L’importance de connaître son cycle menstruel

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Les intervenants

  • Amélie Bertschy : physiothérapeute
  • Juliette Corgnet : physiothérapeute

Transcription

Juliette : Bonjour et bienvenue sur le podcast Santé Sport de CapRol. Aujourd’hui nous sommes avec Amélie. Bonjour Amélie. Est-ce que tu peux te présenter s’il te plaît ? 

Amélie : Alors je m’appelle Amélie, j’ai grandi à Fribourg. Je suis actuellement à Vevey en tant que physiothérapeute au Centre Sport Thérapie. Et en parallèle, j’ai terminé cette année mon travail de master en Sport Santé Recherche à Fribourg, qui s’intitule Cycle menstruel et athlète féminine. La thématique d’aujourd’hui. 

Juliette : Exact. C’était athlète féminine sur les sports d’endurance ou sur les sports de façon générale. 

Amélie : C’était principalement sur les sports d’endurance puisque on a choisi un pool d’athlètes qui était dans cette optique de faire des sports d’endurance, du vélo, de la course à pied, ski alpinisme. 

Qu’est-ce que le cycle menstruel ?

Juliette : Ok. Est-ce que tu pourrais déjà nous expliquer un petit peu le cycle menstruel ? 

Amélie : Oui, avec grand plaisir, parce que je pense que c’est toujours un bon rappel. Donc le cycle menstruel, c’est une série de processus physiologiques qui se passent dans un premier instant, dans une optique de grossesse, mais qui se déroulent de la ménarche (première apparition des règles) jusqu’à la ménopause. Cette série de processus physiologiques est régi par le système hormonal, donc des messagers chimiques qui se baladent dans la circulation et qui vont atteindre divers organes et donner des tâches à divers organes. 

Amélie : C’est vraiment quelque chose qui est global au niveau du système hormonal et qui se balade dans la circulation. L’atteinte est plus large, qu’uniquement dans un but de grossesse ou dans un but de procréation.

Amélie : Le cycle menstruel, il est régi par deux hormones prédominantes qui sont l’œstrogène et la progestérone. Il commence au premier jour de règles qui dure un certain nombre de jours, qui est très individuel en fonction des personnes. 

Amélie : Et puis progressivement, il y a une montée d’œstrogènes qui composent la phase folliculaire. Donc ça c’est la première phase du cycle. Une fois que la montée d’œstrogène est arrivée à son pic, il y a l’ovulation. Donc un événement qui se passe plus ou moins à la moitié du cycle. Mais on sait que la phase folliculaire peut aller de 10 à 20 jours en fonction des individus. Donc c’est très variable. La durée de la phase folliculaire est très variable !

Juliette : 10-20 jours, c’est énorme …

Amélie : Grosse différence de dix jours. Et puis une fois que l’ovulation a eu lieu, on passe dans cette deuxième phase qui s’appelle la phase lutéale. Où là, il y a la prédominance de la progestérone, une deuxième hormone toujours en parallèle avec l’œstrogène. 

Juliette : Donc la première phase c’est vraiment les œstrogènes. La deuxième phase c’est vraiment la progestérone. 

Amélie : Si on veut résumer, on veut réduire un petit peu ça, prédominance œstrogène et puis progestérone. Et puis bien sûr, tous ces processus où tous ces changements sont régis par des baisses ou des montées d’hormones. Et puis la descente des hormones, la baisse drastique d’hormones qui apparaît à la fin du cycle pour commencer un nouveau cycle, c’est un peu la phase lutéale tardive. Donc cette phase de symptômes qu’on connaît principalement. 

Juliette : Là tu parles des symptômes prémenstruels ou tu parles juste des symptômes de règles ? 

Les symptômes prémenstruels, menstruels, ou apparaissant durant l’ovulation

Amélie : Alors symptômes prémenstruels sont définis par cette baisse d’hormones qui apparaît à la fin du cycle et qui peut amener en fonction des individus différents symptômes. Et puis une fois que cette baisse d’hormones a eu lieu, il y a l’apparition des règles qui commencent un nouveau cycle. Et là, il pourrait y avoir des symptômes au niveau de la phase de règles, la phase de menstruation. 

Juliette : Les symptômes prémenstruels, on va les rencontrer une semaine avant le début des règles, c’est ça ? 

Amélie : Ça peut être aussi très variable. Ça dépend vraiment de l’expression hormonale. On dit qu’à partir de cinq jours avant le début des règles, on peut déjà sentir des symptômes, parfois même un petit peu plus.

Juliette : Les symptômes les plus contraignants ce sont les symptômes prémenstruels ou menstruels ? Est-ce qu’il y a des données par rapport à ça ? Les femmes sont plus gênées juste avant leurs règles ou pendant leurs règles ?

Amélie : Alors il n’y a pas encore suffisamment de données pour vraiment établir une généralité. Je pense que c’est très individuel. Il y a des personnes qui sont beaucoup plus gênées par cette phase prémenstruelle. Et il y a des personnes qui sont beaucoup plus gênées par la phase menstruelle. Donc c’est très individuel et c’est la complexité du sujet. 

Juliette : Et globalement, on peut avoir en fait l’apparition de douleurs pendant deux semaines ou trois semaines. 

Amélie : Et puis il y a aussi des douleurs qui peuvent apparaître durant l’ovulation. On pourrait résumer au fait que les passages où il y a des changements hormonaux, ce sont souvent des phases qui sont inflammatoires. Et les phases inflammatoires peuvent provoquer des douleurs ou des désagréments.

Juliette : Oui, c’est de la construction ou de la destruction. Et donc il y a quelque chose qui est en train de se passer.

Amélie : Exactement.

À partir de quel moment peut-on considérer que nos symptômes ne sont plus dans la normale ?

Amélie : Je pense qu’on est tous individuels par rapport à cette perception des contraintes, mais aussi par rapport au système de la douleur. On sait qu’on n’est pas égal d’un individu à l’autre par rapport au système de la douleur. Mais je pense que le facteur de l’impact sur la vie quotidienne est un facteur clé. Si les symptômes impactent notre quotidien quel qu’il soit, que ce soit quelqu’un de très sportif, un athlète ou quelqu’un de sédentaire, s’il y a un impact sur la vie quotidienne, je pense que c’est à ce moment-là qu’on peut dire que c’est au-delà de la normale. 

Juliette : Oui, c’est ça, c’est une notion de qualité de vie. Si ça impacte trop, c’est qu’il y a un souci. 

Une majorité de femmes a des douleurs

Juliette : La majorité des femmes ont-elles des douleurs ? 

Amélie : Je pense que la majorité des femmes ont des douleurs. Mais on n’en parle pas beaucoup. Le cycle menstruel est un phénomène physiologique qui existe depuis longtemps, mais qu’on commence maintenant à mieux discuter. Et à ouvrir une discussion qui est plus ouverte et puis à se rendre compte qu’on a souvent mis ça de côté. On a souvent considéré que les douleurs étaient normales, considérer que c’étaient juste des passages de sa vie où il faut serrer les dents. Et puis on a tendance plutôt à ne pas en parler parce que les règles, c’est quand même un peu tabou. 

Juliette : Il faut le cacher.

Amélie : Il faut le cacher. Je pense qu’il y a encore beaucoup de choses à déconstruire. Et c’est un peu en ce moment qu’on est en train de le faire. 

Des voies pour gérer la douleur ?

Juliette : Et comment on peut gérer, cette notion de douleur. Moi, j’ai énormément de patientes qui ont des douleurs, qui ont mal ou sont terriblement gênées. C’est vrai qu’elles n’en parlent pas. Mais quels sont les moyens de soulager, hormis l’aspect médicamenteux ? 

Amélie : Je pense que l’orientation aujourd’hui qui pourrait avoir des clés, c’est vraiment par rapport à l’hygiène de vie. Il y a beaucoup de facteurs qui peuvent vraiment influencer ce climat douloureux. Et puis la nutrition. Mais comme tout sujet d’étude dans la nutrition, c’est quelque chose de compliqué parce que c’est multi factoriel. On n’arrive pas encore à dire qu’il faudrait utiliser tel ou tel aliment pour vraiment diminuer drastiquement les douleurs.

Amélie : Mais je pense qu’il y a beaucoup de clés qu’on ne connaît pas encore dans la nutrition, dans l’hygiène de vie, dans la diminution du stress, dans l’augmentation peut être de la récupération qui pourrait avoir un impact sur les douleurs. Et l’activité physique on sait que c’est le médicament de tout et qu’il a plutôt tendance à diminuer un peu les douleurs, à avoir un aspect aussi un peu d’endorphine qui pourrait aussi impacter ce genre de douleurs. 

Des voies pour gérer la douleur : la nutrition, l’hygiène de vie, la diminution du stress, la récupération, le sport.

Juliette : Après c’est difficile sur des femmes qui ont vraiment des douleurs, qu’elles décrivent un peu comme des spasmes, d’aller leur dire de faire des activités physiques. Alors marcher, … mais même marcher, elles ne sont pas confortables parce que la posture n’est pas forcément bonne. Est-ce que toi tu as des activités qui sont plus évidentes ?   

Amélie : Je pense que la marche, c’est déjà assez contraignant. Le vélo peut être un peu plus doux. Mais on parle vraiment d’activité physique légère. Donc ça pourrait simplement être du yoga, peut-être même du ying yoga. Quelque chose de vraiment doux, mais se mettre en mouvement. Peut-être des exercices respiratoires, des choses qui sont quand même en mouvement, mais pas forcément avec des impacts. Et puis on ne parle pas d’intervalles !

Juliette : Oui, à la limite des choses qui drainent et avec une mise au calme. Je pense à quelque chose, de tout bête avec les principes de gaine qui vont toujours du bas vers le haut, mais qui vont gainer toute cette partie basse abdominale. Ça pourrait être intéressant aussi sur des douleurs, cette notion de compression. À partir du moment où tu as une zone douloureuse, si tu mets une compression qui va dans le bon sens et qui permet de stabiliser, cela peut être intéressant. Pour la marche ça serait éventuellement une bonne aide.

Amélie : Ça pourrait. Ça fait un petit moment, mais durant mon Bachelor, j’avais des amis qui avaient travaillé sur les dysménorrhées en physiothérapie. Il y avait très peu d’études, c’était un peu leur conclusion. Et je crois que la thérapie manuelle et le taping avaient peut-être un impact sur la diminution de douleur. 

Juliette : Oui, le taping pour faire une sorte de maintien, je pense que ça peut être des choses assez intéressantes pour l’activité physique. 

A quel moment du cycle la femme est-elle la plus performante ?

Juliette : Au niveau du cycle, à quel moment la femme est probablement la plus performante ou la plus forte ? 

Amélie : Je pense que la période la plus favorable est probablement la phase folliculaire, donc le début du cycle jusqu’à l’ovulation. On pense ça principalement par l’action hormonal. On sait que l’œstrogène a plutôt tendance à être anabolique, et donc plutôt tendance à être constructive. Et puis il a des propriétés neuro excitatrices, on est donc plutôt plus alerte, on a une meilleure production de force. 

Amélie : Après, il ne faut pas comprendre que dans la deuxième partie du cycle, on ne vaut rien. Et que des adaptations ne peuvent pas se créer. Mais la phase la plus propice aux adaptations serait la phase folliculaire. 

Juliette : Mais à la limite, est-ce que ça serait, en étant excessive, la deuxième semaine ? En rapport à l’évolution progressive des œstrogènes. 

Amélie : Oui, ça pourrait … Mais, c’est ça qui est très compliqué quand on veut vraiment comprendre le cycle menstruel ; c’est que déterminer l’ovulation, c’est quelque chose de difficile. On parle de cet événement comme un changement, mais si on demande à des femmes qui ont un cycle naturel de connaître le jour de l’ovulation, c’est difficile. Et on sait que la phase folliculaire peut varier de 10 à 20 jours, donc … 

Juliette : Oui, la variation au niveau des jours est trop grande pour dire : je suis sûr que pendant ces 5-7 jours là, je peux obtenir les meilleures adaptations possibles. On ne peut pas le déterminer. 

Amélie : En tout cas, c’est difficile et ça demande beaucoup d’énergie. 

Juliette : D’une certaine façon, on pourrait aussi dire que la femme est censée pouvoir être performante durant tout son cycle en s’adaptant. Et peut-être que telle performance sera meilleure à tel moment du cycle, mais une autre performance sera peut-être meilleure à un autre moment du cycle. 

Amélie : Moi ce que je pense surtout, c’est que le cycle menstruel qui crée un milieu de positif ou moins propice à des adaptations ou à une performance, est surtout important dans la récupération. Finalement, il y a peut-être des moments du cycle où il faudra plus de temps de récupération, plus d’attention à ça pour pouvoir performer à son maximum. Mais en tout temps, on est capable de performer à son maximum. 

 

En tout temps on est capable de performer à son maximum.

Juliette : Il faut toujours avoir l’équilibre entre adaptation, récupération et stimulation. 

Une phase de laxité parfois plus importante.

Juliette : Est-ce qu’il y a un moment où on est plus laxe ? Personnellement, moi je ressens vraiment une période du cycle où j’ai un genou que je ressens plus laxe. Est-ce que c’est une idée ou est-ce que c’est quelque chose qui pourrait s’expliquer d’un point de vue hormonal ? 

Amélie : Ça s’explique d’un point de vue hormonal, encore une fois par l’œstrogène qui a son pic, donc quand il y a une grande prédominance d’œstrogène, cela peut avoir des impacts sur la laxité ligamentaire. Un petit peu comme les mêmes effets qu’il y aurait pendant une grossesse, qui augmentent l’activité ligamentaire. 

Juliette : Donc on pourrait, d’un point de vue théorique, d’un point de vue pratique c’est toujours différent … mais d’un point de vue théorique, on pourrait dire que les œstrogènes pourraient favoriser l’adaptation, mais en même temps favoriser la laxité et donc un déséquilibre, un travail de stabilisation plus difficile. Il y a donc toujours ce plus et ce moins. Les œstrogènes amènent physiologiquement, quelque chose de positif, mais en même temps, être plus laxe, c’est une plus grande difficulté de contrôle, donc pour moi c’est négatif. 

Amélie : Après, c’est toujours une question de degré. Est-ce qu’on est un tout petit peu plus laxe que d’habitude, et dans ce cas probablement que cela n’a pas d’impact sur notre performance. Cela dépend aussi du sport qui est pratiqué, et de l’intensité. Je pense que ce ne sont pas des facteurs qui sont directs. C’est un climat, un milieu qui peut favoriser ou compromettre certaines choses et qu’il faut peut-être prendre en considération. Mais ce n’est jamais parce qu’il y a l’ovulation qu’on va se blesser, parce qu’on est laxe, ce ne sera jamais une conséquence aussi directe. 

Juliette : Ce qui est intéressant, c’est vraiment de se dire qu’il y a un climat hormonal, et de savoir comment il s’exprime chez soi. Et ensuite d’essayer d’adapter si nécessaire que ce soit pour l’athlète de haut niveau ou la personne lambda. En se connaissant on pourra savoir si on doit adapter son entraînement, plus s’écouter par exemple car on se sent plus laxe … C’est toujours une notion de comprendre le climat qui est propre à chaque individu. 

Apprendre à se connaître à travers son cycle menstruel pour connaître ses besoins.

Amélie : Oui, et je pense que c’est là la grosse clé, c’est d’apprendre à se connaître à travers le cycle menstruel pour connaître ses besoins. Et arriver à déterminer quels sont les facteurs qui sont liés justement à ces variations hormonales et qui nous impactent le plus. Mais cela prend du temps. C’est probablement un processus qui se fait sur toute sa vie hormonale. Et ça change aussi, entre son cycle menstruel à 18 ans ou son cycle à 37 ans, Ce ne sera probablement pas la même chose. Ce sont donc des choses qu’il faut apprendre à connaître et qu’il faut avoir un petit peu en arrière de la tête, sans en faire un goal de vie. 

Juliette : Après, la problématique c’est aussi l’hygiène de vie générale et la nutrition qui impacte sur notre corps. Donc il n’y a même pas que le cycle hormonal, … 

Amélie : Ça reste un système hormonal, donc le système endocrinien qui a des facteurs influençant et des facteurs favorisants, c’est complexe … !! 

Juliette : C’est complexe. 

Amélie : Il faut accepter que ce soit complexe.

Juliette : C’est un domaine qui nous amène à la découverte de soi pour savoir comment on fonctionne et quel impact ça a. Évidemment qu’on ne va pas découvrir ça en trois jours. Mais c’est intéressant. 

Le moment le plus efficient pour le renforcement musculaire.

Juliette : Est-ce qu’il y a un moment du cycle où le renforcement musculaire avec charge ou sans charge est le plus efficient ? 

Amélie : Probablement encore une fois cette phase folliculaire, de part le fait que l’œstrogène serait plutôt anabolique. Moi je pense que les adaptations sont possibles dans toutes les phases du cycle. Mais si on veut vraiment travailler un facteur clé de la performance, je pense qu’il est préférable de le mettre dans la première partie du cycle, où probablement les adaptations seront meilleures. Mais on peut aussi le mettre dans n’importe quel moment du cycle. Les adaptations se feront aussi. Mais si on a un objectif et qu’on a envie d’aller chercher avec ces variations hormonales, probablement que la phase folliculaire sera le plus intéressante. 

Juliette : Oui, ce serait limitatif de se dire qu’on ne travaille que durant cette première phase, sachant que le corps s’adapte à partir du moment où il est stimulé.

Le corps s’adapte à partir du moment où il est stimulé.

Amélie : Exactement. Ça il faut vraiment le garder en tête parce qu’il y a pas mal de gens qui dans les premières idées d’entraînement en fonction du cycle hormonal qui se sont dit : mais finalement on fait quoi, on s’entraîne pendant la phase folliculaire, et puis après on ne fait rien pendant dix jours ? Non, ce n’est pas ça. Si on a envie d’aller chercher la petite bête, qu’on a envie d’aller chercher en fonction d’une idée physiologique, ce sera peut-être ce terrain propice là. Mais en tout temps, on peut créer des adaptations. 

Variation du ressenti de l’effort (RPE) durant le cycle

Juliette : Est-ce que c’est vrai que durant toute la phase où on a le plus de progestérone, l’exercice peut être ressenti plus difficile ou plus dur ? 

Amélie : Les études qu’il y a sur le RPE (échelle utilisée pour ressenti de l’intensité de l’effort) à l’entraînement, elles ne sont pas très concluantes pour l’instant. Mais c’est possible. C’est possible aussi, toujours en fonction des symptômes ou bien du ressenti de cette phase. La progestérone a aussi parfois une action sur la rétention d’eau. On pourrait donc avoir une composition corporelle qui change à ce moment-là et donc du coup ressentir l’effort un peu plus difficile. Il y a aussi parfois des impacts sur l’effort respiratoire qui peuvent être ressentis. C’est toujours un ressenti, ce n’est pas encore prouvé scientifiquement mais ce sont des symptômes qui sont connus durant cette phase-là, donc ça peut aussi impacter notre ressenti à l’entraînement. 

Juliette : Si on sait que durant cette phase-là, le ressenti sera un petit peu plus dur, d’une certaine façon, on travaille une adaptation à l’effort d’un point de vue mental. Puisque lorsque cette phase va être finie, on pourra ressentir un deuxième élan. Et on pourra peut-être s’entraîner un peu plus dur. Ça ne veut pas dire qu’on ne s’était pas entraîné dur avant, mais mentalement on est en train de travailler l’endurance à l’effort. 

Amélie : Et ce facteur psychologique, il est clé. Parce que finalement, si on apprend à savoir que peut être dans la fin du cycle, on se sent plus lourde, qu’on a un peu de rétention d’eau, un peu de difficulté respiratoire… On sera aussi déjà un peu plus résiliente en se disant que c’est normal, que cela fait partie des choses que l’on connait et qui reviennent. Et que ça ira beaucoup mieux dans une semaine. Ça nous permet vraiment d’avoir des clés psychologiques. Au lieu de se dire, qu’est-ce qui se passe avec moi, il y a une semaine je me sentais super bien et super performant et maintenant rien ne va. 

Juliette : Essayer d’en tirer du positif, plutôt que de partir dans la déprime. En fin de compte, je suis lourde, ça ne marche pas, je ne comprends pas. Mais on le sait, hormonalement ça s’explique et à la limite, ça me permet de travailler avec cette notion de lourdeur. Parce que lorsque je vais pouvoir augmenter mon entraînement ou lorsque je fais des sports d’endurance et que j’arrive à certains kilomètres, …  à un certain temps, la lourdeur, on va la sentir. Donc là, à la limite, oui, l’effort n’est pas si énorme que ça, mais mentalement je le sens. Je pense que c’est aussi une façon de travailler mentalement. Ça peut être intéressant. 

Suivre son cycle

Juliette : Est-ce que tu as des tips ou des applications à conseiller pour suivre notre cycle ? Comment peut-on découvrir notre cycle même si cela se fait sur plusieurs années ?

Amélie : Oui, ça se fait sur plusieurs années. Je pense qu’il faut un minimum de trois mois pour commencer à comprendre, avec un suivi vraiment journalier. Il y a des milliers d’applications pour suivre son cycle. Elles sont souvent basées sur les symptômes prémenstruels, les symptômes menstruels et puis après il ne se passe plus grand chose. Donc il y a vraiment un focus sur les choses négatives qui peuvent apparaître.

Amélie : Je trouve qu’une application qui est pertinente, c’est une application qui permet de suivre des paramètres autant positifs que négatifs, d’aller vraiment sur tout le suivi du cycle. C’est-à-dire, comment je me sens aujourd’hui. Finalement, c’est se poser cette question tous les jours, comment je me sens aujourd’hui ? Cela peut être impacté par beaucoup de facteurs. Mais se poser la question tous les jours et établir un petit calendrier, ça peut être simplement crayon papier. 

Amélie : Dans les applications qui sont les plus développées, je pense qu’il y a Wild AI qui est une application qui est malheureusement très commerciale, mais qui est quand même assez pertinente sur ce côté. Il y a des choses positives, il y a des choses négatives. Je crois qu’il y a aussi Moody et puis FitRwoman qui sont, je pense, les trois que je conseillerais. Après, il y en a sûrement plein d’autres applications. Mais il est intéressant de noter les facteurs positifs, les facteurs négatifs, et puis de faire un questionnement quotidien sur son niveau d’énergie, sur son humeur, …

Juliette : Oui ça permet de faire un bilan. Tu as aussi ça dans certains sports professionnels, au niveau des athlètes, où ils ont décidé de leur faire un test qui quantifie tout ce qui est charge mentale. Cela permet de voir l’état d’humeur, le sommeil, et plein d’autres choses … Je pense que les hormones ça joue aussi là-dessus. 

Amélie : C’est le même processus, c’est du monitoring finalement. C’est du monitoring de différents facteurs, que ce soit psychologique, énergétique qu’on applique. 

Juliette : Chez la femme, nous on va rajouter cet aspect hormonal cyclique qu’on n’a pas forcément chez les hommes.

Déterminer le moment de l’ovulation

Amélie : Et je pense que pour le suivi du cycle, ce qui est important, c’est aussi d’arriver gentiment à déterminer cet événement de l’ovulation qui permet de déterminer dans quelle phase on se situe finalement, première phase ou deuxième phase. Et ça, il y a encore peu de moyen pour vraiment la déterminer de manière peu onéreuse et rapide. Je pense que le suivi de la température corporelle reste quelque chose qui est simple.

Juliette : C’est la température corporelle que tu vas prendre en externe ou la température corporelle que tu vas prendre en intra vaginal. 

Amélie : Intra vaginal ou oral est plus pertinent. Maintenant, il y a pas mal de choses qui sont développées pour la température distale. Il y a des bagues de température corporelle, des bracelets. Et apparemment c’est presque plus valide puisqu’on a une mesure qui est continue pendant la nuit. Souvent c’est pendant la nuit. Et puis on a une mesure qui est continue sur une durée qui est assez longue, et un environnement qui est assez stable. 

Juliette : Le suivi, est plus pertinents aussi. 

Amélie : Et moins contraignant. 

Comment réagir face aux troubles du cycle ?

Juliette : Il y a énormément de femmes qui ont des troubles du cycle. Il y a l’absence du cycle qu’on verra plus tard. Mais il y a beaucoup de femmes qui ont des troubles du cycle à n’importe quel âge. Face à ça, toi, tu réagis comment ? 

Amélie : Alors les troubles du cycle, dans un premier temps, ça peut être quelque chose de tout à fait normal. Nous ne sommes pas des horloges. Il y a des variations qui peuvent arriver, un cycle plus court, un cycle plus long. Ce sont des choses qui sont tout à fait normales. Mais à partir du moment où ça se prolonge, je pense qu’il faut se tourner vers un professionnel de la santé. Dès qu’il y a une problématique qui perdure sur plusieurs mois, il faut aller chercher les clés et les réponses. 

Juliette : Il y a beaucoup de femmes qui d’un seul coup n’ont pas eu leurs règles … Qu’on ait un décalage de deux ou trois jours, mais parfois il y a un décalage de plusieurs semaines. On est dans ces cas dans des choses qui ne paraissent pas très stables. Suivre son cycle c’est important, mais lorsqu’il est déjà perturbé, c’est un peu compliqué. Tu te dirigerais directement vers un endocrinologue, un gynécologue ou vers le médecin de famille dans un premier temps ? 

Amélie : C’est difficile de répondre à cette question, parce que je pense qu’autant un médecin de famille qu’un endocrinologue, qu’un gynécologue peut avoir des réponses qui sont intéressantes. Pour autant qu’il soit intéressé et formé à la question. Donc c’est difficile de répondre à cette question. Il faut se tourner vers quelqu’un qui est perméable et qui est ouvert à cette question. Parce qu’il y a encore pas mal de médecins qui pourraient répondre, c’est tout à fait normal. 

Juliette : C’est souvent ce qui se passe. 

Amélie : C’est souvent ce qui se passe, et ça bouge maintenant. Mais il y a encore peut-être peu de répondant par rapport à ça.

Juliette : On est d’accord qu’un cycle menstruel, on va dire dans la normalité avec des petites variations, c’est synonyme de bon fonctionnement du métabolisme ?!

Amélie : C’est signe du bon fonctionnement du métabolisme, effectivement. Surtout du côté énergétique. J’espère ne pas trop m’avancer, mais tout femme a déjà expérimenté ce phénomène de se dire je suis dans une phase de stress, j’ai des examens …Il y a des personnes chez qui ça provoque les règles, elles arrivent plus tôt, parce qu’il y a un stress et tout d’un coup il se passe quelque chose. Le système hormonal et le cycle menstruel est régi par une partie du cerveau, et donc soumit à différents stress psychologiques ou autre. Ou alors le facteur inverse que lors d’une période d’examens tout d’un coup le cycle est prolongé et les règles apparaissent à partir du moment où on a fini ces examens. Donc il y a quand même des variations qui sont liées à ça et on réagit par rapport à ça. 

Juliette : Et si on connait son cycle, cela permet de savoir qu’il y a un souci, mais de savoir pourquoi. 

Amélie : Pour ces variations de cycle, il faut essayer de prendre du recul, de s’interroger sur son état de stress durant cette période, sur son état énergétique. S’interroger sur comment on vit ces derniers mois et puis arriver à établir si oui ou non il y a un déséquilibre. 

Juliette : J’aurais tendance à dire que si on fait un rapprochement avec un élément extérieur, donc principalement le stress, c’est de se dire ok, je suis en phase de stress, je ne peux pas résoudre forcément le problème. Mais l’objectif c’est de retrouver un cycle menstruel normal. Normal n’est pas le bon terme, mais régulier, ou à peu près régulier. 

Amélie : Dont l’occurrence est relativement régulière. 

Les règles et le sport

Juliette : Au niveau du sport comment gérer ses règles, comment gérer ses syndromes prémenstruels ? Alors on a vu par rapport à l’entraînement, qu’on peut toujours discuter et puis voir si on veut travailler des choses spécifiques, etc… Mais dans le sport, est-ce que c’est souvent compliqué ? 

Amélie : Ça dépend du sport. Ce ne sera pas le même challenge si on fait un sport plutôt artistique. Ce ne sera pas le même challenge si on pratique un sport d’endurance sur plusieurs heures. Un sport, dans l’eau. Il y a beaucoup de variations en fonction du sport qu’on fait et il y a beaucoup de solutions qui sont à trouver. 

Juliette : Et beaucoup de solutions au niveau nutritionnel ? Quand on a nos règles, est-ce qu’au niveau de la perte de fer, au niveau énergie, au niveau dépense calorique … Est-ce que c’est un moment qui est difficile par rapport à l’activité physique ? 

Amélie : Au niveau nutritionnel, il y a sûrement pas mal de clés. On sait que la demande en énergie est augmentée plutôt dans la phase lutéale, donc avant les règles. C’est plutôt à ce moment là où il y aurait une variation, en tout cas un apport en énergie qui devrait être plus grand. Et puis après, pendant les règles, bien sûr qu’il y a la problématique de la perte sanguine, qui peut entraîner des pertes de fer. Et qui porte la femme plus sujette à des problèmes de fer. Je sais qu’aujourd’hui il y a pas mal de choses qui sont investiguées sur les oméga3, qui ont plutôt une tendance à être anti-inflammatoire. Et comme on l’a dit, la phase menstruelle est une phase plutôt inflammatoire, les oméga3 pourraient un petit peu diminuer ce facteur inflammatoire. Ce sont les premières choses qu’on voit apparaître. Il y a sûrement plein d’autres choses qui vont apparaître dans l’avenir.

Juliette : C’est du monitoring qu’il faut faire en fonction du sport. Si tu es très fatiguée, est-ce un problème de fer, est-ce que tu te sens un peu plus lourde ? Peut-être changer l’alimentation ? Certains aliments sont plus anti-inflammatoires, certains apportent plus d’énergie … 

Amélie : Oui, il y a ces deux facteurs je pense. Il y a le facteur inflammatoire qui est une inflammation très locale au niveau du bas du ventre, qui peut se prolonger ou se propager dans le système digestif. C’est donc tout un système qui est impacté. Arriver à diminuer ou donner des nutriments qui sont anti-inflammatoires, ou en tout cas qui n’auront pas tendance à déranger le système digestif, ça peut déjà être une clé. Maintenant il ne faut pas oublier que l’on est tous différents par rapport au système digestif. Quelque chose qui provoque une inflammation chez quelqu’un ne le provoque pas toujours chez quelqu’un d’autre. C’est quelque chose que l’on peut tester soi-même, ou en tout cas avoir un intérêt ou une attention particulière.

L’adaptation du plan d’entraînement en fonction du cycle ou du ressenti de l’athlète

Juliette : Au niveau des sports collectifs, il est assez difficile de gérer toutes les athlètes qui jouent ensemble. Au niveau individuel, est-ce que toi tu adapterais ton entraînement en fonction de ton cycle ou en fonction de ton ressenti ? Ou, finalement tu as ton plan d’entrainement et tu ne te préoccupes absolument pas de ton cycle ? Comment toi tu ferais, comment tu fais, et comment un coach sportif est censé faire ? 

Amélie : Dans un premier temps, c’est vraiment ce travail individuel, d’apprendre à se connaître. D’apprendre à connaître son cycle. Parce que s’il n’y a pas cette condition-là, on ne peut pas aller sur un entraînement qui est adapté au cycle, puisque c’est individuel. Puisque la phase folliculaire peut durer de 10 à 20 jours, et la phase lutéale de 10 à 15 jours. Donc, il y a un travail de monitoring à faire.

Juliette : Le coach, même si tu lui donnes la date de tes règles, il a besoin d’avoir tes ressentis pour savoir réellement ce qu’il doit adapter. 

Amélie : Et on doit d’abord connaître son ressenti pour après pouvoir le transmettre. 

Juliette : Oui, c’est ça. 

Amélie : Donc c’est un travail qui se fait sur le long terme. Et puis il y a différentes étapes : apprendre à se connaître et apprendre à communiquer avec le coach, apprendre à communiquer son ressenti, et arriver à le transmettre. Pour moi, le cycle menstruel, ça doit être une trame de fond. Le plan d’entraînement ne doit pas se coller sur la variation hormonale. C’est comme s’il fait beau aujourd’hui ou si c’est la grande tempête, on ne va pas forcément partir pour des heures d’entraînement à ce moment-là, ça doit être un petit peu la même chose. On va essayer peut-être de caler les entraînements un peu plus difficiles dans cette première partie du cycle, si on a un objectif ou en tout cas une phase clé. Dans toute périodisation d’entraînement, il y a des moments qui sont hauts en intensité et des moments de récupération. Donc si on arrive à créer une haute intensité sur une partie, c’est génial et ça peut aussi avoir un intérêt. 

Amélie : Et puis au-delà de ça, ça peut être aussi vu à l’inverse. On a une compétition qui va probablement tomber sur un jour où on sait qu’on se sent un petit peu moins énergique à l’entraînement. Malheureusement, il va falloir essayer de le travailler et puis essayer de contrebalancer ce sentiment. Et finir par se dire, je sais que je suis capable de performer dans cette phase où je me sens moins bien. 

Juliette : C’est la même chose qu’adapter son entraînement à la charge mentale. 

Amélie : Oui, ça a des similarités.

Juliette : Même si la charge mentale ça englobe beaucoup, beaucoup d’éléments. D’une certaine façon, tu adaptes ton entraînement à comment tu te ressens par rapport à ton cycle. Si ce dernier est régulier et que tu sais dans telle période, ou telle période comment tu te sens, ça peut permettre d’adapter l’entraînement de façon un petit peu plus spécifique. Mais est-ce que tu penses qu’on devrait des fois essayer de décaler, de faire en sorte par rapport aux compétitions ou par rapport à l’entraînement que les choses s’imbriquent ? Moi je ne pense pas … Mais pour ceux qui cherchent la performance à l’extrême…

Amélie : Je pense que c’est trop difficile. Et au-delà de ça, il y a le cycle menstruel, mais ce n’est qu’une petite partie du puzzle de performance. Il y a tous les aspects de la récupération, le climat, l’environnement, son entourage… Il y a tellement de facteurs liés à la performance. Ce n’est pas l’unique, ça ne sera jamais l’unique. Et si on a envie de l’intégrer à ce puzzle, ça peut être intéressant. Mais ce n’est pas la seule clé.

Les hormones jouent sur nos humeurs

Juliette : Les hormones jouent aussi sur l’humeur. Il y a une période où au niveau humeur, on est plus désagréable, plus agressive … Comment donner le bâton pour se faire battre lol. Si tu réalises que les hormones ont un impact sur ton humeur et que lors de la période qui est censée être plus difficile d’un point de vue performance, tu te sens plus agressive, pourquoi ne pas utiliser justement cet aspect émotionnel pour travailler ton physique ? Est-ce que tu vois ce que je veux dire ? 

Amélie : Ouais, alors là, ça part dans des choses qui sont sûrement complexes. Et il faut déjà avoir identifié que c’est une phase où on est plus agressive. Et ça, ce n’est pas facile, parce que souvent, lorsqu’on est dans un brouillard mental et qu’on range un peu son frein, on ne va pas forcément tout de suite admettre que c’est peut-être hormonal. Et on n’aura jamais la confirmation à 100 % que c’est lié à ça. Donc c’est compliqué. 

Juliette : Pour moi c’est toujours cette notion d’essayer de jouer autant sur le physique que sur le psychologique pour essayer de performer. Quand tu es fatiguée, si tu as « la gagne », si ça se trouve tu vas mieux performer.

Juliette : La conclusion, c’est vraiment de dire que le cycle menstruel, il est censé être régulier. Que s’il ne l’est pas, il faut qu’il le devienne. Qu’on peut jouer sur plein de choses autour, que ce soit la nutrition, l’hygiène de vie. Et qu’il faut s’en préoccuper pour se connaître. Si tu connais ton cycle menstruel, cela te permet aussi d’écouter ton corps. 

Le syndrome du RED-S (déficit énergétique relatif dans le sport) et irrégularité du cyc

Juliette : Est-ce que toi tu as en tête des mythes qu’on entend encore ?

Amélie : Je pense que le premier mythe à déconstruire c’est celui de se dire que si je n’ai plus mes règles, c’est que je m’entraîne suffisamment. Je pense que ça, c’est une idée reçue qui n’est pas formulée de cette manière, mais qui est un petit peu quelque part dans la tête de beaucoup d’athlètes.

Juliette : Là on va parler du RED-S. Est-ce que tu peux expliquer ce que c’est, et l’importance que ça a ? 

Amélie : Le RED ou RED-S, c’est Relative Energy Deficiency, in Sport qui peut être ajouté. Donc c’est un déficit relatif en énergie. Donc c’est un déséquilibre entre l’énergie qui est apportée et l’énergie qui est dépensée. Et dès le moment où il y a un déficit entre l’énergie qui est apportée et l’énergie qui est dépensée, qui est prolongée, ça peut avoir des multiples impacts sur notre physiologie. Un des impacts est la disparition des règles, mais c’est un des impacts. Il y a vraiment une multiple atteinte. Je ne sais pas combien il y en a, mais il y en a vraiment énormément qui peuvent survenir comme symptômes d’un déficit prolongé en énergie. Et puis c’est vraiment global. C’est l’énergie qui est apportée, mais ce n’est pas uniquement la nutrition, il y a aussi plein d’autres facteurs énergétiques, l’énergie mentale ou des choses comme ça qui sont dans cette grosse partie d’énergie apportée et l’énergie dépensée à l’entraînement ou autrement. 

Juliette : Il a été très mis en avant justement par ce principal symptôme de perte de règles. Mais en fait, il englobe beaucoup d’autres choses. C’est quelque chose de plus général. Mais globalement, on est proche du surentraînement, on se dirige vers le surentraînement ?

Amélie : Le surentraînement est un déficit en énergie. Mais ce qui est important je pense aussi est de remettre un peu en lumière le fait que ce déséquilibre ou ces variations, ces irrégularités du cycle, ce n’est pas non plus … je sais pas comment dire ça. Parce qu’il ne faut pas non plus que les gens pensent que si tu as des règles qui sont irrégulières depuis toujours, … je ne veux pas créer un climat anxiogène. 

Juliette : Pour moi, on est des êtres vivants, et on fonctionne de façon cyclique. Donc à partir du moment où ton fonctionnement cyclique il est rodé, et bien ça roule. Maintenant, ce n’est pas parce que tu ne vas pas te réveiller tous les jours à la même heure que tu dysfonctionnes vraiment énormément. Il ne faut pas être dans les extrêmes. Il y a l’aspect être cyclique, vraiment théorique, et puis il y a l’aspect pratique. C’est vrai qu’il y a des femmes qui ont leur règle régulièrement, mais de façon irrégulière. Mais ça se décale de deux ou trois jours. Ou peut-être qu’il y a un mois dans l’année où ça ne va pas jouer. Mais comme on l’a dit tout à l’heure, si tu as une énorme poussée de stress que tu viens de te faire virer de ton boulot … Au final, les choses ont tellement d’impact d’un point de vue hormonal et d’un point de vue métabolique et physiologique que ça peut s’expliquer. 

Amélie : Ouais, c’est ça. 

Juliette : Mais moi j’aurais toujours tendance à dire qu’on devrait essayer de tendre vers quelque chose de cyclique. C’est comme le principe de l’équilibre parfait n’existe pas, mais on essaye de vivre autour de cet équilibre parfait pour ne pas partir un petit peu en cacahuète. 

Amélie : Je trouve que c’est quelque chose de très anxiogène justement. Dans mon travail de master, on a essayé de déterminer l’ovulation. C’était un point ultra anxiogène parce qu’on a utilisé des tests d’ovulation bons marché et qui n’ont pas forcément très bien fonctionné. Les participantes faisaient le test à la maison, je ne sais pas exactement comment elles les ont réalisés. Est-ce qu’elles ont bien suivi le protocole ? Peu ont marché. Et ça a créé un climat anxiogène. C’est un sujet sensible et très émotionnel, donc c’est difficile. Il faut faire attention à ne pas créer trop d’anxiété.

Juliette : Dans toutes ces choses-là, tu as toujours un effet placebo et un effet nocébo dans les études. Après quand tu t’attardes sur cette notion d’ovulation, de possible grossesse, d’importance du cycle qui est censée représenter la femme, pour nous, ça a quand même toute une signification. Donc on rentre dans quelque chose d’émotionnelle

Juliette : Donc globalement, dans le sport, quand les jeunes n’ont plus leurs règles. La première réaction, la première chose qu’on doit surveiller c’est quoi ? 

Amélie : Après, ce qu’il faut savoir, c’est qu’une disparition des règles liées à un déficit en énergie ne se fait pas du jour au lendemain. C’est un processus qui apparaît gentiment. C’est d’abord, si je ne me trompe pas, une diminution de la phase lutéale. Il y a d’abord des cycles qui ont tendance à se raccourcir sur plusieurs mois, et puis progressivement, qui ont tendance tout d’un coup à s’espacer. C’est donc un processus qui arrive de manière insidieuse et relativement sur le long terme. Ce n’est pas d’un jour à l’autre. C’est quelque chose à surveiller sur une durée relativement longue. 

Amélie : La plus grosse question par rapport à la nutrition serait, est-ce que l’athlète a un apport en énergie qui est suffisamment haut ? Est-ce qu’il y a un apport en énergie avant l’entraînement et après l’entraînement, qui peut subvenir à ses besoins ? Ça, c’est vraiment la plus grosse cible. 

Juliette : Mais tu penses que ça serait surtout dirigé vers les athlètes. Si vous avez de la chance et que votre cycle est régulier, surveillez votre cycle et lors de l’apparition d’une dysfonction cela vous servira d’indicateur. Vous pourrez alors, déjà, vous poser la question au niveau de la nutrition. Et vérifier que vos apports sont corrects pour éviter de dévier vers un syndrome du RED. Ou, est-ce qu’on peut aussi avoir ça chez des personnes qui ne sont pas des athlètes mais qui font quand même un minimum d’heures de sport dans la semaine? 

Amélie : Comme le dit l’intitulé de RED, c’est Relative Energy Deficiency et puis après il y a in Sport, ça peut être appliqué à la population en général. Donc le déficit énergétique touche autant des gens qui ne sont pas sportifs d’élite que des sportifs d’élite. C’est quelque chose qui est global. Et puis ce point du cycle menstruel comme indicateur de santé, il est important, c’est quelque chose à surveiller ou en tout cas à avoir en tête comme un indicateur de santé. 

Juliette : Donc c’est intéressant, il faut vraiment chercher à découvrir notre cycle menstruel. Si on a de la chance et qu’il est régulier, il est indicateur de santé. Et si ça commence un petit peu à devenir irrégulier, il y a des questions à se poser sur le sommeil, sur la qualité de vie, sur le stress, sur la nutrition … 

Amélie :  Oui, et puis après, il y a probablement aussi d’autres pathologies qui pourraient être liées au cycle, et qui pourraient générer des dysfonctions ou des irrégularités. Je pense que c’est important de garder en tête justement que régularité ne veut pas forcément dire qu’on a un cycle qui dure toujours 30, 31 jours systématiquement. Il y a des variations qui se créent et qui sont normales. Mais c’est plutôt l’occurrence du cycle menstruel qui devrait être régulière, ou en tout cas la fréquence qui devrait être plus ou moins régulière. 

Juliette : C’est un message quelque part qu’on n’a pas encore. Puisque les règles on n’en parle pas, vous n’avez pu vos règles, ce n’est pas grave. Revenez dans trois mois et puis on verra si elles sont réapparues. Enfin moi personnellement, c’est ce que j’entends au cabinet. Vous avez hyper mal, ce n’est pas grave, c’est un cycle on verra la fois prochaine. J’ai le sentiment par rapport à ça, qu’on est au niveau médical, toujours en train de reporter pour après. Mais regardez, c’est peut-être passager… On dédramatise alors qu’on incite pas la patiente à écouter ses symptômes, à les noter pour pouvoir à la limite y faire référence et puis voir si toutes ces informations nous dirigent vers une direction ou une autre. 

Amélie : Je pense que c’est juste de ne pas alarmer s’il y a une dysfonction du cycle ou s’il y a une petite irrégularité qui peut apparaître. Mais c’est un facteur à prendre en considération. Et un indice pour dire il faudrait peut-être surveiller le global et pas seulement le cycle. Il faudrait peut-être aller chercher un petit peu plus loin, questionner peut être un peu plus loin et voir la santé globale de l’athlète ou de la personne. 

Juliette : C’est un indicateur parmi tant d’autres. On doit le prendre en considération sans le dramatiser.

Amélie : Je pense que dans le monde médical, c’est encore difficile de s’avancer sur les impacts de ces irrégularités. Parce qu’il y a encore peu de données sur le cycle menstruel, que ce soit du côté athlète-sport, ou que ce soit globalement du point de vue de santé. C’est encore un domaine qui doit mûrir, pour qu’on puisse donner des réponses claires. 

Juliette : Il y a encore plein d’études à faire, qui vont être très compliquées puisque c’est vraiment intra individuel. Pour faire des études sur ce sujet, je pense que ce n’est vraiment pas facile. 

Juliette : Après, d’un point de vue médical, je suis assez pour mettre un peu le poing sur la table en disant que le cycle menstruel, il est important. On l’a vu ces dernières années. La femme subit d’un seul coup un trouble du cycle, elle saigne dix fois plus fort qu’avant, mais on dit que ce n’est pas grave, que ça passera ! Elle n’a plus ses règles depuis 3 mois, ce n’est pas grave, ça passera, ça reviendra. Au niveau médical, de ce que je ressens par rapport aux patientes du cabinet, c’est qu’on dédramatise tout. C’est vrai qu’il ne faut pas inquiéter les patientes parce que notre corps réagit. On a le droit aussi de dysfonctionner de temps en temps. Mais en même temps, ça reste pour moi un énorme indicateur d’un fonctionnement à peu près normal, surtout quand il l’a été auparavant. Personnellement j’ai toujours un petit peu de difficulté à entendre le langage médical, rassurant certes, mais il me donne l’impression d’essayer de toujours pallier les symptômes sans prendre du recul. Il parait y avoir très peu d’interrogatoire, non culpabilisant, de la patiente, sur tout ce qui peut avoir un impact sur ce type de déclenchement, qui ne correspond pas forcément à des pathologies graves mais des prises alimentaires ou des stress ou des chocs émotionnels, … il y a beaucoup de choses qui peuvent rentrer en ligne de compte. 

Amélie : Oui, c’est toujours la même question de trouver un réseau qui est perméable à cette question, qui commence à bien émerger. Je trouve que dans la région, il y a quand même pas mal de réseaux qui se créent autour du sport féminin, qui ont une perméabilité, et j’espère que ça se développera encore mieux. 

Juliette : C’est le début. Ça ne va pas être simple, mais il faut garder une ouverture d’esprit. C’est ce qu’on demande. 

Juliette : Est-ce qu’il y a un autre message que tu aimerais faire passer ? Est-ce qu’il y a un sujet qu’on n’a pas abordé que tu aimerais aborder ou est-ce que c’est tout bon pour toi ? 

Amélie : Et je crois qu’on a déjà pas mal fait le tour de la question. En tout cas, il me semble que je n’ai rien oublié. Je mettrais vraiment encore une fois un petit peu la lumière sur ce côté du suivi du cycle, du monitoring qui peut être très intéressant pour apprendre à se connaître, pour apprendre à avoir une vision de soi avec un petit peu de recul et qui pour moi est un outil très intéressant dans sa vie en général et en tant qu’athlète.

Des livres a conseiller ?

Juliette : Est-ce que tu as des livres à recommander ? 

Amélie : Il y en a pas mal en anglais. Je crois qu’il y en a un qui s’appelle de the female factor qui est très chouette parce qu’il prend en compte toute la vie hormonale d’une femme, que ce soit de la ménarche, donc l’apparition des règles jusqu’à la ménopause. Et dont les bases scientifiques sont vraiment très intéressantes. Elles sont très fondées, elles ne sont pas basées sur un ressenti de quelqu’un, donc c’est assez fiable. Je recommanderais celui-ci. Je crois qu’il n’existe qu’en anglais pour l’instant. 

Juliette : Je pense qu’il y a encore beaucoup de publications qu’en anglais dans ce domaine. 

Amélie : Oui. Il y a pas mal de comptes Instagram qui sont intéressants. Je sais plus si c’est la même autrice, mais il y a @periododtheperiod qui aussi essaye de régulièrement faire un peu un update de ce qui se dit dans le monde scientifique. Donc pour encore une fois avoir des bases relativement solides. 

Juliette : Je pense que sur Instagram, il y a de plus en plus de comptes qui commencent à fleurir. C’est bien. Merci beaucoup. 

Amélie : Merci à toi. 

La douleur, c’est quoi?

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Les intervenants

  • Juliette Corgnet : Physiothérapeute (spécialisations : sport, pelvipérinéologie, rééducation respiratoire et cardiovasculaire)
  • Daniel Simão : Physiothérapeute, et co-fondateur des cabinets start.physio

Transcription du Podcast

Juliette: Bonjour et bienvenu sur le podcast de CapRol. Aujourd’hui, nous allons parler de la douleur avec Daniel Simão, physiothérapeute. Bonjour Daniel, est ce que tu peux te présenter stp?

Daniel: Daniel Simão. Je travaille en Suisse depuis 2013, j’ai cofondé avec des collègues les cabinets Start.Physio. Avant ça, j’ai donné quelques cours en thérapie manuelle et j’ai été invité à des conférences pour parler sur différentes thématiques ; dont la thématique de la douleur pour des séminaires et des Journées scientifiques au Portugal.

Définition de la douleur

Juliette: Voilà entre autres pourquoi je voulais faire ce podcast sur la douleur avec toi. Est-ce que tu aurais une définition de la douleur ?

Daniel: Il y a la définition standard. Là, je l’interprète plutôt de façon un peu poétique. C’est en signe d’alerte que le corps donne face à une potentielle menace. C’est comme cela que je l’interprète lorsque les patients parlent d’une douleur. Cette menace, elle peut être une menace réelle ou une menace virtuelle. Mais toutes les deux sont interprétées exactement de la même façon. L’expérience, la douleur est exactement la même. C’est là qu’il est intéressant de comprendre, que l’on rentre dans la neurophysiologie de la douleur et qu’on commence à rentrer dans la douleur chronique.

Juliette: La douleur c’est donc un signal d’alerte qui indique qu’il y a des questions à se poser sur soi-même, que ça soit d’un point de vue physique ou autre.

Daniel: En fait, la douleur, elle te dit simplement qu’il faut que tu fasses quelque chose. Tu as une action à réaliser. Par exemple, enlever ta main du feu qui est en train de brûler. Lorsqu’il y a quelque chose qui est en train de piquer, de percer la peau, des capteurs en informent le cerveau. Le cerveau prend alors la décision de dire OK, on regarde et on agit et on sort de cette situation. La douleur peut être aussi associée à quelque chose d’émotionnelle, de psychologique. Dans ce cas le corps ressent aussi le besoin de quitter quelque chose. Elle t’indique qu’il faut que tu prêtes attention à quelque chose et que tu changes.

Juliette: La douleur doit amener à l’action, et donc à la réflexion ?!

Daniel: La douleur, elle doit amener à l’action, exactement. Souvent pour arriver à l’action, il faut aussi qu’il y ait une réflexion.

Douleur aiguë et douleur chronique quelle différence ?

Juliette: Ok donc la douleur amène à la réflexion, et la réflexion à l’action. On parle souvent de la douleur aiguë. Cela montre que la douleur est importante pour lutter contre une menace imminente, ou instantanée. Après, il y a la douleur chronique. Quelle est la différence entre douleur aiguë et la douleur chronique ?

Daniel: D’un point de vue des mécanismes à un niveau supérieur, au niveau du cerveau, elles sont pratiquement identiques. J’ai beaucoup de patients qui disent « les médecins ou les gens disent que la douleur est dans la tête ». Oui, la douleur elle est toujours dans la tête. Le processus de douleur, il est toujours un output, donc c’est quelque chose qui « ressort du cerveau ». C’est comme une action. Je bouge donc il y a un ordre qui me fait bouger les membres. La douleur, c’est exactement la même chose. Donc, ce n’est pas « quelque chose qui rentre, mais quelque chose qui ressort ».

Juliette: C’est donc un message neurologique, qui ressort du cerveau.

Daniel: Un message qui ressort, mais qui dit attention. Au niveau aigu, lorsqu’on teste localement la zone de la blessure, on identifie des médiateurs inflammatoires. Ce sont des petits composants qui vont stimuler l’inflammation. L’inflammation est positive parce qu’elle va créer la régénération tissulaire. Cela va créer la cicatrisation, etc… Et cela va amener à finir l’agression. Ce processus prend 72 heures.

Daniel: Après, il y a d’autres mécanismes qui perpétuent la douleur. Ils sont souvent associés à des facteurs de perception, de peur. Ainsi qu’à des éléments liés au fait que cette agression a aussi une base, un contexte cognitif, qui permet de prolonger cette douleur. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire par exemple : « J’ai entendu mon voisin dire qu’a une entorse de la cheville, sa jambe a été amputée. Une histoire comme celle-là va potentiellement engendrer une peur, associée à cette blessure, à cette entorse. Et cela va potentiellement créer un effet nocebo.

L’effet nocebo correspond à l’apparition d’effets indésirables bénins, d’origine surtout psychologique, après administration d’un médicament inactif ou qui ne peut lui-même produire ces effets. (Par analogie avec l’effet placebo).

Définition du Larousse

Daniel: Autre exemple : J’ai entendu quelqu’un dire qu’un membre de sa famille est mort d’un problème cardiaque, alors qu’il se plaignait de douleurs dans la poitrine. J’ai un problème au niveau de la côte et je sens une douleur dans la poitrine. Rapidement, cette douleur va être très amplifiée. L’expérience de la douleur sera augmentée à cause de cette peur. Cette peur peut aussi prolongée cette douleur. En effet la peur est aussi quelque chose qui nous protège. Quel est le problème après ? C’est comment on va résoudre ce problème.

Juliette: D’où l’intérêt de prendre un peu de recul par rapport à ces problématiques ou sa douleur. D’où l’intérêt aussi de rassurer les patients sur leurs douleurs et d’avoir un minimum d’empathie. Même si les douleurs sont amplifiées par des causes psychologiques pour des événements extérieurs ou personnels, si on dit aux patients que « c’est dans la tête », on cultive un peu le fait qu’ils s’enferment dans cette douleur et dans leurs propres croyances. Je pense qu’on a aussi un rôle en tant que physiothérapeute dans le fait de les faire sortir de certaines croyances, qui sont négatives sur le processus de résolution de la douleur.

Oui c’est dans la tête, mais non vous n’êtes pas fou !

Daniel: C’est important, ce que tu dis. Parce qu’à partir du moment où on dit aux gens, « c’est dans ta tête », il y a toujours cette association : c’est dans ta tête donc tu est en train d’inventer la douleur. Le patien se dit alors, »mais je ne suis pas fou ». C’est cette expérience que les patients me racontent. Mais non, ils ne sont pas fous. Quelque fois il faut qu’on change nos mots, il faut qu’on adapte les mots. Il faut qu’on adapte aussi la façon dont on explique aux gens qu’en réalité : Oui, c’est toujours dans la tête, mais si je suis en train d’arracher la jambe, c’est aussi dans la tête.

L’analgésie du champ de bataille et les douleurs fantômes

Daniel: On a des textes très intéressants qui apparaissent après la guerre du Vietnam. On a commencé à parler de neurophysiologie de la douleur, et de l’analgésie du champ de bataille. Des soldats qui avaient subi des tirs sur les jambes, continuaient à courir malgré leurs blessures. Le cerveau avait décidé que sauver sa vie était plus important que définir qu’il y avait une douleur. Donc, oui, c’est toujours le pouvoir du mental. Même si il y aussi plein d’autres choses.

Daniel: Tout le monde connaît sûrement les douleurs fantômes des membres amputés. Le membre il n’est plus là et la personne continue à sentir ce membre qui fait mal. Donc oui, c’est toujours dans la tête, mais cela n’implique pas que les professionnels de santé doivent savoir rediriger le patient en cas de besoin et lui éviter d’effectuer des centaines d’examens. Examens qui au final ne donneront probablement rien, et ne feront qu’augmenter le niveau d’anxiété. Ce qui créera encore plus de problèmes et perpétuera plus de douleur.

A la recherche d’un diagnostic

Juliette: Oui en effet, parfois lorsqu’on se retrouve face à certaines douleurs, on est toujours en train de chercher un diagnostic.

Daniel: Quelque fois on le cherche au mauvais endroit.

Juliette: Cette recherche sans fin de diagnostic est parfois un problème. Personnellement, j’essayais d’expliquer aux patients que les examens complémentaires c’est bien quand on sait exactement ce qu’on cherche. Et même si on sait ce qu’on cherche, quelque part, est ce qu’on a vraiment besoin d’un examen? Parce que le traitement en lui même il ne va pas forcément changer. Par contre, dans certains cas le fait de poser un diagnostic, permet de rassurer, d’avoir enfin une réponse au pourquoi des douleurs, et permet au patient de sortir d’un contexte négatif de questionnements sans réponse. En contre partie parfois il est préférable de ne pas leur poser de diagnostic parce que cela angoisse plus qu’autre chose.

Daniel: C’est une belle question et je suis aussi divisé entre les deux. Il y a des facteurs qui vont faire que la personne aura plus de souffrance, dont le niveau d’éducation.

Juliette: Il y a le niveau d’éducation, mais après, il y a le vécu personnel ?

Daniel: Quand je parle éducation, c’est le niveau de développement ou le niveau intellectuel de la personne. C’est un facteur qui va contribuer dans le bon, ou le mauvais sens. Donc soit la personne comprend très bien tout ce qui se passe, et a un peu cette compréhension de la neurophysiologie, soit ce n’est pas le cas. Cela peut aussi être notre rôle d’éduquer la personne. Cela peut aider la personne a aller dans le bon sens. Mais lorsqu’on revient au fait de ne pas avoir de diagnostic, si cette personne est très loin du médical, et a très peu d’idée de comment cela se passe, elle va toujours se dire : « Mais personne ne sait ce que j’ai. J’ai sûrement le pire ». Dans ce cas là l’absence de diagnostic est très probablement catastrophique.

Intérêt des examens complémentaires (IRM, Radio, …) ?

Juliette: Mais le problème, c’est qu’on trouve souvent aux examens des choses que les patients interprètent comme catastrophiques. Ce qui est compliqué, je comprends que certaines personnes ont besoin d’un diagnostic, car elles ont besoin d’une réponse à leur question. Mais lorsqu’elles sont très, très loin du médical, elles dramatisent tout. Sur une hernie discale, c’est la fin du monde, alors que pas du tout. On a si cela se trouve toi et moi des hernies discales. Et c’est ça aussi le problème. Je pense que l’on a un rôle d’accompagnant. Le fait de rassurer et d’expliquer que la douleur est réelle. Mais aussi parfois de leur expliquer qu’on n’est pas toujours obligé de faire de diagnostic, car cela finit par un tourisme médical. Il est pour moi important de leur dire que le principal, c’est de bouger, et d’essayer d’atténuer la douleur. Il est important que l’on trouve des choses pour que votre organisme évolue. Je pense que c’est propre à chacun, à chaque thérapeute, à chaque patient, il faut s’adapter.

Daniel: Alors il y a plein de choses qui sont en train de se passer au niveau de la recherche scientifique, en ce moment. Et c’est intéressant de comprendre, peut être que je me trompe, qu’il existe entre la recherche et la pratique 17 ans de différence. Donc, pour ceux qui sont en train de rechercher maintenant ou depuis 5 ans, on a encore une dizaine voir une vingtaine d’années avant que les résultats n’arrivent dans la pratique de tous les professionnels de santé. C’est ce que j’explique aux patients qui disent « mais pourquoi jamais personne ne m’a dit ça? ». Mais c’est normal, cela prend du temps parce qu’il faut être toujours sur le sujet. Et il y a plein de sujets sur lesquels on est, donc tout le monde ne peut pas être sur ce sujet en particulier.

Daniel: Les recherches universitaires, citées dans des articles qui ont été publiés sur le sujet de la douleur, ont exposé à l’IRM, pas seulement des patients, mais aussi des gens considérés comme sains. Pour chaque tranche d’âge, ils ont découvert qu’il y avait une quantité de hernies, de fractures, de fractures consolidées… Il y avait des arthrose gigantesques … Au niveau de la recherche sur le genou, ils ont découvert que l’arthrose du genou n’est pas associée à la douleur. Il y a donc des gens avec de grosses arthroses, mais avec une bonne mobilité, une bonne forme, un bon équilibre et qui ne souffrent pas forcément de douleurs.

Daniel: De plus en plus, on commence à comprendre qu’en réalité l’image du corps, ce n’est pas comme la voiture qui, lorsqu’elle a une pièce un peu rouillée, il faut la changer car sinon elle ne marche pas. La question est : Est-ce que la structure a ce qu’il faut pour gérer les défis, pour faire face à la gravité, pour faire face à l’impact sur le sol? A-t-elle aussi un système nerveux capable de gérer tout l’ensemble? Si on ne se pose pas ces questions on va continuer à poursuivre, les recherches par les examens. On finira soit par trouver quelque chose et créer plus de nocebo, alors que les études démontrent qu’il n’y a pas vraiment de corrélation. Attention, il y a des cas où, Oui, il faut une chirurgie immédiate, mais cela représente 1 – 2%.

Juliette: Dans tous les cas, c’est au médecin de déterminer si on doit faire des examens complémentaires. Souvent, la population, ou même nous entre tant que physiothérapeutes, on veut demander une radio, une IRM ou d’autres imageries. Mais ce n’est pas à nous de déterminer si on doit faire un examen complémentaire puisque, dans la plupart des cas, cela ne va pas changer notre traitement.

Juliette: En contrepartie, il est vrai qu’on a souvent la curiosité d’avoir des images. Mais au final, les images, c’est parce qu’on aime bien voir. On a été éduqué comme ça, or ce n’est pas toujours représentatif. C’est donc au médecin de déterminer si pour lui, d’un point de vue purement médical, il a besoin d’avoir des images pour rechercher autre chose ou pour déterminer une chirurgie éventuelle.

Daniel: Je pense que l’idée et ce qui est proposé, c’est que les examens complémentaires sont là pour potentiellement voir les drapeaux rouges, les « red flags ». Pour être sure qu’il n’y a pas une maladie qui va mettre en cause la structure ou la personne. En voyant les images on peut interpréter, comprendre le chemin que la personne a pris dans la recherche de stabilité et donc les potentiels dégâts créés. Mais ces dégâts ne correspondent très probablement pas à la douleur. Souvent, ils correspondent à une conséquence de ce qui a crée la douleur.

Juliette: De toute façon, il y a toujours cette notion d’adaptation. Il est intéressant de fait un bilan pour savoir quels sont les déficits qui ne nous permettent pas de tenir debout. Et puis après, on essaye de s’adapter. Le corps est toujours éternellement adaptable. Evidemment quand on est jeune, c’est plus facile, mais l’objectif à tous âges est de s’adapter. Maintenant, quand on a une douleur chronique, je pense que l’objectif est d’atténuer cette douleur, mais surtout de récupérer de la mobilité pour ainsi amener de l’adaptation. Si on ne fait que du passif et qu’on ne fait que de l’antalgique, au final, on n’aura jamais d’adaptation à la mobilité et il n’y aura jamais de renforcement.

Les thérapies passives sont peu conseillées

Daniel: En ce moment, tout ce qui est thérapie passive n’est presque pas conseillé. Donc toutes les guidelines sur les différentes pathologies, il y a très peu d’interventions passives qui sont recommandées. Je suis spécialiste en thérapie manuelle (thérapie passive), j’en fais donc beaucoup et cela amène une action sur le système nerveux. On arrive à changer des perceptions, mais notre traitement doit être majoritairement éducationnel. On doit aider la personne à comprendre. Ce n’est plus l’éducation du « Back School » comment à l’époque, où on apprenait à la personne que : ça c’est votre vertèbre, ça c’est votre disque cassé, et ça c’est vote hernie qui explose en arrière quand vous vous penchez en avant. Non, non, c’est plutôt quelque chose où on rassure la personne en lui disant que son corps est robuste et résilient.

Daniel: Si vous faites les bons choix chaque jour, et si vous faites les bonnes actions, le corps va réagir dans le bon sens. Evidemment cela ne se fera pas du jour au lendemain. Vous n’allez pas voir la guérison du problème demain, mais peut être d’ici 3 mois, 6 mois, une année. Cela dépend aussi de la longueur de problème. Vous serez beaucoup plus fort, beaucoup plus capable de gérer la gravité, le mouvement descend-monter. Et en fait, c’est ça qu’on veut. On veut que la personne soit fonctionnelle, autonome et possiblement sans douleur. Il y a des cas où la douleur va persister, mais ça, ça rentre dans autres choses.

Vivre avec la douleur

Juliette: . J’ai eu des patients qui avaient vraiment « raison d’avoir mal » c’est à dire que mécaniquement il y avait de gros problèmes. Cette situation allait de toute façon en s’empirant pour cause de dégénérescence. Il s’agisait de patients très actifs, qui s’entretenaient comme ils le pouvaient. Malgré tous les efforts et toute la volonté, la douleur persistait. Ils décrivaient une douleur forte constante. Ces patients donnaient l’impression qu’ils s’étaient adaptés à la douleur. Ils ont une douleur forte, mais en fait, ils vivent avec …

Daniel: Alors plus on bouge, plus on a des mécanismes internes qui sous-pressent la douleur. Pourquoi les gens ont encore la douleur? Ça serait intéressant de comprendre, mais quelquefois, certains types de problèmes créent une potentiation à long terme des nerfs. Donc un nerf qui au début envoie une message, imaginons avec 10 chaines dues à certains processus, il peut passer à 20, 30, 40 ou 100 chaînes. Donc avant, il y avait un stimulus qui envoyait une information qui était interprétée comme une douleur seulement si il y avait beaucoup beaucoup d’information. Maintenant, beaucoup d’informations arrivent avec un minimum de stimulus. Il suffit de respirer pour envoyer déjà toute cette information. Parce que le nerf qui envoie l’information, indique comment la structure se présente, et envoie beaucoup trop de stimulus. Et cela peut se situer au niveau périphérique (et au niveau central), le nerf qui monte depuis la pointe du doigt jusqu’à la moelle et après de la moelle vers le cerveau. Cela peut aussi se passer dans le cerveau au niveau des nerfs de liaisons. Tout ça peut vraiment être un changement physique. Il est important de comprendre cet élément, parce que lorsqu’on dit que c’est dans la tête, oui c’est dans la tête, mais biologiquement, il y a un changement.

Juliette: Il y a donc aussi une adaptation neurophysiologique.

Adaptation neurophysiologique à la douleur

Daniel: Il y a une adaptation neurophysiologique, à sentir mieux la douleur. Les gens deviennent donc super capables de sentir la douleur. La meilleure image, c’est l’image des gens qui commencent à conduire. Au début, on est très mal à l’aise, on doit être très attentif. Et au bout d’une année, il y a des gens qui conduisent avec une main … Donc le cerveau s’adapte et il y a certains contextes qui permettent à la personne de devenir très adaptée à sentir la douleur.

Juliette: Donc, ils sont adaptés d’un point de vue négatif ? Ce n’est jamais positif ?

Daniel: Normalement, c’est positif. La majorité des gens s’adaptent très positivement. On a une douleur, on stimule le point de la douleur, et le cerveau comprend qu’il n’y a pas de risque, pas de danger, donc la douleur diminue. Là, c’est la magie du cabinet où on fait 1-2 thérapies et hop il n’y a plus de douleur. C’est exactement ça, on fait en sorte que le cerveau s’adapte. Mais là dans ce cas il n’y a pas cette potentialisation à long terme. Quand on rentre dans une pièce qui sent mauvais, on la ressent très fort. Il y a une alerte au cerveau, qui nous dis qu’on va peut être mourir à cause d’un gaz. Mais à partir du moment où le cerveau décide qu’il n’y a pas de danger, on ne le sent plus et on s’adapte. Ça, c’est l’adaptation positive.

Daniel: L’adaptation négative est normalement en rapport avec des peurs, ou avec des facteurs émotionnels, etc … qui peuvent augmenter et potentialiser cette douleur, parce que je dois être vraiment très attentif à cette douleur au début. Peut être que je ne le veux pas, mais il y a des choses qui se passent d’un point de vue non rationnelle. C’est notre inconscient qui est en train de rouler. Souvent, on ne peut rien faire, sauf changer la perception, la cognition. Mais si on ne change pas, il y a le pilote automatique et on va développer, on va potentialiser cet apprentissage à sentir la douleur. Ainsi on ressent mieux la douleur et la douleur reste. Après, il y a des gens qui ont un processus mental très fort. Et là, oui, c’est la force du mental qui joue. Ils arrivent à supprimer, à sous-presser le dérangement que la douleur amène à leur vie, même en continuant à la sentir.

Juliette: Ils se concentrent plus sur la mobilité, sur leur vie, et moins sur la douleur ?!

Daniel: C’est ça que les grands chercheurs des douleurs chroniques sont en train d’étudier. Lorsque la vie s’est la douleur, tu dois augmenter ta vie, et donc tu dois commencer à avoir plus de contacts sociaux, avoir plus d’interactions, avoir plus de choses à faire. Ainsi, tu as une vie au delà de la douleur et ta vie n’est plus seulement de la douleur.

Le coaching et la communication

Juliette: On a envie de parler de coach mental à ce moment là.

Daniel: On en fait c’est ça. C’est la nouvelle définition de la profession, on devrait éduquer, coacher. On est censé savoir des choses, mais notre formation de base ne nous forme pas assez sur ce point. Peut être que c’est mieux pour les nouveaux diplômés ?… Cela devrait être un des outils de tous les professionnels de santé. La communication devrait être quelque chose de très, très, très important. Je pense que cela va évoluer dans l’avenir.

Juliette: Oui ça évolue. Même chez les médecins, ils parlent beaucoup plus. Les physiothérapeutes expliquent aussi beaucoup plus les choses.

Daniel: Il faut avoir la capacité d’aider les gens à changer de comportement. On ne doit pas forcer la personne. On doit être capable, disons plutôt que cela serait bien si on arriverait à aider les gens à faire une transition, à changer leurs comportements, à changer leur perception du monde face à ce problème de façon à pouvoir marcher en avant. Il y a quelque chose de très intéressant que j’utilise : Lorsque les gens disent « J’ai fait un truc que je n’aurais pas dû, une intervention par exemple. J’ai fait une bêtise, j’y suis tombé, je me suis cassé… ». Je leur répond « ok, ça, c’est dans le passé, on peut rien changer. Mais qu’est ce qu’on peut faire maintenant?

Qu’est-ce qu’on peut faire MAINTENANT ?

Daniel: Et Là, on revient sur ce que tu disais tout à l’heure. On veut un diagnostic? Oui, c’est bien pour apaiser la tête. Mais de plus en plus, on ne cherche plus la cause des douleurs. Par exemple dans le cas des douleurs lombaires non définies, on ne cherche plus la cause. Pas parce qu’elle n’existe pas, mais parce que probalement, on n’arrivera pas à l’identifier. De plus, il est probable qu’on s’en sortira sans avoir besoin de la connaître. Il faut toujours aider la personne à avoir une vision dans le futur. Qu’est ce que je peux faire aujourd’hui? Et qu’est ce que je dois faire chaque jour pour changer ma souffrance dans le futur? Au lieu de qu’est ce qui m’est arrivé dans le passé?

Juliette: Mais au final, tout est multifactorielle ? On réalise qu’il y a le mental, qu’il y a la force, qu’il y a énormément de choses. Or un diagnostic est sensé être précis …

Les diagnostics sont en train de changer

Daniel: Les diagnostics sont aussi en train de changer. C’est un fait très intéressant. Avant, on avait plein de diagnostics de l’épaule. Maintenant, on parle de douleur antérieure de l’épaule, peu importe ce que tu as précisément. Les codes qui existent maintenant sont des codes de douleur antérieure de l’épaule, de douleur antérieure de genou. Ce n’est plus, syndrome fémorpatellaire, tendinite du sus-épineux etc. On en revient au grec, on en sait rien en fait. Mais on sait plus ou moins comment vous aider.

Juliette: Je vois, on arrive avec la prescription « rééducation genou ». Je ne dis pas que ce n’est pas bien, mais ça dépend… Moi, j’ai eu des prescriptions … Là c’est un petit message pour les médecins. J’ai eu une prescription de rééducation genou, le monsieur sortait de l’hôpital n’avait pas d’attelle, il venait de se faire opérer, et il m’expliquait qu’il avait eu une greffe. Moi, je suis pour « rééducation du genou ou pathologie du genou », mais avec un compte rendu en post-opératoire.

Daniel: Je suis d’accord. Mais là, quand je parle de cette évolution de diagnostic, c’est les diagnostics musculosquelettiques, pas orthopédiques. Dans le cas d’un patient avec une chirurgie orthopédique, là, j’ai besoin de toutes les informations possible.

Juliette: On pourrait faire avec le minimum. Maintenant, c’est que dans la poursuite du traitement qui a été fait, pour respecter le traitement qui a été fait, on a qu’en même besoin d’avoir les indications.

Daniel: Plus on a d’informations plus les résultat de la chirurgie seront bons. C’est un travail d’équipe. Donc pour que le résultat du chirurgien soit top, il faut que l’information soit bonne, pour que la suite soit bonne.

Les douleurs post-opératoires

Juliette: Là aussi, il y a une histoire de coaching. Dans le sens où il y a souvent des douleurs post-opératoires. Après l’opération, les patients ont l’impression qu’ils se sont fait opérer, et que par magie tout doit fonctionner. Je me suis déjà entendue dire « la chirurgie n’a pas fonctionné ». Non, la chirurgie a fonctionné. Le problème, c’est qu’après, il y a du travail à faire.

Daniel: Il y a d’autres sources de douleurs qui probablement n’ont pas été changées par la chirurgie parce qu’elle n’était pas censé le faire.

Juliette: La chirurgie a stabiliser et réglé certaines choses. Maintenant, il faut réadapter le corps et poursuivre. Le chirurgien n’a fait que la moitié du travail.

Daniel: Tout à fait. Et là, j’aime bien parler aux gens avec des images simples à comprendre. Je leur explique qu’il y a tous les composants péri-articulaires : la capsule, les ligaments, les bourses, … Souvent, même avant la chirurgie, ce sont ces éléments qui provoquent la douleur. Donc, quand il y a le changement (l’opération), la douleur qui vient de ces structures peut continuer. Il y a aussi la douleur de la cicatrice par exemple. Il y a plein de douleurs … j’explique au patient que maintenant, toutes les fibres qui sont là ne sont pas encore adaptées à leur nouvelle façon d’être. Il faut recalibrer le cerveau. Il y a l’installation d’une nouvelle pièce dans leur ordinateur. C’est une nouvelle pièce d’hardware, mais vous ne commencez pas à l’utiliser d’abord. Avant ça, vous allez installer le software pour que ça roule bien. On aimerait sortir de la chirurgie avec un programme déjà installé. Peut être dans le futur, mais pas encore. Il faut l’exposition graduelle au mouvement. Il faut l’action, l’activation musculaire, il faut tout ça. D’une façon correcte, de façon à ce que la douleur commence à s’exténuée. Il faut que ce signe d’alerte qui indiquait qu’il y avait un problème, commence à être compris par le cerveau. Que ce dernier se dise OK, là, je comprends, ce n’est pas si grave. Et à chaque jour qui passe, l’information qui arrive, « ce n’est pas si grave », va transformer quelque chose qui était une douleur, en une sensation de position, une sensation de contraction. La sensation normale qui devrait venir de cette structure. Il est donc très important d’avoir la capacité de coacher, de dire c’est comme ça maintenant, mais avec les bonnes décisions chaque jour de la personne les choses iront de mieux en mieux. C’est beaucoup de responsabilités pour le patient, et c’est le grand problème. Souvent, les gens sont beaucoup, beaucoup, beaucoup sur le passif. J’attends que quelqu’un me guérisse. Et ça, ça n’existe jamais. Aucun professionnel de santé ne va guérir la personne. C’est la personne qui va se guérir elle même avec ses comportements, avec la bonne bouffe, avec une bonne activité physique, avec une bonne prise de conscience de son état mental.

Soutien psychologique et pro-activité

Daniel: Quand on parle des athlètes de hautes compétitions, on parle souvent de coach mental, pour performer. Si on réalise qu’un athlète a besoin d’un coach mental pour atteindre les sommets, pour passer les Jeux olympiques, … On réalise que tout le monde a besoin aussi de gérer son niveau de stress, de gérer ses anxiété, de gérer ses émotions pour pouvoir passer certains défis. Peut être que ces Jeux olympiques, c’est une blessure. Et cette blessure, peut être qu’elle va amener de positif. Cela va transformer la vie de la personne. Mais pour cela il faut souvent un soutien. Pas quelqu’un qui vient changer votre vie, mais quelqu’un qui aide, qui donne un support.

Juliette: C’est pour ça que, pour moi, les patients doivent être proactifs. Après, il faut savoir se diriger et demander de l’accompagnement auprès de différents thérapeutes, qui chacuns ont leurs compétences.

Daniel: Toujours, sans la proactivité, probablement qu’il n’y a pas résolution du problème.

Aucun professionnel de santé ne va guérir la personne. C’est la personne qui va se guérir elle même avec ces comportements, avec la bonne bouffe, avec une bonne activité physique, avec une bonne prise de conscience de son état mental.

Juliette: On le voit sur des chirurgies simples,une prothèse de genou par exemple, qui présentent de belles douleurs post-opératoires. Si la personne se retrouve avec un thérapeute qui ne fait que du passif, sans un accompagnement psychologique, c’est à dire motivationnel, sans un coaching actif pour inciter à la marche. Et sans rassurer sur le manque de flexion qui va et doit s’améliorer par la suite. Au final, on peut nous même, en tant que thérapeute, enfermer le patient dans un système douloureux. Je pense qu’on a vraiment un rôle important dans le fait de motiver et de soutenir positivement les patients surtout en post-opératoire. La population est vieillissante. Beaucoup de personnes sont passives, et certaines attendent trop longtemps avant de se faire opérer quand la chirurgie est préconisée. Mais si derrière, en plus, elles n’ont pas quelqu’un de motivé pour leur dire bon maintenant on repart quasi de zéro. Vous avez un nouveau genou, tout va bien se passer, mais il faut travailler et avancer. On peut aussi avoir une part de responsabilité sur des douleurs qui s’installent insidieusement.

Daniel: Oui, c’est la logique, si je ne fais pas du bien, peut être que je suis responsable de faire du mal. Mais ça, c’est un petit peu plus philosophique. Il y a les composants de nocebo, la création des croyances qui vont être nocives. Et la croyance, les croyances : il faut être trop conservateur, il ne faut pas bouger… sont souvent négatives. On doit connaitre la limite. C’est pour ça qu’il est très, très important de communiquer et de savoir jusqu’où on peut aller. Normalement, je demande quelles sont les limitations, qu’est ce qu’on peut ne pas faire selon les chirurgiens? A part ça, on fait tout et on va exposer de plus en plus le membre opéré. Si on va dans le sens de dire aux gens, en fait, il ne faut pas trop bouger, on risque d’amener la personne à être limitée.

La télémédecine en physiothérapie

Daniel: Mais là, c’est bien parce que tu m’amène à faire un petit coucou aux gens qui n’ont pas encore compris l’évolution de la physiothérapie, qui n’ont pas compris que la télémédecine en physiothérapie est aussi efficace. Il y a plein de pays qui sont en train de le démontrer. Le physiothérapeute est un gestionnaire du programme de réadaptation. Je peux demander à la personne : Qu’est ce que vous avez fait? Je change son programme et elle le fait, et ça, ça fonctionne. Ça, c’est plus important que la personne qui vient pour se faire masser 30 minutes. Le plus important, ce sont les 5 minutes où le physiothérapeute discute et explique. Le moment où il dit OK, Quel est votre programme de renforcement? C’est ça? OK, c’est en train d’aller dans le bon sens. Il faut faire ça, ça, ça et ça. Ces 5 minutes où la connaissance du physiothérapeute est transmise au patient, c’est le moment le plus important. C’est cette évolution de la perception de la profession qui doit se faire.

Juliette: Je suis d’accord avec toi. Et c’est pour ça que nous, les physiothérapeutes, avec les entraîneurs sportifs, avec les coachs, etc. On a quand même passablement de points communs, avec des connaissances différentes, certes, mais il y a qu’en même des regards qui se regroupent. En contre partie, je ne suis pas contre la télémédecine en physiothérapie. Mais je considère qu’il faut pouvoir être confronté à des patients qui ont déjà un certain bagage de connaissances: un gainage bien positionné, un engagement du transverse bien réalisé ou certaines positions déjà bien connues quand on va faire certains exercices. Personnellement, au départ j’utilise beaucoup le touché pour faire sentir le bon positionnement au patient.

Daniel: Alors tout à fait. Je parle de gestion de cas.

Juliette: Oui mais c’est vrai que si tu ne les as pas déjà vu avant c’est compliqué.

Daniel: Tu arrives à aider dans le pire des cas. J’ai déjà fait des consultations avec des amis et de la famille à distance. Il faut questionner la personne : Qu’est-ce que tu as, qu’est-ce qui s’est passé ? Qu’est-ce que tu dois faire?Recueillir des informations comme on peut : montre moi une image, montre moi un film. D’un point de vue clinique, avec mes patients, je préfère être présent et voir. Mais ce n’est pas impossible d’avoir un suivi dans certains cas.

Juliette: Il faut que les patients sont aussi terriblement proactifs et concentrés. Cela signifie que le patient en face doit vraiment être à l’écoute et comprendre ce qu’on est en train de lui demander. Il n’y a personne pour le toucher et lui dire non, tu vois bien que tu n’est pas en train de contracter ta cuisse. Et c’est là aussi où on se rend compte des limitations par rapport aux connaissances physiques. Sur un sportif, je considère qu’il n’y a aucun problème. Mais par contre pour le commun des mortels, serrer un quadriceps, … il ne sait pas ce qu’est un quadriceps. Faire un squat, ce n’est pas si simple!

Daniel: C’est là que c’est important de comprendre : Il y a le fait de dire, « ça ça n’existe pas », et le fait de dire, « c’est possible de le faire ». Il faut trier les cas. Les personnes qu’on considère être capables de bénéficier d’une consultation à distance et celles qui ne le peuvent pas. J’ai des collègues pendant le COVID dans d’autres pays, qui ont fait avec des sportifs des consultations en post-opératoires par caméra. C’étaient des pays où les choses étaient beaucoup plus fermées (en comparaison à la Suisse) et ils ne pouvaient pas consulter en présentiel. Or il était très important de continuer la récupération. Cela a eu un énorme succès. Je pense que probalement, on va voir dans les résultats de la recherche sur ce type d’intervention dans un futur proche.

Juliette: Au final si on a la volonté, tout est faisable.

Daniel: Ça, c’est la question. Mais quelquefois, c’est à nous de comprendre qui est la personne en face de nous et comment elle va réagir. Peut-être qu’avec cette personne cela ne va pas marcher. Il faut qu’elle soit là avec nous, il faut qu’on la touche pour qu’elle sente tous les petits détails qu’on lui explique (Corrige ici, corrige là,…).

Juliette: En présentiel c’est quand même plus simple, je trouve. Après, à distance, il y a moyen comme tu dis selon les cas.

Daniel: C’est selon les cas. Tout ça pour dire que notre rôle, en tant que physiothérapeute, selon l’évolution de la profession, sera beaucoup plus à travers la connaissance et l’éducation. Une aide à gérer et à comprendre, ce que la personne doit faire. Il y aura toujours le toucher, mais avec une part moindre. Le physiothérapeute sera de moins en moins un thérapeute qui ne traite que par le toucher.

Juliette: L’éducation thérapeutique, on en parle depuis des années.

Daniel: Oui, mais elle a changé, elle a évolué. Maintenant, il s’agit plutôt de choses simples. A l’époque, c’était : Je te montre les neurones, je te montre et t’explique la chimie. Les gens, ce n’est pas ça qui les intéressaient.

Juliette: Ce n’était pas des outils qui étaient adaptés aux patients.

Daniel: La personne, elle doit comprendre qu’il y a quelqu’un qui a la connaissance, le professionnel de santé. Elle n’a donc pas besoin d’aller faire en cours universitaire. Elle a besoin de quelqu’un qui lui explique pourquoi elle a la douleur, ou pourquoi potentiellement elle a la douleur, et quel est le chemin à suivre. Elle doit se sentir rassurée et accompagnée.

Spondylarthrite ankylosante et sport

Daniel: Si tu permets, j’ai deux cas très intéressants de deux jeunes filles avec une spondylite ankylosante. C’est une maladie rhumatologique génétique. A 23-24 ans, les gens ont des douleurs inflammatoires du matin au soir. On observe les dégâts de la maladie à l’IRM, on y voit le changement du corps. Avant, la vision du thérapeute était qu’on ne pouvait pas changer cette situation pour les patients atteints. Il y a quelques médicaments, mais je ne suis plus à jour à ce niveau. L’important chez mes deux patientes, c’est que leurs capacités mentales ont changé. Actuellement une de ces patientes, est professeur de Pilates. Elle a ouvert un studio de Pilates et aide les gens avec des douleurs à passer au delà à travers l’activité physique. Elle a réussi à faire le changement dans sa tête et à dire bon, j’ai un problème qui me donne une douleur, mais plus je bouge, mieux je me sens.

Juliette: Elle est professeur de Pilates, et elle a une spondylarthrite ankylosante, c’est à noter. C’est une pathologie qui peut être lourde et en contrepartie, elle est qu’en même professeur de Pilates !

Daniel: Et l’autre? Elle m’a envoyé une photo ou elle faisait La Patrouille des glaciers. Comme quoi, le niveau du handicape est souvent défini entre autres par notre croyance et par notre vision. Donc, on peut tout faire, même si quelquefois le chemin est difficile à trouver.

Intérêt du suivi psychologique

Juliette: C’est pour ça que les thérapeutes ou les professionnels autour sont là pour diriger, accompagner. Pour que le patient puisse faire un choix vraiment éclairé. Qu’est ce que j’ai envie de faire ? Au final vous pouvez tout faire ! Maintenant, qu’est ce qui vous plaît le plus? On discute et on y va progressivement . Par contre est-ce que tu es d’accord avec moi sur le fait qu’à partir du moment où on a des douleurs chroniques ou des pathologies un peu lourdes, il est intéressant de se faire suivre au niveau psychologique?

Daniel: Honnêtement, je trouve qu’il y a un problème dans le système. Ici en Suisse, moins heureusement. Mais cette idée que le psy, c’est juste pour les fous. Ça, c’est complètement faux. Aujourd’hui, avec notre société, je pense que tout le monde devrait avoir un psy de famille. Tout le monde devrait avoir quelqu’un qui l’aide à gérer, toutes les choses qui nous arrive. C’est quelque chose qui est absolument nécessaire. Une personne qui nous donne un soutien psychologique, pour nous aider à comprendre ce qui se passe, et pour nous aider à passer au-delà.

Juliette: Et a accepter aussi.

Daniel: Il y a des gens qui ont une capacité déjà innée ou qui ont déjà appris a gérer un ensemble de problèmes et d’émotions. Et il y a les autres, qui ont de la peine. Parce qu’ils n’ont jamais appris, ou parce que leur système d’éducation les amène exactement dans le sens contraire à une évolution positive. Ceux là n’ont pas les ressources. Oui c’est absolument nécessaires. Et il faut démystifier l’aide psychologique. Et il faudrait s’appuyer plus dessus. Probablement que cela coûterait beaucoup moins cher en examens et en certaines thérapie.

La douleur du sportif

Juliette: Je pense que sur des douleurs chronique, le psy est super intéressant. Surtout si on travaille en équipe, et si on est tous dans la même dynamique. C’est à dire de redonner du mouvement et de la fonctionnalité à la personne, et pas seulement se canaliser sur il faut d’enlever la douleur. La douleur fait aussi partie de la vie quelque part. Et là, je pense par exemple aux sportifs. Chez eux, la douleur, c’est quelque chose qui n’est pas anormal.

Daniel: Non, ils ont toujours mal.

Juliette: Le fait d’aller courir et le lendemain, d’avoir un peu mal, ce n’est pas anormal. Par contre c’est à nous d’analyser la douleur. Elle représente quoi ? Est-ce que c’est juste des courbatures? Est ce que c’est juste représentatif du travail effectué ou de la fatigue. Est ce qu’elle est importante? Est ce que c’est un système d’alerte ou est-ce que c’est simplement mon corps qui s’exprime?

Juliette: Est ce qu’il y a d’autres choses que tu voulais rajouter par rapport à la douleur?

Des liens d’informations

Daniel: Oui, il y a un site Internet qui est Pain in Motion, ce sont des Belges qui font de la recherche. C’est chez eux que j’ai consommé beaucoup d’informations. Il y a aussi Noigroup, ils sont basés en Hollande. Ils ont fait beaucoup de recherches. Ils ont aussi beaucoup de choses pour les patients, pas seulement pour les cliniciens. Donc, si quelqu’un a de l’intérêt ces deux sites sont hautement recommandés.

Juliette: Merci beaucoup daniel !

L’initiative d’un APA de l’HRC pour faire bouger les patients en chambre durant la crise du COVID

CapRol a voulu interviewer Gabriel Duchemin pour qu’il nous explique l’initiative qu’il a mis en place au sein de l’HRC durant la crise du COVID. Voilà ses réponse à nos questions.

Bonjour Gabriel peux-tu te présenter rapidement ?

Je m’appelle Gabriel Duchemin, j’ai 26 ans et j’ai grandi à Rivaz, au bord du lac Léman dans le canton de Vaud.

Je travaille à l’Hôpital Riviera-Chablais (HRC) en tant que moniteur en activités physiques adaptées et suis dans le service de physiothérapie.

Je suis un mordu de sport, ce qui m’a amené à faire des études en sciences du sport à l’Université de Lausanne durant 5 ans. Ce cursus m’a permis d’acquérir des compétences pratiques et théoriques dans le domaine de la santé. 

Passionné de sport, je touche à tout, que ce soit le triathlon, la gymnastique, l’athlétisme, les sports nautiques, les sports d’hiver, les sports de balles, le trekking, les sports de montagne et j’en passe. 

En somme, j’adore bouger et transmettre cette passion. Je suis également animé par le fait de mener des projets et des initiatives dans le domaine de la santé. 

En tant que titulaire d’un master APAS (activité physique adaptée) comment se fait-il que tu te sois retrouvé à travailler en soins aigus à l’HRC ?

Depuis des années, j’avais à cœur d’apporter l’activité physique et le mouvement en milieu hospitalier. Cela me motive d’autant plus lorsque je vois des patients se remettre à bouger. 

Je pense par exemple aux personnes suivant un programme de rééducation cardiaque qui ne se pensaient plus capables de faire des efforts intenses. Cela leur redonne confiance et leur offre de nouvelles possibilités de faire de l’activité physique à leur niveau, et de façon adaptée. 

Je considère que l’activité physique est un très bon médicament, pour ne pas dire le meilleur.

J’ai par ailleurs longtemps hésité à faire des études en médecine du sport. Ma mère et mon médecin de famille m’y encourageaient fortement. C’est au final ma passion pour le sport qui a fait que j’ai suivi un cursus en sciences du sport et en psychologie. J’ai donc fait un bachelor suivi d’un master, où j’ai pu étudier l’anatomie, la physiologie, la biomécanique, la biologie, la psychologie du sport et autres branches en lien avec la santé humaine.  

Je tenais vraiment à trouver une façon de concilier les domaines du médical et du sport. Le cursus APAS me paraissait être le plus adéquat pour atteindre cet objectif.

La profession est récente en Suisse, le master APAS existant depuis un peu plus de 10 ans. Cela en fait une profession en pleine définition. Il faut savoir se valoriser et monter qu’on a des compétences et un savoir-faire à apporter. 

Durant toutes mes études, l’armée cherchait à me convoquer. Je me suis dit qu’il fallait que je trouve un moyen pour allier l’obligation de servir mon pays avec quelque-chose d’utile d’un point de vue professionnel. C’est pour cela que j’ai choisi de faire un service civil et d’envoyer une demande spontanée à l’HRC. Je leur ai dit que j’avais tels diplômes, telles expériences, des projets à proposer et que j’avais un service civil de 365 jours à accomplir. Ils n’avaient donc pas besoin de me rémunérer. 

J’ai envoyé ma demande à deux hôpitaux et les deux m’ont envoyé des réponses positives, l’hôpital de Lavaux et l’HRC.

On a estimé que mon activité se rapprochait de celle d’un physiothérapeute et j’ai eu des entretiens. Suite à ces entretiens, j’ai immédiatement choisi l’HRC. J’ai fait ce choix par instinct, car j’ai rencontré les responsables physio, des personnes incroyables avec de belles idées. Je suis heureux chaque jour d’aller travailler à l’hôpital et très fier de faire partie de cette équipe extraordinaire que je remercie du fond du cœur. 

Voilà donc comment je me suis retrouvé en soins aigus pour accomplir mon service civil. Comme cela s’est bien passé, j’ai reçu une proposition pour un poste à 100% et c’est top !

Avec quels types de patients travailles-tu au sein de l’HRC ?

La population de patients avec laquelle je travaille est assez variée. Il y a des patients en gériatrie, oncologie, neurologie, pédiatrie, chirurgie, cardiologie, soins palliatifs ou en situation psychosociale difficile. 

La rééducation cardiovasculaire occupe par ailleurs une grande place dans mon emploi du temps. J’ai également des expériences et des futurs projets en santé au travail. 

C’est assez marrant de se dire qu’indirectement, je travaille un peu partout dans l’hôpital. En effet, nous avons créé, en collaboration avec mes supérieurs et le service informatique, deux vidéos d’exercices qui passent chaque heure dans les chambres de l’hôpital. Cela motive bien les personnes à bouger en chambre. Je suis comblé ! 

J’ai la chance de communiquer avec les physiothérapeutes travaillant dans différentes unités. Ils me confient des patients qui ont besoin de travailler spécifiquement sur certains aspects, notamment le renforcement, l’endurance, la relaxation ou certaines modalités de la coordination comme l’équilibre. Il m’arrive de proposer du ludique ou des séances en groupe lorsque j’en ai la possibilité. J’utilise mon imagination pour trouver des exercices stimulant les personnes à faire de l’activité physique. 

Comment est venue l’idée de mettre en place des vidéos pour les patients COVID ?

Durant la période du COVID, j’ai eu la chance de continuer à travailler. C’était important pour moi de lutter contre cette crise à mon échelle en apportant ce que je pouvais. C’est justement de là qu’est parti l’idée de diffuser des vidéos en chambre. Les visites n’étaient pas autorisées et les patients étaient isolés en chambre. Mon rôle fut essentiellement de lutter contre le déconditionnement et d’apporter du soutien moral lorsque le pronostic était mauvais. 

Les personnes hospitalisées bougent fatalement moins à l’hôpital qu’à domicile. Il y a toutes les activités de la vie quotidienne en moins et ils passent facilement 20-22 heures couchés au lit. Perte de force et diminution des capacités cardiovasculaires sont donc des choses fréquentes. La condition physique est susceptible de se dégrader et il est capital que la personne à risque continue de se mobiliser au cours de son hospitalisation.  

Au final, le corps c’est un peu comme de l’eau car tant qu’il y a du mouvement ça va mais lorsque l’immobilité s’installe, ça commence à sentir mauvais. On parle d’eau stagnante qui risque de croupir et c’est pareil pour le corps !

Avant le confinement, on avait émis l’idée, avec mes responsables, d’utiliser les téléviseurs. Il faut savoir que chaque lit dispose d’un écran. On s’est dit qu’il serait judicieux de s’appuyer sur la technologie pour promouvoir le mouvement et l’activité physique. Comme je l’ai dit avant, les personnes hospitalisées sont à risque de se déconditionner. Tu ajoutes à ça l’isolement en chambre et l’impossibilité de recevoir des visites et tu obtiens le parfait cocktail pour ruiner ta santé physique et ton moral. Il fallait agir rapidement et nous avons sorti la vidéo en à peine 10 jours. On s’est très bien coordonnés et on était sur la même longueur d’onde.

Lorsque le COVID est arrivé en tant que soignant as-tu eu des appréhensions, as-tu eu peur du virus ?

Du virus en lui-même pas plus que ça. Bien sûr il faut avoir peur car cela permet d’adopter des comportements adéquats et rationnels pour protéger autrui et soi-même. Sans peur ou à l’inverse en paniquant on fait n’importe quoi et on représente un danger. Il y avait des directives claires et il s’agissait de les respecter.

Personne n’avait vécu ça avant et on parlait de ce virus depuis des semaines. Avec du recul, je me sentais plus en sécurité à l’hôpital qu’à l’extérieur car au moins j’étais face à une personne diagnostiquée donc je prenais des précautions lors des prises en charge. À l’extérieur c’était plus incertain et ce semi-confinement rendait la chose un peu délicate je trouve.

Comment cette initiative a-t-elle été accueillie par tes collègues de l’hôpital et les patients ?

Cette initiative a été très bien accueillie. Les collègues en font régulièrement la promotion en chambre. On a eu les félicitations de quelques médecins qui voient leurs patients faire de la gymnastique au lit. 

Ça me fait toujours plaisir d’aller voir les patients en chambre pour faire la vidéo avec eux. J’ai parfois l’occasion de le faire avec des patients qui sont deux en chambre et on se retrouve à trois à faire des mouvements. Certains patients demandent s’il existe un support pour pouvoir continuer à faire ces exercices à la maison. Je vais donc m’organiser pour les proposer en format papier. Je sais par ailleurs que les exercices sont sur YouTube sur la chaîne « Hôpital Riviera-Chablais ». 

Nous avons finalement sorti une seconde vidéo d’exercices qui fut tout aussi bien accueillie. Je suis ravi de voir l’engouement qu’il y a eu autour de ce projet. Cela me motive à trouver d’autres moyens pour encourager les personnes à bouger !

Que tires-tu de cette expérience ?

Que du positif ! J’ai été très touché par la confiance de mes collègues, je me sens valorisé dans mon travail. Je suis infiniment reconnaissant envers l’hôpital et envers l’ensemble du personnel qui y travaille. Donc à refaire !

Comment as-tu vécu personnellement cette période de COVID ?

Cette période ne fut pas terrible pour moi. J’ai eu la chance de continuer à travailler en apportant tout ce que je pouvais. Mon chef m’a d’ailleurs demandé si je voulais ne pas travailler pendant cette période. J’avais à cœur d’apporter mon aide donc je suis naturellement resté. 

En tant que thérapeute physique, mon activité consiste principalement à agir sur des paramètres qui sont liés à l’aspect moteur, mais il faut savoir que tout un pan de ma formation porte sur les facteurs psychosociaux. Cette période de crise m’a permis de valoriser ces compétences en apportant du soutien aux personnes qui étaient en situation de vulnérabilité sur un plan plus émotionnel.

As-tu d’autres projets à nous partager ?

Oui quelques projets, entre autres développer d’avantage l’activité cardiaque, notamment l’activité ambulatoire. Nous avons d’ailleurs, le 2 septembre 2020, lancé le projet « Benefit » à l’espace santé Valerette (pôle de physiothérapie et d’ergothérapie de l’HRC). C’est un programme de rééducation phase III pour les personnes ayant vécu un évènement cardiaque.

J’aimerais aussi aller plus loin dans un protocole destiné aux patients de 65 ans et plus en proposant des programmes d’activité physique adaptée pour valoriser les capacités de ces personnes dans leur vie de tous les jours. 

J’aimerais encore mener une étude et proposer des initiatives en santé au travail. 

J’ai encore d’autres idées donc je dois continuer à bosser dur. « Un jour en vaut trois pour qui fait chaque chose en son temps ».

Ecoutez votre corps, le sens de l’intéroception

L’intéroception est la perception des signaux du corps : faim, soif, température, douleur, rythme cardiaque…

Je m’appelle Cristina, je suis physiothérapeute, ostéopathe, et formée entre autres en physioyoga.

En raison de la situation actuelle, je pense qu’il est temps de regarder à l’intérieur de soi et d’essayer de se connaître. Cette connaissance nous donnera ainsi un certain contrôle de la situation et du pouvoir. 

Le corps est un canal pour contrôler le mental. L’utilisation de ce canal peut avoir beaucoup de bénéfices.

Par ce texte je souhaite vous expliquer la relation entre le corps et le mental. C’est aussi l’occasion de vous proposer des vidéos pour améliorer votre condition physique.

Intelligence émotionnelle et intelligence cognitive

Depuis petite, j’ai toujours été intéressée par l’intelligence émotionnelle, cette relation magique entre le corps et l’esprit !

Nous vivons dans un monde tourné vers l’extérieur. Nous sommes éduqués dans un système où, écouter et comprendre notre corps est placé au deuxième rang. C’est l’intelligence cognitive que nous privilégions.  

Nous avons besoin à la fois de notre intelligence émotionnelle et de notre intelligence cognitive pour avancer dans la vie, dans la bonne direction .

En tant que thérapeute, une partie de mes patients ont des blessures mécaniques. Mais beaucoup (et j’ose dire une grande partie) correspondent à des problèmes non résolus qui ont été somatisés par notre corps. Notre corps nous murmure, mais nous n’avons l’habitude de l’entendre que lorsqu’il crie !

« Les sensations du corps sont les émotions qui guident la prise de décision » Antonio Damasio

Si nous ne savons pas écouter nos sensations corporelles, nous ne pouvons pas comprendre nos émotions. Nous nous trompons alors dans la prise de décision.

En tant que physiothérapeute, je vais vous parler du corps, de la posture et de la façon dont la science a montré l’importance de prendre soin d’eux.

En 2010, Carney et al, ont démontré dans une étude que lorsque des personnes étaient placées dans des postures dominantes (par exemple sur une chaise de bureau avec la poitrine sortie) ou dans des positions de soumission (repliées), le système endocrinien changeait. Il sécrétait plus de testostérone et de cortisol (les hormones du stress) lorsque les personnes étaient en position dominante.

En 2014 une étude de Michalak et al, a comparé un premier groupe qui avait un ordinateur placé à hauteur des yeux et un deuxième groupe où l’ordinateur était placé plus bas (forçant ainsi à plier le dos). L’étude a montré que le deuxième groupe se souvenait beaucoup plus des mots négatifs que le premier groupe.
Permettez-moi de faire une réflexion en un seul mot : téléphone portable.

En 2015, Lee et al ont étudié que le système Glymphatique. Système qui lorsque nous dormons, nous aide à faire un « nettoyage » de notre cerveau. D’après cette étude ce système fonctionne mieux lorsque nous dormons sur le côté.

Relation entre le corps, la posture et a biochimique, êtes-vous convaincu ?

Si ces exemples de neuroscience corporelle, ne vous ont pas encore convaincus, je vous invite à essayer sur vous-même un ou plusieurs changements et d’en ressentir les biens-faits. Esssayez par exemple :

  • de vous écouter
  • d’améliorer votre posture
  • de travailler votre conscience corporelle
  • de faire des exercices
  • ou simplement de bouger

Soyons intelligents et agissons en prévention, dans le murmure du corps, en nous écoutant avant qu’il ne soit trop tard.

En tant que physiothérapeute, je le fais à travers le travail de la conscience corporelle, du mouvement et du physioyoga. Il existe cependant de nombreuses techniques ! Je vous encourage donc à rechercher la technique qui vous permet cette connexion.

L’intéroception est importante, car votre corps sait ce que votre esprit n’a pas encore réalisé.

Les réseaux comme aide et soutien thérapeutique

Je vous invite à un programme gratuit du sport thérapeutique d’un mois pour les débutants  qui veulent améliorer leur tonus musculaire et leur posture avec physiotrainingvevey. 

En cas d’intérêt pour le physioyoga, je vous invite à visiter la page Facebook qui contient de nombreuses vidéos.

Merci beaucoup de votre lecture, j’espère que cet article vous a intéressé. Je vous encourage à bouger !!

Les règles de base dans la pose du KTape

Le KTaping a été conçu par le Dr. Kenzo Kase dans les années 1970 dans le but de traiter les douleurs musculo-articulaires sans limiter les mouvements du corps humain.

Les règles de base pour poser le KTape:

  • Jamais de tensions sur les embases. On retire le KTape du film plastique et on pose sans tension l’embase sur la peau
  • On étend le reste de la bande avec une certaine tension. La difficulté consiste à trouver la bonne tension à appliquer à la bande

Quelle tension appliquer?

La tension de base est de 15-20%, et correspond à la tension d’origine sur le papier.

Une tension modérée de 50% est utilisée pour le drainage ou les lésions musculaires aiguës.

La tension sévère à maximale, de 75 à 100%, est une tension utilisée pour, les techniques ligamentaires, stabilisatrices, ou de correction mécanique.

Quelle direction donner?

En cas de contracture, d’élongation, de déchirure on utilise un montage inhibant (relâchant). Le KTape est alors appliqué de l’insertion distale vers l’origine proximale. Au préalable le muscle sera placé en position d’allongement en tenant compte de la douleur éventuelle. Dans ce cas une tension de base de 15-20% suffit. Il n’est donc pas nécessaire de tendre la bande puisque 15-20% correspond à la tension de départ de la bande.

Pour un montage stimulant (facilitant) utilisé par exemple avant un effort sportif, le KTape est appliqué de l’origine proximale vers l’insertion distale pour faciliter le travail musculaire. Au préalable le muscle sera placé en position d’allongement. Dans ce cas une tension de 25-50% sera utilisée.

Les avantages du Kinesiotape:

  • Confort liberté de mouvement
  • Douche sauna possible
  • Peu d’allergie cutanée
  • Peut s’appliquer sur les poils
  • Ne comprime pas les systèmes circulatoires

Le KT stimule la fonction, est proprioceptif, et ne limite pas ou peu l’amplitude articulaire. C’est un outil sans danger utilisé en physiothérapie et dans le milieu sportif.

Vous trouverez dans la boutique de CapRol, le leukotape K.

L’histoire de CapRol

Origine de CapRol, la physiothérapie

Dès mon plus jeune âge j’ai toujours été attirée par la médecine. L’être vivant en général me fascinait par sa complexité et sa capacité d’adaptation. Les champs à explorer me paraissaient infinis, tout autant que le nombre de possibilités pour aider son prochain.

En grandissant je me suis donc naturellement dirigée vers des études dans le domaine médical. J’ai obtenu mon diplôme de physiothérapeute en 2006. Milieu dans lequel je m’épanouis toujours. La physiothérapie a une approche globale du patient dans toute sa complexité. C’est un métier dans lequel on aborde un certain nombre de domaines de la santé, autant au niveau physique que psychologique. Son aspect social nous permet de comprendre les différents schémas comportementaux de l’être humain. Aider ou traiter une personne c’est aussi savoir l’écouter et s’adapter aux caractéristiques et attentes de cette dernière.

Mon objectif premier dans mes traitements de physiothérapie est d’arriver à faire comprendre au patient ce qu’il a et à trouver ensemble les actions nécessaires pour sa guérison et/ou à son amélioration physique.

Il est fini le temps du patient passif qu’on gardait dans l’ignorance ! Je suis ravie de voir que la relation patient-thérapeute s’est transformée en une collaboration. Celle-ci je pense donne de meilleurs résultats. L’apport de la connaissance permet au patient de se prendre en charge et de mieux se connaître. Un patient actif dans son traitement est un élément primordial pour une guérison rapide et durable.

«En apprenant à connaître votre corps, en y étant à l’écoute, vous pourrez mieux comprendre d’éventuelles dysfonctions, et ainsi mieux prévenir et/ou accepter les blessures, les gènes ou les douleurs»

Les patients l’ont demandé, alors CapRol est née

Durant toutes ces années en tant que physiothérapeute mes patients me demandaient souvent où ils pouvaient acheter le matériel que l’on utilisait durant les séances de physiothérapie, ou celui dont je leur parlais. Ils m’ont souvent incitée à vendre le matériel au sein du cabinet. Ne voulant pas mélanger mon rôle de thérapeute avec un éventuel statut de commerçante, c’est une démarche que je n’avais jamais envisagée.

L’idée de la société CapRol a gentiment germé avec le temps. En 2019, après 13 années d’exercices, je passe le pas et décide de répondre à la demande de mes patients et de fonder CapRol.

L’origine de CapRol s’est faite au sein de mon cabinet de physiothérapie auprès de mes patients, mais se destine à tous, sportif ou non, blessé ou non, malade ou en bonne santé, …

En vous fournissant du matériel de sport et de rééducation, CapRol veut vous inciter à travailler et à écouter votre corps, pour pouvoir pleinement profiter du moment présent et préparer sereinement votre avenir.

Un agenda des évènements sportifs Suisses

En regroupant dans un même calendrier un grand nombre d’évènements sportifs, CapRol espère jouer un rôle de prévention de la santé en mettant en avant les activités physiques au sein de notre pays.

Regarder le calendrier régulièrement vous donnera peut-être des idées. Peut-être que cela vous incitera à aller voir certains évènements sportifs, et peut-être que certaines vocations sportives naîtront par ce biais.

Cet agenda est aussi une façon de valoriser ces sportifs qui font vivre et représentent notre pays, une région ou simplement une commune.

Un blog alimenté par des professionnels de la santé et/ou des professionnels du sport

L’objectif du blog est encore une façon pour CapRol de jouer un rôle de prévention de la santé. En faisant circuler, et en soutenant la parole de mes collègues, professionnels de santé et/ou professionnels du sport, je souhaite que le blog de CapRol devienne une source d’information et de discussion pour tous.

Je dis souvent à mes patients que personne n’a totalement tort ou totalement raison et que tout est toujours discutable. Nous sommes tous différents, ce qui est valable pour vous n’est peut-être pas valable pour votre voisin. D’où l’intérêt de s’instruire et d’écouter différentes voix tout en restant critique.

Suivre ce blog vous apportera informations et réflexions. Il vous amènera aussi à connaitre nombre de professionnels passionnés par leur métier et par le fait de partager leur passion et leur savoir avec la population.

À la recherche d’une qualité suisse

Nous sommes à une époque où l’obsolescence programmée de nos objets paraît incohérente avec la prise de conscience écologique.

Vivant dans un pays où la nature est généreuse et très présente, la volonté de promouvoir une éthique éco-responsable paraît indispensable. Voilà pourquoi CapRol ne vend que des produits qui lui paraissent durables et solides, deux qualités que l’on retrouve dans le made in Switzerland.

CapRol n’est à l’heure actuelle pas producteur de produit made in Switzerland mais veut être un acteur économique favorable à notre pays.

 

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