Le judo, bien plus qu’un sport

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Les intervenant

Transcription du Podcast

Juliette: Bonjour et bienvenue sur le blog santé sport de CapRol. Aujourd’hui, nous allons parler du judo avec Florent Bron. Bonjour Florent, peux-tu te présenter stp ?

Florent: Oui, alors je m’appelle Florent Bron. Je suis professeur de judo diplômé, troisième dan de judo, je prépare mon quatrième dan. Je suis expert jeunesse et sport. Et je suis président et directeur technique du club de judo Budokwai Pully.

Le judo, un art martial.

Juliette: Le judo, c’est un sport, certes, mais c’est aussi un art martial. Est ce que tu peux nous expliquer à quoi correspondent les arts martiaux?

Florent: Tout à fait. Donc, le judo à la base, vient du jujitsu, qui lui même provient des samouraïs. C’est donc un art martial ancestral. Les samouraïs, lorsqu’ils tombaient de leurs chevaux, ont dû trouver des techniques pour se battre, pour continuer à se défendre. Ils ont développé des techniques de combat, qui étaient destinées à pouvoir vaincre leurs adversaires. Et puis, au fur et à mesure, au Japon, puisque le judo vient du Japon, il y a eu une transmission de ces arts martiaux dans différentes écoles. D’abord au jujitsu. Par la suite, Maître Jigoro Kano, le fondateur du judo, a créé le judo. Le judo à la base art martial, est devenu ce qu’on appelle un Shin Budo. Ce qui veut dire « la voie des arts martiaux modernes ». C’est aussi, à l’heure actuelle, un sport de combat qui est présent aux Jeux olympiques, notamment.

Shin Budo : La voie des arts martiaux modernes.

Le judo chez les enfants.

Juliette: A partir de quel âge, peut-on peut commencer le judo?

Florent: Alors cela dépend des écoles. Nous à Pully, on commence à partir de 6 ans. En général autour de 6-7 ans on pourrait commencer le judo. Parfois, certaines écoles, certains clubs commencent un peu plus tôt sous forme de baby judo. Dans ce cas là, on va plutôt travailler la coordination, la motricité, ainsi que la sociabilisation des enfants.

Juliette: Donc, l’intérêt chez les enfants de leur faire faire ce type d’activité, c’est aussi la sociabilisation, la coordination et la notion du corps dans l’espace.

Florent: Voilà exactement. Il s’agit d’apprendre à attraper l’autre. Il y a du contact physique et il faut se mouvoir dans un espace. Il faut aussi travailler la coordination. Le judo est un art martial, un sport de combat très complet. On y travaille avec les jambes, et le haut du corps. On travaille toutes sortes de compétences physiques.

Juliette: Donc, il ne faut pas voir le judo comme un sport de combat chez l’enfant, mais comme un sport de façon générale.

Une pratique possible jusqu’à un certain âge.

Florent: Dans le judo il y a plein d’aspects possibles. C’est pour cela qu’on peut le pratiquer très jeune, mais aussi jusqu’à jusqu’à très tard. Puisqu’on peut faire du judo pour le plaisir, ou du judo orienté compétition. On peut aussi faire les katas, ce sont les formes pures du judo et c’est vraiment très codifié. Et ça, on peut le faire jusqu’à jusqu’à n’importe quel âge. Il faut savoir qu’au judo, il y a tout plein de formes d’entraînement différentes qu’on peut faire sans se blesser. On peut faire un judo plus souple, orienté sur la pratique sportive, sans chercher à vaincre son adversaire ou à blesser l’autre.

Un sport de contrôle de son partenaire.

Juliette: L’objectif, ce n’est pas forcément de blesser, mais c’est de mettre au sol ?

Florent: C’est orienté sur le contrôle. Donc on ne va jamais blesser l’autre. On est vraiment dans la maîtrise, le contrôle du partenaire. On va le retenir, notamment quand on projette, pour en prendre soin et éviter qu’il ne se blesse. Et ainsi pouvoir continuer à pratiquer avec cette personne le plus longtemps possible.

Apprendre a tomber.

Juliette: La peur pour les parents, c’est souvent la chute au sol. Est ce qu’il y a des accidents chez les enfants ? Comment pratiquez-vous ? Au rugby, par exemple, ils ne font pas de mêlées ou ce genre de chose. Au judo, qu’en est-il dans le cas des enfants ?

Florent: Une des premières choses qu’on leur apprend, c’est à tomber, à faire la chute pour justement éviter les accidents. On met la priorité sur le fait de bien rentrer la tête. Pour éviter que la tête ne reçoive le choc. Ensuite, on va frapper le sol avec les mains. C’est ce qu’on appelle le brise chute, pour répartir l’onde de choc dans tout le corps, et éviter de se faire mal. Cela sert vraiment dans la vie de tous les jours. Si on tombe et qu’on a les bons réflexes, on va éviter de poser le bras et de se blesser au poignet, au coude, à l’épaule. Et on va toujours bien rentrer la tête. C’est un réflexe qu’on a pour éviter justement les traumatismes crâniens.

Ukemi : brise-chute contrôlé, permettant de tomber sans se faire mal. Ces techniques sont utilisées par tous les arts martiaux japonais, principalement par le judo et l’aïkido.

Florent: Souvent, des adultes nous rapportent que grâce au judo, ils ont évité, lors d’accidents, d’une chute en vélo, chute en scooter, de se faire mal parce qu’ils ont eu le réflexe de rouler, d’utiliser le sol comme un support pour amortir la chute. Et cela leur a permis justement d’éviter des gros accidents.

Florent: Il faut savoir que le judo se pratique dans un dojo et sur des tatamis. Les tatamis, à l’origine, étaient faits avec de la paille. C’était assez dur. Maintenant, ils sont faits avec de la mousse qui amortie le choc. Ce qui permet que la chute soit moins douloureuse, puisque le sol absorbe aussi une partie de la projection.

Tatami : Tapis de sol que l’on retrouve dans les locaux où se pratiquent les sports de combat.

Le dojo.

Juliette: Et le dojo, ça a une signification particulière ?

Florent: Alors Dojo, c’est le lieu où on recherche la voix. Le dojo ce n’est pas spécifique au judo, c’est pour tous les budokas, donc les pratiquants des arts martiaux, de sports de combat. C’est un lieu à la base religieux, spirituel, de méditation et de recherche de soi. Dans le judo, il a notamment le portrait du fondateur dans tous les dojos où on pratique le judo. On va faire un salut quand on monte sur les tatamis et à l’issue de l’entraînement, ou quand on doit sortir pour aller aux toilettes ou pour chercher quelque chose. On salue toujours en quittant le tatami.

Dojo : salle où l’on pratique les arts martiaux.

Budoka : guerrier au sens noble du terme, combattant expert en arts martiaux, ou plus modestement un pratiquant de Budō.

Juliette: On salue l’instructeur ou le fondateur ?

Florent: On salue le fondateur, le portrait du fondateur de Jigoro Kano.

Le respect une valeur importante du judo.

Juliette: Est-ce que tu arriverais à nous déterminer les valeurs qui sont transmises aux enfants par le judo, de façon en générale ?

Florent: Il y en a plusieurs. Celle qu’on apprend vraiment dès le plus jeune âge, c’est le respect, et le respect de ses partenaires. Puisque, comme je l’ai dit tout à l’heure, il faut prendre soin des personnes avec qui on travaille. Je l’explique aux élèves en disant que c’est comme avec un jouet. Si on le lance n’importe où, qu’on n’en prend pas soin, il va se casser. Je leur explique que si on ne prend pas soin de son partenaire, il ne voudra plus travailler avec nous. Donc, il faut vraiment le retenir, en prendre soin, essayer de travailler pour que chacun ait du plaisir et puisse améliorer sa pratique du judo.

Le judo un moyen de se dépenser.

Juliette: Est ce que tu as des retours des enfants ou des parents sur les bienfaits comportementaux du judo ? La gestion des crises ou de l’énergie des enfants par exemple ?

Florent: Oui, alors, c’est vrai que le judo, c’est aussi un moyen cathartique de pouvoir se défouler. Dans le judo, il y a toute la partie où on doit se concentrer pour apprendre les techniques, pour essayer de maîtriser tout ce que le judo peut apporter. Mais il y a aussi ce qu’on appelle les randoris, c’est une forme d’entraînement où on va travailler le combat. Cela permet vraiment de se dépenser. Mais dans un cadre formel, sous la surveillance d’un moniteur, cela permet d’éviter les accidents, mais qu’en même temps, on puisse vraiment se défouler, se dépenser et puis évacuer un peu toutes les tensions du quotidien.

Randori : pratique que l’on retrouve dans divers arts martiaux. Il s’agit d’un combat d’entraînement lors duquel plusieurs personne s’affrontent.

L’importance du salut au judo.

Florent: Ce qui est aussi important de savoir, c’est que le salut au judo, au départ et à la fin de l’entrainement, c’est une forme de méditation où on va laisser tous les problèmes de la vie courante. On les laisse en dehors. C’est vraiment une phase de préparation mentale où on va se concentrer sur le judo, sur ce qu’on pratique. Une fois qu’on a terminé l’entraînement, on fait un retour au calme. Une fois qu’on a fini le salut de fin et qu’on a salué en quittant le tatami, on reprend sa routine quotidienne.

Juliette: C’est une chose qu’il est plus facile d’inculquer lorsque les élèves sont petits. C’est certainement plus facile d’inculquer cette philosophie lorsque l’on commence petit ?!

Le judo a un code universel.

Florent: On peut commencer à n’importe quel âge, mais c’est vrai que ce sont des règles sur lesquelles on insiste. Et dans le judo contrairement à d’autres arts martiaux, on a un code qui est universel. Notamment les saluts, les valeurs du judo, les principes du judo. Qu’on soit en Suisse, au Japon, en France, en Afrique, en Australie, dans tous les dojos du monde, où on pratique le judo, ce sont les mêmes valeurs, les mêmes codes qui régissent le judo. Et cela permet que chacun puisse se retrouver, même si on déménage, même si on arrête le judo, même si on commence le judo plus tard. On a ces valeurs, qui sont communes aux judokas et judokates.

Les compétitions

Juliette: Et les compétitions elles commencent à quel âge ?

Florent: Il y a différents types de tournois, mais il y a des tournois qu’on peut faire très jeunes. Les tournois type pédagogique où on retrouvera des arbitres amateurs qui expliquent les règles. Il y a d’autres tournois un peu plus formels avec des arbitres officiels, et là on rentre vraiment dans le vif de la compétition. Cela dépend de l’âge et de ce qu’on recherche. En Suisse, il y a des tournois locaux pour découvrir le judo en compétition, le shiai. Et puis ensuite, on peut aller sur les tournois cantonaux, et les tournois nationaux.

Shiai : compétition de judo.

Les compétences physiques du judo.

Juliette: Par contre, dans le cas des adultes, lorsque vous pratiquez le judo, faites-vous aussi du renforcement musculaire ou faites-vous seulement des techniques de judo ? Comment cela se passe-t-il au niveau du sport et du fait d’acquérir plus d’endurance, de force ou d’autres caractéristiques ?

Florent: Cela dépend de l’entraîneur, du club et de la philosophie du club ou de l’école qui enseigne le judo. Nous à Pully on fait aussi en dehors des entraînements judo du renforcement musculaire. Des fois, au début de l’entraînement ou à la fin de l’entraînement. On fait aussi des exercices d’assouplissement. Puisqu’il faut savoir que le judo veut dire voie de la souplesse. Dans le cadre de l’entraînement au judo, dans les types d’entraînements qu’on fait, il y a aussi toutes les compétences physiques, la force, l’endurance, la vitesse, l’explosivité qui sont travaillées. Donc c’est vraiment implicite à la pratique du judo.

Juliette: D’une certaine façon, tout cela est mis en place en fonction de l’instructeur.

Florent: Voilà exactement, en fonction du but que le moniteur cherche à atteindre, du groupe d’élèves avec qui il travaille, et des objectifs qu’il a avec son groupe.

La tenue du judo.

Juliette: Est ce que tu peux nous expliquer la tenue ? Vous avez une tenue particulière ?

Florent: Oui, l’habit de judo s’appelle le judogi. C’est une veste et un pantalon. Traditionnellement, il est blanc. En compétition pour distinguer les deux judokas, un des judokas porte le judogi blanc et l’autre le judogi bleu, à un certain niveau. Et dans certains pays à l’heure actuelle, il y a même encore d’autres couleurs qui sont acceptées.

Jodogi : Vêtement de judo.

Juliette: Que pour la compétition ?

Florent: Pour la compétition, mais certains l’utilisent aussi à l’entraînement. Mais l’habit traditionnel est blanc. La veste de judo se ferme toujours avec le côté gauche qui vient sur le côté droit. Cela provient aussi de la tradition des samouraïs, puisque l’arme, le couteau, était mis du côté gauche. Si on voulait le sortir pour dégainer, il fallait qu’on puisse le prendre facilement.

Juliette: Maintenant, dans le judo, il y a plus du tout d’armes ?

Florent: Alors dans les katas, qu’on travaille toujours. On perpétue la tradition du judo ancestral.

Le kata.

Juliette: Est ce que tu peux définir ce qu’est un kata ?

Florent: Alors kata, ça veut dire forme si on traduit littéralement. Il y a différents types de katas. C’est l’origine du judo et d’autres arts martiaux, notamment le jujitsu. Et aussi des formes primitives de self-défense. C’est la source de ces pratiques. C’est très codifié et quand on travaille le kata, il y a vraiment un règlement, le nombre de pas, la vitesse …

Juliette: C’est un enchaînement de mouvements ?

Florent: Voilà, exactement. C’est vraiment des techniques. Notamment au judo, le premier kata qu’on apprend généralement, c’est le Nage-no-kata. Donc les formes de projection. Et puis, il y a plusieurs séries. Chaque fois, on doit se rhabiller à un moment précis. On doit faire un nombre de pas qui est aussi défini. Les attaques, l’angle, le placement des mains, la projection. Tout est codifié.

Kata : suite codée de mouvements, que l’on retrouve dans les arts martiaux japonais, constituant un exercice d’entraînement à la pureté du geste.

Nage-no-kata : Kata de projection de judo.

Juliette: Mais c’est pratiqué tout seul, ou c’est pratiqué à plusieurs ? Tu es face à un adversaire ou c’est juste un enchaînement de mouvements que tu fais tout seul ?

Florent: Alors c’est un partenaire, ce n’est pas un adversaire parce que normalement le kata se travaille à deux. Il y en a un qu’on appelle torii. C’est celui qui va exécuter les techniques. Uke c’est celui qui va subir les techniques. Généralement, uke c’est celui qui va venir agresser, qui va venir attaquer l’autre. Et torii, va lui répondre en se défendant et en utilisant les arts martiaux. C’est pratiqué à l’entraînement. Cela se pratique aussi pour les passages de ceinture. Notamment au judo pour la ceinture noire et lorsqu’on veut graduer, aller plus loin dans les dans, dans les niveaux d’expertise. Tous ces katas permettent que dans le monde entier, on ait tous une forme de référence. Lorsqu’on a des questions, qu’on se posent des questions, on va chercher dans le kata, dans les mouvements, les détails, puisque c’est là-bas qu’on trouvera vraiment les réponses.

Torii : littéralement cela signifie prendre, choisir. Rôle du partenaire qui exécute les techniques, qui fait l’action.

Uke : littéralement cela signifie recevoir, subir. Rôle du partenaire qui subit l’exercice.

Dan : terme utilisé pour différencier les niveaux d’expertise.

Juliette: Ce sont les mêmes mouvements dans le monde entier ?!

Florent: Voilà exactement. Il y a même des championnats de kata. Il y a des judokates, et des judokas qui s’entraînent pour essayer d’atteindre la perfection, la justesse dans toutes ces techniques.

Le Kodokan

Juliette: Y-a-t il eu une évolution, une modernisation dans ces mouvements ?

Florent: Le judo, comme l’a inventé maître Jigoro Kano a évolué. Son école qui existe toujours, le Kodokan à Tokyo est la première école qu’il a fondée. Elle a vraiment évolué. Maintenant, c’est une école très grande et c’est le lieu de pèlerinage pour les judokates et judokas. Là-bas, il y a un comité. Il y a des gens qui continuent à rechercher, à travailler le judo. Ce sont eux qui décident parfois de changer des détails ou d’adapter. C’est eux, c’est le Kodokan qui a le dernier mot et qui est vraiment l’organe décideur.

Juliette: Il n’y a qu’eux qui ont le droit d’amener une modification ?

Florent: Tout à fait !

Le judo se pratique à n’importe quel âge.

Juliette: Comme tu l’as dit, le judo peut se pratiquer à n’importe quel âge. Mais est-ce que vous avez des personnes d’un certain âge, qui commencent très tard ?

Florent: Le judo évolue vraiment. On peut commencer le judo pour le plaisir, pour être avec les copains. Il y a toutes sortes de raisons pour lesquelles on peut commencer le judo. Ensuite, il y en a certains qui s’adressent à la compétition. Une fois qu’on a plus envie de faire de la compétition, qu’on ne se sent plus à l’aise avec la compétition, on peut continuer le judo. On peut chercher à atteindre des objectifs dans d’autres domaines, par exemple évoluer au niveau de sa technique. Partir sur le kata, … Il y a vraiment plein de possibilités pour continuer à se nourrir du judo.

Juliette: Et puis cela entretien de toute façon !

Florent: Voilà exactement. On peut aussi faire du judo parce que c’est un art martial, et un sport de combat qui permet de rester en forme et de développer des aptitudes physiques.

Le partenaire.

Juliette: Faut-il toujours qu’on ait un partenaire qui soit à peu près du même poids et du même âge ?

Florent: Non, cela dépend vraiment de la pratique du judo. Pour certaines techniques, il est qu’en même conseillé de travailler avec des gens de son poids. Surtout quand on commence à apprendre une technique et qu’on n’a pas toujours les positions juste pour éviter de se blesser. Mais pour certaines techniques, on peut vraiment les faire avec n’importe qui. Ce qui est très intéressant avec le judo, c’est qu’on peut mixer les âges. Des jeunes peuvent travailler avec des personnes d’un certain âge. On retrouve toujours cette notion de respect. On va adapter la force. Lorsqu’on projette, on retient toujours l’autre. Le respect qui chapeaute le judo permet à n’importe qui de pratiquer le judo ensemble. Et de toujours y trouver son compte, sans forcément qu’il y ait cette notion de compétition ou risquer plus la blessure.

Juliette: À l’entraînement, cela permet de s’adapter à l’autre, d’être obligé de s’adapter à l’autre.

Florent: Voilà exactement. Ce que je dis beaucoup à mes élèves, c’est que cela fait partie aussi des qualités d’un judoka, de réussir à adapter. Si on pratique avec quelqu’un qui commence le judo, il faut plutôt lui expliquer, le retenir, lui montrer de se laisser faire. D’accepter aussi qu’il nous projette. Ce qu’on appelle le senpai, c’est l’élève avancé. Le kohai, c’est l’élève débutant. Il existe un rapport hiérarchique entre eux. Où l’élève avancé va pouvoir donner des conseils, va pouvoir corriger l’élève qui est moins gradé. Ainsi on continue la tradition du jita kyôei, qui est le principe de prospérité mutuelle. Où à deux, on va s’élever, on va s’entraider. Et puis, on va pouvoir apprendre le judo.

Juliette: Il y a du partage et de l’humilité.

Florent: Voilà exactement.

 

Senpai : L’élève avancé.

Kohai : Le jeune élève, l’élève débutant.

Jita kyôei : définition selon le Kodokan.

Le judo Suisse.

Juliette: Quelle est la place du judo suisse au niveau international ?

Florent: Alors, on a un nouveau comité depuis depuis quelques années avec le président, qui est un ancien médaillé olympique, qui a fait plusieurs résultats, médailles, aux Championnats du monde, et aux championnats d’Europe. Il a pour objectif de redynamiser la fédération, et d’acquérir à nouveau plus de membres. Tout le travail fait en amont était un travail de renforcement de la fédération. Et puis, avec ce nouveau comité, il y a vraiment l’envie de dynamiser, de donner une visibilité encore plus accrue à la Fédération suisse de judo et jujitsu.

Juliette: On va peut être voir une ouverture du nouveaux dojos dans l’avenir ?

Florent: Oui, alors, il y a toujours des nouvelles écoles qui ouvrent. Sur le canton de Vaud, la plupart des écoles, associations sont affiliées à l’Association vaudoise de judo et jujitsu. Dans un deuxième temps, ces écoles sont aussi affiliées à la Fédération suisse de judo et jujitsu. Effectivement, actuellement, il y a pas mal de promotion pour attirer plus de monde dans ces écoles, dans ces dojos. Je le vois à Pully, il y a une tendance à ce qu’il y ait de plus en plus de demande.

Juliette: Y-a-t-il des échanges entre la Suisse allemande, le Tessin et la Romandie ? Au niveau des stages, par exemple, faites-vous des camps d’été ou des choses comme ça ?

Florent: Oui, il y a des centres de performance et le centre national d’entraînement qui permettent le regroupement de tous les meilleurs judokas de Suisse, qui s’entraînent et se préparent à des compétitions. Mais il y a aussi pas mal d’échanges entre les différents clubs. En tant que judokas, budokas, on a pour habitude de dire qu’on est tous amis. l’Amitié, c’est une des valeurs vraiment importante du judo. Généralement, la porte d’un dojo est toujours ouverte à un judoka. Dans cette philosophie, on voit des gens qui partent pour faire des stages en Suisse allemande, et qui prennent leur judogi. Ils vont frapper à un dojo, et vont s’entraîner.

Juliette: Il y a toujours cette notion de partage même si on ne fait pas partie du même dojo.

Florent: Il y a une certaine rivalité en compétition. Mais en semaine, lors des entraînements, il y a toujours la possibilité d’aller s’entraîner à droite et à gauche et de créer des liens d’amitié.

Les blessures au judo.

Juliette: Au niveau blessures, vous avez des blessures spécifiques au judo ?

Florent: Le judo, comme je l’ai expliqué, est un sport complet. Il y a donc des blessures comme dans tous les sports. Surtout lorsqu’on fait du sport de performance, du sport à haut niveau, il est vrai qu’on s’expose plus facilement à des blessures. Mais comme on apprend à tomber, que généralement lorsqu’on fait de la compétition, on tombe sur des judokas qui ont pratiqué le judo, donc qui savent comment faire tomber, il y a moins de blessures, je pense que dans d’autres sports. Je pense notamment au football. Mais on n’est pas à l’abri d’une blessure.

Juliette: Le principe, c’est de mettre au sol et d’immobiliser. Mais il n’y a pas de notion, comme tu le dis, de blessure. On n’est pas là pour le faire tomber le plus fort possible, pour le mettre K.O. On est juste là pour le maîtriser.

Florent: Exactement. Un mouvement parfait c’est un mouvement contrôlé. Donc, si au milieu d’une projection, on lâche son partenaire, qu’on n’a plus de contrôle, aucun point ne sera donné. Pour marquer le point, on doit montrer qu’on maîtrise ce que l’on fait et que le partenaire est vraiment contrôlé sur le dos.

Florent: Il y a deux parties au judo, la partie debout, tachi waza. Où on va projeter l’autre, travailler sur le kumi kata. On va prendre le judogi, essayer de bien poser ses mains, travailler pour amener l’autre sur le dos ou l’amener au sol. Ensuite, le judo peut partir sur le travail au sol, qu’on appelle le ne waza. On va essayer d’immobiliser l’autre. A partir d’un certain âge, on peut rajouter les étranglement et les clés de bras. Dans ce cas, lorsque l’adversaire subit un étranglement ou une clé bras, il va taper par terre deux fois, ce qui veut dire qu’il abandonne. A ce moment précis, le combat est terminé.

 

Tachi waza : techniques en position debout.

Kumi kata : la saisie du partenaire.

Ne waza : ensemble du travail au sol.

Juliette: Donc, les points sont donnés par rapport à la technique et la façon avec laquelle elle est réalisée ?

Florent: Il faut faire tomber l’autre sur le dos. Donc s’il tombe à plat ventre, il n’y a pas de point. S’il tombe sur le côté, on peut marquer waza ari, cela veut dire grand avantage. Si il tombe sur le dos et qu’il est bien contrôlé avec la bonne vitesse. Dans ce cas, on marque ippon, et on a gagné le combat. Donc cela peut aller très vite. Moi, j’ai souvenir de m’être déplacé très très tôt au Tessin, et d’avoir fait des heures de route. On fait le salut, et le premier combat peut durer trois secondes. Et la journée est finie. Par conséquent, le judo est un sport où on doit aussi mentalement être fort. Parce qu’on s’entraîne, on s’entraîne, on s’entraîne. Et lorsqu’on fait de la compétition, on se retrouve face à quelqu’un qui s’est aussi beaucoup entraîné. L’issue est que l’un des deux va gagner, et l’autre va perdre. Il y a donc aussi un aspect de travail mental, accepter la défaite. Il faut pouvoir repartir en se disant que cela n’a pas été inutile. Savoir réfléchir pourquoi on a perdu, et à l’entraînement, essayer de travailler pour revenir plus fort.

Juliette: Cela se fait en un round, en un tour ? Y-a-t-il plusieurs tours pour gagner des points ?

Florent: Tout dépend du système de compétition. Dans les tournois nationaux, généralement, il faut que celui qui nous a battu au premier tour atteigne un certain niveau. Par exemple les quarts ou les demi finales pour que l’on puisse être repêché. Et faire des combats pour espérer obtenir une médaille de bronze. Mais cela dépend vraiment du système, du nombre de participants. Parfois, il y a aussi des pool de combats, où il y a 5-6 adversaires. On les rencontre tous et à la fin il y a un classement.

Juliette: Quand tu rencontres un adversaire, tu arrives sur le tatami, tu combats. Il y en a un qui perd et c’est fini. Cela peut durer 3 secondes, mais combien de temps cela peut-il durer au maximum ?

Florent: Parfois sur les tournois, plutôt amicaux, on accepte aussi, hikiwake, c’est-à-dite match nul. Du coup, les deux ramènent un point dans leur équipe, si c’est un match par équipe. Mais généralement, maintenant, si il y a égalité on continue. On fait ce qu’on appelle le golden score. C’est-à-dire que même si le temps est passé, on rajoute du temps. Parfois, le temps peut être infini. Donc le combat continue jusqu’à ce que l’un des deux perde.

Juliette: En moyenne le temps correspond à quoi ?

Florent: Tout dépend de la classe d’âge. Chez les jeunes, c’est entre 2 et 3 minutes. Chez les élites, c’est 4 minutes le combat. Il faut savoir que 4 minutes, ça paraît court, mais en fait, c’est très, très intense. C’est l’intensité d’un sprint. Quand l’arbitre donne le départ dia jime, on va chercher à poser les mains, et à se déplacer. L’intensité est très, très élevée. Quand l’arbitre dit mate, on doit se relever. Parfois, on doit se rhabiller. Ce sont des temps de récupération très courts. On observe souvent chez les judokas qu’au bout des 4 minutes, c’est vraiment le physique qui va être déterminant surtout quand on part sur du golden score.

Les contre-indications au judo.

Juliette: Y-a-t-il des contre-indications à la pratique du judo ?

Florent: Alors non, parce que généralement, on peut vraiment adapter le judo. Le judo a été pensé par Maître Jigoro Kano pour que ce soit bénéfique à la société. Donc tout un chacun peut pratiquer le judo. C’est vraiment l’entraîneur qui va pouvoir réguler l’entraînement, donner des consignes spécifiques, adaptées. Même si on est blessé, on peut pratiquer le judo. On peut par exemple éviter les projections ou faire simplement le travail de placement. Si on est blessé sur un côté droit, on peut travailler les mouvements à gauche. On peut faire du travail au sol. On peut faire de la technique. On peut même travailler une forme d’entraînement qui s’appelle le tandoku-renshu, où on va travailler avec un partenaire imaginaire et simplement essayer de faire les placements, les positions. Le judo, on peut vraiment le travailler de beaucoup de façons. Et l’idée, c’est que si on a une contre-indication ou quelque chose auquel il faut qu’on fasse attention, on va adapter l’entraînement pour que tout le monde puisse pratiquer.

Juliette: C’est donc plutôt un sport qui est complet, qui est dans le partage, dans le contrôle, dans l’écoute de son adversaire, et dans l’écoute de soi.

Florent: Exactement.

Venir essayer le judo.

Juliette: Est ce qu’il y a d’autres choses que tu voulais rajouter par rapport au judo? Est-ce que tu aurais un message en particulier?

Florent: Je pense que c’est bien de venir essayer le judo pour s’en faire une idée.

Juliette: On peut venir dans tous les dojos, on appelle avant …

Florent: Exactement. Si on va sur le site de l’Association vaudoise de judo. Il y a le listing de toutes les écoles, tous les clubs du canton de Vaud. Il y a les numéros de téléphone. C’est bien d’appeler ou d’envoyer un email, et venir essayer. Le judo est ouvert à tous. De plus en plus, on voit que le judo est aussi accessible aux filles et aux femmes. C’est vrai que pendant un temps, certaines personnes avaient l’idée que les sports de combat et les arts martiaux, c’était plus pour les garçons et les hommes.

Juliette: C’est un peu fini se temps là …

Florent: Oui, c’est complètement fini. On voit que c’est vraiment révolu.

Un sport autant féminin que masculin.

Juliette: Il y a du judo chez les femmes depuis très longtemps, non ?

Florent: Depuis très longtemps. Et on voit qu’elles sont vraiment très fortes. Le judo féminin est aussi très intéressant.

Juliette: Dans les dojos, on mixte les partenaires ?

Florent: Alors à l’entraînement, on mixe. Parce que certains clubs n’ont n’a pas encore assez de filles et de femmes. Nous par exemple à Pully on essaie de trouver des moyens de les faire venir sur le tatami. Et puis, il y a certains clubs, par exemple le club à Yverdon, qui ont tellement de femmes qu’ils ont réussi à faire des cours que pour les femmes. Donc, c’est vrai que c’est chouette aussi d’avoir la mixité, d’avoir garçons et filles qui s’entraînent ensemble. Ça crée des jolis liens d’amitié aussi.

Juliette: Et puis, devoir s’adapter

Judo et handicape.

Florent: Exactement. Et pour les compétitions pour les tout petits, parfois c’est mixte. A partir d’un certain âge on sépare filles et garçons. Mais on voit, comme je l’ai expliqué, que n’importe qui peut pratiquer le judo. Il existe les Special Olympics, les Jeux olympiques pour les personnes en situation de handicap. Où les personnes, même avec un handicap, peuvent pratiquer le judo. On observe qu’il y a de plus en plus d’écoles qui créent des cours avec des personnes qui ont un handicap ou qui les intègrent dans des cours. Ainsi chacun trouve de quoi se satisfaire.

Juliette: Le judo s’adapte à tout individu et est là pour faire grandir tout individu.

Florent: Exactement.

Juliette: Et la société par la suite.

Florent: Maître Jigoro Kano disait qu’un bon judoka, c’est une bonne personne pour la société. Il y a cette idée … Le judo, ça veut dire voie de la souplesse, mais ce n’est pas que la souplesse du corps, c’est aussi la souplesse d’esprit et une ouverture sur les autres, sur l’entraide. Les deux principes fondateurs du judo : Jita Kyoei, prospérité mutuelle, comme je l’ai défini tout à l’heure. Et puis il y a aussi Seiryoku, qui est la meilleure utilisation de l’énergie. Où on va justement essayer de réfléchir pour éviter de se faire mal, éviter d’aller en confrontation directe avec quelqu’un. On veut utiliser sa vitesse, sa force. Il y a vraiment tout un état d’esprit philosophique derrière la recherche du judo.

Juliette: Que tu réutilise après dans ta vie courante …

Florent: Exactement.

Juliette: C’est intéressant. Autre chose ?

Florent: Non, je pense que j’ai assez parlé.

Juliette: Merci Florent

Lutter contre la sédentarité

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Les intervenants

  • Juliette Corgnet : Physiothérapeute
  • Gabriel Duchemin : APA – Thérapeute du sport

Transcription du Podcast

Juliette: Bonjour et bienvenue sur le blog Santé Sport de CapRol. Aujourd’hui, nous allons parler de sédentarité, de mobilité, de motivation avec Gabriel Duchemin. Salut Gabriel. Peux-tu te présenter stp ?

Gabriel: Alors je m’appelle Gabriel Duchemin, je suis thérapeute du sport et je travaille à l’hôpital Riviera Chablais, situé à Rennaz, à plein temps avec l’équipe de physiothérapie.

Lavaux Performance

Juliette: Nous faisons cet interview chez toi au sein de Lavaux. On peut y voir un super spot derrière nous, pour faire de l’activité physique en extérieur. Apparemment tu as ouvert cet endroit il y a peu de temps ?!

Gabriel: Oui, c’est un petit projet que j’ai appelé Lavaux Performance. On a eu une année pour aménager notre jardin familiale. Je viens d’une famille de vignerons. On a aménagé le terrain pour pouvoir faire de l’activité physique en plein air.

Juliette: L’activité physique pour lutter contre la sédentarité par rapport à ce qui se passe à l’heure actuelle et à l’époque actuelle, j’aurais tendance à dire ?!

Gabriel: Absolument, c’est d’une part lié à la sédentarité, on va en parler. Et d’autre part, un projet amené suite à une réflexion, qui est le produit des circonstances actuelles, liées essentiellement aux virus. Circonstances qui ont amené beaucoup de gens a prendre plaisir d’aller se dépenser à l’extérieur pendant le confinement. Ils ont redécouvert un petit peu la nature. Ils ont découvert de magnifiques lieux comme celui dans lequel on se trouve et ont pris plaisir à se dépenser en extérieur. Du coup, on s’est dit qu’on pouvait certainement proposer quelque chose : du plein air pour des gens qui ont peut être, liée à ces circonstances, une crainte d’aller s’essouffler dans les espaces cloîtrés, en intérieur. On a voulu proposer quelque chose pour répondre à ce besoin.

Juliette: Pour rappel, on est en novembre 2021 et, on parle du fameux virus, le coronavirus. Donc là, on a tout ce qu’il faut pour travailler en extérieur et travailler pour être en bonne santé. Est-ce que tu pourrais me définir avec tes propres mots à quoi correspond la sédentarité ?

La sédentarité, c’est quoi ?

Gabriel: La sédentarité, je l’opposerais par définition, simplement à l’activité physique. Quand on bouge, quand on utilise nos muscles, quand on est en mouvement, c’est de l’activité. Par opposition, la sédentarité, c’est lorsqu’on est inactif. Par définition, lorsqu’on ne dépense pas, ou peu d’énergie. J’avais vu passer une définition qui disait que la sédentarité correspondait à une dépense de moins de 1,5 METS. Les fameux équivalents métaboliques. C’est un rapport de l’activité qu’on fait, sur la dépense qu’utilise le corps pour simplement se maintenir au repos pour fonctionner (le métabolisme de base). En somme, la sédentarité est une diminution ou une forte diminution des dépenses énergétiques. Être inactif, tout ce qui est assis, lecture, lorsqu’on est couché …

MET : Metabolic Equivalent of Task. On définit le MET comme le rapport de l’activité sur la demande du métabolisme de base.

Juliette: On peut aussi relier la sédentarité, à la majorité des personnes qui ont des métiers assis ?!

Gabriel: Absolument.

Juliette: Avec la crise du coronavirus, il y a eu beaucoup de home office. Les gens, en plus d’avoir un métier assis, ne marchaient plus pour aller au travail. Ils ne sortaient plus de chez eux. Cela a donc augmenté la sédentarité. Comme tu l’as expliqué, cela a entraîner une diminution de l’activité de façon générale.

Juliette: De plus la position assise est une position statique. Je dis souvent aux patients que le problème, ce n’est pas forcément le home office ou le poste de travail, même si on peut l’aménager. Mais c’est la position statique qui nous pose soucis. Le fait de ne pas bouger, de ne pas changer de position, … le corps est censé être en mouvement.

Gabriel: C’est surtout ça. On est conçu pour ça. Je pense, comme tu le dis, que le corps est conçu pour bouger. Il n’y a pas forcément de posture mauvaise dans l’absolu. C’est plutôt le maintien d’une position quelle qu’elle soit durant des temps prolongés qui va vraiment être néfaste. Et conduire à des risques pour la santé. C’est sur cela que l’on travaille à l’hôpital avec le service de physiothérapie. Lorsque des personnes sont hospitalisées, viennent à l’hôpital pour une raison X, fatalement elles risquent un problème Y à cause de l’inactivité qui est induite par l’hospitalisation, et les temps prolongés passé à être inactif au lit, en chambre. Donc on essaie de casser ces périodes prolongées d’inactivité. Pour éviter que les patients qui viennent à l’hôpital, repartent avec un autre problème.

Précédemment sur le blog santé sport de CapRol, Gabriel Duchemin nous avait expliqué son initiative au sein de l’HRC pour faire bouger les patients en chambre durant la crise du Covid : Article.

Juliette: C’est aussi ça le souci, la sédentarité engendre un certain nombre de pathologies. Même s’il y avait déjà des pathologies qui ont engendré la sédentarité, la sédentarité engendre d’autres pathologies.

La sédentarité, responsable de diverses pathologies

Juliette: Est-ce tu aurais des exemples de problématiques, de pathologies dues à la sédentarité ou qui pourraient être causées par la sédentarité ?

Gabriel: A titre personnel je placerais vraiment la sédentarité comme une cause de pathologies. C’est quelque chose qui est au centre, c’est un problème véritablement de santé public, qui peut engendrer des pathologies. Tout ce qui est cardio-vasculaire, diabète, obésité, hypertension artérielle, … Tout ce qui va correspondre à un syndrome métabolique. Je pense que toutes ces maladies, on peut les appeler des maladies dites de société. Quand on remonte dans le temps, si on a une perspective évolutive, ce sont des maladies qu’on trouvait infiniment moins. Même si les gens, à ce jour, vivent plus longtemps grâce aux fabuleux progrès de la médecine, on passe aussi un plus grand nombre d’années en mauvaise santé. C’est un gros problème.

Juliette: Parce que d’une certaine façon, on bouge beaucoup moins et que la nourriture, est certainement beaucoup moins saine, et beaucoup plus en profusion qu’à une autre époque. L’accès à la nourriture dans nos pays européaniser ou dits développés, est partout. On mange beaucoup trop et on bouge beaucoup moins !

Gabriel: Je pense aussi que c’est ça qui conduit à toutes ces maladies dites de société. Ce n’est que mon avis, mais pour moi c’est aussi lié un petit peu à notre bagage, ce pourquoi on est fait, on est conçu, donc nos gènes et puis ce qu’on fait réellement dans l’environnement. C’est-à-dire que si on reprend un peu cette perspective évolutive, nos ancêtres bougeaient infiniment plus que nous, ce n’est pas comparable. Toi comme moi, on est sédentaires comparé à eux. Quand bien même on est actifs. L’être humain dans l’histoire de la planète, on est une espèce assez jeune. On a donc encore un petit peu ce bagage génétique de nos ancêtres qui se dépensaient infiniment plus. Au final, quand on regarde sur l’échelle du temps, cela fait globalement depuis deux générations, depuis la guerre mondiale, que nous en faisons de moins en moins. Depuis la révolution de la technologie, des transports, de l’industrialisation, … ces évolutions nous ont amèné à tout avoir à portée de main. Et donc à en faire de moins en moins. Ne serait-ce que pour les déplacements. Et cela peut conduire fatalement à toutes ces problématiques et ces maladies que je qualifie de maladies de société : obésité, diabète, explosion des maladies cardio-vasculaires et j’en passe. Tout ce qui va être aussi psycho-social … On voit que toutes ces problématiques sont accentuées avec les circonstances actuelles.

Juliette: Je rajouterais à cela toutes les pathologies rhumatismales, tout ce qui va être petite douleur inflammatoire du genou, de l’épaule, … tout ce qui est troubles musculo-squelettiques. Puisqu’au final, à partir du moment où vous êtes sédentaire, vous ne faites pas marcher votre organisme, vous ne faites pas marcher tout le système. Je ne dirais pas que le système se rouille, mais c’est un peu le principe. Lorsque vous avez des pathologies lourdes, graves la médecine va pouvoir vous traiter. Mais vous avez aussi ce qu’on pourrait qualifier de blessures, mais des blessures relativement handicapantes, dûes simplement au fait d’être sédentaire.

Gabriel: Par rapport à cette image de rouille, cela me parle beaucoup. Je dis justement aux patients pour les sortir du lit, que le corps est un peu comme de l’eau. Il y a souvent des carafes d’eau sur les tables basses. Je la secoue un petit peu et je leur explique que si cela reste en mouvement, l’eau va rester assez claire, assez limpide. Par contre, si ça ne bouge pas pendant un temps prolongé, il va y avoir des algues, ça va croupir, ça ne va pas sentir bon. Moralité si vous voulez ne pas puer bougez vous.

Juliette: Ça leur donne envie de boire à l’hôpital, sympa (lol).

Des astuces pour bouger plus

Juliette: Est-ce que tu aurais des petites astuces pour essayer de lutter contre la sédentarité ou pour amener notre entourage à bouger plus sans forcément qu’il s’en rendre compte ?

Sportif mais sédentaire

Gabriel: Il y a beaucoup de points. Je ne saurais pas par où commencer. Par contre, je voulais vraiment souligner, qu’on peut pratiquer une activité physique, typiquement être abonné à une salle de sport, faire une heure de sport par jour, mais être considéré comme sédentaire. C’est hyper important de le comprendre. Il y a des personnes qui sont par exemple étudiantes, ou qui travaillent au bureau (beaucoup assis), et qui font une heure de sport le soir. Ces personnes là, on va les considérer comme sédentaires. Parce que, ce n’est pas l’heure de sport qui va être déterminante pour le bon fonctionnement de l’organisme. Dans la mesure où la majorité du temps ils sont en position statique. Le sport c’est super positif, c’est excellent ! Mais là, ça ne va pas dans le bon sens si, les 23 heures restantes, on a un mauvais sommeil, on est stressé, on est inactif, on mange peu sainement, …

Juliette: Cela ne va pas forcément compenser. C’est aussi le principe des gens qui vont faire une heure de fitness toutes les deux semaines. C’est toujours la même chose, on retrouve la même chose dans la performance. Si on veut être performant, il faut avoir une certaine régularité. Si on veut être en bonne santé, il faut avoir aussi une certaine régularité. Maintenant, il faut être honnête, je pense que toi et moi, on fait des excès. Je ne dis pas que ce sont des excès calculés, mais il faut que la majorité du temps, on ait une certaine logique et une certaine hygiène de vie. Qu’on est un comportement qui s’oriente plus dans la prévention que dans le plaisir et la sédentarité de façon générale.

La motivation

Gabriel: C’est ça, c’est de la discipline aussi quelque part. Les gens oppose souvent, la discipline et la motivation. Ils disent qu’ils ont de la peine à trouver la motivation. Cela n’engage que moi, ce n’est que mon avis, mais je trouve qu’à un moment donné, la rigueur et la discipline doivent primer sur l’aspect motivation. L’air du temps est d’être motivé. C’est important d’être motivé, mais la motivation ça fluctue. La rigueur, c’est un choix, on le fait, ou on ne fait pas. L’aspect motivation fluctue d’une personne à l’autre, et en fonction des circonstances. Je ne pense pas qu’il faille voir la motivation comme quelque chose qui nous pousse à faire et à entreprendre. Par exemple, de faire de l’exercice ou de s’activer. Mais plutôt comme un bonus. C’est à dire qu’on a notre discipline, notre organisation de base; et les jours où on est motivé, on le voit comme un bonus qui nous pousse a faire à un étage de plus, a faire quelques répétitions en plus, 100 mètres de plus …

Juliette: J’aurais tendance à dire qu’en hiver, la motivation, comme tu le dis, c’est le plus. C’est le jour où, là, on a envie. Alors que le reste du temps on n’a pas forcément envie. Je dis à certains patients un truc tout bête. Surtout quand ils ne sont pas bien parce que qu’ils sont malades ou qu’ils ont des douleurs. C’est simplement de sortir de chez eux. De marcher autour du pâté de maison ou autour de l’immeuble, 10 minutes. Ce n’est rien. Je leur explique, que le fait de prendre l’air, d’être en extérieur, de ne pas toujours être enfermé dans des bureaux ou à la maison, de ne pas forcément réfléchir, de ne pas avoir d’objectif, est un élément positif. On vit dans une société où on doit toujours avoir un objectif, où l’on a toujours quelque chose à faire. J’explique aux patients qu’en sortant 5-10 min, c’est du temps qu’ils s’accordent à eux-même, où ils sont en « off ». Et je pense que cela crée certainement un peu de libération d’endorphine, du bien être ou une sorte de remise à jour.

L’activité physique, un médicament !

Juliette: Il ne faut pas oublier que l’activité physique, c’est le premier moyen pour lutter contre la dépression. Si vous êtes déprimé, faites de l’activité physique. Au début, pas forcément beaucoup. Parce que vous ne savez pas comment faire, parce que vous n’avez pas envie. Et en fait, petit à petit, cette activité physique va vous faire du bien. Vous en aurez besoin. Et c’est là qu’on retrouve cette notion de rigueur qui se met en place sans forcément s’en rendre compte. Parce que c’est le bien être qui va primer. Evidemment, il y a des rechutes, c’est normal. Mais lorsqu’on a analysé et compris tout ça, on peut aussi se dire, à certains moments : je ne suis pas bien, je m’accorde une semaine au fond du lit parce que ça ne va pas et je décide d’être sédentaire pendant une semaine. Mais la semaine prochaine, je reprend a bouger car je sais que ça me fait du bien, que ça fait du bien à ma santé, mais aussi à mon moral. Quand on y pense, c’est quand même plus sympathique d’être heureux et joyeux, de profiter de la vie que de ruminer toute la journée.

Gabriel: On est d’accord. Après, il faut encore en avoir conscience. Au niveau des mœurs, notamment dans le domaine médical, cela évolue. Avant,on était vraiment focus sur l’aspect médicamenteux. Le marché pharmaceutique est immense, c’est colossal. On n’a pas idée de ce que cela représente en terme de chiffres. J’avais l’impression, qu’au niveau du discours médical, ce dernier correspondait à : il faut absolument que vous preniez vos pilules, et une liste pas possible de médicaments; et ça ne serait pas mal si vous bougiez un peu plus. L’activité physique était perçue un peu comme un bonus.

Gabriel: A ce jour, je trouve que le discours a bien changé. Maintenant on propose des programmes, on sort les gens rapidement du lit lorsqu’ils sont hospitalisés ou qu’il y a des problématiques aiguës ou chroniques de la santé. C’est formidable. J’ai encore eu une cliente qui est venue ce matin faire une séance. Elle disait justement que pour un problème de sciatalgie, elle est allée consulter sa doctoresse. Cette dernière l’a mise en 70%, et lui a dit « Je fais le choix de vous mettre 70%. Mais par contre, les jours où vous êtes libre, c’est obligatoire, vous allez sortir dehors, vous allez marcher ». Elle lui a dit de se procurer une de ces montres qui compte les pas. Et l’a informé qu’il fallait faire 10.000 pas par jour. On rentre dans les recommandations, et c’est bien. C’est bien de voir l’activité physique comme comme un médicament. Quand on voit tous les effets positifs que cela a. Ne serait ce que sur tous les aspects bio-psycho-sociaux, sur le corps, sur la santé mentale, sur l’estime de soi, sur les interactions avec les autres et tout ce qui est purement physiologique. C’est fantastique qu’aujourd’hui, l’activité physique soit perçue comme un médicament. Et je te mets au défi de trouver un médicament qui regroupe tous les effets bénéfiques que procure l’activité physique, et qui n’a pas d’effets secondaires. Alors, c’est sûr qu’il existe le surentraînement par exemple, mais ça ne concerne pas la majeure partie des personnes. Mais c’est chouette de constater une évolution des mœurs, et une prise de conscience.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande de faire au moins 10 000 pas par jour pour lutter contre les effets de la sédentarité et maintenir une bonne santé.

Juliette: C’est vrai, je trouve aussi qu’il y a eu un changement au niveau médical. Maintenant l’activité physique passe en premier plan. Ils se sont certainement rendu compte, je suis un peu méchante, mais qu’on a tellement « bourré » les gens de médicaments qu’il y avait un certain nombre d’interactions médicamenteuses. On a alors chercher a donner moins de médicaments. On a fini par réaliser en fin de compte, que le fait de bouger était déjà une bonne chose pour les patients. Bouger draine le corps, ce qui draine les substances administrées. C’est certainement une bonne chose d’un point de vu médical, mais il faut aussi drainer un petit peu le tout.

Gabriel: Pour rebondir sur ce que tu dis, il faut voir l’activité physique, en tout cas comme un médicament. Si une personne prend un médicament pour une raison X, et que ce médicament marche, elle le prend régulièrement. Et dès qu’elle ne le prend plus, il ne fait plus effet. L’activité physique c’est pareil, ça doit être régulier. Il est vrai, que lorsqu’on parle d’activité physique, cela peut faire peur aux gens. Ils se disent souvent : c’est du sport, il faut s’équiper. Mais ce n’est pas nécessaire. On peut le faire en habit comme ça.

Juliette: Rien que de marcher …

Gabriel: Aller marcher, c’est fantastique.

Juliette: Certains parlaient du CrossFit et expliquaient que certains exercices de CrossFit étaient basés sur la vie quotidienne. Et c’est vrai que l’on fait des squats pour aller chercher des assiettes en bas du placard, par exemple, ou pour vider le lave vaisselle. Faites des squats ! Pourquoi vous ne maîtrisez pas votre corps ? Vous êtes en train de descendre pour chercher votre assiette sans gainage du tronc. Lorsqu’on leur explique cela, les gens réalisent qu’au quotidien, quand ils montent les marches, ils sont en train de faire du step d’une certaine façon.

L’activité physique en premier plan pour une bonne santé

Juliette: Par rapport à ce que je voulais dire, c’est qu’il est vrai que les médecins maintenant ont compris que l’activité physique était primordiale et le voient au premier plan. La deuxième étape serait que les patients le voient aussi en premier plan aussi. Je pense que dans notre société, on n’en est pas encore là. Et c’est ça aussi notre rôle.

Gabriel: Là, on entre dans l’aspect prévention. Il est vrai qu’à ce jour, on agit souvent lorsque le problème de santé est déjà là, donc fatalement trop tard, trop tardivement. Entrer dans les aspects de la prévention de la santé en s’y mettant avant, en agissant avant, ça serait la prochaine étape.

Juliette: Lorsqu’on se retrouve face à des patients ou des clients, qui ont eu des douleurs ou qui ont mal quelque part, … on doit les instruire sur le pourquoi du comment. Si la personne comprendre pourquoi elle en est arrivé là, au final, dans l’avenir, elle va lutter pour que cela n’arrive pas de nouveau. Elle va alors changer sa façon de voir. L’activité physique, ce n’est pas faire du sport et être fit. En fait, l’activité physique, c’est pour pouvoir mieux vieillir, bien vieillir. Et pouvoir profiter de tout ce qui nous entoure plus facilement.

L’activité physique pour bien vieillir

Gabriel: J’aime bien le terme « bien vieillir ». J’avais un débat là dessus, justement. C’est marrant que tu dise ce terme parce que je vais prochainement participer à un séminaire sur cet aspect de bien vieillir, de vieillir sainement. La question du titre de ce séminaires s’est posé. Au début, le titre était « antiaging ». En discutant je disais que le terme « antiaging » faisait penser à un truc négatif. On a eu un débat là dessus. Je disais que les gens n’appréciaient pas de vieillir. Mais dans l’absolu, la meilleure chose qui puisse arriver, c’est de prendre de l’âge. On ne veut pas y passer à 30 ans. Donc autant mettre toutes les chances de son côté, s’activer et bouger.

Gabriel: Pour rebondir sur ce que tu dis par rapport aux autres activités de la vie quotidienne : les tâches, les squats en allant chercher les assiettes, les escaliers et autres. C’est ça, surtout qui va être déterminant dans les dépenses d’énergie au quotidien. Pour revenir sur ce qu’on disait avant, ce n’est pas l’heure de sport qui va être déterminante, c’est aussi ce qu’on fait le reste du temps. On appelle ça les NEAT (Non-exercise activity thermogenesis). Cela correspond à toutes les dépenses qui sont faites dans des activités qui ne sont pas prévues en tant que sport.

Juliette: L’exemple des sacs de courses. Il y a façon et façon de porter les sacs de courses. On le voit sur les problèmes d’épaule. Quand j’explique aux gens qui ont des soucis d’épaules, qu’à chaque fois qu’ils portent leur sac de courses en se crispant, ils accentuent l’inflammation, et l’installation des tensions. Je leur demande de prendre le sac juste devant eux près du corps avec les deux bras, et leur explique que plus le sac est lourd, plus ils doivent gainer. Il y a toujours un petit blocage au début, car il faut changer les habitudes. Il faut changer la façon de faire. C’est là aussi où, quand on va faire du travail actif avec eux, ni vu ni connu, on amène certains exercices. Et puis ensuite, on fait le rapprochement. Vous avez vu, vous êtes en train de porter 10 kg, et ça va… La prochaine fois avec votre sac de courses de 10 kg, vous penserez à moi. C’est comme ça qu’on inculque des notions qui peuvent se mettre en place.

Gabriel: C’est vrai que voir une progression c’est très encourageant pour les personnes. Voir une progression, participer avec autrui, ça peut aussi être intéressant pour des personnes qui ont un peu du mal à s’y mettre. Peut être avec un proche ou en groupe, ou trouver quelque chose qui nous convienne. Cette notion de plaisir est quand même intéressant. Avant, on parlait de l’aspect discipline, qui selon moi prime sur la motivation. Et de voir la motivation comme un bonus. Mais il faut aussi qu’on s’y retrouve dans tout ça. Il faut donc expérimenter, tester des trucs et s’y retrouver.

Juliette: Si on n’a pas la discipline, on peut toujours trouver soit des voisins pour aller marcher, soit des groupes de marche. Avec le covid, cela nous a quand même apporté pas mal de choses vis à vis de cela, des groupes où les gens se regroupent pour faire des activités ensemble. Je trouve qu’il y a toujours moyen.

Juliette: J’ai l’exemple d’une patiente. Elle n’aime pas faire les courses, et elle habite au cinquième étage. Je lui dis de ne pas faire ses courses en une fois. De toute façon elle va au travail tous les jours. Au lieu de revenir avec ses 15 sacs, avec lesquels elle va galérer pour monter ses cinq étages, je lui ai dit de le faire deux fois. Au lieu d’aller à la boulangerie, puis ensuite chez un boucher, … si vous avez le temps, allez à la boulangerie, revenez et ensuite, l’après midi, repartez chez le boucher pour essayer d’accumuler des petites choses au quotidien. Il n’y a pas toujours besoin de faire six heures de sport. Même si je le rappelle : on perd notre masse musculaire avec l’âge. Le renforcement musculaire, personne ne va le remplacer.

Juliette: De plus, cette lutte contre la sédentarité est synonyme de mobilité. On voit bien que lorsque l’on n’est pas bien, qu’on est un peu malade, on perd cette notion de mobilité. Je dis souvent une patient : Vous savez ce sont vos muscles qui font votre mobilité, il faut les activer. Quand on se tient mal ou lorsqu’on va chercher l’assiette au fin fond de l’armoire … et qu’il n’y a aucune tenue au niveau du tronc, qu’il n’y a aucun gainage nulle part; Au final, qu’est ce qui travaille? C’est plus de l’agression que du travail musculaire. Sauf que ce sont les muscles qui vous font bouger. Donc plus on va les bouger, mieux ça va être.

Gabriel: Il y a en effet un peu dose – réponse, comme on dit.

Les bonnes résolutions

Juliette: On est au mois de novembre, mais bientôt arrive le mois de janvier avec sa phase de nouvelles résolutions. Comment tu vois cette période de nouvelles résolutions, quel est ton avis sur ce sujet ?

Gabriel: La fameuse période des bonnes résolutions. On sait que cela marche une semaine. Et puis, après les gens abandonnent. Je dirais que c’est chouette d’avoir des bonnes résolutions et tout, encore faut-il s’y tenir.

Juliette: C’est bien de se challenger de temps en temps.

Gabriel: C’est très bien. Pour que concrètement, cela se passe bien, il serait important de procéder par étape. Et de revoir un petit peu les exigences, d’être un peu plus raisonnables, c’est important. Par exemple, quelqu’un qui se dirait du jour au lendemain, dès le 1er janvier, j’y vais. Je fais une heure de footing par jour. C’est illusoire, ça ne va pas durer …

Juliette: Tu sais que tu fais peur à certains … tu leur parles d’une heure de footing par jour …

Gabriel: On va développer. Plutôt que de se dire ça, … Par exemple, si je prend mon cas. Moi, il serait bien que je fasse un peu plus de méditation. Je vais me dire, dès demain, je m’y mets, je fais mon heure de méditation. Mais pour faire une heure de méditation ou de sport, il faut être dans une certaine disposition physique, mentale. De plus, il y a les circonstances de la vie de tous les jours. Le quotidien qui fait, qu’une heure ça peut ne pas être évident. Ce n’est pas simple à appréhender, la vie va à 100 km/h dans le quotidien des personnes. Se dire, la prochaine heure il va falloir que je fasse ça … mais il peut se passer beaucoup de choses. Il peut y avoir le voisin qui vient déranger, la famille, quelqu’un qui sonne, le téléphone qui sonne,le chien, le chat… un imprévu, que sais je ? Donc, en une heure, il peut se passer beaucoup de choses. Je pense qu’il est intéressant pour ceux qui souhaitent se mettre à faire une activité, d’être raisonnable, réaliste. Commencer par dix minutes. Si, par exemple, je souhaite faire 1h de méditation, je vais me mettre à faire 10 min. C’est assez simple, je trouve à appréhender. Je me dis OK, là, ce sont mes 10 min de méditation que je fais un jour sur deux. A ce moment là, je vais couper le téléphone, je vais fermée à clé, et je vais me mettre dans de bonnes dispositions. Dix min, c’est quoi ? Donc, je le fait. Je ne fais pas une minute de plus, je ne fais pas une minute de moins. Et si cela me convient bien, j’essaye de pérenniser la chose. Dans un second temps, peut être que je passe à un quart d’heure. Puis à vingt min. Peut être que 20 min, c’est trop. Dans ce cas là je reviens à un quart d’heure. J’essaye d’installer ça dans le temps.

Juliette: Oui, d’y aller progressivement, et de voir que les choses s’intègrent dans le temps. Sans se dégoûter. C’est un peu le problème quand on va trop vite.

Construire une routine, une habitude

Gabriel: Construire une routine, une habitude. C’est ça aujourd’hui le problème. Tu parles d’aller trop vite, mais c’est que tout va très vite. Et puis, on veut tout, tout de suite. On veut le résultat, on veut le programme miracle, mais les bonnes choses prennent du temps.

Juliette: C’est le programme des six semaines …

Gabriel: Le fameux programme des six semaines. Et puis, on a tellement de chance, c’est ça que je voulais dire tout à l’heure. En Suisse, c’est fabuleux, on a tous les reliefs, on a tous les types de paysages, on a toutes les saisons, tous les climats. Il suffit d’être équipé un petit peu basiquement, de bonnes chaussures, un maillot de bain, éventuellement un vélo. Et on peut tout faire tout, et toute l’année.

Juliette: L’avantage qu’on a ici, c’est que où que vous habitiez, vous avez la nature à proximité. Il n’y a pas forcément besoin de faire une heure d’embouteillage, pour se retrouver dans la première forêt. Il y a quand même des choses qui sont proches. Comme tu le disais, il y a cette notion de quantité de temps. Il faut être réaliste et commencer petit, sachant que le planning n’a que 24 heures. Il y a aussi une notion de quantité de charge. Quand tu parlais d’aller courir une heure par jour tous les jours, certains ont eu peur je pense. Selon votre niveau sportif, rien que d’aller marcher, c’est déjà une première étape. Si vous voulez courir une heure tous les jours parce que vous avez cette quantité en tête, et que vous n’avez jamais couru. Je vous déconseille de commencer aussi vite. Vous devriez déjà commencer à marcher. Et, ensuite faire un petit peu plus de marche rapide. Puis intégrer la course à pied progressivement.

Gabriel: Absolument. Il faut bouger en somme. Ne faites pas rien, faites quelque chose. Et puis, ce n’est pas pour rien qu’il y a ces fameuses recommandations de la demi heure par jour. Les gens prennent un médicament pour aller mieux, dès qu’ils arrêtent de le prendre cela n’a plus d’effet. L’activité physique, c’est pareil, comme on disait avant, il faut le voir comme un médicament.

Gabriel: Les gens disent souvent qu’ils n’ont pas le temps, … Ils invoquent le temps, mais aussi le coût. Ils disent que pratiquer une activité physique ça coûte cher, qu’il faut s’équiper, avoir un abonnement, … Mais en terme de temps et en terme de coût, je trouve qu’il faut voir les choses sur le long terme. Une mauvaise santé induite par l’inactivité, de la sédentarité et une mauvaise hygiène de vie va coûter beaucoup plus de temps et d’argent sur le long terme. Être en mauvaise santé, ça coûte extrêmement cher. Et si on met dans la balance la demi heure de marche un petit peu vigoureuse par jour, en se parkant à 10 min de son travail et en faisant le reste à pied, versus les hospitalisations, les traitements, les visites chez le médecin … les coûts et le temps que cela va prendre, c’est faramineux.

Gabriel: Il ne s’agit pas forcément de parler de sport, cela peut faire un peu peur, mais simplement de s’activer un petit peu. Je vous invite vraiment a réfléchir à votre emploi du temps, à votre quotidien, à vos habitudes. Activité par activité, et vous dire OK, à tel moment de la journée, je fais ça, comment est ce que je peux sans perdre de temps, y placer un petit peu de mouvement ? Par exemple, si je me rends en transports à mon travail, cela me coûte quoi de m’arrêter un-deux arrêts de métro avant, et de faire le reste à pied ? Idem pour le retour. Si j’ai beaucoup de téléphones à faire, qu’est ce que cela me coûte de faire ces appels en position debout, en marchant ? Je vous invite vraiment à avoir une réelle réflexion sur votre emploi du temps, à vous poser la question : A quel moment est ce que je peux caler un peu de mouvement ?

« Ceux qui estiment ne pas avoir de temps pour l’exercice physique, devront tôt ou tard, trouver du temps pour la maladie ». Edward Stanley

Juliette: Réfléchir aux petites choses qu’on peut changer. Ne plus prendre les escalators ni l’ascenseur, mais les escaliers par exemple.

Gabriel: Tout à fait. Il y avait eu d’ailleurs une étude, je crois que c’était aux HUG, dans laquelle ils avaient pris un groupe de collaborateurs auquel ils avaient donné une sorte de badge, de puce, qui les empéchait de prendre l’ascenseur. Ils étaient donc contraints de prendre les escaliers. Ils ont observé des bénéfices. Dans cette étude, il s’agissait en l’occurrence de mesurer tout ce qui était composition corporelle. Sur quelques mois, ça a porté ses fruits. C’est vrai qu’on voit souvent les choses dans l’immédiat, on se dit que 10 min ce n’est rien, et que ça ne va pas avoir d’effet. Mais sur une semaine, simplement 10 min de marche, on voit les résultats. On va plutôt parler de la demi heure, car ce sont les critères … J’avais 10 min en tête parce que c’est ce qu’on peut comptabiliser dans un temps d’activité. Si on fait 10 min d’activité, de mouvement sans interruption, c’est ce qu’on peut comptabiliser.

Il est recommandé de faire 30 min d’activité physique quotidienne d’intensité moyenne. Swissheart.ch

Répartir l’activité physique dans le temps

Gabriel: Quantifier le mouvement est plus intéressant. On revient sur l’exemple de quelqu’un qui fait une heure de fitness par jour, mais qui le reste du temps est assi. Cette personne va être considérée comme sédentaire dans la mesure où, on ne peut pas être inactif cinq jours sur sept et le week end, faire trois heures d’activité physique le samedi et trois heures le dimanche. Ce n’est pas comme ça que ça fonctionne. Pour prendre un exemple d’une activité de la vie quotidienne. Se brosser les dents, ce n’est pas parce que vous ne vous brossez pas les dents du lundi au vendredi, puis que vous passez une heure à vous brosser les dents le samedi et dimanche, que cela va porter ses fruits. C’est intéressant la répartition. et c’est souvent mieux. Par exemple si on a deux heures où l’on veut faire du sport de façon un peu intensif, il sera préférable de le répartir. De faire sur quatre jours, 30 min chaque jour. Plutôt que de ne rien faire pendant trois jours, et puis le quatrième jour faire deux heures d’un coup.

Juliette: Il faut toujours mieux faire de l’activité de façon quotidienne. Quand on rentre dans le sport, là, on rentre dans le système d’entraînement. C’est un autre débat. Mais de toute façon, il vaut mieux avoir de l’activité un petit peu tous les jours, ça, c’est sûr.

Les enfants et l’activité physique

Juliette: Un autre point qui peut être intéressant, ce sont les enfants. En tant qu’adulte, d’une certaine façon, on leur sert d’exemple. Cela peut être une motivation pour bouger, pour marcher. Si nos enfants nous voient être actifs, ils vont déjà être plus actifs. Il y a aussi la notion de comportement. Quand on les amène à l’école, les arrêter juste devant, les jeter de la voiture, ce n’est pas forcément leur apprendre à être actifs et à bouger. Et comme tu nous l’a dit tout au long de cet entretien, l’activité physique et on ne parle pas de sport, l’activité physique est importante pour être en bonne santé, de façon générale. Pour être bien dans sa vie, dans sa tête, dans son corps. Il faut donc peut être inculquer cela à nos enfants.

Juliette: Je ferais le parallèle avec les trottinettes. Je n’ai absolument rien contre les trottinettes, mais j’ai eu beaucoup de patientes qui me demandaient ce que je pensais des trottinettes chez les tout petits. Je répondais alors, que je n’avais rien contre les trottinettes, à partir du moment où on considérait que c’était un moment, que c’était une activité à part entière. Le problème, c’est qu’on est tous pareils. Les enfants sont petits. En tant qu’adulte, on marche beaucoup plus vite. C’est plus simple pour nous, en tant qu’adulte, d’avoir des enfants qui nous suivent au bord du lac en trottinette qu’à pied. J’avoue que c’est beaucoup plus confortable. Par contre, je pense que ce n’est pas forcément idyllique pour les enfants. Pour la simple et bonne raison qu’ils sont tout le temps en trottinette. La trottinette, ça va très vite. Ils ne prennent donc pas l’habitude d’observer les choses calmement. Ils n’ont pas la frustration d’être le petit qui essaye de suivre les adultes. Tout va trop vite, la notion d’attendre, le fait d’être patient, le fait de prendre le temps. On ne leur apprend pas à prendre le temps. En même temps, la trottinette, peut être une activité physique, mais quand elle est vue comme mode de transport, ce n’est plus le cas. De plus on voit de plus en plus, même les petits, avec des trottinettes électriques.

Juliette: Quand les patientes me posaient la question, je leur cassai un petit peu le truc. Pourtant, je suis très sport de glisse, trottinette, skate, … je trouve ça génial. Mais, vu comment c’est utilisé, c’est discutable. Il est parfois intéressant de prendre du recul et de réfléchir en tant qu’adulte, en quoi l’utilisation de la trottinette nous arrange, nous plaît. La plupart du temps, en tant que parent, ce qui va nous plaire dans la trottinette, c’est qu’il n’y a pas besoin d’attendre l’enfant. Est ce que c’est quelque chose de positif ? Même dans le rapport à ces enfants ? Là, il y a peut être moyen de se remettre en question.

Gabriel: C’est vrai que je ne me suis jamais posé la question, sur cet aspect de trottinette. Je ne suis pas spécialiste de la question chez les enfants, mais il est vrai qu’il y a des étapes dans la vie, de construction, de développement de l’organisme, du système nerveux qui se font par étapes. Les fondations se construisent à certains âges. C’est important que l’enfant soit stimulé, qu’il soit actif, qu’il bouge, qu’il court, qu’il saute, qu’il marche et qu’il fasse des expériences. C’est important qu’il soit stimulé par l’environnement, d’un point de vue sensoriel et avec le mouvement.

Juliette: Le problème avec la trottinette, c’est qu’elle va te stimuler sur beaucoup de choses, sur l’équilibre, sur la réactivité, et plein d’autres choses, ça, je ne le renie pas. Mais en contrepartie, le problème, c’est lorsque la trottinette remplace la marche et qu’il n’y a plus de marche. On ne va plus à l’école à pied, on dépose l’enfant devant la porte. Le week end, lorsqu’on a envie d’aller marcher dans les vignes ou au bord du lac, l’enfant ne marche pas, mais nous suit en trottinette. Souvent, à aucun moment les enfants marchent réellement. On observe de plus en plus les enfants se plaindre rapidement de douleurs partout après avoir un peu marché. Directement, on va penser aux douleurs de croissance, car l’enfant est en pleine croissance. Mais parfois, il faut prendre un peu de recul, car ce n’est peut être pas des douleurs de croissance. L’enfant n’est peut être pas suffisamment stimulé dans cette activité. Activité qui est censée être une activité basique. On est censé marcher avant de courir.

Gabriel: C’est vrai qu’au niveau mécanique, il y a cet aspect contrainte, impact qui va justement stimuler la synthèse osseuse. Donc ça, c’est important, et il vrai qu’on ne retrouve pas tellement cela dans la trottinette, encore moins dans la trottinette électrique.

Juliette: On va parler de trottinette récréatif. Parce que pour ceux qui font de la vraie trottinette sportive, c’est encore autre chose.

Gabriel: C’est encore autre chose, c’est sûr.

Juliette: Comme on l’a vu au final, tout ce qu’on cherche, c’est d’essayer d’être actif, de se remettre en question, de se poser des questions par rapport à son environnement ou son planning. Qu’est ce qu’on peut changer ? Qu’est ce qu’on peut améliorer, sans avoir des objectifs de Jeux olympiques ? Rester simple pour essayer de bien vieillir. Puis peut être arrêter de vouloir la solution miracle tout de suite sous forme de pilule en 2 secondes. Chercher les solutions, c’est bien. Vouloir une solution dans la seconde, ça ne marche pas.

Gabriel: Patience est mère de raison.

Le problème des écrans

Juliette: Est ce qu’il y aurait d’autres choses que tu aimerais partager, d’autres réflexions ?

Gabriel: Alors je trouve qu’on a bien fait le tour et on a bien parlé de la sédentarité, du mouvement, de l’activité physique. Tu nous as aussi parlé longuement de la trottinette (lol).

Juliette: J’aime bien le « longuement » (lol).

Gabriel: C’était très intéressant, mais c’est vrai que je ne m’étais jamais posé la question sous cet angle. Je n’ai jamais vu un enfant sur une trottinette suivre sa maman, et me dire tient elle le prend pour se décharger un petit peu.

Juliette: Elles ou ils, les papas ne le font pas consciemment. On ne le fait pas consciemment.

Gabriel: Mais c’est vrai que lorsque je pense, par exemple à mon petit frère ou aux enfants, actuellement l’aspect le plus problématique, pour moi, lié au manque de mouvement, à l’inactivité, c’est plus les écrans. En l’occurrence tout ce qu’il est accès au téléphone. Pour faire un parallèle avec la trottinette, par exemple, je dis ça sans son jugement et je ne suis pas papa, donc c’est purement un constat. Mais j’ai l’impression que parfois, on met dans les mains de l’enfant un écran, un smartphone pour qu’il ne fasse rien et reste calme. Pour qu’on puisse faire nos trucs tranquille. Que c’est une solution, une facilité.

Juliette: C’est la même facilité que la trottinette. On le fait inconsciemment ou consciemment des fois, mais c’est la même chose.

Gabriel: Je trouve que les écrans, pour n’importe qui, ce n’est pas forcément bien. Après, tout est question d’équilibre et de faire les choses raisonnablement avec les écrans. Sur les téléphone, il y a des options pour voir le temps d’écran. Parfois je confronte mon petit frère au temps qu’il a passé sur l’écran. Cela peut aller jusqu’à 4-5 heures. Il ne se rend pas compte. J’ai parfois l’impression qu’on a peur, et je m’inclue dedans, de ne rien faire. Je pense qu’il y a beaucoup de gens qui auraient du mal si on leur disait : maintenant tu dois durant 5 minutes ne rien faire, tu restes assis et tu ne fais rien. Je pense que beaucoup de gens seraient super mal.

Juliette: Ça, ce serait un test intéressant, face à des gens qui sont continuellement sur leur écran, de les poser face à ce type de panorama (vignes de Lavaux, face au lac) sans téléphone, sans musique, sans rien. Et de leur dire maintenant essaye de profiter de l’instant. S’ils n’y arrivent pas, peut être que ce test les amènerait à se remettre en question et peut être à changer 2-3 petites choses dans leur vie.

Gabriel: Tu prend conscience souvent que tu ne fais pas quelque chose d’utile sur le téléphone. Simplement tu fais défiler, tu navigues ou tu regardes un peu les publications des autres. Dans l’absolu, tu ne fais rien de plus intéressant que de ne rien faire, mais ça donne l’impression de faire quelque chose. Les gens maintenant l’embarquent aux toilettes …

Juliette: Ne pas amener son téléphone aux toilettes.

Gabriel: C’est le seul endroit où à proprement parler tu peux « te faire chier » et même là, les gens ont peur de se faire chier, de ne rien faire. Donc, ils embarquent le téléphone.

Juliette: C’est vrai que c’est la panique quand tu n’as plus ton téléphone, alors que le natel (portable) ce n’est pas si vieux. C’est comme Internet, ce n’est pas si vieux.

Gabriel: Tout va très vite. On ne sait pas encore les répercussions que cela peut avoir. On verra dans quelques dizaines d’années. Il y a forcément des répercussions positives, et négatives. On les constatera plus tard, on ne sait pas encore.

Juliette: Pour l’instant, on ne voit que l’aspect pratique de la modernité par rapport au natel, on ne voit pas les effets négatifs.

Gabriel: Quand je vois les plus jeunes, les enfants, c’est plus cet aspect lié aux réseaux sociaux, au temps passé sur tous les écrans, …

Juliette: Qui diminue les vraies interactions sociales. On le voit quand ils sont en famille. Au final, ils ne sont pas là. Ils sont sur leurs écrans et ils ne sont pas en train de communiquer avec nous. Ce qui n’est pas constructif non plus.

Gabriel: Ça donne l’impression que tu as des interactions sociales, que tu connais du monde. ça augmente l’estime de soi … Il y a tous ces mécanismes de valorisation, s’est construit comme ça. J’imagine qu’ils ne sont pas stupides, tout ce qui est like, le coeur, …

Juliette: Ça peut amener plein d’interactions intéressantes, te permettre de rencontrer de nouvelles personnes …

Gabriel: C’est un outil.

Juliette: En effet, il faut le voir comme un outil. Maintenant, tu le fais assis. En général, tu n’es pas en train de marcher pendant que tu regardes tes réseaux. Si tu marches pendant que tu regardes ton écran, c’est dans ce type de moment qu’on observe des accidents avec les voitures, ou entre piétons, …

Gabriel: Il y a des répercussions. On voit souvent le coté physique, sur les yeux, sur la posture … On est souvent affalé quand on l’utilise.

Les enfants et les réseaux sociaux

Gabriel: Mais il y a toutes les répercussions aussi plus psycho-sociales. Je parle des réseaux sociaux. C’est vrai que ce n’est pas un thème qui concerne forcément la sédentarité ou l’activité physique. Mais si je prends l’exemple, de jeunes qui sont malheureusement harcelés à l’école. Avant quand il n’y avait pas les réseaux sociaux, les jeunes qui subissaient ça, cela se cantonnait un peu aux limites de l’école. De nos jours, la majorité des jeunes sont sur les réseaux. Ceux qui subissent le harcèlement, celui-ci les poursuit jusqu’à la maison. Donc les répercussions sur la santé, et au niveau psycho social sont dévastateurs. On en voit à l’hôpital, en pédiatrie !

Juliette: Ces enfants se renferment sur eux même, et la reconstruction en est d’autant plus difficile. Comme on disait, ce n’est plus qu’au niveau local, c’est 24h/24. Cela prend une ampleur démesurée, c’est la ville d’à coté, c’est le pays d’à coté, ça implique des gens que l’on a jamais vu.

Gabriel: C’est H24. Et comme on disait avant, il y a des choses, des phases précises du développement. Des choses qui ne se construisent qu’à un certain âge. Et si cela se passe mal, malheureusement, ça conduit à des dérives qui peuvent être dramatiques.

Gabriel: On ne vend pas trop les natels (lol). Biensur qu’il y a du positif. Mais on s’éloigne un peu du sujet.

Juliette: C’est cette notion de prendre les choses avec un certain équilibre, de trouver de l’alternance, de prendre la modernité avec ce qu’elle nous apporte de positif. D’avoir conscience des mauvaises choses, que ce soit à cause des natels, ou que ce soit nos habitudes. Il faut essayer de trouver un juste milieu pour évoluer dans le temps de façon la plus optimale et bienveillante possible.

Gabriel: Oui, l’équilibre et faire les choses en connaissance de cause. S’informer. C’est vrai que tout ces outils sont aussi positifs pour s’informer, on a accès à l’information.

Juliette: Merci Google.

Gabriel: Merci Google.

Juliette: Parce que oui, on utilise Google tous les jours. C’est vrai que Google, c’est quand même pas mal …

Gabriel: En somme, on n’a pas de recette miracle et de remède magique à vendre.

Juliette: Essayons de faire simple. De la mobilité classique, de pas chercher les extrêmes, de se connaître par rapport à ses capacités, de se faire accompagner par des thérapeutes, des physiothérapeutes, des thérapeutes du sport, des coachs, … ce que vous voulez. Avancer progressivement en fonction de ses propres capacités.

Gabriel: Je n’aurais pas dis mieux.

Juliette: Autre chose à rajouter ?

Gabriel: C’est bon pour moi. Je te remercie infiniment, en tout cas pour ton temps. Si quelques collègues voient ce podcast, je les embrasse fort et je les salue.

Juliette: Et puis, il faut liker et partager (lol). Merci à tous.

La douleur, c’est quoi?

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Les intervenants

  • Juliette Corgnet : Physiothérapeute (spécialisations : sport, pelvipérinéologie, rééducation respiratoire et cardiovasculaire)
  • Daniel Simão : Physiothérapeute, et co-fondateur des cabinets start.physio

Transcription du Podcast

Juliette: Bonjour et bienvenu sur le podcast de CapRol. Aujourd’hui, nous allons parler de la douleur avec Daniel Simão, physiothérapeute. Bonjour Daniel, est ce que tu peux te présenter stp?

Daniel: Daniel Simão. Je travaille en Suisse depuis 2013, j’ai cofondé avec des collègues les cabinets Start.Physio. Avant ça, j’ai donné quelques cours en thérapie manuelle et j’ai été invité à des conférences pour parler sur différentes thématiques ; dont la thématique de la douleur pour des séminaires et des Journées scientifiques au Portugal.

Définition de la douleur

Juliette: Voilà entre autres pourquoi je voulais faire ce podcast sur la douleur avec toi. Est-ce que tu aurais une définition de la douleur ?

Daniel: Il y a la définition standard. Là, je l’interprète plutôt de façon un peu poétique. C’est en signe d’alerte que le corps donne face à une potentielle menace. C’est comme cela que je l’interprète lorsque les patients parlent d’une douleur. Cette menace, elle peut être une menace réelle ou une menace virtuelle. Mais toutes les deux sont interprétées exactement de la même façon. L’expérience, la douleur est exactement la même. C’est là qu’il est intéressant de comprendre, que l’on rentre dans la neurophysiologie de la douleur et qu’on commence à rentrer dans la douleur chronique.

Juliette: La douleur c’est donc un signal d’alerte qui indique qu’il y a des questions à se poser sur soi-même, que ça soit d’un point de vue physique ou autre.

Daniel: En fait, la douleur, elle te dit simplement qu’il faut que tu fasses quelque chose. Tu as une action à réaliser. Par exemple, enlever ta main du feu qui est en train de brûler. Lorsqu’il y a quelque chose qui est en train de piquer, de percer la peau, des capteurs en informent le cerveau. Le cerveau prend alors la décision de dire OK, on regarde et on agit et on sort de cette situation. La douleur peut être aussi associée à quelque chose d’émotionnelle, de psychologique. Dans ce cas le corps ressent aussi le besoin de quitter quelque chose. Elle t’indique qu’il faut que tu prêtes attention à quelque chose et que tu changes.

Juliette: La douleur doit amener à l’action, et donc à la réflexion ?!

Daniel: La douleur, elle doit amener à l’action, exactement. Souvent pour arriver à l’action, il faut aussi qu’il y ait une réflexion.

Douleur aiguë et douleur chronique quelle différence ?

Juliette: Ok donc la douleur amène à la réflexion, et la réflexion à l’action. On parle souvent de la douleur aiguë. Cela montre que la douleur est importante pour lutter contre une menace imminente, ou instantanée. Après, il y a la douleur chronique. Quelle est la différence entre douleur aiguë et la douleur chronique ?

Daniel: D’un point de vue des mécanismes à un niveau supérieur, au niveau du cerveau, elles sont pratiquement identiques. J’ai beaucoup de patients qui disent « les médecins ou les gens disent que la douleur est dans la tête ». Oui, la douleur elle est toujours dans la tête. Le processus de douleur, il est toujours un output, donc c’est quelque chose qui « ressort du cerveau ». C’est comme une action. Je bouge donc il y a un ordre qui me fait bouger les membres. La douleur, c’est exactement la même chose. Donc, ce n’est pas « quelque chose qui rentre, mais quelque chose qui ressort ».

Juliette: C’est donc un message neurologique, qui ressort du cerveau.

Daniel: Un message qui ressort, mais qui dit attention. Au niveau aigu, lorsqu’on teste localement la zone de la blessure, on identifie des médiateurs inflammatoires. Ce sont des petits composants qui vont stimuler l’inflammation. L’inflammation est positive parce qu’elle va créer la régénération tissulaire. Cela va créer la cicatrisation, etc… Et cela va amener à finir l’agression. Ce processus prend 72 heures.

Daniel: Après, il y a d’autres mécanismes qui perpétuent la douleur. Ils sont souvent associés à des facteurs de perception, de peur. Ainsi qu’à des éléments liés au fait que cette agression a aussi une base, un contexte cognitif, qui permet de prolonger cette douleur. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire par exemple : « J’ai entendu mon voisin dire qu’a une entorse de la cheville, sa jambe a été amputée. Une histoire comme celle-là va potentiellement engendrer une peur, associée à cette blessure, à cette entorse. Et cela va potentiellement créer un effet nocebo.

L’effet nocebo correspond à l’apparition d’effets indésirables bénins, d’origine surtout psychologique, après administration d’un médicament inactif ou qui ne peut lui-même produire ces effets. (Par analogie avec l’effet placebo).

Définition du Larousse

Daniel: Autre exemple : J’ai entendu quelqu’un dire qu’un membre de sa famille est mort d’un problème cardiaque, alors qu’il se plaignait de douleurs dans la poitrine. J’ai un problème au niveau de la côte et je sens une douleur dans la poitrine. Rapidement, cette douleur va être très amplifiée. L’expérience de la douleur sera augmentée à cause de cette peur. Cette peur peut aussi prolongée cette douleur. En effet la peur est aussi quelque chose qui nous protège. Quel est le problème après ? C’est comment on va résoudre ce problème.

Juliette: D’où l’intérêt de prendre un peu de recul par rapport à ces problématiques ou sa douleur. D’où l’intérêt aussi de rassurer les patients sur leurs douleurs et d’avoir un minimum d’empathie. Même si les douleurs sont amplifiées par des causes psychologiques pour des événements extérieurs ou personnels, si on dit aux patients que « c’est dans la tête », on cultive un peu le fait qu’ils s’enferment dans cette douleur et dans leurs propres croyances. Je pense qu’on a aussi un rôle en tant que physiothérapeute dans le fait de les faire sortir de certaines croyances, qui sont négatives sur le processus de résolution de la douleur.

Oui c’est dans la tête, mais non vous n’êtes pas fou !

Daniel: C’est important, ce que tu dis. Parce qu’à partir du moment où on dit aux gens, « c’est dans ta tête », il y a toujours cette association : c’est dans ta tête donc tu est en train d’inventer la douleur. Le patien se dit alors, »mais je ne suis pas fou ». C’est cette expérience que les patients me racontent. Mais non, ils ne sont pas fous. Quelque fois il faut qu’on change nos mots, il faut qu’on adapte les mots. Il faut qu’on adapte aussi la façon dont on explique aux gens qu’en réalité : Oui, c’est toujours dans la tête, mais si je suis en train d’arracher la jambe, c’est aussi dans la tête.

L’analgésie du champ de bataille et les douleurs fantômes

Daniel: On a des textes très intéressants qui apparaissent après la guerre du Vietnam. On a commencé à parler de neurophysiologie de la douleur, et de l’analgésie du champ de bataille. Des soldats qui avaient subi des tirs sur les jambes, continuaient à courir malgré leurs blessures. Le cerveau avait décidé que sauver sa vie était plus important que définir qu’il y avait une douleur. Donc, oui, c’est toujours le pouvoir du mental. Même si il y aussi plein d’autres choses.

Daniel: Tout le monde connaît sûrement les douleurs fantômes des membres amputés. Le membre il n’est plus là et la personne continue à sentir ce membre qui fait mal. Donc oui, c’est toujours dans la tête, mais cela n’implique pas que les professionnels de santé doivent savoir rediriger le patient en cas de besoin et lui éviter d’effectuer des centaines d’examens. Examens qui au final ne donneront probablement rien, et ne feront qu’augmenter le niveau d’anxiété. Ce qui créera encore plus de problèmes et perpétuera plus de douleur.

A la recherche d’un diagnostic

Juliette: Oui en effet, parfois lorsqu’on se retrouve face à certaines douleurs, on est toujours en train de chercher un diagnostic.

Daniel: Quelque fois on le cherche au mauvais endroit.

Juliette: Cette recherche sans fin de diagnostic est parfois un problème. Personnellement, j’essayais d’expliquer aux patients que les examens complémentaires c’est bien quand on sait exactement ce qu’on cherche. Et même si on sait ce qu’on cherche, quelque part, est ce qu’on a vraiment besoin d’un examen? Parce que le traitement en lui même il ne va pas forcément changer. Par contre, dans certains cas le fait de poser un diagnostic, permet de rassurer, d’avoir enfin une réponse au pourquoi des douleurs, et permet au patient de sortir d’un contexte négatif de questionnements sans réponse. En contre partie parfois il est préférable de ne pas leur poser de diagnostic parce que cela angoisse plus qu’autre chose.

Daniel: C’est une belle question et je suis aussi divisé entre les deux. Il y a des facteurs qui vont faire que la personne aura plus de souffrance, dont le niveau d’éducation.

Juliette: Il y a le niveau d’éducation, mais après, il y a le vécu personnel ?

Daniel: Quand je parle éducation, c’est le niveau de développement ou le niveau intellectuel de la personne. C’est un facteur qui va contribuer dans le bon, ou le mauvais sens. Donc soit la personne comprend très bien tout ce qui se passe, et a un peu cette compréhension de la neurophysiologie, soit ce n’est pas le cas. Cela peut aussi être notre rôle d’éduquer la personne. Cela peut aider la personne a aller dans le bon sens. Mais lorsqu’on revient au fait de ne pas avoir de diagnostic, si cette personne est très loin du médical, et a très peu d’idée de comment cela se passe, elle va toujours se dire : « Mais personne ne sait ce que j’ai. J’ai sûrement le pire ». Dans ce cas là l’absence de diagnostic est très probablement catastrophique.

Intérêt des examens complémentaires (IRM, Radio, …) ?

Juliette: Mais le problème, c’est qu’on trouve souvent aux examens des choses que les patients interprètent comme catastrophiques. Ce qui est compliqué, je comprends que certaines personnes ont besoin d’un diagnostic, car elles ont besoin d’une réponse à leur question. Mais lorsqu’elles sont très, très loin du médical, elles dramatisent tout. Sur une hernie discale, c’est la fin du monde, alors que pas du tout. On a si cela se trouve toi et moi des hernies discales. Et c’est ça aussi le problème. Je pense que l’on a un rôle d’accompagnant. Le fait de rassurer et d’expliquer que la douleur est réelle. Mais aussi parfois de leur expliquer qu’on n’est pas toujours obligé de faire de diagnostic, car cela finit par un tourisme médical. Il est pour moi important de leur dire que le principal, c’est de bouger, et d’essayer d’atténuer la douleur. Il est important que l’on trouve des choses pour que votre organisme évolue. Je pense que c’est propre à chacun, à chaque thérapeute, à chaque patient, il faut s’adapter.

Daniel: Alors il y a plein de choses qui sont en train de se passer au niveau de la recherche scientifique, en ce moment. Et c’est intéressant de comprendre, peut être que je me trompe, qu’il existe entre la recherche et la pratique 17 ans de différence. Donc, pour ceux qui sont en train de rechercher maintenant ou depuis 5 ans, on a encore une dizaine voir une vingtaine d’années avant que les résultats n’arrivent dans la pratique de tous les professionnels de santé. C’est ce que j’explique aux patients qui disent « mais pourquoi jamais personne ne m’a dit ça? ». Mais c’est normal, cela prend du temps parce qu’il faut être toujours sur le sujet. Et il y a plein de sujets sur lesquels on est, donc tout le monde ne peut pas être sur ce sujet en particulier.

Daniel: Les recherches universitaires, citées dans des articles qui ont été publiés sur le sujet de la douleur, ont exposé à l’IRM, pas seulement des patients, mais aussi des gens considérés comme sains. Pour chaque tranche d’âge, ils ont découvert qu’il y avait une quantité de hernies, de fractures, de fractures consolidées… Il y avait des arthrose gigantesques … Au niveau de la recherche sur le genou, ils ont découvert que l’arthrose du genou n’est pas associée à la douleur. Il y a donc des gens avec de grosses arthroses, mais avec une bonne mobilité, une bonne forme, un bon équilibre et qui ne souffrent pas forcément de douleurs.

Daniel: De plus en plus, on commence à comprendre qu’en réalité l’image du corps, ce n’est pas comme la voiture qui, lorsqu’elle a une pièce un peu rouillée, il faut la changer car sinon elle ne marche pas. La question est : Est-ce que la structure a ce qu’il faut pour gérer les défis, pour faire face à la gravité, pour faire face à l’impact sur le sol? A-t-elle aussi un système nerveux capable de gérer tout l’ensemble? Si on ne se pose pas ces questions on va continuer à poursuivre, les recherches par les examens. On finira soit par trouver quelque chose et créer plus de nocebo, alors que les études démontrent qu’il n’y a pas vraiment de corrélation. Attention, il y a des cas où, Oui, il faut une chirurgie immédiate, mais cela représente 1 – 2%.

Juliette: Dans tous les cas, c’est au médecin de déterminer si on doit faire des examens complémentaires. Souvent, la population, ou même nous entre tant que physiothérapeutes, on veut demander une radio, une IRM ou d’autres imageries. Mais ce n’est pas à nous de déterminer si on doit faire un examen complémentaire puisque, dans la plupart des cas, cela ne va pas changer notre traitement.

Juliette: En contrepartie, il est vrai qu’on a souvent la curiosité d’avoir des images. Mais au final, les images, c’est parce qu’on aime bien voir. On a été éduqué comme ça, or ce n’est pas toujours représentatif. C’est donc au médecin de déterminer si pour lui, d’un point de vue purement médical, il a besoin d’avoir des images pour rechercher autre chose ou pour déterminer une chirurgie éventuelle.

Daniel: Je pense que l’idée et ce qui est proposé, c’est que les examens complémentaires sont là pour potentiellement voir les drapeaux rouges, les « red flags ». Pour être sure qu’il n’y a pas une maladie qui va mettre en cause la structure ou la personne. En voyant les images on peut interpréter, comprendre le chemin que la personne a pris dans la recherche de stabilité et donc les potentiels dégâts créés. Mais ces dégâts ne correspondent très probablement pas à la douleur. Souvent, ils correspondent à une conséquence de ce qui a crée la douleur.

Juliette: De toute façon, il y a toujours cette notion d’adaptation. Il est intéressant de fait un bilan pour savoir quels sont les déficits qui ne nous permettent pas de tenir debout. Et puis après, on essaye de s’adapter. Le corps est toujours éternellement adaptable. Evidemment quand on est jeune, c’est plus facile, mais l’objectif à tous âges est de s’adapter. Maintenant, quand on a une douleur chronique, je pense que l’objectif est d’atténuer cette douleur, mais surtout de récupérer de la mobilité pour ainsi amener de l’adaptation. Si on ne fait que du passif et qu’on ne fait que de l’antalgique, au final, on n’aura jamais d’adaptation à la mobilité et il n’y aura jamais de renforcement.

Les thérapies passives sont peu conseillées

Daniel: En ce moment, tout ce qui est thérapie passive n’est presque pas conseillé. Donc toutes les guidelines sur les différentes pathologies, il y a très peu d’interventions passives qui sont recommandées. Je suis spécialiste en thérapie manuelle (thérapie passive), j’en fais donc beaucoup et cela amène une action sur le système nerveux. On arrive à changer des perceptions, mais notre traitement doit être majoritairement éducationnel. On doit aider la personne à comprendre. Ce n’est plus l’éducation du « Back School » comment à l’époque, où on apprenait à la personne que : ça c’est votre vertèbre, ça c’est votre disque cassé, et ça c’est vote hernie qui explose en arrière quand vous vous penchez en avant. Non, non, c’est plutôt quelque chose où on rassure la personne en lui disant que son corps est robuste et résilient.

Daniel: Si vous faites les bons choix chaque jour, et si vous faites les bonnes actions, le corps va réagir dans le bon sens. Evidemment cela ne se fera pas du jour au lendemain. Vous n’allez pas voir la guérison du problème demain, mais peut être d’ici 3 mois, 6 mois, une année. Cela dépend aussi de la longueur de problème. Vous serez beaucoup plus fort, beaucoup plus capable de gérer la gravité, le mouvement descend-monter. Et en fait, c’est ça qu’on veut. On veut que la personne soit fonctionnelle, autonome et possiblement sans douleur. Il y a des cas où la douleur va persister, mais ça, ça rentre dans autres choses.

Vivre avec la douleur

Juliette: . J’ai eu des patients qui avaient vraiment « raison d’avoir mal » c’est à dire que mécaniquement il y avait de gros problèmes. Cette situation allait de toute façon en s’empirant pour cause de dégénérescence. Il s’agisait de patients très actifs, qui s’entretenaient comme ils le pouvaient. Malgré tous les efforts et toute la volonté, la douleur persistait. Ils décrivaient une douleur forte constante. Ces patients donnaient l’impression qu’ils s’étaient adaptés à la douleur. Ils ont une douleur forte, mais en fait, ils vivent avec …

Daniel: Alors plus on bouge, plus on a des mécanismes internes qui sous-pressent la douleur. Pourquoi les gens ont encore la douleur? Ça serait intéressant de comprendre, mais quelquefois, certains types de problèmes créent une potentiation à long terme des nerfs. Donc un nerf qui au début envoie une message, imaginons avec 10 chaines dues à certains processus, il peut passer à 20, 30, 40 ou 100 chaînes. Donc avant, il y avait un stimulus qui envoyait une information qui était interprétée comme une douleur seulement si il y avait beaucoup beaucoup d’information. Maintenant, beaucoup d’informations arrivent avec un minimum de stimulus. Il suffit de respirer pour envoyer déjà toute cette information. Parce que le nerf qui envoie l’information, indique comment la structure se présente, et envoie beaucoup trop de stimulus. Et cela peut se situer au niveau périphérique (et au niveau central), le nerf qui monte depuis la pointe du doigt jusqu’à la moelle et après de la moelle vers le cerveau. Cela peut aussi se passer dans le cerveau au niveau des nerfs de liaisons. Tout ça peut vraiment être un changement physique. Il est important de comprendre cet élément, parce que lorsqu’on dit que c’est dans la tête, oui c’est dans la tête, mais biologiquement, il y a un changement.

Juliette: Il y a donc aussi une adaptation neurophysiologique.

Adaptation neurophysiologique à la douleur

Daniel: Il y a une adaptation neurophysiologique, à sentir mieux la douleur. Les gens deviennent donc super capables de sentir la douleur. La meilleure image, c’est l’image des gens qui commencent à conduire. Au début, on est très mal à l’aise, on doit être très attentif. Et au bout d’une année, il y a des gens qui conduisent avec une main … Donc le cerveau s’adapte et il y a certains contextes qui permettent à la personne de devenir très adaptée à sentir la douleur.

Juliette: Donc, ils sont adaptés d’un point de vue négatif ? Ce n’est jamais positif ?

Daniel: Normalement, c’est positif. La majorité des gens s’adaptent très positivement. On a une douleur, on stimule le point de la douleur, et le cerveau comprend qu’il n’y a pas de risque, pas de danger, donc la douleur diminue. Là, c’est la magie du cabinet où on fait 1-2 thérapies et hop il n’y a plus de douleur. C’est exactement ça, on fait en sorte que le cerveau s’adapte. Mais là dans ce cas il n’y a pas cette potentialisation à long terme. Quand on rentre dans une pièce qui sent mauvais, on la ressent très fort. Il y a une alerte au cerveau, qui nous dis qu’on va peut être mourir à cause d’un gaz. Mais à partir du moment où le cerveau décide qu’il n’y a pas de danger, on ne le sent plus et on s’adapte. Ça, c’est l’adaptation positive.

Daniel: L’adaptation négative est normalement en rapport avec des peurs, ou avec des facteurs émotionnels, etc … qui peuvent augmenter et potentialiser cette douleur, parce que je dois être vraiment très attentif à cette douleur au début. Peut être que je ne le veux pas, mais il y a des choses qui se passent d’un point de vue non rationnelle. C’est notre inconscient qui est en train de rouler. Souvent, on ne peut rien faire, sauf changer la perception, la cognition. Mais si on ne change pas, il y a le pilote automatique et on va développer, on va potentialiser cet apprentissage à sentir la douleur. Ainsi on ressent mieux la douleur et la douleur reste. Après, il y a des gens qui ont un processus mental très fort. Et là, oui, c’est la force du mental qui joue. Ils arrivent à supprimer, à sous-presser le dérangement que la douleur amène à leur vie, même en continuant à la sentir.

Juliette: Ils se concentrent plus sur la mobilité, sur leur vie, et moins sur la douleur ?!

Daniel: C’est ça que les grands chercheurs des douleurs chroniques sont en train d’étudier. Lorsque la vie s’est la douleur, tu dois augmenter ta vie, et donc tu dois commencer à avoir plus de contacts sociaux, avoir plus d’interactions, avoir plus de choses à faire. Ainsi, tu as une vie au delà de la douleur et ta vie n’est plus seulement de la douleur.

Le coaching et la communication

Juliette: On a envie de parler de coach mental à ce moment là.

Daniel: On en fait c’est ça. C’est la nouvelle définition de la profession, on devrait éduquer, coacher. On est censé savoir des choses, mais notre formation de base ne nous forme pas assez sur ce point. Peut être que c’est mieux pour les nouveaux diplômés ?… Cela devrait être un des outils de tous les professionnels de santé. La communication devrait être quelque chose de très, très, très important. Je pense que cela va évoluer dans l’avenir.

Juliette: Oui ça évolue. Même chez les médecins, ils parlent beaucoup plus. Les physiothérapeutes expliquent aussi beaucoup plus les choses.

Daniel: Il faut avoir la capacité d’aider les gens à changer de comportement. On ne doit pas forcer la personne. On doit être capable, disons plutôt que cela serait bien si on arriverait à aider les gens à faire une transition, à changer leurs comportements, à changer leur perception du monde face à ce problème de façon à pouvoir marcher en avant. Il y a quelque chose de très intéressant que j’utilise : Lorsque les gens disent « J’ai fait un truc que je n’aurais pas dû, une intervention par exemple. J’ai fait une bêtise, j’y suis tombé, je me suis cassé… ». Je leur répond « ok, ça, c’est dans le passé, on peut rien changer. Mais qu’est ce qu’on peut faire maintenant?

Qu’est-ce qu’on peut faire MAINTENANT ?

Daniel: Et Là, on revient sur ce que tu disais tout à l’heure. On veut un diagnostic? Oui, c’est bien pour apaiser la tête. Mais de plus en plus, on ne cherche plus la cause des douleurs. Par exemple dans le cas des douleurs lombaires non définies, on ne cherche plus la cause. Pas parce qu’elle n’existe pas, mais parce que probalement, on n’arrivera pas à l’identifier. De plus, il est probable qu’on s’en sortira sans avoir besoin de la connaître. Il faut toujours aider la personne à avoir une vision dans le futur. Qu’est ce que je peux faire aujourd’hui? Et qu’est ce que je dois faire chaque jour pour changer ma souffrance dans le futur? Au lieu de qu’est ce qui m’est arrivé dans le passé?

Juliette: Mais au final, tout est multifactorielle ? On réalise qu’il y a le mental, qu’il y a la force, qu’il y a énormément de choses. Or un diagnostic est sensé être précis …

Les diagnostics sont en train de changer

Daniel: Les diagnostics sont aussi en train de changer. C’est un fait très intéressant. Avant, on avait plein de diagnostics de l’épaule. Maintenant, on parle de douleur antérieure de l’épaule, peu importe ce que tu as précisément. Les codes qui existent maintenant sont des codes de douleur antérieure de l’épaule, de douleur antérieure de genou. Ce n’est plus, syndrome fémorpatellaire, tendinite du sus-épineux etc. On en revient au grec, on en sait rien en fait. Mais on sait plus ou moins comment vous aider.

Juliette: Je vois, on arrive avec la prescription « rééducation genou ». Je ne dis pas que ce n’est pas bien, mais ça dépend… Moi, j’ai eu des prescriptions … Là c’est un petit message pour les médecins. J’ai eu une prescription de rééducation genou, le monsieur sortait de l’hôpital n’avait pas d’attelle, il venait de se faire opérer, et il m’expliquait qu’il avait eu une greffe. Moi, je suis pour « rééducation du genou ou pathologie du genou », mais avec un compte rendu en post-opératoire.

Daniel: Je suis d’accord. Mais là, quand je parle de cette évolution de diagnostic, c’est les diagnostics musculosquelettiques, pas orthopédiques. Dans le cas d’un patient avec une chirurgie orthopédique, là, j’ai besoin de toutes les informations possible.

Juliette: On pourrait faire avec le minimum. Maintenant, c’est que dans la poursuite du traitement qui a été fait, pour respecter le traitement qui a été fait, on a qu’en même besoin d’avoir les indications.

Daniel: Plus on a d’informations plus les résultat de la chirurgie seront bons. C’est un travail d’équipe. Donc pour que le résultat du chirurgien soit top, il faut que l’information soit bonne, pour que la suite soit bonne.

Les douleurs post-opératoires

Juliette: Là aussi, il y a une histoire de coaching. Dans le sens où il y a souvent des douleurs post-opératoires. Après l’opération, les patients ont l’impression qu’ils se sont fait opérer, et que par magie tout doit fonctionner. Je me suis déjà entendue dire « la chirurgie n’a pas fonctionné ». Non, la chirurgie a fonctionné. Le problème, c’est qu’après, il y a du travail à faire.

Daniel: Il y a d’autres sources de douleurs qui probablement n’ont pas été changées par la chirurgie parce qu’elle n’était pas censé le faire.

Juliette: La chirurgie a stabiliser et réglé certaines choses. Maintenant, il faut réadapter le corps et poursuivre. Le chirurgien n’a fait que la moitié du travail.

Daniel: Tout à fait. Et là, j’aime bien parler aux gens avec des images simples à comprendre. Je leur explique qu’il y a tous les composants péri-articulaires : la capsule, les ligaments, les bourses, … Souvent, même avant la chirurgie, ce sont ces éléments qui provoquent la douleur. Donc, quand il y a le changement (l’opération), la douleur qui vient de ces structures peut continuer. Il y a aussi la douleur de la cicatrice par exemple. Il y a plein de douleurs … j’explique au patient que maintenant, toutes les fibres qui sont là ne sont pas encore adaptées à leur nouvelle façon d’être. Il faut recalibrer le cerveau. Il y a l’installation d’une nouvelle pièce dans leur ordinateur. C’est une nouvelle pièce d’hardware, mais vous ne commencez pas à l’utiliser d’abord. Avant ça, vous allez installer le software pour que ça roule bien. On aimerait sortir de la chirurgie avec un programme déjà installé. Peut être dans le futur, mais pas encore. Il faut l’exposition graduelle au mouvement. Il faut l’action, l’activation musculaire, il faut tout ça. D’une façon correcte, de façon à ce que la douleur commence à s’exténuée. Il faut que ce signe d’alerte qui indiquait qu’il y avait un problème, commence à être compris par le cerveau. Que ce dernier se dise OK, là, je comprends, ce n’est pas si grave. Et à chaque jour qui passe, l’information qui arrive, « ce n’est pas si grave », va transformer quelque chose qui était une douleur, en une sensation de position, une sensation de contraction. La sensation normale qui devrait venir de cette structure. Il est donc très important d’avoir la capacité de coacher, de dire c’est comme ça maintenant, mais avec les bonnes décisions chaque jour de la personne les choses iront de mieux en mieux. C’est beaucoup de responsabilités pour le patient, et c’est le grand problème. Souvent, les gens sont beaucoup, beaucoup, beaucoup sur le passif. J’attends que quelqu’un me guérisse. Et ça, ça n’existe jamais. Aucun professionnel de santé ne va guérir la personne. C’est la personne qui va se guérir elle même avec ses comportements, avec la bonne bouffe, avec une bonne activité physique, avec une bonne prise de conscience de son état mental.

Soutien psychologique et pro-activité

Daniel: Quand on parle des athlètes de hautes compétitions, on parle souvent de coach mental, pour performer. Si on réalise qu’un athlète a besoin d’un coach mental pour atteindre les sommets, pour passer les Jeux olympiques, … On réalise que tout le monde a besoin aussi de gérer son niveau de stress, de gérer ses anxiété, de gérer ses émotions pour pouvoir passer certains défis. Peut être que ces Jeux olympiques, c’est une blessure. Et cette blessure, peut être qu’elle va amener de positif. Cela va transformer la vie de la personne. Mais pour cela il faut souvent un soutien. Pas quelqu’un qui vient changer votre vie, mais quelqu’un qui aide, qui donne un support.

Juliette: C’est pour ça que, pour moi, les patients doivent être proactifs. Après, il faut savoir se diriger et demander de l’accompagnement auprès de différents thérapeutes, qui chacuns ont leurs compétences.

Daniel: Toujours, sans la proactivité, probablement qu’il n’y a pas résolution du problème.

Aucun professionnel de santé ne va guérir la personne. C’est la personne qui va se guérir elle même avec ces comportements, avec la bonne bouffe, avec une bonne activité physique, avec une bonne prise de conscience de son état mental.

Juliette: On le voit sur des chirurgies simples,une prothèse de genou par exemple, qui présentent de belles douleurs post-opératoires. Si la personne se retrouve avec un thérapeute qui ne fait que du passif, sans un accompagnement psychologique, c’est à dire motivationnel, sans un coaching actif pour inciter à la marche. Et sans rassurer sur le manque de flexion qui va et doit s’améliorer par la suite. Au final, on peut nous même, en tant que thérapeute, enfermer le patient dans un système douloureux. Je pense qu’on a vraiment un rôle important dans le fait de motiver et de soutenir positivement les patients surtout en post-opératoire. La population est vieillissante. Beaucoup de personnes sont passives, et certaines attendent trop longtemps avant de se faire opérer quand la chirurgie est préconisée. Mais si derrière, en plus, elles n’ont pas quelqu’un de motivé pour leur dire bon maintenant on repart quasi de zéro. Vous avez un nouveau genou, tout va bien se passer, mais il faut travailler et avancer. On peut aussi avoir une part de responsabilité sur des douleurs qui s’installent insidieusement.

Daniel: Oui, c’est la logique, si je ne fais pas du bien, peut être que je suis responsable de faire du mal. Mais ça, c’est un petit peu plus philosophique. Il y a les composants de nocebo, la création des croyances qui vont être nocives. Et la croyance, les croyances : il faut être trop conservateur, il ne faut pas bouger… sont souvent négatives. On doit connaitre la limite. C’est pour ça qu’il est très, très important de communiquer et de savoir jusqu’où on peut aller. Normalement, je demande quelles sont les limitations, qu’est ce qu’on peut ne pas faire selon les chirurgiens? A part ça, on fait tout et on va exposer de plus en plus le membre opéré. Si on va dans le sens de dire aux gens, en fait, il ne faut pas trop bouger, on risque d’amener la personne à être limitée.

La télémédecine en physiothérapie

Daniel: Mais là, c’est bien parce que tu m’amène à faire un petit coucou aux gens qui n’ont pas encore compris l’évolution de la physiothérapie, qui n’ont pas compris que la télémédecine en physiothérapie est aussi efficace. Il y a plein de pays qui sont en train de le démontrer. Le physiothérapeute est un gestionnaire du programme de réadaptation. Je peux demander à la personne : Qu’est ce que vous avez fait? Je change son programme et elle le fait, et ça, ça fonctionne. Ça, c’est plus important que la personne qui vient pour se faire masser 30 minutes. Le plus important, ce sont les 5 minutes où le physiothérapeute discute et explique. Le moment où il dit OK, Quel est votre programme de renforcement? C’est ça? OK, c’est en train d’aller dans le bon sens. Il faut faire ça, ça, ça et ça. Ces 5 minutes où la connaissance du physiothérapeute est transmise au patient, c’est le moment le plus important. C’est cette évolution de la perception de la profession qui doit se faire.

Juliette: Je suis d’accord avec toi. Et c’est pour ça que nous, les physiothérapeutes, avec les entraîneurs sportifs, avec les coachs, etc. On a quand même passablement de points communs, avec des connaissances différentes, certes, mais il y a qu’en même des regards qui se regroupent. En contre partie, je ne suis pas contre la télémédecine en physiothérapie. Mais je considère qu’il faut pouvoir être confronté à des patients qui ont déjà un certain bagage de connaissances: un gainage bien positionné, un engagement du transverse bien réalisé ou certaines positions déjà bien connues quand on va faire certains exercices. Personnellement, au départ j’utilise beaucoup le touché pour faire sentir le bon positionnement au patient.

Daniel: Alors tout à fait. Je parle de gestion de cas.

Juliette: Oui mais c’est vrai que si tu ne les as pas déjà vu avant c’est compliqué.

Daniel: Tu arrives à aider dans le pire des cas. J’ai déjà fait des consultations avec des amis et de la famille à distance. Il faut questionner la personne : Qu’est-ce que tu as, qu’est-ce qui s’est passé ? Qu’est-ce que tu dois faire?Recueillir des informations comme on peut : montre moi une image, montre moi un film. D’un point de vue clinique, avec mes patients, je préfère être présent et voir. Mais ce n’est pas impossible d’avoir un suivi dans certains cas.

Juliette: Il faut que les patients sont aussi terriblement proactifs et concentrés. Cela signifie que le patient en face doit vraiment être à l’écoute et comprendre ce qu’on est en train de lui demander. Il n’y a personne pour le toucher et lui dire non, tu vois bien que tu n’est pas en train de contracter ta cuisse. Et c’est là aussi où on se rend compte des limitations par rapport aux connaissances physiques. Sur un sportif, je considère qu’il n’y a aucun problème. Mais par contre pour le commun des mortels, serrer un quadriceps, … il ne sait pas ce qu’est un quadriceps. Faire un squat, ce n’est pas si simple!

Daniel: C’est là que c’est important de comprendre : Il y a le fait de dire, « ça ça n’existe pas », et le fait de dire, « c’est possible de le faire ». Il faut trier les cas. Les personnes qu’on considère être capables de bénéficier d’une consultation à distance et celles qui ne le peuvent pas. J’ai des collègues pendant le COVID dans d’autres pays, qui ont fait avec des sportifs des consultations en post-opératoires par caméra. C’étaient des pays où les choses étaient beaucoup plus fermées (en comparaison à la Suisse) et ils ne pouvaient pas consulter en présentiel. Or il était très important de continuer la récupération. Cela a eu un énorme succès. Je pense que probalement, on va voir dans les résultats de la recherche sur ce type d’intervention dans un futur proche.

Juliette: Au final si on a la volonté, tout est faisable.

Daniel: Ça, c’est la question. Mais quelquefois, c’est à nous de comprendre qui est la personne en face de nous et comment elle va réagir. Peut-être qu’avec cette personne cela ne va pas marcher. Il faut qu’elle soit là avec nous, il faut qu’on la touche pour qu’elle sente tous les petits détails qu’on lui explique (Corrige ici, corrige là,…).

Juliette: En présentiel c’est quand même plus simple, je trouve. Après, à distance, il y a moyen comme tu dis selon les cas.

Daniel: C’est selon les cas. Tout ça pour dire que notre rôle, en tant que physiothérapeute, selon l’évolution de la profession, sera beaucoup plus à travers la connaissance et l’éducation. Une aide à gérer et à comprendre, ce que la personne doit faire. Il y aura toujours le toucher, mais avec une part moindre. Le physiothérapeute sera de moins en moins un thérapeute qui ne traite que par le toucher.

Juliette: L’éducation thérapeutique, on en parle depuis des années.

Daniel: Oui, mais elle a changé, elle a évolué. Maintenant, il s’agit plutôt de choses simples. A l’époque, c’était : Je te montre les neurones, je te montre et t’explique la chimie. Les gens, ce n’est pas ça qui les intéressaient.

Juliette: Ce n’était pas des outils qui étaient adaptés aux patients.

Daniel: La personne, elle doit comprendre qu’il y a quelqu’un qui a la connaissance, le professionnel de santé. Elle n’a donc pas besoin d’aller faire en cours universitaire. Elle a besoin de quelqu’un qui lui explique pourquoi elle a la douleur, ou pourquoi potentiellement elle a la douleur, et quel est le chemin à suivre. Elle doit se sentir rassurée et accompagnée.

Spondylarthrite ankylosante et sport

Daniel: Si tu permets, j’ai deux cas très intéressants de deux jeunes filles avec une spondylite ankylosante. C’est une maladie rhumatologique génétique. A 23-24 ans, les gens ont des douleurs inflammatoires du matin au soir. On observe les dégâts de la maladie à l’IRM, on y voit le changement du corps. Avant, la vision du thérapeute était qu’on ne pouvait pas changer cette situation pour les patients atteints. Il y a quelques médicaments, mais je ne suis plus à jour à ce niveau. L’important chez mes deux patientes, c’est que leurs capacités mentales ont changé. Actuellement une de ces patientes, est professeur de Pilates. Elle a ouvert un studio de Pilates et aide les gens avec des douleurs à passer au delà à travers l’activité physique. Elle a réussi à faire le changement dans sa tête et à dire bon, j’ai un problème qui me donne une douleur, mais plus je bouge, mieux je me sens.

Juliette: Elle est professeur de Pilates, et elle a une spondylarthrite ankylosante, c’est à noter. C’est une pathologie qui peut être lourde et en contrepartie, elle est qu’en même professeur de Pilates !

Daniel: Et l’autre? Elle m’a envoyé une photo ou elle faisait La Patrouille des glaciers. Comme quoi, le niveau du handicape est souvent défini entre autres par notre croyance et par notre vision. Donc, on peut tout faire, même si quelquefois le chemin est difficile à trouver.

Intérêt du suivi psychologique

Juliette: C’est pour ça que les thérapeutes ou les professionnels autour sont là pour diriger, accompagner. Pour que le patient puisse faire un choix vraiment éclairé. Qu’est ce que j’ai envie de faire ? Au final vous pouvez tout faire ! Maintenant, qu’est ce qui vous plaît le plus? On discute et on y va progressivement . Par contre est-ce que tu es d’accord avec moi sur le fait qu’à partir du moment où on a des douleurs chroniques ou des pathologies un peu lourdes, il est intéressant de se faire suivre au niveau psychologique?

Daniel: Honnêtement, je trouve qu’il y a un problème dans le système. Ici en Suisse, moins heureusement. Mais cette idée que le psy, c’est juste pour les fous. Ça, c’est complètement faux. Aujourd’hui, avec notre société, je pense que tout le monde devrait avoir un psy de famille. Tout le monde devrait avoir quelqu’un qui l’aide à gérer, toutes les choses qui nous arrive. C’est quelque chose qui est absolument nécessaire. Une personne qui nous donne un soutien psychologique, pour nous aider à comprendre ce qui se passe, et pour nous aider à passer au-delà.

Juliette: Et a accepter aussi.

Daniel: Il y a des gens qui ont une capacité déjà innée ou qui ont déjà appris a gérer un ensemble de problèmes et d’émotions. Et il y a les autres, qui ont de la peine. Parce qu’ils n’ont jamais appris, ou parce que leur système d’éducation les amène exactement dans le sens contraire à une évolution positive. Ceux là n’ont pas les ressources. Oui c’est absolument nécessaires. Et il faut démystifier l’aide psychologique. Et il faudrait s’appuyer plus dessus. Probablement que cela coûterait beaucoup moins cher en examens et en certaines thérapie.

La douleur du sportif

Juliette: Je pense que sur des douleurs chronique, le psy est super intéressant. Surtout si on travaille en équipe, et si on est tous dans la même dynamique. C’est à dire de redonner du mouvement et de la fonctionnalité à la personne, et pas seulement se canaliser sur il faut d’enlever la douleur. La douleur fait aussi partie de la vie quelque part. Et là, je pense par exemple aux sportifs. Chez eux, la douleur, c’est quelque chose qui n’est pas anormal.

Daniel: Non, ils ont toujours mal.

Juliette: Le fait d’aller courir et le lendemain, d’avoir un peu mal, ce n’est pas anormal. Par contre c’est à nous d’analyser la douleur. Elle représente quoi ? Est-ce que c’est juste des courbatures? Est ce que c’est juste représentatif du travail effectué ou de la fatigue. Est ce qu’elle est importante? Est ce que c’est un système d’alerte ou est-ce que c’est simplement mon corps qui s’exprime?

Juliette: Est ce qu’il y a d’autres choses que tu voulais rajouter par rapport à la douleur?

Des liens d’informations

Daniel: Oui, il y a un site Internet qui est Pain in Motion, ce sont des Belges qui font de la recherche. C’est chez eux que j’ai consommé beaucoup d’informations. Il y a aussi Noigroup, ils sont basés en Hollande. Ils ont fait beaucoup de recherches. Ils ont aussi beaucoup de choses pour les patients, pas seulement pour les cliniciens. Donc, si quelqu’un a de l’intérêt ces deux sites sont hautement recommandés.

Juliette: Merci beaucoup daniel !

L’initiative d’un APA de l’HRC pour faire bouger les patients en chambre durant la crise du COVID

CapRol a voulu interviewer Gabriel Duchemin pour qu’il nous explique l’initiative qu’il a mis en place au sein de l’HRC durant la crise du COVID. Voilà ses réponse à nos questions.

Bonjour Gabriel peux-tu te présenter rapidement ?

Je m’appelle Gabriel Duchemin, j’ai 26 ans et j’ai grandi à Rivaz, au bord du lac Léman dans le canton de Vaud.

Je travaille à l’Hôpital Riviera-Chablais (HRC) en tant que moniteur en activités physiques adaptées et suis dans le service de physiothérapie.

Je suis un mordu de sport, ce qui m’a amené à faire des études en sciences du sport à l’Université de Lausanne durant 5 ans. Ce cursus m’a permis d’acquérir des compétences pratiques et théoriques dans le domaine de la santé. 

Passionné de sport, je touche à tout, que ce soit le triathlon, la gymnastique, l’athlétisme, les sports nautiques, les sports d’hiver, les sports de balles, le trekking, les sports de montagne et j’en passe. 

En somme, j’adore bouger et transmettre cette passion. Je suis également animé par le fait de mener des projets et des initiatives dans le domaine de la santé. 

En tant que titulaire d’un master APAS (activité physique adaptée) comment se fait-il que tu te sois retrouvé à travailler en soins aigus à l’HRC ?

Depuis des années, j’avais à cœur d’apporter l’activité physique et le mouvement en milieu hospitalier. Cela me motive d’autant plus lorsque je vois des patients se remettre à bouger. 

Je pense par exemple aux personnes suivant un programme de rééducation cardiaque qui ne se pensaient plus capables de faire des efforts intenses. Cela leur redonne confiance et leur offre de nouvelles possibilités de faire de l’activité physique à leur niveau, et de façon adaptée. 

Je considère que l’activité physique est un très bon médicament, pour ne pas dire le meilleur.

J’ai par ailleurs longtemps hésité à faire des études en médecine du sport. Ma mère et mon médecin de famille m’y encourageaient fortement. C’est au final ma passion pour le sport qui a fait que j’ai suivi un cursus en sciences du sport et en psychologie. J’ai donc fait un bachelor suivi d’un master, où j’ai pu étudier l’anatomie, la physiologie, la biomécanique, la biologie, la psychologie du sport et autres branches en lien avec la santé humaine.  

Je tenais vraiment à trouver une façon de concilier les domaines du médical et du sport. Le cursus APAS me paraissait être le plus adéquat pour atteindre cet objectif.

La profession est récente en Suisse, le master APAS existant depuis un peu plus de 10 ans. Cela en fait une profession en pleine définition. Il faut savoir se valoriser et monter qu’on a des compétences et un savoir-faire à apporter. 

Durant toutes mes études, l’armée cherchait à me convoquer. Je me suis dit qu’il fallait que je trouve un moyen pour allier l’obligation de servir mon pays avec quelque-chose d’utile d’un point de vue professionnel. C’est pour cela que j’ai choisi de faire un service civil et d’envoyer une demande spontanée à l’HRC. Je leur ai dit que j’avais tels diplômes, telles expériences, des projets à proposer et que j’avais un service civil de 365 jours à accomplir. Ils n’avaient donc pas besoin de me rémunérer. 

J’ai envoyé ma demande à deux hôpitaux et les deux m’ont envoyé des réponses positives, l’hôpital de Lavaux et l’HRC.

On a estimé que mon activité se rapprochait de celle d’un physiothérapeute et j’ai eu des entretiens. Suite à ces entretiens, j’ai immédiatement choisi l’HRC. J’ai fait ce choix par instinct, car j’ai rencontré les responsables physio, des personnes incroyables avec de belles idées. Je suis heureux chaque jour d’aller travailler à l’hôpital et très fier de faire partie de cette équipe extraordinaire que je remercie du fond du cœur. 

Voilà donc comment je me suis retrouvé en soins aigus pour accomplir mon service civil. Comme cela s’est bien passé, j’ai reçu une proposition pour un poste à 100% et c’est top !

Avec quels types de patients travailles-tu au sein de l’HRC ?

La population de patients avec laquelle je travaille est assez variée. Il y a des patients en gériatrie, oncologie, neurologie, pédiatrie, chirurgie, cardiologie, soins palliatifs ou en situation psychosociale difficile. 

La rééducation cardiovasculaire occupe par ailleurs une grande place dans mon emploi du temps. J’ai également des expériences et des futurs projets en santé au travail. 

C’est assez marrant de se dire qu’indirectement, je travaille un peu partout dans l’hôpital. En effet, nous avons créé, en collaboration avec mes supérieurs et le service informatique, deux vidéos d’exercices qui passent chaque heure dans les chambres de l’hôpital. Cela motive bien les personnes à bouger en chambre. Je suis comblé ! 

J’ai la chance de communiquer avec les physiothérapeutes travaillant dans différentes unités. Ils me confient des patients qui ont besoin de travailler spécifiquement sur certains aspects, notamment le renforcement, l’endurance, la relaxation ou certaines modalités de la coordination comme l’équilibre. Il m’arrive de proposer du ludique ou des séances en groupe lorsque j’en ai la possibilité. J’utilise mon imagination pour trouver des exercices stimulant les personnes à faire de l’activité physique. 

Comment est venue l’idée de mettre en place des vidéos pour les patients COVID ?

Durant la période du COVID, j’ai eu la chance de continuer à travailler. C’était important pour moi de lutter contre cette crise à mon échelle en apportant ce que je pouvais. C’est justement de là qu’est parti l’idée de diffuser des vidéos en chambre. Les visites n’étaient pas autorisées et les patients étaient isolés en chambre. Mon rôle fut essentiellement de lutter contre le déconditionnement et d’apporter du soutien moral lorsque le pronostic était mauvais. 

Les personnes hospitalisées bougent fatalement moins à l’hôpital qu’à domicile. Il y a toutes les activités de la vie quotidienne en moins et ils passent facilement 20-22 heures couchés au lit. Perte de force et diminution des capacités cardiovasculaires sont donc des choses fréquentes. La condition physique est susceptible de se dégrader et il est capital que la personne à risque continue de se mobiliser au cours de son hospitalisation.  

Au final, le corps c’est un peu comme de l’eau car tant qu’il y a du mouvement ça va mais lorsque l’immobilité s’installe, ça commence à sentir mauvais. On parle d’eau stagnante qui risque de croupir et c’est pareil pour le corps !

Avant le confinement, on avait émis l’idée, avec mes responsables, d’utiliser les téléviseurs. Il faut savoir que chaque lit dispose d’un écran. On s’est dit qu’il serait judicieux de s’appuyer sur la technologie pour promouvoir le mouvement et l’activité physique. Comme je l’ai dit avant, les personnes hospitalisées sont à risque de se déconditionner. Tu ajoutes à ça l’isolement en chambre et l’impossibilité de recevoir des visites et tu obtiens le parfait cocktail pour ruiner ta santé physique et ton moral. Il fallait agir rapidement et nous avons sorti la vidéo en à peine 10 jours. On s’est très bien coordonnés et on était sur la même longueur d’onde.

Lorsque le COVID est arrivé en tant que soignant as-tu eu des appréhensions, as-tu eu peur du virus ?

Du virus en lui-même pas plus que ça. Bien sûr il faut avoir peur car cela permet d’adopter des comportements adéquats et rationnels pour protéger autrui et soi-même. Sans peur ou à l’inverse en paniquant on fait n’importe quoi et on représente un danger. Il y avait des directives claires et il s’agissait de les respecter.

Personne n’avait vécu ça avant et on parlait de ce virus depuis des semaines. Avec du recul, je me sentais plus en sécurité à l’hôpital qu’à l’extérieur car au moins j’étais face à une personne diagnostiquée donc je prenais des précautions lors des prises en charge. À l’extérieur c’était plus incertain et ce semi-confinement rendait la chose un peu délicate je trouve.

Comment cette initiative a-t-elle été accueillie par tes collègues de l’hôpital et les patients ?

Cette initiative a été très bien accueillie. Les collègues en font régulièrement la promotion en chambre. On a eu les félicitations de quelques médecins qui voient leurs patients faire de la gymnastique au lit. 

Ça me fait toujours plaisir d’aller voir les patients en chambre pour faire la vidéo avec eux. J’ai parfois l’occasion de le faire avec des patients qui sont deux en chambre et on se retrouve à trois à faire des mouvements. Certains patients demandent s’il existe un support pour pouvoir continuer à faire ces exercices à la maison. Je vais donc m’organiser pour les proposer en format papier. Je sais par ailleurs que les exercices sont sur YouTube sur la chaîne « Hôpital Riviera-Chablais ». 

Nous avons finalement sorti une seconde vidéo d’exercices qui fut tout aussi bien accueillie. Je suis ravi de voir l’engouement qu’il y a eu autour de ce projet. Cela me motive à trouver d’autres moyens pour encourager les personnes à bouger !

Que tires-tu de cette expérience ?

Que du positif ! J’ai été très touché par la confiance de mes collègues, je me sens valorisé dans mon travail. Je suis infiniment reconnaissant envers l’hôpital et envers l’ensemble du personnel qui y travaille. Donc à refaire !

Comment as-tu vécu personnellement cette période de COVID ?

Cette période ne fut pas terrible pour moi. J’ai eu la chance de continuer à travailler en apportant tout ce que je pouvais. Mon chef m’a d’ailleurs demandé si je voulais ne pas travailler pendant cette période. J’avais à cœur d’apporter mon aide donc je suis naturellement resté. 

En tant que thérapeute physique, mon activité consiste principalement à agir sur des paramètres qui sont liés à l’aspect moteur, mais il faut savoir que tout un pan de ma formation porte sur les facteurs psychosociaux. Cette période de crise m’a permis de valoriser ces compétences en apportant du soutien aux personnes qui étaient en situation de vulnérabilité sur un plan plus émotionnel.

As-tu d’autres projets à nous partager ?

Oui quelques projets, entre autres développer d’avantage l’activité cardiaque, notamment l’activité ambulatoire. Nous avons d’ailleurs, le 2 septembre 2020, lancé le projet « Benefit » à l’espace santé Valerette (pôle de physiothérapie et d’ergothérapie de l’HRC). C’est un programme de rééducation phase III pour les personnes ayant vécu un évènement cardiaque.

J’aimerais aussi aller plus loin dans un protocole destiné aux patients de 65 ans et plus en proposant des programmes d’activité physique adaptée pour valoriser les capacités de ces personnes dans leur vie de tous les jours. 

J’aimerais encore mener une étude et proposer des initiatives en santé au travail. 

J’ai encore d’autres idées donc je dois continuer à bosser dur. « Un jour en vaut trois pour qui fait chaque chose en son temps ».

Ecoutez votre corps, le sens de l’intéroception

L’intéroception est la perception des signaux du corps : faim, soif, température, douleur, rythme cardiaque…

Je m’appelle Cristina, je suis physiothérapeute, ostéopathe, et formée entre autres en physioyoga.

En raison de la situation actuelle, je pense qu’il est temps de regarder à l’intérieur de soi et d’essayer de se connaître. Cette connaissance nous donnera ainsi un certain contrôle de la situation et du pouvoir. 

Le corps est un canal pour contrôler le mental. L’utilisation de ce canal peut avoir beaucoup de bénéfices.

Par ce texte je souhaite vous expliquer la relation entre le corps et le mental. C’est aussi l’occasion de vous proposer des vidéos pour améliorer votre condition physique.

Intelligence émotionnelle et intelligence cognitive

Depuis petite, j’ai toujours été intéressée par l’intelligence émotionnelle, cette relation magique entre le corps et l’esprit !

Nous vivons dans un monde tourné vers l’extérieur. Nous sommes éduqués dans un système où, écouter et comprendre notre corps est placé au deuxième rang. C’est l’intelligence cognitive que nous privilégions.  

Nous avons besoin à la fois de notre intelligence émotionnelle et de notre intelligence cognitive pour avancer dans la vie, dans la bonne direction .

En tant que thérapeute, une partie de mes patients ont des blessures mécaniques. Mais beaucoup (et j’ose dire une grande partie) correspondent à des problèmes non résolus qui ont été somatisés par notre corps. Notre corps nous murmure, mais nous n’avons l’habitude de l’entendre que lorsqu’il crie !

« Les sensations du corps sont les émotions qui guident la prise de décision » Antonio Damasio

Si nous ne savons pas écouter nos sensations corporelles, nous ne pouvons pas comprendre nos émotions. Nous nous trompons alors dans la prise de décision.

En tant que physiothérapeute, je vais vous parler du corps, de la posture et de la façon dont la science a montré l’importance de prendre soin d’eux.

En 2010, Carney et al, ont démontré dans une étude que lorsque des personnes étaient placées dans des postures dominantes (par exemple sur une chaise de bureau avec la poitrine sortie) ou dans des positions de soumission (repliées), le système endocrinien changeait. Il sécrétait plus de testostérone et de cortisol (les hormones du stress) lorsque les personnes étaient en position dominante.

En 2014 une étude de Michalak et al, a comparé un premier groupe qui avait un ordinateur placé à hauteur des yeux et un deuxième groupe où l’ordinateur était placé plus bas (forçant ainsi à plier le dos). L’étude a montré que le deuxième groupe se souvenait beaucoup plus des mots négatifs que le premier groupe.
Permettez-moi de faire une réflexion en un seul mot : téléphone portable.

En 2015, Lee et al ont étudié que le système Glymphatique. Système qui lorsque nous dormons, nous aide à faire un « nettoyage » de notre cerveau. D’après cette étude ce système fonctionne mieux lorsque nous dormons sur le côté.

Relation entre le corps, la posture et a biochimique, êtes-vous convaincu ?

Si ces exemples de neuroscience corporelle, ne vous ont pas encore convaincus, je vous invite à essayer sur vous-même un ou plusieurs changements et d’en ressentir les biens-faits. Esssayez par exemple :

  • de vous écouter
  • d’améliorer votre posture
  • de travailler votre conscience corporelle
  • de faire des exercices
  • ou simplement de bouger

Soyons intelligents et agissons en prévention, dans le murmure du corps, en nous écoutant avant qu’il ne soit trop tard.

En tant que physiothérapeute, je le fais à travers le travail de la conscience corporelle, du mouvement et du physioyoga. Il existe cependant de nombreuses techniques ! Je vous encourage donc à rechercher la technique qui vous permet cette connexion.

L’intéroception est importante, car votre corps sait ce que votre esprit n’a pas encore réalisé.

Les réseaux comme aide et soutien thérapeutique

Je vous invite à un programme gratuit du sport thérapeutique d’un mois pour les débutants  qui veulent améliorer leur tonus musculaire et leur posture avec physiotrainingvevey. 

En cas d’intérêt pour le physioyoga, je vous invite à visiter la page Facebook qui contient de nombreuses vidéos.

Merci beaucoup de votre lecture, j’espère que cet article vous a intéressé. Je vous encourage à bouger !!

Activité physique et grossesse

L’activité physique modérée et régulière est recommandée en cas de grossesse sans complications (voir avec votre gynécologue ou sage-femme).

Elle est autant bénéfique pour la future maman que pour l’enfant à naître.

Il est important d’adapter ses activités en fonction de l’évolution de la grossesse. Optez pour un cours femmes enceintes – jeunes mamans, les cours seront adaptés. Cette activité a été démontrée comme positive face aux complications de grossesse.

L’activité physique apporte de nombreux bienfaits pour la santé :

  • bien-être psychologique et physique
  • favorise la circulation sanguine
  • entretien la tonicité des muscles
  • évite une prise de poids excessive
  • diminution des maux de dos

Le mieux est d’alterner :

  • des exercices aérobiques, qui augmentent le rythme cardiaque et l’endurance cardio-respiratoire; comme la marche, l’aquagym
  • et des exercices de renforcements musculaires, avec des petits poids ou des élastiques

Sans aucun doute l’activité physique pendant la grossesse apportent de nombreux bienfaits pour la future maman et son bébé.

Présentation de la méthode Pilates par Hundred

La méthode Pilates est une discipline mise au point par Joseph Pilates au début du siècle. Visionnaire, il a dédié sa vie à mettre au point un ingénieux système de remise en forme. 

Pilates une technique qui libère, corrige et renforce le corps

C’est en pratiquant son répertoire de 34 mouvements que peu à peu le corps va se libérer, s’aligner correctement, se renforcer et se délier.

L’essence de sa méthode est et restera sa vision d’un monde meilleur et la recherche d’un équilibre, d’une connexion entre la tête, le corps et l’esprit !

On entend parfois dire que le Pilates est doux…. Certainement respectueux du corps et intense. Efficace, sans danger et destiné à tous.

Sa pratique régulière garantit un meilleur alignement du corps, une meilleure proprioception et coordination, un renforcement musculaire global et une musculature profonde tonique. Cette dernière étant plus endurante que la musculature superficielle, on a tout à y gagner à la faire travailler avant tout !

On gagnera également en mobilité articulaire et en souplesse. Enfin, on constatera avec joie un affinement de la silhouette et une sensation de bien-être après chaque séance grâce à la concentration et son effet «méditation».

Ce n’est pas tellement ce qu’on fait qui compte le plus, bien qu’il y ait un fil conducteur dicté par les fameux 34 exercices, mais plutôt comment on le fait.

 

C’est l’esprit qui dirige le corps !

La Cadillac, la première machine Pilates

Pour accompagner chacun des mouvements et faciliter leur réalisation, Joseph Pilates a conçu une première machine durant la 1ère guerre mondiale alors qu’il est prisonnier dans un camp sur l’île de Man. Il utilise les lits des patients, ressorts et sangles. Ainsi est né le premier appareil « la Cadillac » qui ressemble à un lit à baldaquin sur lequel sont fixés les ressorts, les sangles ou encore une barre de trapèze. Suivant l’intensité désirée pour chaque exercice mais aussi suivant la force, le poids et la mobilité de la personne, les ressorts peuvent être ajoutés ou enlevés pour accompagner toujours plus loin les mouvements.

Appréhender la méthode

10 séances, c’est certainement le temps qu’il faut pour appréhender la méthode et pour intégrer ses principes. Tout commence par l’apprentissage de la respiration qui durant toute la session nous aidera à nous centrer et donnera le rythme dans l’exécution des mouvements. Une fois les principes de base acquis, on cherchera à affiner le travail suivant les objectifs à atteindre. Par exemple, pour augmenter ses performances à la course à pieds, gagner en souplesse ou encore affiner la silhouette. 

Jospeh Pilates Pilates rappelait à ses élèves que « Rome ne s’est pas fait en un jour ».

En adoptant la règle des 3P « Patience, Persévérance et Pratique », le Pilates s’inscrira dans la durée car :

« Un corps libre de tensions et de fatigue permet d’affronter toutes les complexités de la vie » Joseph Pilates

Pour leur avenir incitons nos enfants à faire du sport

A notre époque les enfants comme les adultes sont de moins en moins actifs. Nous devrions inciter nos enfants à faire du sport dès le plus jeune âge. Dans l’idéal, nous devrions montrer l’exemple. Comme chez l’adulte, le niveau de sédentarité augmente chez l’enfant !

Nous savons que la sédentarité est un élément négatif sur notre santé, mais chez l’enfant cela va encore plus loin. En effet ce petit être est lui toujours en construction, et certaines capacités ne se mettent en place que durant l’enfance.

La pratique du sport doit être encouragée chez les enfants et les adolescents car elle concourt à un développement harmonieux du corps et à un meilleur équilibre psychique.

Les bienfaits du sport chez l’enfant sont largement connus et reconnus

Le sport permet:

  • L’amélioration des déséquilibres musculaires (attitudes scoliotiques)
  • L’amélioration des qualités psychomotrices
  • L’amélioration de la tolérance à des efforts occasionnels (ski, vacances, …)

« Libérez le potentiel de l’enfant et vous transformerez le monde avec lui ». Maria Montessori

Moins connu le sport a aussi un rôle de prévention chez les enfants. Il joue un rôle de prévention quant aux conduites à risque, à la gravité des accidents, et au tabagisme.

Chez l’enfant deux points particuliers sont importants pour son avenir :

  • La minéralisation osseuse
  • La VO2Max

Le pic de ces deux caractéristiques se situe à la puberté. Si ces deux valeurs n’augmentent pas avant la puberté, ce manque ne pourra pas être rattrapé. Par la suite ces valeurs augmentent lentement, puis diminuent ou se stabilisent.

Pour ces deux pics la diminution est deux fois moins rapide si l’adolescent fait une activité physique régulière, même modérée.

Chez l’enfant et l’adolescent il faut donc essayer de les inciter à faire du sport pour qu’ils puissent obtenir des valeurs hautes pour ces deux pics importants. Il ne faut cependant pas oublier que le meilleur sport pour un enfant est celui qu’il aime, et celui qu’il choisit.

Quelques particularités physiologiques de l’enfant :

Les Activités spontanées correspondent au fond d’entraînement de l’enfant. Il faut essayer de l’inciter à bouger, courir, être simplement en activité autrement que devant un écran.

Ne vous inquiétez pas si son cœur vous paraît battre très vite. La Fréquence Cardiaque Maximale d’un enfant peut dépasser 200 (FCMax chez l’adulte = 220 – âge +/-10).

Le malaise vagal suite à un arrêt brutal de l’effort est beaucoup plus fréquent chez l’enfant que chez l’adulte. Lorsque l’enfant arrête son effort physique il peut être victime d’un coup de frein vagal, c’est-à-dire qu’il peut perdre connaissance pendant un court instant. Il est donc préférable de ne pas arrêter brutalement l’effort. Consigne difficile à faire respecter chez les enfants. En cas de malaise vagal, allonger l’enfant par terre et mettez lui les pieds en l’air.

A condition qu’il soit pratiqué raisonnablement, aucun sport n’est contre-indiqué chez l’enfant. Il est vrai que les traumatismes sportifs sont nombreux. Certains accidents sont incontournables avec la pratique sportive, d’autres doivent être attribués à un surdosage de l’entraînement. L’enfant en croissance présente une fragilité des cartilages de croissance et une hyperlaxité ligamentaire (entorses fréquentes mais bénignes). Une croissance malmenée a pour réponses : la fracture de stress, les ostéochondroses, ou les traumatismes pernicieux des cartilages de croissance. La pratique sportive tout en favorisant la croissance de l’enfant, doit aussi respecter et écouter cette dernière.

N’oublions pas de prendre en considération que l’enfant a une thermorégulation moins performante que l’adulte, et que la régulation de sa glycémie est moins bonne à l’effort.

L’activité physique est importante pour la construction physique mais aussi psychique de l’enfant. Prenons le temps pour nos enfants, n’hésitons pas à les accompagner et à les inciter à être physiquement actif pour un plein épanouissement.

Nous sommes passé de l’humain actif à l’humain sédentaire

Les humains ont toujours été très actifs, que ce soit à l’époque des chasseurs-cueilleurs où les humains étaient toujours en mouvement, à la recherche de baies et d’autres aliments à cueillir ou chasser, ou à l’époque de l’agriculture plus moderne où ils passaient la plus grande partie de leur temps dans les champs, à prendre soin du bétail ou à récolter des fruits, légumes, céréales. L’activité n’était pas forcément toujours intense, mais il y avait toujours du mouvement, toujours quelque-chose à faire.

Avec le temps, les choses ont changé, pour le mieux ou pour le pire…

Particulièrement lors des dernières décennies avec :

  • le développement de la technologie et des moyens de transport,
  • l’allongement de la durée des études où tout le monde est assis la plupart du temps
  • le développement des emplois de bureau
  • et tous les divertissements que nous pouvons obtenir à la maison sans avoir à quitter notre canapé.

Avec toutes ces choses qui nous occupent, nous n’avons plus de temps libre pour la pratique du sport. L’humanité est devenue sédentaire, pour ne pas dire en surpoids et paresseux, dans des proportions dramatiques …

Les gens se lèvent le matin, mangent le déjeuner, prennent leur voiture, se rendent au travail, marchent quelques centaines de mètres jusqu’à leur bureau, restent assis la plupart de la journée, retournent à leur voiture le soir, rentrent à la maison, mangent leur souper puis vont s’asseoir dans leur canapé avant d’aller au lit. Et la même chose se répète tous les jours … Il est possible de passer une journée entière à faire seulement quelques milliers de pas !!!

Lorsque l’on compare l’homme actuel avec l’homme d’autrefois qui passait ses journées à se déplacer à l’extérieur et qui était actif la majorité du temps, l’humain moderne ressemble vraiment à un … Je ne trouve même pas le mot … Bien sûr, les temps modernes ont apporté beaucoup de choses positives. Les travaux physiques et manuels sont devenus plus faciles grâce aux machines et à la technologie. Être capable de se déplacer partout beaucoup plus rapidement ou passer une soirée en famille devant la télévision sont toutes de bonnes choses, mais il semble tout de même que nous sommes passés d’une extrême à l’autre …

Si vous ne voulez pas paraître plus vieux que votre âge, il est temps de bouger !

Le manque d’activité physique a clairement joué un rôle dans l’épidémie d’obésité ainsi que dans beaucoup d’autres problèmes de santé. Je le vois par exemple presque tous les jours chez mes patients plus âgés (plus de 80 ans). Ceux qui ont toujours été actifs, qui marchent, montent quelques étages d’escaliers, travaillent dans le jardin, prennent leur vélo pour une balade ou même qui vont se promener à la montagne, font du ski ou s’entraînent dans des fitness tous les jours ont une apparence, une énergie et une vivacité très différentes de ceux qui sont beaucoup plus sédentaires et restent à la maison. On peut être jeune et se sentir très bien et en forme sans faire d’activité physique, mais si on ne veut pas paraitre avoir 85 ans le jour de nos 60 ans, il est grand temps de sortir de notre canapé et de commencer à bouger.

Il n’y a pas besoin d’en faire beaucoup, un peu d’activité peut mener très loin. Aller au travail en marchant ou en vélo, sortir du bus quelques arrêts en avance, se lever de sa chaise tous les 45-60min pour se dégourdir un peu les jambes et s’étirer un peu, prendre les escaliers au lieu de l’ascenseur, faire une promenade après le dîner ou le souper au lieu d’aller direct sur le canapé ou devant la télé, sont des petites choses qui peuvent vous mener dans la bonne direction. Comme je l’ai dit, il n’y a pas besoin d’en faire des tonnes, ces petites choses se cumulent et peuvent faire une énorme différence.

Que faire pour notre santé et notre longévité ?

Bien sûr, on peut en faire plus et je suis le premier à encourager les gens à avoir une vie plus active et à pratiquer une activité physique comme la course à pieds ou le cyclisme par exemple, avec en complément une activité sportive qui travaille la force (type musculation). Ceci est la base de la santé et de la longévité. En effet, la recherche montre que l’endurance, une fois acquise, reste presque au même niveau jusqu’à 60 voir 70 ans sans avoir à s’entraîner comme un athlète de haut niveau. Une fois que l’on est en bonne forme physique, il est très facile de le rester. La recherche montre également que le travail de force est l’activité la plus importante pour garder notre masse musculaire en vieillissant. En effet, nous avons tendance à perdre 2-3 kg de masse corporelle maigre après l’âge de 30 ans, et le travail de force (musculation) est la meilleure façon de garder cette masse musculaire. Une étude a montré que l’entraînement musculaire deux fois par semaine après l’âge de 65 ans diminue la mortalité de 46% par rapport aux personnes sédentaires.

Je vous laisse donc trouver une petite activité par laquelle commencer et ajouter une nouvelle activité chaque semaine ou chaque mois. Cela deviendra vite une routine sans même que vous ne vous en rendiez compte. Par contre, les changements que cela apportera à votre santé et à votre énergie se feront sentir à coup sûr…

Merci à vous d’avoir lu cet article et n’hésitez pas à écrire un commentaire sur mon blog pour nous dire ce que vous avez décidé de mettre en place et les bénéfices que cela vous a apporté.