes
  • Prise de bêta-bloquants
  • Antécédents personnels de bronchiolite dans l’enfance, d’allergies cutanées et de rhinite allergique. Les bronchiolites dans l’enfance sensibilisent les petites bronches.
  • Antécédents familiaux d’atopie ou d’asthme

Prévention de l’asthme d’effort

  • Échauffement: effet protecteur d’environ 40min
  • Efforts intermittents, de moindre intensité
  • Bonne condition physique
  • Air non polluée
  • Environnement humide et chaud (piscine)
  • Traitement pharmacologique

L’échauffement préventif donne une période réfractaire. Il faut Diminuer l’effort submaximal pendant 2-3min, puis s’arrêter (repos), et recommencer. Cet échauffement sans provoquer de phénomène inflammatoire permettra le gain d’une période réfractaire qui peut être longue d’environ 40min.

Le sportif asthmatique

  • Un asthme bien contrôlé n’est pas une contre-indication au sport
  • Le sport n’a pas d’influence directe sur la maladie asthmatique mais peut avoir des effets bénéfiques par une meilleure condition physique et un équilibre psychologique amélioré
  • L’incidence de l’asthme est la même chez les sportifs de niveau olympique que dans la population générale 5 à 8%. De nombreux champions sont asthmatiques!

L’entraînement permet d’améliorer la manière de respirer de tous les individus, en particulier les asthmatiques. De plus l’activité physique favorise le drainage bronchique.

L’histoire de CapRol

Origine de CapRol, la physiothérapie

Dès mon plus jeune âge j’ai toujours été attirée par la médecine. L’être vivant en général me fascinait par sa complexité et sa capacité d’adaptation. Les champs à explorer me paraissaient infinis, tout autant que le nombre de possibilités pour aider son prochain.

En grandissant je me suis donc naturellement dirigée vers des études dans le domaine médical. J’ai obtenu mon diplôme de physiothérapeute en 2006. Milieu dans lequel je m’épanouis toujours. La physiothérapie a une approche globale du patient dans toute sa complexité. C’est un métier dans lequel on aborde un certain nombre de domaines de la santé, autant au niveau physique que psychologique. Son aspect social nous permet de comprendre les différents schémas comportementaux de l’être humain. Aider ou traiter une personne c’est aussi savoir l’écouter et s’adapter aux caractéristiques et attentes de cette dernière.

Mon objectif premier dans mes traitements de physiothérapie est d’arriver à faire comprendre au patient ce qu’il a et à trouver ensemble les actions nécessaires pour sa guérison et/ou à son amélioration physique.

Il est fini le temps du patient passif qu’on gardait dans l’ignorance ! Je suis ravie de voir que la relation patient-thérapeute s’est transformée en une collaboration. Celle-ci je pense donne de meilleurs résultats. L’apport de la connaissance permet au patient de se prendre en charge et de mieux se connaître. Un patient actif dans son traitement est un élément primordial pour une guérison rapide et durable.

«En apprenant à connaître votre corps, en y étant à l’écoute, vous pourrez mieux comprendre d’éventuelles dysfonctions, et ainsi mieux prévenir et/ou accepter les blessures, les gènes ou les douleurs»

Les patients l’ont demandé, alors CapRol est née

Durant toutes ces années en tant que physiothérapeute mes patients me demandaient souvent où ils pouvaient acheter le matériel que l’on utilisait durant les séances de physiothérapie, ou celui dont je leur parlais. Ils m’ont souvent incitée à vendre le matériel au sein du cabinet. Ne voulant pas mélanger mon rôle de thérapeute avec un éventuel statut de commerçante, c’est une démarche que je n’avais jamais envisagée.

L’idée de la société CapRol a gentiment germé avec le temps. En 2019, après 13 années d’exercices, je passe le pas et décide de répondre à la demande de mes patients et de fonder CapRol.

L’origine de CapRol s’est faite au sein de mon cabinet de physiothérapie auprès de mes patients, mais se destine à tous, sportif ou non, blessé ou non, malade ou en bonne santé, …

En vous fournissant du matériel de sport et de rééducation, CapRol veut vous inciter à travailler et à écouter votre corps, pour pouvoir pleinement profiter du moment présent et préparer sereinement votre avenir.

Un agenda des évènements sportifs Suisses

En regroupant dans un même calendrier un grand nombre d’évènements sportifs, CapRol espère jouer un rôle de prévention de la santé en mettant en avant les activités physiques au sein de notre pays.

Regarder le calendrier régulièrement vous donnera peut-être des idées. Peut-être que cela vous incitera à aller voir certains évènements sportifs, et peut-être que certaines vocations sportives naîtront par ce biais.

Cet agenda est aussi une façon de valoriser ces sportifs qui font vivre et représentent notre pays, une région ou simplement une commune.

Un blog alimenté par des professionnels de la santé et/ou des professionnels du sport

L’objectif du blog est encore une façon pour CapRol de jouer un rôle de prévention de la santé. En faisant circuler, et en soutenant la parole de mes collègues, professionnels de santé et/ou professionnels du sport, je souhaite que le blog de CapRol devienne une source d’information et de discussion pour tous.

Je dis souvent à mes patients que personne n’a totalement tort ou totalement raison et que tout est toujours discutable. Nous sommes tous différents, ce qui est valable pour vous n’est peut-être pas valable pour votre voisin. D’où l’intérêt de s’instruire et d’écouter différentes voix tout en restant critique.

Suivre ce blog vous apportera informations et réflexions. Il vous amènera aussi à connaitre nombre de professionnels passionnés par leur métier et par le fait de partager leur passion et leur savoir avec la population.

À la recherche d’une qualité suisse

Nous sommes à une époque où l’obsolescence programmée de nos objets paraît incohérente avec la prise de conscience écologique.

Vivant dans un pays où la nature est généreuse et très présente, la volonté de promouvoir une éthique éco-responsable paraît indispensable. Voilà pourquoi CapRol ne vend que des produits qui lui paraissent durables et solides, deux qualités que l’on retrouve dans le made in Switzerland.

CapRol n’est à l’heure actuelle pas producteur de produit made in Switzerland mais veut être un acteur économique favorable à notre pays.

 

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Nous sommes passé de l’humain actif à l’humain sédentaire

Les humains ont toujours été très actifs, que ce soit à l’époque des chasseurs-cueilleurs où les humains étaient toujours en mouvement, à la recherche de baies et d’autres aliments à cueillir ou chasser, ou à l’époque de l’agriculture plus moderne où ils passaient la plus grande partie de leur temps dans les champs, à prendre soin du bétail ou à récolter des fruits, légumes, céréales. L’activité n’était pas forcément toujours intense, mais il y avait toujours du mouvement, toujours quelque-chose à faire.

Avec le temps, les choses ont changé, pour le mieux ou pour le pire…

Particulièrement lors des dernières décennies avec :

  • le développement de la technologie et des moyens de transport,
  • l’allongement de la durée des études où tout le monde est assis la plupart du temps
  • le développement des emplois de bureau
  • et tous les divertissements que nous pouvons obtenir à la maison sans avoir à quitter notre canapé.

Avec toutes ces choses qui nous occupent, nous n’avons plus de temps libre pour la pratique du sport. L’humanité est devenue sédentaire, pour ne pas dire en surpoids et paresseux, dans des proportions dramatiques …

Les gens se lèvent le matin, mangent le déjeuner, prennent leur voiture, se rendent au travail, marchent quelques centaines de mètres jusqu’à leur bureau, restent assis la plupart de la journée, retournent à leur voiture le soir, rentrent à la maison, mangent leur souper puis vont s’asseoir dans leur canapé avant d’aller au lit. Et la même chose se répète tous les jours … Il est possible de passer une journée entière à faire seulement quelques milliers de pas !!!

Lorsque l’on compare l’homme actuel avec l’homme d’autrefois qui passait ses journées à se déplacer à l’extérieur et qui était actif la majorité du temps, l’humain moderne ressemble vraiment à un … Je ne trouve même pas le mot … Bien sûr, les temps modernes ont apporté beaucoup de choses positives. Les travaux physiques et manuels sont devenus plus faciles grâce aux machines et à la technologie. Être capable de se déplacer partout beaucoup plus rapidement ou passer une soirée en famille devant la télévision sont toutes de bonnes choses, mais il semble tout de même que nous sommes passés d’une extrême à l’autre …

Si vous ne voulez pas paraître plus vieux que votre âge, il est temps de bouger !

Le manque d’activité physique a clairement joué un rôle dans l’épidémie d’obésité ainsi que dans beaucoup d’autres problèmes de santé. Je le vois par exemple presque tous les jours chez mes patients plus âgés (plus de 80 ans). Ceux qui ont toujours été actifs, qui marchent, montent quelques étages d’escaliers, travaillent dans le jardin, prennent leur vélo pour une balade ou même qui vont se promener à la montagne, font du ski ou s’entraînent dans des fitness tous les jours ont une apparence, une énergie et une vivacité très différentes de ceux qui sont beaucoup plus sédentaires et restent à la maison. On peut être jeune et se sentir très bien et en forme sans faire d’activité physique, mais si on ne veut pas paraitre avoir 85 ans le jour de nos 60 ans, il est grand temps de sortir de notre canapé et de commencer à bouger.

Il n’y a pas besoin d’en faire beaucoup, un peu d’activité peut mener très loin. Aller au travail en marchant ou en vélo, sortir du bus quelques arrêts en avance, se lever de sa chaise tous les 45-60min pour se dégourdir un peu les jambes et s’étirer un peu, prendre les escaliers au lieu de l’ascenseur, faire une promenade après le dîner ou le souper au lieu d’aller direct sur le canapé ou devant la télé, sont des petites choses qui peuvent vous mener dans la bonne direction. Comme je l’ai dit, il n’y a pas besoin d’en faire des tonnes, ces petites choses se cumulent et peuvent faire une énorme différence.

Que faire pour notre santé et notre longévité ?

Bien sûr, on peut en faire plus et je suis le premier à encourager les gens à avoir une vie plus active et à pratiquer une activité physique comme la course à pieds ou le cyclisme par exemple, avec en complément une activité sportive qui travaille la force (type musculation). Ceci est la base de la santé et de la longévité. En effet, la recherche montre que l’endurance, une fois acquise, reste presque au même niveau jusqu’à 60 voir 70 ans sans avoir à s’entraîner comme un athlète de haut niveau. Une fois que l’on est en bonne forme physique, il est très facile de le rester. La recherche montre également que le travail de force est l’activité la plus importante pour garder notre masse musculaire en vieillissant. En effet, nous avons tendance à perdre 2-3 kg de masse corporelle maigre après l’âge de 30 ans, et le travail de force (musculation) est la meilleure façon de garder cette masse musculaire. Une étude a montré que l’entraînement musculaire deux fois par semaine après l’âge de 65 ans diminue la mortalité de 46% par rapport aux personnes sédentaires.

Je vous laisse donc trouver une petite activité par laquelle commencer et ajouter une nouvelle activité chaque semaine ou chaque mois. Cela deviendra vite une routine sans même que vous ne vous en rendiez compte. Par contre, les changements que cela apportera à votre santé et à votre énergie se feront sentir à coup sûr…

Merci à vous d’avoir lu cet article et n’hésitez pas à écrire un commentaire sur mon blog pour nous dire ce que vous avez décidé de mettre en place et les bénéfices que cela vous a apporté.