L’importance de connaître son cycle menstruel

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Les intervenants

  • Amélie Bertschy : physiothérapeute
  • Juliette Corgnet : physiothérapeute

Transcription

Juliette : Bonjour et bienvenue sur le podcast Santé Sport de CapRol. Aujourd’hui nous sommes avec Amélie. Bonjour Amélie. Est-ce que tu peux te présenter s’il te plaît ? 

Amélie : Alors je m’appelle Amélie, j’ai grandi à Fribourg. Je suis actuellement à Vevey en tant que physiothérapeute au Centre Sport Thérapie. Et en parallèle, j’ai terminé cette année mon travail de master en Sport Santé Recherche à Fribourg, qui s’intitule Cycle menstruel et athlète féminine. La thématique d’aujourd’hui. 

Juliette : Exact. C’était athlète féminine sur les sports d’endurance ou sur les sports de façon générale. 

Amélie : C’était principalement sur les sports d’endurance puisque on a choisi un pool d’athlètes qui était dans cette optique de faire des sports d’endurance, du vélo, de la course à pied, ski alpinisme. 

Qu’est-ce que le cycle menstruel ?

Juliette : Ok. Est-ce que tu pourrais déjà nous expliquer un petit peu le cycle menstruel ? 

Amélie : Oui, avec grand plaisir, parce que je pense que c’est toujours un bon rappel. Donc le cycle menstruel, c’est une série de processus physiologiques qui se passent dans un premier instant, dans une optique de grossesse, mais qui se déroulent de la ménarche (première apparition des règles) jusqu’à la ménopause. Cette série de processus physiologiques est régi par le système hormonal, donc des messagers chimiques qui se baladent dans la circulation et qui vont atteindre divers organes et donner des tâches à divers organes. 

Amélie : C’est vraiment quelque chose qui est global au niveau du système hormonal et qui se balade dans la circulation. L’atteinte est plus large, qu’uniquement dans un but de grossesse ou dans un but de procréation.

Amélie : Le cycle menstruel, il est régi par deux hormones prédominantes qui sont l’œstrogène et la progestérone. Il commence au premier jour de règles qui dure un certain nombre de jours, qui est très individuel en fonction des personnes. 

Amélie : Et puis progressivement, il y a une montée d’œstrogènes qui composent la phase folliculaire. Donc ça c’est la première phase du cycle. Une fois que la montée d’œstrogène est arrivée à son pic, il y a l’ovulation. Donc un événement qui se passe plus ou moins à la moitié du cycle. Mais on sait que la phase folliculaire peut aller de 10 à 20 jours en fonction des individus. Donc c’est très variable. La durée de la phase folliculaire est très variable !

Juliette : 10-20 jours, c’est énorme …

Amélie : Grosse différence de dix jours. Et puis une fois que l’ovulation a eu lieu, on passe dans cette deuxième phase qui s’appelle la phase lutéale. Où là, il y a la prédominance de la progestérone, une deuxième hormone toujours en parallèle avec l’œstrogène. 

Juliette : Donc la première phase c’est vraiment les œstrogènes. La deuxième phase c’est vraiment la progestérone. 

Amélie : Si on veut résumer, on veut réduire un petit peu ça, prédominance œstrogène et puis progestérone. Et puis bien sûr, tous ces processus où tous ces changements sont régis par des baisses ou des montées d’hormones. Et puis la descente des hormones, la baisse drastique d’hormones qui apparaît à la fin du cycle pour commencer un nouveau cycle, c’est un peu la phase lutéale tardive. Donc cette phase de symptômes qu’on connaît principalement. 

Juliette : Là tu parles des symptômes prémenstruels ou tu parles juste des symptômes de règles ? 

Les symptômes prémenstruels, menstruels, ou apparaissant durant l’ovulation

Amélie : Alors symptômes prémenstruels sont définis par cette baisse d’hormones qui apparaît à la fin du cycle et qui peut amener en fonction des individus différents symptômes. Et puis une fois que cette baisse d’hormones a eu lieu, il y a l’apparition des règles qui commencent un nouveau cycle. Et là, il pourrait y avoir des symptômes au niveau de la phase de règles, la phase de menstruation. 

Juliette : Les symptômes prémenstruels, on va les rencontrer une semaine avant le début des règles, c’est ça ? 

Amélie : Ça peut être aussi très variable. Ça dépend vraiment de l’expression hormonale. On dit qu’à partir de cinq jours avant le début des règles, on peut déjà sentir des symptômes, parfois même un petit peu plus.

Juliette : Les symptômes les plus contraignants ce sont les symptômes prémenstruels ou menstruels ? Est-ce qu’il y a des données par rapport à ça ? Les femmes sont plus gênées juste avant leurs règles ou pendant leurs règles ?

Amélie : Alors il n’y a pas encore suffisamment de données pour vraiment établir une généralité. Je pense que c’est très individuel. Il y a des personnes qui sont beaucoup plus gênées par cette phase prémenstruelle. Et il y a des personnes qui sont beaucoup plus gênées par la phase menstruelle. Donc c’est très individuel et c’est la complexité du sujet. 

Juliette : Et globalement, on peut avoir en fait l’apparition de douleurs pendant deux semaines ou trois semaines. 

Amélie : Et puis il y a aussi des douleurs qui peuvent apparaître durant l’ovulation. On pourrait résumer au fait que les passages où il y a des changements hormonaux, ce sont souvent des phases qui sont inflammatoires. Et les phases inflammatoires peuvent provoquer des douleurs ou des désagréments.

Juliette : Oui, c’est de la construction ou de la destruction. Et donc il y a quelque chose qui est en train de se passer.

Amélie : Exactement.

À partir de quel moment peut-on considérer que nos symptômes ne sont plus dans la normale ?

Amélie : Je pense qu’on est tous individuels par rapport à cette perception des contraintes, mais aussi par rapport au système de la douleur. On sait qu’on n’est pas égal d’un individu à l’autre par rapport au système de la douleur. Mais je pense que le facteur de l’impact sur la vie quotidienne est un facteur clé. Si les symptômes impactent notre quotidien quel qu’il soit, que ce soit quelqu’un de très sportif, un athlète ou quelqu’un de sédentaire, s’il y a un impact sur la vie quotidienne, je pense que c’est à ce moment-là qu’on peut dire que c’est au-delà de la normale. 

Juliette : Oui, c’est ça, c’est une notion de qualité de vie. Si ça impacte trop, c’est qu’il y a un souci. 

Une majorité de femmes a des douleurs

Juliette : La majorité des femmes ont-elles des douleurs ? 

Amélie : Je pense que la majorité des femmes ont des douleurs. Mais on n’en parle pas beaucoup. Le cycle menstruel est un phénomène physiologique qui existe depuis longtemps, mais qu’on commence maintenant à mieux discuter. Et à ouvrir une discussion qui est plus ouverte et puis à se rendre compte qu’on a souvent mis ça de côté. On a souvent considéré que les douleurs étaient normales, considérer que c’étaient juste des passages de sa vie où il faut serrer les dents. Et puis on a tendance plutôt à ne pas en parler parce que les règles, c’est quand même un peu tabou. 

Juliette : Il faut le cacher.

Amélie : Il faut le cacher. Je pense qu’il y a encore beaucoup de choses à déconstruire. Et c’est un peu en ce moment qu’on est en train de le faire. 

Des voies pour gérer la douleur ?

Juliette : Et comment on peut gérer, cette notion de douleur. Moi, j’ai énormément de patientes qui ont des douleurs, qui ont mal ou sont terriblement gênées. C’est vrai qu’elles n’en parlent pas. Mais quels sont les moyens de soulager, hormis l’aspect médicamenteux ? 

Amélie : Je pense que l’orientation aujourd’hui qui pourrait avoir des clés, c’est vraiment par rapport à l’hygiène de vie. Il y a beaucoup de facteurs qui peuvent vraiment influencer ce climat douloureux. Et puis la nutrition. Mais comme tout sujet d’étude dans la nutrition, c’est quelque chose de compliqué parce que c’est multi factoriel. On n’arrive pas encore à dire qu’il faudrait utiliser tel ou tel aliment pour vraiment diminuer drastiquement les douleurs.

Amélie : Mais je pense qu’il y a beaucoup de clés qu’on ne connaît pas encore dans la nutrition, dans l’hygiène de vie, dans la diminution du stress, dans l’augmentation peut être de la récupération qui pourrait avoir un impact sur les douleurs. Et l’activité physique on sait que c’est le médicament de tout et qu’il a plutôt tendance à diminuer un peu les douleurs, à avoir un aspect aussi un peu d’endorphine qui pourrait aussi impacter ce genre de douleurs. 

Des voies pour gérer la douleur : la nutrition, l’hygiène de vie, la diminution du stress, la récupération, le sport.

Juliette : Après c’est difficile sur des femmes qui ont vraiment des douleurs, qu’elles décrivent un peu comme des spasmes, d’aller leur dire de faire des activités physiques. Alors marcher, … mais même marcher, elles ne sont pas confortables parce que la posture n’est pas forcément bonne. Est-ce que toi tu as des activités qui sont plus évidentes ?   

Amélie : Je pense que la marche, c’est déjà assez contraignant. Le vélo peut être un peu plus doux. Mais on parle vraiment d’activité physique légère. Donc ça pourrait simplement être du yoga, peut-être même du ying yoga. Quelque chose de vraiment doux, mais se mettre en mouvement. Peut-être des exercices respiratoires, des choses qui sont quand même en mouvement, mais pas forcément avec des impacts. Et puis on ne parle pas d’intervalles !

Juliette : Oui, à la limite des choses qui drainent et avec une mise au calme. Je pense à quelque chose, de tout bête avec les principes de gaine qui vont toujours du bas vers le haut, mais qui vont gainer toute cette partie basse abdominale. Ça pourrait être intéressant aussi sur des douleurs, cette notion de compression. À partir du moment où tu as une zone douloureuse, si tu mets une compression qui va dans le bon sens et qui permet de stabiliser, cela peut être intéressant. Pour la marche ça serait éventuellement une bonne aide.

Amélie : Ça pourrait. Ça fait un petit moment, mais durant mon Bachelor, j’avais des amis qui avaient travaillé sur les dysménorrhées en physiothérapie. Il y avait très peu d’études, c’était un peu leur conclusion. Et je crois que la thérapie manuelle et le taping avaient peut-être un impact sur la diminution de douleur. 

Juliette : Oui, le taping pour faire une sorte de maintien, je pense que ça peut être des choses assez intéressantes pour l’activité physique. 

A quel moment du cycle la femme est-elle la plus performante ?

Juliette : Au niveau du cycle, à quel moment la femme est probablement la plus performante ou la plus forte ? 

Amélie : Je pense que la période la plus favorable est probablement la phase folliculaire, donc le début du cycle jusqu’à l’ovulation. On pense ça principalement par l’action hormonal. On sait que l’œstrogène a plutôt tendance à être anabolique, et donc plutôt tendance à être constructive. Et puis il a des propriétés neuro excitatrices, on est donc plutôt plus alerte, on a une meilleure production de force. 

Amélie : Après, il ne faut pas comprendre que dans la deuxième partie du cycle, on ne vaut rien. Et que des adaptations ne peuvent pas se créer. Mais la phase la plus propice aux adaptations serait la phase folliculaire. 

Juliette : Mais à la limite, est-ce que ça serait, en étant excessive, la deuxième semaine ? En rapport à l’évolution progressive des œstrogènes. 

Amélie : Oui, ça pourrait … Mais, c’est ça qui est très compliqué quand on veut vraiment comprendre le cycle menstruel ; c’est que déterminer l’ovulation, c’est quelque chose de difficile. On parle de cet événement comme un changement, mais si on demande à des femmes qui ont un cycle naturel de connaître le jour de l’ovulation, c’est difficile. Et on sait que la phase folliculaire peut varier de 10 à 20 jours, donc … 

Juliette : Oui, la variation au niveau des jours est trop grande pour dire : je suis sûr que pendant ces 5-7 jours là, je peux obtenir les meilleures adaptations possibles. On ne peut pas le déterminer. 

Amélie : En tout cas, c’est difficile et ça demande beaucoup d’énergie. 

Juliette : D’une certaine façon, on pourrait aussi dire que la femme est censée pouvoir être performante durant tout son cycle en s’adaptant. Et peut-être que telle performance sera meilleure à tel moment du cycle, mais une autre performance sera peut-être meilleure à un autre moment du cycle. 

Amélie : Moi ce que je pense surtout, c’est que le cycle menstruel qui crée un milieu de positif ou moins propice à des adaptations ou à une performance, est surtout important dans la récupération. Finalement, il y a peut-être des moments du cycle où il faudra plus de temps de récupération, plus d’attention à ça pour pouvoir performer à son maximum. Mais en tout temps, on est capable de performer à son maximum. 

 

En tout temps on est capable de performer à son maximum.

Juliette : Il faut toujours avoir l’équilibre entre adaptation, récupération et stimulation. 

Une phase de laxité parfois plus importante.

Juliette : Est-ce qu’il y a un moment où on est plus laxe ? Personnellement, moi je ressens vraiment une période du cycle où j’ai un genou que je ressens plus laxe. Est-ce que c’est une idée ou est-ce que c’est quelque chose qui pourrait s’expliquer d’un point de vue hormonal ? 

Amélie : Ça s’explique d’un point de vue hormonal, encore une fois par l’œstrogène qui a son pic, donc quand il y a une grande prédominance d’œstrogène, cela peut avoir des impacts sur la laxité ligamentaire. Un petit peu comme les mêmes effets qu’il y aurait pendant une grossesse, qui augmentent l’activité ligamentaire. 

Juliette : Donc on pourrait, d’un point de vue théorique, d’un point de vue pratique c’est toujours différent … mais d’un point de vue théorique, on pourrait dire que les œstrogènes pourraient favoriser l’adaptation, mais en même temps favoriser la laxité et donc un déséquilibre, un travail de stabilisation plus difficile. Il y a donc toujours ce plus et ce moins. Les œstrogènes amènent physiologiquement, quelque chose de positif, mais en même temps, être plus laxe, c’est une plus grande difficulté de contrôle, donc pour moi c’est négatif. 

Amélie : Après, c’est toujours une question de degré. Est-ce qu’on est un tout petit peu plus laxe que d’habitude, et dans ce cas probablement que cela n’a pas d’impact sur notre performance. Cela dépend aussi du sport qui est pratiqué, et de l’intensité. Je pense que ce ne sont pas des facteurs qui sont directs. C’est un climat, un milieu qui peut favoriser ou compromettre certaines choses et qu’il faut peut-être prendre en considération. Mais ce n’est jamais parce qu’il y a l’ovulation qu’on va se blesser, parce qu’on est laxe, ce ne sera jamais une conséquence aussi directe. 

Juliette : Ce qui est intéressant, c’est vraiment de se dire qu’il y a un climat hormonal, et de savoir comment il s’exprime chez soi. Et ensuite d’essayer d’adapter si nécessaire que ce soit pour l’athlète de haut niveau ou la personne lambda. En se connaissant on pourra savoir si on doit adapter son entraînement, plus s’écouter par exemple car on se sent plus laxe … C’est toujours une notion de comprendre le climat qui est propre à chaque individu. 

Apprendre à se connaître à travers son cycle menstruel pour connaître ses besoins.

Amélie : Oui, et je pense que c’est là la grosse clé, c’est d’apprendre à se connaître à travers le cycle menstruel pour connaître ses besoins. Et arriver à déterminer quels sont les facteurs qui sont liés justement à ces variations hormonales et qui nous impactent le plus. Mais cela prend du temps. C’est probablement un processus qui se fait sur toute sa vie hormonale. Et ça change aussi, entre son cycle menstruel à 18 ans ou son cycle à 37 ans, Ce ne sera probablement pas la même chose. Ce sont donc des choses qu’il faut apprendre à connaître et qu’il faut avoir un petit peu en arrière de la tête, sans en faire un goal de vie. 

Juliette : Après, la problématique c’est aussi l’hygiène de vie générale et la nutrition qui impacte sur notre corps. Donc il n’y a même pas que le cycle hormonal, … 

Amélie : Ça reste un système hormonal, donc le système endocrinien qui a des facteurs influençant et des facteurs favorisants, c’est complexe … !! 

Juliette : C’est complexe. 

Amélie : Il faut accepter que ce soit complexe.

Juliette : C’est un domaine qui nous amène à la découverte de soi pour savoir comment on fonctionne et quel impact ça a. Évidemment qu’on ne va pas découvrir ça en trois jours. Mais c’est intéressant. 

Le moment le plus efficient pour le renforcement musculaire.

Juliette : Est-ce qu’il y a un moment du cycle où le renforcement musculaire avec charge ou sans charge est le plus efficient ? 

Amélie : Probablement encore une fois cette phase folliculaire, de part le fait que l’œstrogène serait plutôt anabolique. Moi je pense que les adaptations sont possibles dans toutes les phases du cycle. Mais si on veut vraiment travailler un facteur clé de la performance, je pense qu’il est préférable de le mettre dans la première partie du cycle, où probablement les adaptations seront meilleures. Mais on peut aussi le mettre dans n’importe quel moment du cycle. Les adaptations se feront aussi. Mais si on a un objectif et qu’on a envie d’aller chercher avec ces variations hormonales, probablement que la phase folliculaire sera le plus intéressante. 

Juliette : Oui, ce serait limitatif de se dire qu’on ne travaille que durant cette première phase, sachant que le corps s’adapte à partir du moment où il est stimulé.

Le corps s’adapte à partir du moment où il est stimulé.

Amélie : Exactement. Ça il faut vraiment le garder en tête parce qu’il y a pas mal de gens qui dans les premières idées d’entraînement en fonction du cycle hormonal qui se sont dit : mais finalement on fait quoi, on s’entraîne pendant la phase folliculaire, et puis après on ne fait rien pendant dix jours ? Non, ce n’est pas ça. Si on a envie d’aller chercher la petite bête, qu’on a envie d’aller chercher en fonction d’une idée physiologique, ce sera peut-être ce terrain propice là. Mais en tout temps, on peut créer des adaptations. 

Variation du ressenti de l’effort (RPE) durant le cycle

Juliette : Est-ce que c’est vrai que durant toute la phase où on a le plus de progestérone, l’exercice peut être ressenti plus difficile ou plus dur ? 

Amélie : Les études qu’il y a sur le RPE (échelle utilisée pour ressenti de l’intensité de l’effort) à l’entraînement, elles ne sont pas très concluantes pour l’instant. Mais c’est possible. C’est possible aussi, toujours en fonction des symptômes ou bien du ressenti de cette phase. La progestérone a aussi parfois une action sur la rétention d’eau. On pourrait donc avoir une composition corporelle qui change à ce moment-là et donc du coup ressentir l’effort un peu plus difficile. Il y a aussi parfois des impacts sur l’effort respiratoire qui peuvent être ressentis. C’est toujours un ressenti, ce n’est pas encore prouvé scientifiquement mais ce sont des symptômes qui sont connus durant cette phase-là, donc ça peut aussi impacter notre ressenti à l’entraînement. 

Juliette : Si on sait que durant cette phase-là, le ressenti sera un petit peu plus dur, d’une certaine façon, on travaille une adaptation à l’effort d’un point de vue mental. Puisque lorsque cette phase va être finie, on pourra ressentir un deuxième élan. Et on pourra peut-être s’entraîner un peu plus dur. Ça ne veut pas dire qu’on ne s’était pas entraîné dur avant, mais mentalement on est en train de travailler l’endurance à l’effort. 

Amélie : Et ce facteur psychologique, il est clé. Parce que finalement, si on apprend à savoir que peut être dans la fin du cycle, on se sent plus lourde, qu’on a un peu de rétention d’eau, un peu de difficulté respiratoire… On sera aussi déjà un peu plus résiliente en se disant que c’est normal, que cela fait partie des choses que l’on connait et qui reviennent. Et que ça ira beaucoup mieux dans une semaine. Ça nous permet vraiment d’avoir des clés psychologiques. Au lieu de se dire, qu’est-ce qui se passe avec moi, il y a une semaine je me sentais super bien et super performant et maintenant rien ne va. 

Juliette : Essayer d’en tirer du positif, plutôt que de partir dans la déprime. En fin de compte, je suis lourde, ça ne marche pas, je ne comprends pas. Mais on le sait, hormonalement ça s’explique et à la limite, ça me permet de travailler avec cette notion de lourdeur. Parce que lorsque je vais pouvoir augmenter mon entraînement ou lorsque je fais des sports d’endurance et que j’arrive à certains kilomètres, …  à un certain temps, la lourdeur, on va la sentir. Donc là, à la limite, oui, l’effort n’est pas si énorme que ça, mais mentalement je le sens. Je pense que c’est aussi une façon de travailler mentalement. Ça peut être intéressant. 

Suivre son cycle

Juliette : Est-ce que tu as des tips ou des applications à conseiller pour suivre notre cycle ? Comment peut-on découvrir notre cycle même si cela se fait sur plusieurs années ?

Amélie : Oui, ça se fait sur plusieurs années. Je pense qu’il faut un minimum de trois mois pour commencer à comprendre, avec un suivi vraiment journalier. Il y a des milliers d’applications pour suivre son cycle. Elles sont souvent basées sur les symptômes prémenstruels, les symptômes menstruels et puis après il ne se passe plus grand chose. Donc il y a vraiment un focus sur les choses négatives qui peuvent apparaître.

Amélie : Je trouve qu’une application qui est pertinente, c’est une application qui permet de suivre des paramètres autant positifs que négatifs, d’aller vraiment sur tout le suivi du cycle. C’est-à-dire, comment je me sens aujourd’hui. Finalement, c’est se poser cette question tous les jours, comment je me sens aujourd’hui ? Cela peut être impacté par beaucoup de facteurs. Mais se poser la question tous les jours et établir un petit calendrier, ça peut être simplement crayon papier. 

Amélie : Dans les applications qui sont les plus développées, je pense qu’il y a Wild AI qui est une application qui est malheureusement très commerciale, mais qui est quand même assez pertinente sur ce côté. Il y a des choses positives, il y a des choses négatives. Je crois qu’il y a aussi Moody et puis FitRwoman qui sont, je pense, les trois que je conseillerais. Après, il y en a sûrement plein d’autres applications. Mais il est intéressant de noter les facteurs positifs, les facteurs négatifs, et puis de faire un questionnement quotidien sur son niveau d’énergie, sur son humeur, …

Juliette : Oui ça permet de faire un bilan. Tu as aussi ça dans certains sports professionnels, au niveau des athlètes, où ils ont décidé de leur faire un test qui quantifie tout ce qui est charge mentale. Cela permet de voir l’état d’humeur, le sommeil, et plein d’autres choses … Je pense que les hormones ça joue aussi là-dessus. 

Amélie : C’est le même processus, c’est du monitoring finalement. C’est du monitoring de différents facteurs, que ce soit psychologique, énergétique qu’on applique. 

Juliette : Chez la femme, nous on va rajouter cet aspect hormonal cyclique qu’on n’a pas forcément chez les hommes.

Déterminer le moment de l’ovulation

Amélie : Et je pense que pour le suivi du cycle, ce qui est important, c’est aussi d’arriver gentiment à déterminer cet événement de l’ovulation qui permet de déterminer dans quelle phase on se situe finalement, première phase ou deuxième phase. Et ça, il y a encore peu de moyen pour vraiment la déterminer de manière peu onéreuse et rapide. Je pense que le suivi de la température corporelle reste quelque chose qui est simple.

Juliette : C’est la température corporelle que tu vas prendre en externe ou la température corporelle que tu vas prendre en intra vaginal. 

Amélie : Intra vaginal ou oral est plus pertinent. Maintenant, il y a pas mal de choses qui sont développées pour la température distale. Il y a des bagues de température corporelle, des bracelets. Et apparemment c’est presque plus valide puisqu’on a une mesure qui est continue pendant la nuit. Souvent c’est pendant la nuit. Et puis on a une mesure qui est continue sur une durée qui est assez longue, et un environnement qui est assez stable. 

Juliette : Le suivi, est plus pertinents aussi. 

Amélie : Et moins contraignant. 

Comment réagir face aux troubles du cycle ?

Juliette : Il y a énormément de femmes qui ont des troubles du cycle. Il y a l’absence du cycle qu’on verra plus tard. Mais il y a beaucoup de femmes qui ont des troubles du cycle à n’importe quel âge. Face à ça, toi, tu réagis comment ? 

Amélie : Alors les troubles du cycle, dans un premier temps, ça peut être quelque chose de tout à fait normal. Nous ne sommes pas des horloges. Il y a des variations qui peuvent arriver, un cycle plus court, un cycle plus long. Ce sont des choses qui sont tout à fait normales. Mais à partir du moment où ça se prolonge, je pense qu’il faut se tourner vers un professionnel de la santé. Dès qu’il y a une problématique qui perdure sur plusieurs mois, il faut aller chercher les clés et les réponses. 

Juliette : Il y a beaucoup de femmes qui d’un seul coup n’ont pas eu leurs règles … Qu’on ait un décalage de deux ou trois jours, mais parfois il y a un décalage de plusieurs semaines. On est dans ces cas dans des choses qui ne paraissent pas très stables. Suivre son cycle c’est important, mais lorsqu’il est déjà perturbé, c’est un peu compliqué. Tu te dirigerais directement vers un endocrinologue, un gynécologue ou vers le médecin de famille dans un premier temps ? 

Amélie : C’est difficile de répondre à cette question, parce que je pense qu’autant un médecin de famille qu’un endocrinologue, qu’un gynécologue peut avoir des réponses qui sont intéressantes. Pour autant qu’il soit intéressé et formé à la question. Donc c’est difficile de répondre à cette question. Il faut se tourner vers quelqu’un qui est perméable et qui est ouvert à cette question. Parce qu’il y a encore pas mal de médecins qui pourraient répondre, c’est tout à fait normal. 

Juliette : C’est souvent ce qui se passe. 

Amélie : C’est souvent ce qui se passe, et ça bouge maintenant. Mais il y a encore peut-être peu de répondant par rapport à ça.

Juliette : On est d’accord qu’un cycle menstruel, on va dire dans la normalité avec des petites variations, c’est synonyme de bon fonctionnement du métabolisme ?!

Amélie : C’est signe du bon fonctionnement du métabolisme, effectivement. Surtout du côté énergétique. J’espère ne pas trop m’avancer, mais tout femme a déjà expérimenté ce phénomène de se dire je suis dans une phase de stress, j’ai des examens …Il y a des personnes chez qui ça provoque les règles, elles arrivent plus tôt, parce qu’il y a un stress et tout d’un coup il se passe quelque chose. Le système hormonal et le cycle menstruel est régi par une partie du cerveau, et donc soumit à différents stress psychologiques ou autre. Ou alors le facteur inverse que lors d’une période d’examens tout d’un coup le cycle est prolongé et les règles apparaissent à partir du moment où on a fini ces examens. Donc il y a quand même des variations qui sont liées à ça et on réagit par rapport à ça. 

Juliette : Et si on connait son cycle, cela permet de savoir qu’il y a un souci, mais de savoir pourquoi. 

Amélie : Pour ces variations de cycle, il faut essayer de prendre du recul, de s’interroger sur son état de stress durant cette période, sur son état énergétique. S’interroger sur comment on vit ces derniers mois et puis arriver à établir si oui ou non il y a un déséquilibre. 

Juliette : J’aurais tendance à dire que si on fait un rapprochement avec un élément extérieur, donc principalement le stress, c’est de se dire ok, je suis en phase de stress, je ne peux pas résoudre forcément le problème. Mais l’objectif c’est de retrouver un cycle menstruel normal. Normal n’est pas le bon terme, mais régulier, ou à peu près régulier. 

Amélie : Dont l’occurrence est relativement régulière. 

Les règles et le sport

Juliette : Au niveau du sport comment gérer ses règles, comment gérer ses syndromes prémenstruels ? Alors on a vu par rapport à l’entraînement, qu’on peut toujours discuter et puis voir si on veut travailler des choses spécifiques, etc… Mais dans le sport, est-ce que c’est souvent compliqué ? 

Amélie : Ça dépend du sport. Ce ne sera pas le même challenge si on fait un sport plutôt artistique. Ce ne sera pas le même challenge si on pratique un sport d’endurance sur plusieurs heures. Un sport, dans l’eau. Il y a beaucoup de variations en fonction du sport qu’on fait et il y a beaucoup de solutions qui sont à trouver. 

Juliette : Et beaucoup de solutions au niveau nutritionnel ? Quand on a nos règles, est-ce qu’au niveau de la perte de fer, au niveau énergie, au niveau dépense calorique … Est-ce que c’est un moment qui est difficile par rapport à l’activité physique ? 

Amélie : Au niveau nutritionnel, il y a sûrement pas mal de clés. On sait que la demande en énergie est augmentée plutôt dans la phase lutéale, donc avant les règles. C’est plutôt à ce moment là où il y aurait une variation, en tout cas un apport en énergie qui devrait être plus grand. Et puis après, pendant les règles, bien sûr qu’il y a la problématique de la perte sanguine, qui peut entraîner des pertes de fer. Et qui porte la femme plus sujette à des problèmes de fer. Je sais qu’aujourd’hui il y a pas mal de choses qui sont investiguées sur les oméga3, qui ont plutôt une tendance à être anti-inflammatoire. Et comme on l’a dit, la phase menstruelle est une phase plutôt inflammatoire, les oméga3 pourraient un petit peu diminuer ce facteur inflammatoire. Ce sont les premières choses qu’on voit apparaître. Il y a sûrement plein d’autres choses qui vont apparaître dans l’avenir.

Juliette : C’est du monitoring qu’il faut faire en fonction du sport. Si tu es très fatiguée, est-ce un problème de fer, est-ce que tu te sens un peu plus lourde ? Peut-être changer l’alimentation ? Certains aliments sont plus anti-inflammatoires, certains apportent plus d’énergie … 

Amélie : Oui, il y a ces deux facteurs je pense. Il y a le facteur inflammatoire qui est une inflammation très locale au niveau du bas du ventre, qui peut se prolonger ou se propager dans le système digestif. C’est donc tout un système qui est impacté. Arriver à diminuer ou donner des nutriments qui sont anti-inflammatoires, ou en tout cas qui n’auront pas tendance à déranger le système digestif, ça peut déjà être une clé. Maintenant il ne faut pas oublier que l’on est tous différents par rapport au système digestif. Quelque chose qui provoque une inflammation chez quelqu’un ne le provoque pas toujours chez quelqu’un d’autre. C’est quelque chose que l’on peut tester soi-même, ou en tout cas avoir un intérêt ou une attention particulière.

L’adaptation du plan d’entraînement en fonction du cycle ou du ressenti de l’athlète

Juliette : Au niveau des sports collectifs, il est assez difficile de gérer toutes les athlètes qui jouent ensemble. Au niveau individuel, est-ce que toi tu adapterais ton entraînement en fonction de ton cycle ou en fonction de ton ressenti ? Ou, finalement tu as ton plan d’entrainement et tu ne te préoccupes absolument pas de ton cycle ? Comment toi tu ferais, comment tu fais, et comment un coach sportif est censé faire ? 

Amélie : Dans un premier temps, c’est vraiment ce travail individuel, d’apprendre à se connaître. D’apprendre à connaître son cycle. Parce que s’il n’y a pas cette condition-là, on ne peut pas aller sur un entraînement qui est adapté au cycle, puisque c’est individuel. Puisque la phase folliculaire peut durer de 10 à 20 jours, et la phase lutéale de 10 à 15 jours. Donc, il y a un travail de monitoring à faire.

Juliette : Le coach, même si tu lui donnes la date de tes règles, il a besoin d’avoir tes ressentis pour savoir réellement ce qu’il doit adapter. 

Amélie : Et on doit d’abord connaître son ressenti pour après pouvoir le transmettre. 

Juliette : Oui, c’est ça. 

Amélie : Donc c’est un travail qui se fait sur le long terme. Et puis il y a différentes étapes : apprendre à se connaître et apprendre à communiquer avec le coach, apprendre à communiquer son ressenti, et arriver à le transmettre. Pour moi, le cycle menstruel, ça doit être une trame de fond. Le plan d’entraînement ne doit pas se coller sur la variation hormonale. C’est comme s’il fait beau aujourd’hui ou si c’est la grande tempête, on ne va pas forcément partir pour des heures d’entraînement à ce moment-là, ça doit être un petit peu la même chose. On va essayer peut-être de caler les entraînements un peu plus difficiles dans cette première partie du cycle, si on a un objectif ou en tout cas une phase clé. Dans toute périodisation d’entraînement, il y a des moments qui sont hauts en intensité et des moments de récupération. Donc si on arrive à créer une haute intensité sur une partie, c’est génial et ça peut aussi avoir un intérêt. 

Amélie : Et puis au-delà de ça, ça peut être aussi vu à l’inverse. On a une compétition qui va probablement tomber sur un jour où on sait qu’on se sent un petit peu moins énergique à l’entraînement. Malheureusement, il va falloir essayer de le travailler et puis essayer de contrebalancer ce sentiment. Et finir par se dire, je sais que je suis capable de performer dans cette phase où je me sens moins bien. 

Juliette : C’est la même chose qu’adapter son entraînement à la charge mentale. 

Amélie : Oui, ça a des similarités.

Juliette : Même si la charge mentale ça englobe beaucoup, beaucoup d’éléments. D’une certaine façon, tu adaptes ton entraînement à comment tu te ressens par rapport à ton cycle. Si ce dernier est régulier et que tu sais dans telle période, ou telle période comment tu te sens, ça peut permettre d’adapter l’entraînement de façon un petit peu plus spécifique. Mais est-ce que tu penses qu’on devrait des fois essayer de décaler, de faire en sorte par rapport aux compétitions ou par rapport à l’entraînement que les choses s’imbriquent ? Moi je ne pense pas … Mais pour ceux qui cherchent la performance à l’extrême…

Amélie : Je pense que c’est trop difficile. Et au-delà de ça, il y a le cycle menstruel, mais ce n’est qu’une petite partie du puzzle de performance. Il y a tous les aspects de la récupération, le climat, l’environnement, son entourage… Il y a tellement de facteurs liés à la performance. Ce n’est pas l’unique, ça ne sera jamais l’unique. Et si on a envie de l’intégrer à ce puzzle, ça peut être intéressant. Mais ce n’est pas la seule clé.

Les hormones jouent sur nos humeurs

Juliette : Les hormones jouent aussi sur l’humeur. Il y a une période où au niveau humeur, on est plus désagréable, plus agressive … Comment donner le bâton pour se faire battre lol. Si tu réalises que les hormones ont un impact sur ton humeur et que lors de la période qui est censée être plus difficile d’un point de vue performance, tu te sens plus agressive, pourquoi ne pas utiliser justement cet aspect émotionnel pour travailler ton physique ? Est-ce que tu vois ce que je veux dire ? 

Amélie : Ouais, alors là, ça part dans des choses qui sont sûrement complexes. Et il faut déjà avoir identifié que c’est une phase où on est plus agressive. Et ça, ce n’est pas facile, parce que souvent, lorsqu’on est dans un brouillard mental et qu’on range un peu son frein, on ne va pas forcément tout de suite admettre que c’est peut-être hormonal. Et on n’aura jamais la confirmation à 100 % que c’est lié à ça. Donc c’est compliqué. 

Juliette : Pour moi c’est toujours cette notion d’essayer de jouer autant sur le physique que sur le psychologique pour essayer de performer. Quand tu es fatiguée, si tu as « la gagne », si ça se trouve tu vas mieux performer.

Juliette : La conclusion, c’est vraiment de dire que le cycle menstruel, il est censé être régulier. Que s’il ne l’est pas, il faut qu’il le devienne. Qu’on peut jouer sur plein de choses autour, que ce soit la nutrition, l’hygiène de vie. Et qu’il faut s’en préoccuper pour se connaître. Si tu connais ton cycle menstruel, cela te permet aussi d’écouter ton corps. 

Le syndrome du RED-S (déficit énergétique relatif dans le sport) et irrégularité du cyc

Juliette : Est-ce que toi tu as en tête des mythes qu’on entend encore ?

Amélie : Je pense que le premier mythe à déconstruire c’est celui de se dire que si je n’ai plus mes règles, c’est que je m’entraîne suffisamment. Je pense que ça, c’est une idée reçue qui n’est pas formulée de cette manière, mais qui est un petit peu quelque part dans la tête de beaucoup d’athlètes.

Juliette : Là on va parler du RED-S. Est-ce que tu peux expliquer ce que c’est, et l’importance que ça a ? 

Amélie : Le RED ou RED-S, c’est Relative Energy Deficiency, in Sport qui peut être ajouté. Donc c’est un déficit relatif en énergie. Donc c’est un déséquilibre entre l’énergie qui est apportée et l’énergie qui est dépensée. Et dès le moment où il y a un déficit entre l’énergie qui est apportée et l’énergie qui est dépensée, qui est prolongée, ça peut avoir des multiples impacts sur notre physiologie. Un des impacts est la disparition des règles, mais c’est un des impacts. Il y a vraiment une multiple atteinte. Je ne sais pas combien il y en a, mais il y en a vraiment énormément qui peuvent survenir comme symptômes d’un déficit prolongé en énergie. Et puis c’est vraiment global. C’est l’énergie qui est apportée, mais ce n’est pas uniquement la nutrition, il y a aussi plein d’autres facteurs énergétiques, l’énergie mentale ou des choses comme ça qui sont dans cette grosse partie d’énergie apportée et l’énergie dépensée à l’entraînement ou autrement. 

Juliette : Il a été très mis en avant justement par ce principal symptôme de perte de règles. Mais en fait, il englobe beaucoup d’autres choses. C’est quelque chose de plus général. Mais globalement, on est proche du surentraînement, on se dirige vers le surentraînement ?

Amélie : Le surentraînement est un déficit en énergie. Mais ce qui est important je pense aussi est de remettre un peu en lumière le fait que ce déséquilibre ou ces variations, ces irrégularités du cycle, ce n’est pas non plus … je sais pas comment dire ça. Parce qu’il ne faut pas non plus que les gens pensent que si tu as des règles qui sont irrégulières depuis toujours, … je ne veux pas créer un climat anxiogène. 

Juliette : Pour moi, on est des êtres vivants, et on fonctionne de façon cyclique. Donc à partir du moment où ton fonctionnement cyclique il est rodé, et bien ça roule. Maintenant, ce n’est pas parce que tu ne vas pas te réveiller tous les jours à la même heure que tu dysfonctionnes vraiment énormément. Il ne faut pas être dans les extrêmes. Il y a l’aspect être cyclique, vraiment théorique, et puis il y a l’aspect pratique. C’est vrai qu’il y a des femmes qui ont leur règle régulièrement, mais de façon irrégulière. Mais ça se décale de deux ou trois jours. Ou peut-être qu’il y a un mois dans l’année où ça ne va pas jouer. Mais comme on l’a dit tout à l’heure, si tu as une énorme poussée de stress que tu viens de te faire virer de ton boulot … Au final, les choses ont tellement d’impact d’un point de vue hormonal et d’un point de vue métabolique et physiologique que ça peut s’expliquer. 

Amélie : Ouais, c’est ça. 

Juliette : Mais moi j’aurais toujours tendance à dire qu’on devrait essayer de tendre vers quelque chose de cyclique. C’est comme le principe de l’équilibre parfait n’existe pas, mais on essaye de vivre autour de cet équilibre parfait pour ne pas partir un petit peu en cacahuète. 

Amélie : Je trouve que c’est quelque chose de très anxiogène justement. Dans mon travail de master, on a essayé de déterminer l’ovulation. C’était un point ultra anxiogène parce qu’on a utilisé des tests d’ovulation bons marché et qui n’ont pas forcément très bien fonctionné. Les participantes faisaient le test à la maison, je ne sais pas exactement comment elles les ont réalisés. Est-ce qu’elles ont bien suivi le protocole ? Peu ont marché. Et ça a créé un climat anxiogène. C’est un sujet sensible et très émotionnel, donc c’est difficile. Il faut faire attention à ne pas créer trop d’anxiété.

Juliette : Dans toutes ces choses-là, tu as toujours un effet placebo et un effet nocébo dans les études. Après quand tu t’attardes sur cette notion d’ovulation, de possible grossesse, d’importance du cycle qui est censée représenter la femme, pour nous, ça a quand même toute une signification. Donc on rentre dans quelque chose d’émotionnelle

Juliette : Donc globalement, dans le sport, quand les jeunes n’ont plus leurs règles. La première réaction, la première chose qu’on doit surveiller c’est quoi ? 

Amélie : Après, ce qu’il faut savoir, c’est qu’une disparition des règles liées à un déficit en énergie ne se fait pas du jour au lendemain. C’est un processus qui apparaît gentiment. C’est d’abord, si je ne me trompe pas, une diminution de la phase lutéale. Il y a d’abord des cycles qui ont tendance à se raccourcir sur plusieurs mois, et puis progressivement, qui ont tendance tout d’un coup à s’espacer. C’est donc un processus qui arrive de manière insidieuse et relativement sur le long terme. Ce n’est pas d’un jour à l’autre. C’est quelque chose à surveiller sur une durée relativement longue. 

Amélie : La plus grosse question par rapport à la nutrition serait, est-ce que l’athlète a un apport en énergie qui est suffisamment haut ? Est-ce qu’il y a un apport en énergie avant l’entraînement et après l’entraînement, qui peut subvenir à ses besoins ? Ça, c’est vraiment la plus grosse cible. 

Juliette : Mais tu penses que ça serait surtout dirigé vers les athlètes. Si vous avez de la chance et que votre cycle est régulier, surveillez votre cycle et lors de l’apparition d’une dysfonction cela vous servira d’indicateur. Vous pourrez alors, déjà, vous poser la question au niveau de la nutrition. Et vérifier que vos apports sont corrects pour éviter de dévier vers un syndrome du RED. Ou, est-ce qu’on peut aussi avoir ça chez des personnes qui ne sont pas des athlètes mais qui font quand même un minimum d’heures de sport dans la semaine? 

Amélie : Comme le dit l’intitulé de RED, c’est Relative Energy Deficiency et puis après il y a in Sport, ça peut être appliqué à la population en général. Donc le déficit énergétique touche autant des gens qui ne sont pas sportifs d’élite que des sportifs d’élite. C’est quelque chose qui est global. Et puis ce point du cycle menstruel comme indicateur de santé, il est important, c’est quelque chose à surveiller ou en tout cas à avoir en tête comme un indicateur de santé. 

Juliette : Donc c’est intéressant, il faut vraiment chercher à découvrir notre cycle menstruel. Si on a de la chance et qu’il est régulier, il est indicateur de santé. Et si ça commence un petit peu à devenir irrégulier, il y a des questions à se poser sur le sommeil, sur la qualité de vie, sur le stress, sur la nutrition … 

Amélie :  Oui, et puis après, il y a probablement aussi d’autres pathologies qui pourraient être liées au cycle, et qui pourraient générer des dysfonctions ou des irrégularités. Je pense que c’est important de garder en tête justement que régularité ne veut pas forcément dire qu’on a un cycle qui dure toujours 30, 31 jours systématiquement. Il y a des variations qui se créent et qui sont normales. Mais c’est plutôt l’occurrence du cycle menstruel qui devrait être régulière, ou en tout cas la fréquence qui devrait être plus ou moins régulière. 

Juliette : C’est un message quelque part qu’on n’a pas encore. Puisque les règles on n’en parle pas, vous n’avez pu vos règles, ce n’est pas grave. Revenez dans trois mois et puis on verra si elles sont réapparues. Enfin moi personnellement, c’est ce que j’entends au cabinet. Vous avez hyper mal, ce n’est pas grave, c’est un cycle on verra la fois prochaine. J’ai le sentiment par rapport à ça, qu’on est au niveau médical, toujours en train de reporter pour après. Mais regardez, c’est peut-être passager… On dédramatise alors qu’on incite pas la patiente à écouter ses symptômes, à les noter pour pouvoir à la limite y faire référence et puis voir si toutes ces informations nous dirigent vers une direction ou une autre. 

Amélie : Je pense que c’est juste de ne pas alarmer s’il y a une dysfonction du cycle ou s’il y a une petite irrégularité qui peut apparaître. Mais c’est un facteur à prendre en considération. Et un indice pour dire il faudrait peut-être surveiller le global et pas seulement le cycle. Il faudrait peut-être aller chercher un petit peu plus loin, questionner peut être un peu plus loin et voir la santé globale de l’athlète ou de la personne. 

Juliette : C’est un indicateur parmi tant d’autres. On doit le prendre en considération sans le dramatiser.

Amélie : Je pense que dans le monde médical, c’est encore difficile de s’avancer sur les impacts de ces irrégularités. Parce qu’il y a encore peu de données sur le cycle menstruel, que ce soit du côté athlète-sport, ou que ce soit globalement du point de vue de santé. C’est encore un domaine qui doit mûrir, pour qu’on puisse donner des réponses claires. 

Juliette : Il y a encore plein d’études à faire, qui vont être très compliquées puisque c’est vraiment intra individuel. Pour faire des études sur ce sujet, je pense que ce n’est vraiment pas facile. 

Juliette : Après, d’un point de vue médical, je suis assez pour mettre un peu le poing sur la table en disant que le cycle menstruel, il est important. On l’a vu ces dernières années. La femme subit d’un seul coup un trouble du cycle, elle saigne dix fois plus fort qu’avant, mais on dit que ce n’est pas grave, que ça passera ! Elle n’a plus ses règles depuis 3 mois, ce n’est pas grave, ça passera, ça reviendra. Au niveau médical, de ce que je ressens par rapport aux patientes du cabinet, c’est qu’on dédramatise tout. C’est vrai qu’il ne faut pas inquiéter les patientes parce que notre corps réagit. On a le droit aussi de dysfonctionner de temps en temps. Mais en même temps, ça reste pour moi un énorme indicateur d’un fonctionnement à peu près normal, surtout quand il l’a été auparavant. Personnellement j’ai toujours un petit peu de difficulté à entendre le langage médical, rassurant certes, mais il me donne l’impression d’essayer de toujours pallier les symptômes sans prendre du recul. Il parait y avoir très peu d’interrogatoire, non culpabilisant, de la patiente, sur tout ce qui peut avoir un impact sur ce type de déclenchement, qui ne correspond pas forcément à des pathologies graves mais des prises alimentaires ou des stress ou des chocs émotionnels, … il y a beaucoup de choses qui peuvent rentrer en ligne de compte. 

Amélie : Oui, c’est toujours la même question de trouver un réseau qui est perméable à cette question, qui commence à bien émerger. Je trouve que dans la région, il y a quand même pas mal de réseaux qui se créent autour du sport féminin, qui ont une perméabilité, et j’espère que ça se développera encore mieux. 

Juliette : C’est le début. Ça ne va pas être simple, mais il faut garder une ouverture d’esprit. C’est ce qu’on demande. 

Juliette : Est-ce qu’il y a un autre message que tu aimerais faire passer ? Est-ce qu’il y a un sujet qu’on n’a pas abordé que tu aimerais aborder ou est-ce que c’est tout bon pour toi ? 

Amélie : Et je crois qu’on a déjà pas mal fait le tour de la question. En tout cas, il me semble que je n’ai rien oublié. Je mettrais vraiment encore une fois un petit peu la lumière sur ce côté du suivi du cycle, du monitoring qui peut être très intéressant pour apprendre à se connaître, pour apprendre à avoir une vision de soi avec un petit peu de recul et qui pour moi est un outil très intéressant dans sa vie en général et en tant qu’athlète.

Des livres a conseiller ?

Juliette : Est-ce que tu as des livres à recommander ? 

Amélie : Il y en a pas mal en anglais. Je crois qu’il y en a un qui s’appelle de the female factor qui est très chouette parce qu’il prend en compte toute la vie hormonale d’une femme, que ce soit de la ménarche, donc l’apparition des règles jusqu’à la ménopause. Et dont les bases scientifiques sont vraiment très intéressantes. Elles sont très fondées, elles ne sont pas basées sur un ressenti de quelqu’un, donc c’est assez fiable. Je recommanderais celui-ci. Je crois qu’il n’existe qu’en anglais pour l’instant. 

Juliette : Je pense qu’il y a encore beaucoup de publications qu’en anglais dans ce domaine. 

Amélie : Oui. Il y a pas mal de comptes Instagram qui sont intéressants. Je sais plus si c’est la même autrice, mais il y a @periododtheperiod qui aussi essaye de régulièrement faire un peu un update de ce qui se dit dans le monde scientifique. Donc pour encore une fois avoir des bases relativement solides. 

Juliette : Je pense que sur Instagram, il y a de plus en plus de comptes qui commencent à fleurir. C’est bien. Merci beaucoup. 

Amélie : Merci à toi. 

L’apnée, un sport déclencheur de bien-être.

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Les intervenants

– Phil Simha : Fondateur de l’école d’apnée et de plongée Scubashop, Professeur de yoga et intervenant en clinique

– Juliette Corgnet : Physiothérapeute

Transcription du Podcast

Juliette: Bonjour et bienvenue sur le podcast santé sport de CapRol. Aujourd’hui, nous allons parler de l’apnée avec Phil. Bonjour Phil.

Phil: Bonjour Juliette.

Juliette: Peux-tu te présenter s’il te plaît?

Phil: Alors oui, je suis d’origine grecque, mais j’ai eu la chance de grandir de l’autre côté du Léman, du côté de Genève. J’ai grandi dans une famille extrêmement cosmopolite, avec une vision du monde que j’ai commencé à explorer très tôt. Notamment au travers d’aventures verticales. J’ai passé pas mal de temps au Népal avec une attraction pour les hautes montagnes. J’ai commencé à y découvrir le côté méditation de la vie. J’ai appris assez rapidement que la respiration peut jouer un rôle déterminant. Autant dans des choses qui vont vers le paisible total, que dans des choses qui semblent un peu plus extrêmes.

Phil: Ensuite, mon parcours est passé par, la plongée sous marine à titre professionnel, dans l’enseignement, comme photographe sous marin également. J’ai passé à peu près une bonne dizaine d’années à voyager intensément comme photographe sous marin. Par la suite, un peu fatigué de cette vie, certes privilégiée, mais néanmoins fatigante, et avec le sentiment que l’économie de la photographie était quelque chose qui était en train de gentiment s’écrouler ; Il y a quelques années, j’ai créé mon école à Villeneuve, au sein d’un établissement qui s’appelle le Scuba Shop. C’est un très gros magasin spécialisé plongée, apnée, natation, … l’école de plongée et d’apnée du Scuba Shop. Ce qui m’intéressait, c’était la démarche du développement de l’apnée, ce qui était quelque chose que personne dans la région ne faisait, avec une offre qui s’adresse au grand public.

Les clubs en Suisse

Juliette: A l’heure actuelle, il y a très peu de clubs d’apnée en Suisse ?

Phil: Il y en a un à Genève qui est assez important. Il y en a à Lausanne, il y a nous à Villeneuve. Et puis il y a un peu d’activité en Valais, Neuchâtel, mais dans des structures un peu plus confidentielles. Je pense que la différence que nous avons fait, c’est un peu comparable à ce qui s’est passé avec les salles d’escalade, c’est-à-dire que pendant longtemps, les salles d’escalade étaient fabriquées par des grimpeurs pour des grimpeurs. C’était un peu ce qui existait aussi dans les clubs d’apnée. Puis, petit à petit, il y a des gens qui ont dit, ayons plutôt une vision tout public, même les enfants … De la même manière qu’on a vu les salles d’escalade évoluer vers un public plus général et pas que pour des gens qui étaient déjà bons. Et bien l’apnée, au travers des stages d’initiation, des stages plus avancés dans le lac – nous on a pratiquement chaque année des champions du monde, des athlètes de très haut niveau qui viennent proposer des stages chez nous – devient aussi une activité beaucoup plus grand public. Ainsi les gens commencent à percevoir que, au delà du côté sportif, au delà du côté de dépassement de soi, c’est en fait une activité qui induit un bien-être extraordinaire. Et que peu de sports, peut être, peuvent amener en complément du côté sport lui même, ce côté style de vie, qui peut aussi avoir un impact extrêmement positif sur le bien-être et la santé des gens.

Juliette: Et qui t’amène une hygiène de vie de façon un peu innée, contrairement à d’autres sports. Où lorsque tu veux être performant, tu améliores ton hygiène de vie pour pouvoir être performant ?!

Phil: Oui, oui.

Définition de l’apnée

Juliette: Est ce que tu pourrais nous définir l’apnée?

Phil: Alors par définition, ça vient du grec « apnoos », qui veut dire ne pas respirer. Par définition, l’apnée consiste à, dans notre cas volontairement à interrompre notre respiration, on n’est pas dans l’apnée du sommeil. En sachant que nous sommes de tout le règne animal, terrestre ou marin, les seuls animaux qui avons la capacité de contrôler notre respiration, voire de décider de l’interrompre temporairement. Le dauphin, par exemple, n’a pas la capacité de décision par rapport à cela. À partir du moment où son évent, le trou qui lui sert à respirer, est immergé, le dauphin suspend naturellement sa respiration. Mais il n’a pas une conscience du fait qu’il se met en apnée. Et nous sommes le seul animal qui a cette capacité de ralentir son rythme respiratoire, voire même de le suspendre complètement pendant des temps qui peuvent varier en fonction et du talent et du niveau de pratique

Temps maximale en apnée

Juliette: Au maximum, on peut rester combien de temps en apnée?

Phil: Alors, le record du monde en apnée statique est aujourd’hui à 11,35 min sur une ventilation normale et avec une préparation où on aurait respiré que de l’oxygène pur avant une apnée statique. C’est-à-dire des apnée où on s’allonge en surface, on ne fait rien. On est déjà arrivé à 29 minutes.

Juliette: C’est pas mal.

Phil: Ça fait beaucoup!

La plus grande distance horizontale parcourue en apnée

Juliette: Et en distance horizontale, quelle est la plus grande distance parcourue?

Phil: C’est une bonne question. Pendant longtemps, dans ce qu’on appelle l’apnée dynamique, donc les longueurs sous l’eau en piscine. L’approche consistait à essayer d’aller relativement vite, donc en étant beaucoup plus dans le côté acide lactique que dans le côté besoin de respirer en pensant que plus on allait vite, plus on allait faire une grande distance. Puis cette approche a été un peu chamboulée justement par la personne qui avait fait le record du monde d’apnée en statique. Elle s’est dit: « mais si je peux faire 11,35 min quand je ne fais rien. Si j’effectuai une apnée dynamique, où j’irai le plus lentement possible avec le moins de consommation possible. Peut être que j’arrive à faire des distances plus importantes ». Et là, il était parti sur une apnée qui a duré quasiment 4 min, mais dans laquelle son taux de mouvement était tellement réduit qu’au final, sur la durée, il a battu ce qui était le record du monde à l’époque. Aujourd’hui, la plus grande distance en apnée dynamique parcourue à l’aide d’une monopalmes, qui est l’engin de propulsion le plus efficace dans notre activité est de 316 m.

Phil: Chez les femmes, on n’est plus très loin. On est à 296 m, si j’ai bon souvenir chez les filles. Et sans palmes, donc avec uniquement une brasse sous marine, on est dans les 260 m chez les messieurs et autour des 240 m chez les filles. Je n’ai pas les chiffres exacts en tête. Je croire qu’on est une des disciplines sportives où les records sont souvent bouleversés. Pratiquement à chaque championnat du monde, il y a des nouveaux records qui s’établissent.

Profondeur et apnée

Juliette: Et en profondeur, on arrive à descendre à combien de mètres?

Phil: Alors, dans les disciplines classiques, comme de nouveau par exemple la descente avec une monopalme on est à 130 m de profondeur. Sans palmes on est à 101 m de profondeur. Et puis on voit qu’avec deux palmes, donc bipalmes, ça se rapproche gentiment puisqu’on est à 120 m depuis une quinzaine de jours. C’est notre ami Arnaud Jerald, un apnéiste français, qui est en train de faire une montée fulgurante, qui est descendu à 120 m.

Phil: Ce qui est extrêmement intéressant. C’est que les filles sont en train de rattraper les garçons, mais d’une manière vraiment impressionnante Puisque la femme la plus profonde du monde Alenka Artnik , qui était chez nous l’année passée pour un stage, est à l’heure actuelle à 122 m, officiellement. Elle en a déjà fait 124 m en entraînement. Donc on voit que l’écart de 30 m entre hommes et femmes qu’on avait, il y a encore quelque temps, est en train de se grignoter petit à petit.

L’apnée, un sport mixte

Juliette: Comment expliques tu qu’il y ait un écart entre l’homme et la femme ?

Phil: Il y a automatiquement une partie qui va être liée à la capacité inspiratoire et à la capacité pulmonaire totale. La cage thoracique d’un homme et la cage thoracique d’une femme ne sont pas exactement les mêmes. Les volumes disponibles à l’intérieur du corps, particulièrement au niveau du bas du tronc, sont plus importants chez les messieurs que chez les femmes. Parce que les femmes ont des organes que nous les messieurs n’avont pas besoin. Et puis le diaphragme n’a pas exactement la même élasticité ou le même positionnement chez la femme que chez l’homme. C’est vraisemblablement ces différences là, et la capacité pulmonaire un peu plus importante chez les messieurs qui explique en partie la différence.

Phil: Mais d’un autre côté, de plus en plus, on comprend à quel point c’est une activité passe par le mental. Et c’est probablement là que les femmes prennent de plus en plus confiance en elles et comprennent qu’elles sont tout aussi capables. Et que, contrairement aux stéréotypes ancrés, on est peut-être vraiment dans une discipline où l’écart n’est pas si important que ça.

Juliette: Il y avait peut être moins de femmes aussi ?

Phil: Alors, contrairement à d’autres sports où, contrairement à la plongée bouteille qui a un côté plus masculin peut être, l’apnée est beaucoup plus mixtes. Dans nos statistiques, par exemple, on est sans problème à 50 % de participantes. C’est donc une activité qui est beaucoup plus mixte en ce sens là.

Morphologie et performance

Juliette: Au final, la morphologie de l’individu rentre en compte dans la performance sportive?!

Phil: Théoriquement oui. Si on prend un Alexey Molchanov, l’homme le plus profond du monde, il va avoir une capacité pulmonaire qui arrive à un total de dix litres ou davantage. Ce qui veut dire plus du double de la moyenne d’un homme adulte déjà entraîné. Et en comparaison, vous avez une petite Italienne, Alenka Artnik, qui a aussi fait plusieurs records du monde, qui semble ne pas avoir de cage thoracique du tout et qui pourtant descend à 118 m de profondeur. Donc elle est à 12 m de là où va Alexey. Alexey a des cuisses similaires à celles d’Alberto Tomba à l’époque. C’est à dire deux ou trois fois le diamètre de ma cuisse. Et Alenka, elle est montée sur des cures dents. Et puis là, on est dans des disciplines où il y a un gros investissement physique aussi, au sens lactique. Donc l’effort musculaire fourni est extrêmement important.

Phil: Par contre, la plongée la plus profonde de tous les temps, qui a été réalisée par Herbert Nitsch, qui est incontestablement le plus grand apnéiste de tous les temps. Le seul à avoir eu des records dans toutes les disciplines, indifféremment de profondeur ou piscine dynamique ou piscine statique, il a été à 250 m de profondeur.

300 m une profondeur limite

Phil: Physiologiquement, Herbert a toujours revendiqué que l’homme pouvait aller à 300 m de profondeur. Mais là, en terme d’effort, on n’est pas dans la même catégorie parce que c’est une descente qui est assistée par une gueuse et une remontée qui est assistée par, dans le Grand bleu on voyait des systèmes de ballon. Dans les dernières tentatives que Herbert a fait, il avait mis au point des systèmes de treuils ultra rapides pour assurer sa remontée. Donc, physiologiquement, on sait que 250 m et davantage sont possibles au niveau des possibilités du corps humain.

Juliette: Mais quand tu descends aussi bas, quand tu remonte, tu remonte avec des stops ?

Phil: Alors déjà il n’y a pas de généralités parce que Herbert a été le seul à faire cela . Depuis le milieu des années 2000, il n’y avait plus que lui qui faisait ça. Avec le dernier record du monde en 2012. J’avais le privilège d’être son photographe et son bloggeur à l’époque, donc j’ai vécu ça vraiment de l’intérieur. Herbert, lui, avait une gestion de sa plongée dans laquelle la gueuse commençait à ralentir à 40 m de la surface, pour s’arrêter à 20 m sous la surface. Là, il faisait encore un pallier de décompression, mais toujours en apnée. Avant de finir sa remontée à la brasse. Et une fois qu’il avait validé le protocole, la petite séquence qui doit être réalisée devant un juge en surface pour valider le record, il redescendait faire un peu de paliers à l’oxygène pur. Parce que sur ce type de plongée à des profondeurs extrêmes, avec des remontées extrêmement rapides, on peut se trouver confronté à des pathologies un tout petit peu similaires à l’accident de décompression.

Les réactions physiologiques durant l’apnée

  • Bradycardie
  • Vasoconstriction périphérique
  • Hyper-activation de la rate
  • Erection pulmonaire

Juliette: Est-ce que tu t’y arriverais simplement, je sais que ce n’est pas forcément simple à expliquer, ce qui se passe au niveau physiologique, lorsqu’on se met en apnée?

Phil: Alors oui. C’est quelque chose qui est assez amusant parce que parfois, les médecins généralistes sont prêts à donner sans réflexion autres un certificat médical pour de la plongée bouteille parce qu’ils disent: « Tu n’es pas cardiaque, tu n’as pas de problème pneumologique, tu n’as pas de problème d’asthme … Donc tu peux faire de la plongée en bouteille ». Et lorsqu’on évoque la plongée en apnée, ouh là là! Mais alors là, c’est autre chose. Et en fait, ce qui est étonnant, c’est que nous n’avons jamais été conçu pour respirer sous l’eau alors que l’apnée est inscrite dans notre patrimoine génétique. On partage avec les mammifères marins une physiologie dans laquelle le fait de suspendre notre respiration amène le cerveau à enclencher des mécanismes d’urgence.

Phil: La première chose qu’il va faire, c’est la bradycardie. Donc on ralentit le rythme cardiaque parce que ça va ralentir la diffusion du sang à travers l’organisme, donc cela va ralentir la consommation de l’oxygène.

Phil: Dans un deuxième temps, il va enclencher une vasoconstriction périphérique « Blood shift » en anglais, un transfert sanguin. C’est-à-dire qu’il va identifier toutes les parties du corps qui n’ont pas besoin du sang et de l’oxygène. Les extrémités en particulier. Et il va rapatrier ce sang en direction des organes nobles.

Phil: Dans un troisième temps, il va y avoir une hyper-activation de la rate qui contribue à la production des globules rouges, de l’hémoglobine et donc au transport de l’oxygène à travers le flux sanguin. Ce produit également, ce qu’on appelle une érection pulmonaire. C’est à dire qu’en fait, avec l’apnée, on va créer une surpression sanguine qui fait que les alvéoles pulmonaires vont aussi se dilater. Ce qui va améliorer le transfert et l’échange gazeux qui se réalise dans l’organisme.

Phil: Et cela se produit déjà à sec. Quand on va dans l’eau des micro-récepteurs qui sont sur le visage, transmettre l’information au cerveau : Attention, non seulement on ne respire pas, mais en plus, même si on voulait respirer là tout de suite, on ne pourrait pas parce qu’on est immergé. C’est ce qu’on appelle le réflexe du mammifère marin ou réflexe d’immersion. Et là, tous les phénomènes physiologiques dont on vient de parler vont encore être intensifiés par le fait que le cerveau est conscient du fait qu’il n’a pas accès à l’air libre.

Les contre-indications à l’apnée

Juliette: Y-a-t-il des contre-indications à l’apnée ?

Phil: Pas réellement, parce qu’en fait, au travers du travail respiratoire qu’on fait pour l’apnée, il n’y a aucun organe, cerveau comprit qui ne sont pas bénéficiaires du travail qu’on réalise. C’est-à-dire que même sur des pathologies d’asthme, même sur des pathologies post Covid, comme je traite beaucoup aujourd’hui, il n’y a aucune contre-indication. Il n’y a rien qui dit « non, l’apnée serait mauvaise pour vous ».

Juliette: Après, j’aurais tendance à dire que le travail de l’apnée est de toute façon adaptatif. Souvent le commun des mortels voit l’apnée comme : « Je bloque tout et je reste le plus longtemps possible ». Alors que c’est beaucoup plus complexe que ça. Comme tu l’as dit, il y a le statique, il y a le dynamique, il y a la profondeur. Donc on adapte, si on ne peut pas subir la pression et bien on reste en statique. On se rend compte si quelque-chose ne va pas, si on doit faire des adaptations …

Phil: On le voit au travers des disciplines, que ce soit dans les compétitions mais aussi dans la pratique de vous et moi. On voit très bien qu’il y a des gens qui vont avoir un plus grand talent pour l’apnée statique. Ce sont des gens chez qui ce côté méditatif, ce côté mode avion du cerveau va s’enclencher plus rapidement. Puis, par exemple, des gens qui viennent de la nage ou qui viennent du triathlon, qui viennent de la pratique de la haute montagne, qui sont très habitués à un effort musculaire, mais en situation hypoxique et lactique; eux ils vont davantage se retrouver dans le côté dynamique. Le côté où il y a un mouvement, il y a une technique, il y a une concentration sur ce que fait le corps. Qui fait que là, je suis plus à l’aise que dans cette immobilité.

Phil: Et puis la profondeur, c’est ce qui amène le plus de contraintes, notamment par la problématique de l’équilibrage. La pression augmentant, on doit équilibrer le poids de l’eau qui va exercer une pression sur les oreilles. On doit le compenser avec des techniques d’équilibrage qui, en gros, consistent à envoyer de l’air par l’intermédiaire des trompes d’Eustache dans l’oreille interne pour rééquilibrer la membrane du tympan. Il y a des gens chez qui ces problématiques là les limites en profondeur. Et il y a même des gens qui parfois, après 4 ou 5 m, ça ne passe pas. Il n’y arrive pas. Mais, ça aussi, ça peut se travailler parce qu’il y a aussi des exercices spécifiques qui vont permettre un élargissement, voire un relâchement des trompes d’Eustache. Et qui, avec le temps, font que même ceux qui avaient des blocages là-dessus vont pouvoir y arriver.

Débuter par un encadrement et ne jamais pratiquer seul

Juliette: Tout ce travail doit se faire de façon encadrée! En fait, il faut être encadré pour pouvoir connaître les exercices, y aller progressivement et ne pas se retrouver dans une situation délicate.

Phil: Alors déjà, on a une règle de base dans l’apnée et de toute façon, c’est notre mantra, c’est qu’on ne pratique jamais l’apnée seul dans l’eau. C’est vraiment la règle de base. On a vu des gens qui étaient plus que des athlètes de pointe, on a vu des gens qui détenaient des records du monde, mourir parce qu’ils étaient seuls dans l’eau, ce qui n’a pas énormément de sens. Donc déjà, on est toujours au minimum deux.

La pratique de l’apnée se réalise minimum à deux !

Phil: Après, c’est un peu, je dirais, comme énormément d’activités aujourd’hui, on peut avoir le sentiment que Ah mais j’ai vu une vidéo sur YouTube et ils font ça, et puis ils font ça, … Je pense que c’est une école qui peut être intéressante une fois qu’on a acquis les bases de l’activité. Mais au début, c’est indispensable à mon sens de passer par un encadrement, de poser les bases de la bonne manière. Aussi parce que cela va contribuer à la motivation. Parce que si on part sans quelqu’un qui nous aide à maîtriser les bases, on risque de rapidement heurter des murs et cela va nuire à la motivation. Alors qu’avec le bon encadrement, on se rend compte dès une initiation que l’on peut avoir des capacités largement supérieures à ce qu’on pensait. Et, ainsi avec l’encadrement, progresser, se développer.

Phil: Il y a un autre côté aussi dans le rapport à l’encadrement. Ce matin, par exemple, j’étais à l’entraînement, à la piscine. On est un groupe d’une douzaine de personnes, il y a donc aussi un côté communautaire, le rapport humain. C’est vrai qu’en apnée, un peu comme en escalade par exemple, au moment où je suis dans mon exercice, je suis foncièrement individualiste. Mais je ne peux réaliser mon exercice que parce que je sais qu’il y a quelqu’un qui assure ma sécurité, et qui veille sur moi. Donc moi, j’aime bien dire que l’apnée, c’est probablement le sport individuel le plus collectif au monde. Il y a donc dans l’apnée, tout le côté humain et rapport humain. Et comme très vite, ça va s’associer à un style de vie, on se retrouve dans une communauté de gens avec qui on a des affinités et cela permet aussi de déconner, de faire la fête, d’être bien.

L’apnée, le sport individuel le plus collectif au monde.

Juliette: Et de partager !

Juliette: Moi, ce que j’aime bien aussi, c’est toujours de dire OK, YouTube, c’est intéressant, ça doit donner des idées. Mais comme tu le dis, il faut qu’il y ait un encadrement à la base pour aussi se connaître, se découvrir. Et savoir sentir au niveau de la sécurité: où est-ce que je peux aller, où est-ce que je ne peux pas aller. Et ça, je ne pense pas qu’on puisse le découvrir si on n’a pas été encadré, et ce pour n’importe quel sport au départ. Apprendre a ressentir les choses, a ressentir le sport, et comment les choses doivent se passer. Donc il y a l’aspect communauté et l’aspect sécuritaire.

Phil: Oui, après YouTube, c’était quelque part le premier grand acteur de l’Internet où tout le monde peut avoir accès gratuitement, qui est devenu par extension les réseaux sociaux. Sur YouTube comme sur les réseaux sociaux, il y a des choses très très bien. Et puis on a pu le voir ces dernières années, qu’est-ce qu’on nous disait au mois de février? C’est que tous les experts du Covid qui sont au chômage, vont devenir des experts de la guerre en Ukraine. Donc voilà, il y a aussi ce côté là. Effectivement je pense qu’il est plus intéressant de rejoindre des groupes de discussion qui ont un peu pris la place de ce qu’étaient les forums sur Internet à un certain moment. Mais dans ces groupes, on voit aussi toujours qu’il y a des voix dominantes. Alors il y a des voix dominantes, crédibles parce qu’elles ont quelque chose à leur actif. Et puis il y a juste les voix dominantes qui sont les mêmes que sur les terrasses de bistrots. C’est juste ceux qui parlent plus fort que les autres.

Phil: Donc oui, l’accompagnement est d’autant plus essentiel que, typiquement, sur un stage d’initiation, je ne vais pas avoir plus de six participants alors que la demande est plus importante. Mais je limite à six, parce que cela va me permettre d’accorder à chacun une attention individuelle. J’enseigne aussi le yoga et ça rejoint un peu à la même chose. Tu peux avoir une salle avec quinze personnes qui suivent un cours, mais ma proposition, elle, n’est pas formulée d’une manière unique et chaque posture qu’on va réaliser, comme chaque exercice que l’on va réaliser, va être adaptée en conséquence à la personne. Et dans un groupe d’apnée, on peut avoir des gens qui recherchent davantage la performance. On va les pousser davantage. Et on peut avoir des gens qui sont beaucoup plus là pour le côté bien-être. On peut formuler la même proposition, mais de manière différente, pour répondre à différentes envies.

Juliette: En fait, tout le monde peut faire de l’apnée. A-t-on besoin d’une capacité particulière?

Phil: Absolument aucune.

Les enfants et la pratique de l’apnée

Juliette: Il y a des précautions particulières par contre, pour les enfants ou pas du tout?

Phil: Alors la particularité avec les enfants, médicalement, ce à quoi on va être attentifs déjà, c’est qu’il n’y ait pas d’asthme infantile. Souvent, il y a des formes d’asthme qui se résorbent à l’adolescence. Auquel cas on y sera attentif. Et peut être qu’on intègrera la notion de l’asthme au moment où on réfléchit à la proposition qu’on va formuler.

Phil: L’autre côté chez les enfants … On a une fille, Kim, dans notre groupe qui a douze ans. Alors c’est vrai que physiquement, elle en paraît bien davantage. Mais c’est la première fois que je vois une enfant de douze ans qui demande à faire de l’apnée statique. Et c’est vrai que d’habitude, on va éviter le mélange adultes enfants. Parce que l’enfant va davantage se réaliser dans quelque chose qui est ludique, où il y aura beaucoup plus de mouvements.

Phil: Il y a aussi ce qu’on appelle le « mermaiding », « mermaid » la sirène avec les petits collants en queue de poisson. Ça, ça rencontre aussi un grand succès aujourd’hui. C’est une autre manière d’aller vers l’apnée, mais qui peut correspondre beaucoup mieux justement au besoin de jeux des enfants. Alors que notre public d’adultes, il a ce côté, recherche de la pratique méditative ou recherche de l’effort. Mais un enfant, à mon sens, ne devrait pas forcément être poussé dans cette recherche là. L’avantage peut-être, c’est que si on pousse un enfant dans une activité qui se déroule dans l’eau, au moins il n’y aura pas d’impact sur le corps, comme il peut y en avoir dans d’autres sports dans lesquels on pousse les enfants.

La syncope en apnée

Juliette: Quand tu fais de l’apnée, et que tu restes un petit peu trop longtemps. On peut observer parfois des malaises. Comment on les explique? Est-ce que c’est grave? Qu’est-ce qu’on doit faire à ce moment là?

Phil: Alors il y a tout un chemin qui va se produire dans une apnée. Si on prend un peu l’apnée statique comme référence, parce-que c’est quand même la discipline dans laquelle on apprend à maîtriser le phénomène. Donc, on a d’abord une phase qui est dite de bien-être. Habituellement, l’être humain respire une quinzaine de fois par minute, voire une vingtaine de fois par minute, ce qui veut dire toutes les 3 à 4 secondes. A partir du moment où on interrompt notre respiration 20 ou 30 secondes, on n’est pas du tout dans la performance. Mais le Cerveau s’interroge. 30 secondes, tout le monde les fait facilement. Mais on est déjà dans une envie de respirer, c’est-à-dire que le cerveau se dit ?

Juliette: Mais qu’est-ce qui se passe?

Phil: Et puis, au fur et à mesure qu’on reste dans l’apnée, on va consommer l’oxygène qui est présent dans notre organisme. On ne renouvelle pas le stock d’oxygène. On génère du CO2, du dioxyde de carbone. Et en fait, le dioxyde de carbone va être pour notre cerveau l’indicateur d’un problème. C’est-à-dire que ce n’est pas la défaillance en oxygène qui va amener le besoin de respirer, c’est la saturation en dioxyde de carbone qui va amener ce besoin.

Ce n’est pas la défaillance en oxygène qui amène le besoin de respirer, mais la saturation en CO2.

Phil: Un parallèle avec la jauge à essence de la voiture. Le voyant s’allume, on n’est pas en panne. Si on accélère, on a moins de kilomètres à disposition. Si on lève le pied, on a plus de kilomètres à disposition. Donc chez nous, quand on reste un certain temps, les taux de dioxyde de carbone augmentent pendant que les taux d’oxygène diminuent. Et cela fait résonner cette alarme dans le cerveau. Là, on va rentrer petit à petit dans une phase qu’on va appeler la phase de lutte. On est dans le fuir ou combattre. Le cerveau va alors envoyer des messages neurologiques, et il va commencer à tirer sur les intercostaux. Il va chercher à nous faire soulever le diaphragme pour expulser ce CO2 qui le perturbe.

Phil: Dans la phase de lutte, on va être confronté à des contractions. Donc vraiment le diaphragme et on bloque tout, y compris la glotte. On est en laryngospasme, donc la glotte est aussi bloquée. On ne laisse rien sortir. Et si on arrive à poursuivre et poursuivre et poursuivre, eh bien, au bout d’un certain temps, puisqu’on a ignoré l’alarme qui s’allumait et qu’on a continué à rouler, à rouler, à rouler, à rouler. Tout d’un coup, on va rentrer en perte de contrôle moteur. Donc le cerveau dit « bon Bah là, moi je déconnecte tout ce qui ne sert à rien ». Le corps va petit à petit, peut-être avoir deux ou trois spasmes … Et derrière on arrive sur la syncope. Donc perte de connaissance hypoxique, défaillance d’oxygène. Il n’y a plus que le cerveau et le cœur qui continuent à tourner. Tout le reste s’arrête. Et c’est une des raisons qui fait qu’il ne faut jamais faire de l’apnée tout seul dans l’eau. Si on est accompagné à ce moment là, la syncope est sans danger. Si on n’est pas accompagné à ce moment là, ça peut très vite devenir une noyade.

Juliette: Comment l’accompagnant doit-il réagir?

Phil: Il faut simplement ramener la personne dans une position. Donc si on était en apnée statique, c’est un geste très simple qui consiste simplement à retourner la personne. Retirer le masque ou le pince nez. Donner des petites gifles, souffler en direction des voies respiratoires. Dire à la personne respire, respire. Et en général, au contact de l’air libre, le réflexe respiratoire se rétablit. Dans une syncope très marquée, on fera peut-être juste une insufflation pour relancer la mécanique respiratoire et ça repart sans souci.

Juliette: OK.

Phil: Par contre, la personne qui aura syncopée sera incapable de vous dire ce qui s’est passé. A partir du moment où le cerveau va partir en direction de la perte de contrôle moteur ou de la syncope, déjà à ce moment là, il arrête les disques durs et on n’a pas mémoire du moment où on passe à la syncope. Et c’est là où, par rapport à des pertes de connaissance que l’on peut avoir suite à une chute de tension, sur la fin d’un hyper-effort comme un marathon, la syncope en apnée ne prévient pas. Il n’y a pas un moment où on peut dire « Ah, je vais syncoper. Bon bah, je vais remonter d’abord ». Parce que cela ne prévient pas du tout.

Juliette: D’où l’importance d’être plusieurs. Quel est le temps de récupération après une syncope? La personne qui fait une syncope, peut-elle refaire de l’apnée le lendemain?

Phil: En général, on interdit 24 h. On se dit simplement bon gré mal gré, ce n’est pas grave, ça n’a pas de conséquences. Mais il y a eu un choc physiologique quand même pour que le cerveau dise « attend là moi j’arrête tout ». C’est comme, lorsqu’on a tiré la prise de l’ordinateur. Il faut laisser rebooster un petit peu. Donc là, on dit 24 h, tu ne refais pas d’apnée et après ça, ça va.

Juliette: Il faut prendre conscience de l’importance de la progression dans l’évolution du sport. Ne pas se dire « je force, je force, je force »…

Phil: Il faut apprendre à se connaître. Pendant une partie de ma vie, je pratiquais la haute ou la très haute montagne. J’ai pu aller à 7000 m sans souci. Et puis une autre fois, à 4005 m , on cale et on n’arrive plus à mettre un pied devant l’autre. Parce qu’on est dans une relation tellement intime avec notre corps, dans des activités comme ça, que tout va influencer: l’état de fatigue, l’état de bien-être mental. L’alimentation joue un rôle énorme dans notre pratique également. On peut être capable de 6 min de statique un jour. Et puis la semaine d’après, à 4.30 min, tout devient incroyablement compliqué.

L’alimentation avant la pratique

Juliette: On évite de manger avant d’aller faire de l’apnée?

Phil: Oui.

Juliette: Combien de temps avant?

Phil: Par exemple, si on a un entrainement comme nous, les entraînements à 8h30 le matin, on va dire: ou pas de repas du tout, surtout de l’hydratation, ou alors typiquement un fruit. Comme une banane, parce que ça ne prend pas beaucoup de place. Ça ne va pas avoir un poids dans l’estomac, qui va compliquer la digestion. Étant donné que la digestion est un très gros consommateur d’énergie. Et que nous, on a besoin d’être vraiment bien dans toute la zone ventre – diaphragme. On a besoin de pouvoir être complètement relâché. Ou certaines barres énergétiques. Pas celles qui sont pleines de sucre et de graisses. Il y en a qui sont très saines ou des fois « do it yourself » avec des dattes, des amandes ou des choses comme ça, si on sent qu’on a vraiment besoin de l’apport calorique. Mais en général, si on a fait un repas correct le soir d’avant, on pourrait même se passer de nourriture toute la journée, ne manger qu’à la fin de la journée. L’hydratation serait importante, notamment pour le côté lactique et pour éviter les crampes.

Les pertes caloriques et hydriques

Juliette: Y-a-t-il des pertes caloriques ou des pertes hydriques importantes durant l’activité?

Phil: Alors il y a les deux. Les pertes caloriques, déjà, parce qu’on porte des combinaisons en général, dès qu’on est dans une eau dont la température n’est pas d’au moins 32-34 degrés. On sait qu’il y a une différence entre la température centrale du corps et le fait qu’on est complètement immergé. On est entouré d’un cocon qui est d’une température différente de la nôtre. La combinaison va nous protéger en partie du froid. Mais c’est quand même une des activités dans laquelle on va avoir une consommation calorique très importante, alors que l’effort, lui, ne semble pas si important que ça.

Phil: Et puis, c’est pour ça qu’on dit aussi de faire attention au niveau de l’hydratation. Boire trois litres d’eau avant d’aller dans l’eau, ça ne sert à rien. On a un réflexe naturel qui s’appelle la diurèse d’immersion. Là aussi, c’est le choc thermique au niveau des organes internes qui fait que si on a bu trois litres avant, on va beaucoup uriner. Il est plus important de se réhydrater ensuite. C’est là que le corps en a le plus besoin. Et éventuellement moi des « bypasse » que j’ai trouvé, c’est de consommer un demi litre avant l’entraînement. Avec un mélange de type de boisson isotonique. Mais au lieu de le prendre en iso, je vais le prendre en hypotonique, c’est-à-dire que je vais ne mettre que la moitié du dosage recommandé. Là c’est aussi pour le côté sucres, acides aminés, pour maintenir les selles et éviter justement de trop uriner ou de trop perdre aussi sur les sels minéraux, et ces choses là.

Les 4 phases respiratoires

Juliette: Vous faites beaucoup de travail respiratoire. Il y a différentes techniques, je présume.

Phil: C’est le cœur de ce qu’on fait.

Juliette: Alors on ne va pas faire un cours sur toute la respiration, ça va être trop long. Mais est-ce que tu peux expliquer les différents types globalement de respiration?

Phil: Il y a quatre phases de la respiration pour l’apnée. Il y a une première phase qui est une phase qui vise à aller vers le lâcher prise, le relâchement, le ralentissement du rythme cardiaque. Cette respiration là, elle va se situer dans la partie basse des poumons. On va parler d’une respiration ventrale ou abdominale à mettre entre guillemets parce qu’on respire dans les poumons. On ne respire pas dans le ventre, donc c’est quand même une respiration forcément pulmonaire. Des fois, on utilise le terme respiration diaphragmatique, mais par défaut, la respiration est diaphragmatique. Donc de nouveau… Moi je dis respiration basse simplement. L’idée c’est de dire que si j’ai une main qui se place sur le haut de la poitrine et une main avec le pouce au niveau du nombril, tout simplement, pendant cette ventilation, la main supérieure ne bougera pas et uniquement … (voir vidéo). Et de fait, en restant sous la zone des basses côtes, on évite de créer une stimulation cardiaque. Comme cela se fait systématiquement dans la respiration thoracique normale chez les adultes en position verticale. Du coup, le rythme cardiaque va pouvoir ralentir, se stabiliser, ralentir, se stabiliser… Et comme le cœur est le moteur de l’organisme, si on ralentit le rythme cardiaque, automatiquement, on ralentit tout le métabolisme. On va ainsi vers ce côté calme, méditatif, lâcher prise. Concentration des pensées sur la respiration qui devient déjà une activité de type méditatif.

Juliette: Donc le but principal sur cette respiration là, ce n’est pas de vider l’air, c’est de baisser ton rythme cardiaque et de faire une mise au calme.

Phil: En ayant toujours des expirations prolongées pour favoriser l’expulsion du CO2. Et puis différentes méthodes sont préconisées. Moi, au début, j’essaye toujours de dire, « au début fait le plus simple ». Après, quand tu apprendras à connaître, tu peux voir d’autres manières de faire.

Phil: Avant l’apnée, on va prendre une inspiration finale qui, elle, va chercher à emplir toute la cage thoracique. Donc, si on reprend le même principe des deux mains posées comme cela (voir vidéo). On vide complètement. Et en partant du ventre on inspire. Donc l’inspiration finale, c’est la phase deux.

Juliette: Donc tu es en train de gonfler au départ du ventre pour regonfler vers tout le thorax. OK.

Phil: Il y a vraiment une prise de conscience qui se pratique par le travail d’autres techniques de respiration aussi. Du fait que le volume pulmonaire est beaucoup plus important que ce qu’on soupçonne. Un adulte comme moi, si je n’avais pas l’entraînement que j’ai, j’aurais une capacité pulmonaire de quatre litres en moyenne. Le volume courant… (Bruit des vagues sur le lac en fond sonore)

Juliette: La nature nous parle.

Phil: C’est l’ambiance. Le volume courant, c’est ça. C’est un petit mouvement de 0,2 à 0,3 litre. La capacité pulmonaire totale, si elle est de 4 litres, ça ne sert à rien pour une apnée de jouer… Et c’est là où justement, parfois sur YouTube par exemple, les gens y voient des trucs comme la technique de la carpe. Technique qui est utilisée à très haut niveau. Qui consiste, après avoir fait le plein de la cage thoracique, à faire encore des succions avec la bouche pour encore comprimer, comprimer, comprimer. Herbert dont je vous parlais tout à l’heure, il rajoutait quatre litres en carpant avant une apnée. Mais si on observe le langage corporel, ça ressemble à ça (voir vidéo).

Phil: Et là, le commun des mortels ne peut pas être détendu. C’est impossible. Si on crée une surpression comme ça dans un organisme qui n’est pas entraîné, à peine va-t-on bloquer la respiration, qu’on aura envie de tout laisser sortir. On va donc viser chez les débutants, mais même chez les pratiquants réguliers, 60-65 % de la capacité pulmonaire totale, on peut ainsi être relâché. Et déjà là, on arrive à des performances qui sont surprenantes par rapport à ce que les gens pensent pouvoir faire.

Phil: Donc on a le relâchement, l’inspiration finale, la phase de non respiration et ensuite on a une respiration de récupération à la sortie de l’apnée. Donc, on commence par l’expiration pour éliminer le CO2 et ensuite on va faire trois respirations ou l’inspiration comme l’expiration vont être actifs (voir vidéo). Et après on peut dire « I am ok », tout va bien. Et si on a un oxymètre au bout du doigt, on se rend compte qu’on a pu descendre à une saturation en oxygène de 50-60 %, peut-être pendant une longue apnée statique. Et avec cette respiration de récupération, en trois mouvements respiratoires, on est revenu à 100 %.

La pratique de l’apnée en complément de son sport

Juliette: Qu’est ce que tu penses de la pratique de l’apnée chez les sportifs de plus ou moins haut niveau, mais dans d’autres sports, pour améliorer leur sport? Là, moi, je le vois plus sur cette notion de gain en niveau des capacités physiologiques, et peut-être des capacités mentales aussi.

Phil: Oui, il y a énormément d’aspects qui vont jouer. Enormément d’apnéistes vont se tourner vers des activités comme le yoga. Donc ça veut dire qu’on va travailler sur la souplesse. On va travailler sur une meilleure qualité de fibres musculaires et une meilleure oxygénation des fibres musculaires. On va apprendre à notre corps à mieux exploiter l’oxygène à la disposition. On va augmenter la capacité thoracique parce que finalement, on parle de cage thoracique. Donc vraiment, nos poumons y sont enfermés, protégés aussi, mais enfermés dans cette cage thoracique. En augmentant la capacité thoracique, on augmente la capacité respiratoire totale. Ça, c’est quelque chose qui peut être bénéfique dans de nombreux autres sports.

Phil: Ensuite, on rajoute le travail mental. C’est-à-dire, tout en nous dit « je ne peux plus » et pourtant je peux encore. Donc ce côté de dépassement de soi et d’interactions avec un cerveau qui nous dit « T’es cuit, tu ne peux plus, arrête ». Et le mental qui va nous dire « cerveau, je sais que tu fais ton job, je sais que tu veux mon bien, je sais que tu es mon ami, mais on sait tous les deux qu’on n’est pas encore complètement au bout. Donc on va continuer encore un petit peu ». Il peut y avoir une interaction entre plusieurs sports comme l’apnée et d’autres sports où on pousse très loin dans l’effort. Je cite très souvent le marathon, le triathlon, la très haute montagne, parce que c’est peut-être là, où on va le plus retrouver ce côté effort hypoxique et dépassement de soi.

Phil: Le mental va jouer un rôle dans tous les sports. Mais quelqu’un qui fait une course, qui est basée sur la vitesse, comme la natation ou le 100 m, il est dans un effort explosif. Son mental, il est déterminant avant le départ. Pendant la course, le mental n’existe plus. Alors que des activités dans lesquelles on est, nous. Le rapport entre le corps et l’esprit, il est déterminant pour poursuivre l’effort. Parce qu’on est dans quelque chose qui va plus vers l’endurance. Même si en apnée, on n’est pas sur les 2 h d’un marathon, on est bien d’accord. Mais on se rapproche beaucoup plus du sport d’endurance. On se rapproche beaucoup plus du conflit de l’alpiniste qui doit faire cinq pas, s’arrêter pour respirer 5 min. Dire « Mon Dieu, je n’en peux plus, je vais redescendre ». Et même sans s’en rendre compte, il est tellement mentalement habitué à cela, qu’il refait les cinq pas suivants et que tout d’un coup il est au sommet.

Les exercices spécifiques aux apnéistes

Juliette: Dans le cadre des apnéistes « purs », est-ce que vous faites des exercices à sec spécifiques? Certainement des exercices respiratoires, ça c’est clair. Mais au niveau physique, le yoga pour la souplesse, … Mais est-ce que vous faites du renforcement musculaire? Est-ce que vous avez un entraînement spécifique pour améliorer vos capacités?

Phil: On a vu petit à petit qu’il y a un peu de deux catégories. Il y a effectivement des gens qui s’entraînent, par exemple avec Alexey Molchanov, vice champion du monde et recordman du monde en profondeur, lui a un bagage qui est la natation. Tout petit, il nageait. Sa mère était nageuse d’élite. Sa mère a été la plus grande apnéiste féminine de tous les temps. Il a pris la relève. Donc lui, c’est piscine, piscine, piscine, piscine et énormément d’entraînement en piscine. D’autant plus qu’en vivant à Moscou, il n’y a pas une mer chaude à côté de la maison.

Phil: Dans d’autres écoles, par exemple, si on prend l’école du sud de la France avec des références comme Guillaume Néry, Morgan Bourc’his, des gens qu’on voit régulièrement aussi dans les médias. Eux se tournent énormément vers CrossFit. Mais essentiellement avec un travail en poids de corps. Parce qu’on ne veut pas augmenter la masse musculaire pour l’apnée. Beaucoup de travail sur le cardio avec le trail, le vélo, la course à pied. En terme de travail musculaire, on va beaucoup travailler sur la qualité des fibres, mais on ne recherche absolument pas la masse. C’est-à-dire qu’on est un peu comme des grimpeurs. On va chercher le meilleur rapport poids-puissance, mais sans augmentation de la masse musculaire. Puisque le muscle est le premier consommateur d’oxygène. Et comme on va déprimer le corps d’oxygène, on ne va pas rajouter des consommateurs.

Juliette: Les apnéistes professionnels ont une grosse surveillance de leur poids?

Phil: On porte des combinaisons tellement moulantes que je crois qu’on se rend vite compte. Si la combinaison est plus dure à mettre, c’est un signe. Oui, on surveille tout. On surveille un peu comme dans tous les sports arrivés à un très haut niveau. Il y a aussi un côté être accompagné par les bonnes personnes, qui peut jouer un rôle très important. Beaucoup vont avoir des préparateurs physiques, des contrôles réguliers, peut-être un accompagnement physio, ostéo. On n’a pas tout à fait les mêmes terminologies en France et en Suisse. En France, beaucoup de gens disent j’ai un kiné. Et en fait le kiné, c’est chez nous, le physio. Alors que chez nous, un kinésiologue, c’est quelqu’un qui travaille sur quelque chose de complètement différent. Ça n’a rien à voir avec la gestion, l’entretien du corps.

Phil: Donc oui, on va trouver la présence de ces gens là dans notre sport aussi. Et en plus des préparateurs physiques, pour certains athlètes, le déclic va se faire avec la rencontre avec un préparateur mental, qui va savoir appuyer sur les bons boutons.

La nutrition

Juliette: Et au niveau de la nutrition. L’apnée est quand même proche de la nature, de la concentration sur soi, de la méditation. Donc cela amène forcément à l’aspect nutritionnel. Ou peut être pas?

Phil: Mais si, si ..

Juliette: Qu’est-ce que je mange? Est-ce que c’est sain? Comment je digère?

Phil: Il y a tout ce côté là. Je suis avec mon ami Nik Linder, qui est un multiple recordman du monde, on est auteur de plusieurs ouvrages sur l’apnée. Je suis un mauvais commerçant. J’aurais dû le pitcher avec la couverture. Là, je n’ai pas pensé.

Juliette: On mettera les liens.

Phil: Et le chapitre cinq du livre qu’on a fait, qui s’appelle l’apnée, commence par cet aspect là, la nutrition. C’est déterminant parce que dans certaines classes de la société, les gens disent « tu es ce que tu conduis ». Nous, on va plutôt penser « on est ce qu’on mange ». Dans le lien avec la nature, mais aussi pour la qualité nutritive, énormément d’apnéistes se tournent vers l’alimentation végétarienne. On élimine énormément la viande. Par conscience écologique parfois, mais je dirais presque la plupart du temps, par conscience physiologique. On prend conscience qu’au niveau cardio-vasculaire, la viande n’amène rien du tout. On réalise que malgré ce qu’on essaye de nous inculquer encore maintenant, quand on vote pour le bien être animal ou des choses comme cela, que la protéine animale est indispensable à l’homme. Je dis toujours, mais l’animal que tu manges, lui, c’est nourri d’herbes. Donc ta protéine animale, c’est une protéine végétale qui a été recyclée. Et qui t’est resservie sous une autre forme. Mais, on a dans les lentilles, les pois, les haricots des concentrations de protéines qui sont largement supérieures à celles que l’on va trouver dans la viande. Donc beaucoup de gens s’éloignent aussi de la viande.

Phil: On va chercher dans l’alimentation tout ce qui va favoriser le transit intestinal. Parce que c’est vraiment important pour nous d’avoir un bon transit, de pouvoir aller à selle très régulièrement, de ne pas être encombré au niveau des viscères et des organes internes. On va beaucoup travailler sur la qualité des sels minéraux et des acides aminés. Evitez aussi certains produits comme le lactose, qui ont un impact sur les muqueuses, par exemple au niveau de toute la sphère ORL. Donc qui peuvent être source de problèmes au niveau de l’équilibrage pour les gens qui font de la profondeur. Et en général, s’orienter vers une hygiène de vie qui soit saine à tous les sens.

L’apnée un déclencheur du bien-être

Phil: C’est là où l’apnée peut être un déclencheur très intéressant. Je vois autour de moi énormément de gens qui avaient un certain style de vie et qui, au travers de l’apnée et de leur découverte de cette activité, du bien-être qu’elle procure, rentrent dans cette quête du bien-être.

Phil: Et réalisent que le bien-être passe aussi par l’alimentation, par la qualité du sommeil, par le repos mental, donc la déconnexion aussi. D’ailleurs, dans notre groupe, c’est notre slogan, on dit « l’apnée, ce n’est pas un sport, c’est un style de vie et ça rend les gens heureux ».

L’apnée, ce n’est pas un sport, c’est un style de vie et ça rend les gens heureux.

Juliette: Ça amène le bien-être!

Phil: C’est une source de bien-être étonnante. D’autant plus que typiquement, quand on est dans l’apnée statique, on peut passer par ce que j’appelle une forme de masochisme mental, le fuir ou combattre. Et on décide, et bien non, je vais combattre. Et ce qui est très difficile à décrire, c’est qu’on en ressort avec un bien-être incroyable. On avait l’année passée la RTS qui est venue faire un sujet pendant un stage d’initiation au bout du lac à Villeneuve. Ils ont interviewé des gens qui faisaient ça pour la première fois. Il y avait une participante, je trouvais qu’elle exprimait cela vraiment justement, elle disait « Mais je pensais que j’allais être dans le dur, dans la lutte, dans le combat. Et en fait non. Finalement, c’est hyper apaisant ». Et c’est vrai que ça peut être surprenant dans ce sens là. C’est ce côté, non être, lâcher prise, qui distingue peut-être l’apnée de tout autre activité. Moi, je dis toujours en rigolant, qu’on est les seuls sportifs qui peuvent s’entraîner allongés sur un tapis et rester crédible.

Juliette: Ça donne envie d’essayer!

Phil: Eh bien, il faut essayer!

L’initiation

Juliette: L’initiation, en général, elle se fait en piscine ou elle se fait au lac?

Phil: En piscine. Pour poser les bases. Si on n’avait pas de piscine, on pourrait être ici dans un mètre d’eau et on pourrait tout aussi bien le faire. Pour autant qu’on ait une combinaison et qu’on ne soit pas confronté au froid ou au choc thermique, qui peut induire une crispation. Donc on aura plus de mal à aller vers le relâchement.

Phil: On va toujours commencer en général par l’apnée statique, même si ce n’est pas la discipline dans laquelle on se réalise par la suite. Parce que c’est par ce biais là, qu’on va faire le lien entre intellectuellement: je sais ce qui va se passer dans mon corps, et maintenant, je le vis, et il y a ça qui est en train de se passer dans mon corps, je sais pourquoi ça se produit, je choisis d’accepter ces phénomènes. J’insiste toujours énormément dans les initiations, Je dis toujours sans vous faire violence vous allez rester 1.5min, 2 min en apnée. Si vous avez envie d’aller plus loin dans la violence, vous allez rester 3 min, 4 min. J’ai des gens sur une initiation qui dépassent les 4 min, mais sans s’en rendre compte. Ce sont ceux qui vont un peu plus dans le côté combattre. Mais déjà 1.5 min, on est dans l’extraordinaire.

Juliette: C’est la plus grande introspection, en fait!

Phil: Exactement! L’apnée statique, elle a cette valeur que c’est là qu’on fait le lien entre l’intellect, le corps et qu’on éduque le cerveau à accepter une chose sur laquelle il n’a habituellement pas besoin de réfléchir. Puisque dans la respiration on est dans le système sympathique. C’est quelque chose qui est naturel, induit et spontané. Et auquel on ne réfléchit pas. Par le biais du parasympathique, justement, on peut prendre contrôle, ralentir, contrôler, suspendre. C’est là qu’on rentre dans une activité où on ouvre un autre univers de découverte de soi-même.

Juliette: C’est quand même globable, parce que tu as: l’introspection, la mise en place d’un bien-être qui est censé grandir, et puis la maîtrise de soi, et de ton corps. C’est magique!

Une valorisation de soi-même

Phil: Oui, et il y a un autre côté qui est hyper important: c’est une valorisation. C’est une valorisation parce-que si notre ordinaire, c’est 15-20 respirations par minute. Je vois beaucoup de gens avec qui je travaille, hors apnée, spécifiquement des patients en clinique, c’est de 20 à 25 respirations par minute. C’est terrifiant! On ne bénéficie pas de l’apport en oxygène, on ne bénéficie pas de la production de CO2 qui va cumuler tout plein d’autres toxines, même les cellules grasses de l’organisme, et les expulser avec la respiration. On ne bénéficie pas des massages cardiaques, du massage des organes, de tout ce qu’on peut faire avec la respiration.

Phil: C’est une valorisation parce que si tu as pu faire 2 min d’apnée en ayant le sentiment que tu as retenu ta respiration pendant 30 s, que tu n’es pas entré dans une zone de souffrance extrême. Tu as réalisé quelque chose qui est hors de l’ordinaire. Donc on est du domaine de l’extraordinaire. Et on vit dans une société où, que ce soit dans le travail, dans le familial, beaucoup de gens, manque un peu de reconnaissance, de valorisation. Donc oui, il y a aussi un côté valorisation de soi-même, estime de soi, confiance en soi, qui peut être boosté par ce biais là.

Juliette: Valorisation de soi-même par soi-même en plus !

Wim Hof

Juliette: Pour finir, as-tu entendu parler de The Iceman?

Phil: Oui, Wim Hof. Oui, bien sûr.

Juliette: Qu’est-ce que tu penses de cette notion de thérapie par le froid? Il a fait pas mal de records en apnée, immergé dans de l’eau très très froide. As-tu un avis particulier sur ce sujet? On dévie un peu parce qu’on aborde la thérapie par le froid. Mais il utilise beaucoup la respiration et l’apnée.

Phil: On va faire de l’apnée sous glace aussi une fois par année ou des choses comme ça. Beaucoup d’apnéistes, déjà auparavant, pratiquaient le bain en eau froide, ou vont plonger toute l’année en milieu naturel. On a vu que pendant les phases Covid, avec les fermetures des piscines, il y a beaucoup plus de gens qui se sont intéressés à la baignade en eau froide.

Phil: Maintenant, là où on se rejoint, c’est dans l’utilisation de la respiration vers un objectif spécifique. J’ai vu des gens préparer l’Everest, par exemple, en utilisant Wim Hof. Aussi bien pour faire de l’acclimatation thermique que pour le travail sur la respiration, l’apnée, l’augmentation des concentrations d’oxygène dans l’organisme, la maîtrise cardiaque. Mais j’ai aussi vu des gens utiliser le yoga et la méditation dans cet objectif là.

Phil: Ce qu’il y a d’extrêmement différent, c’est que la méthode Wim Hof, ce type d’approche là, se base sur l’hyperventilation. Et pour nous, l’hyperventilation va complètement à l’encontre de ce qu’on fait. Parce qu’elle va induire une accélération du rythme cardiaque. Elle fausse les indicateurs du CO2. Elle active tout le système sanguin et musculaire. Donc elle va davantage utiliser d’oxygène à l’intérieur du corps. Et en ce sens là, même si pendant un temps, on a pu utiliser, je parle des années 70 peut-être encore, à l’époque des fameux duels entre Mayol et Maiorca… Maiorca, c’était vraiment ce côté (voir vidéo) hyperventilation. Vous avez cette scène mythique du Grand Bleu, où le Japonais se ventile de cette façon, et finit par syncopé en surface.

Phil: C’est vrai que lorsque Mayol est arrivé, il a amené, le zen, la méditation. Tout ce qu’on appelle « pranayama », maîtrise de l’énergie vitale. Les techniques respiratoires qui viennent de la science yogi qui est ayurvédique. Et il a clairement montré que c’est cette voie là qui est la bonne pour l’apnée qu’on pratique, nous.

Phil: Le dénominateur commun, c’est de dire que dans les deux cas, on va modifier notre respiration naturelle ou inconsciente avec un objectif spécifique. Par contre, les techniques appliquées ne sont pas du tout les mêmes.

Juliette: Elles sont limite contradictoires?!.

Phil: Elles sont opposées.

Juliette: Donc une personne ne peut pas pratiquer les deux? Ou peut pratiquer les deux, mais à distances l’une de l’autre?!

Phil: On peut tout à fait pratiquer les deux.

Juliette: Mais il faut avoir conscience que c’est opposé.

Phil: Voilà, mais ce sont deux travaux différents. Rien n’empêche un marathonien de faire du sprint. Donc c’est compatible. Le travail hyperventilatoire qui est pratiqué dans la méthode Wim Hof, à long terme, avec une pratique régulière, aura aussi des impacts comme l’assouplissement de la cage thoracique, la conscience des volumes pulmonaires. Puisqu’on est très conscient des volumes antérieurs les plus visibles. Mais on ne se rend pas compte que le volume postérieur est encore plus important. Beaucoup de gens disaient: « mais pourquoi on met les patients Covid à plat ventre pour les aider à respirer? ». Parce qu’en fait, la masse pulmonaire qui peut respirer sans pression de poids du corps est plus importante dans le dos. Donc ça va être plus confortable. Tout ça va aider aussi à une prise de conscience. Mais par contre, l’hyperventilation n’est pas l’amie de l’apnéiste, non.

Juliette: OK. Est-ce qu’il y a des choses que tu voulais rajouter sur l’apnée? J’ai l’impression qu’on a fait le tour.

Phil: On a déjà dit beaucoup de choses.

Juliette: Je pense aussi qu’on a dit beaucoup de choses, rien de plus?

Le message final

Phil: J’ai toujours la volonté, le besoin de rajouter le message final. On peut essayer tout seul. On peut s’entraîner un sec. Il y a même des applis pour les téléphones pour s’entraîner à sec et ainsi de suite. Mais voilà, n’envisagez jamais l’apnée tout seul dans l’eau. Il y a des gens de très, très haut niveau qui y ont laissé leur peau. Et pourquoi rendre morbide une activité qui en fait quelque part, est une célébration de soi, de notre corps, de ce que notre esprit est capable de faire, de ce qu’on est capable de faire dans l’association Corps et esprit? C’est une ode au lâcher prise. Pour moi l’apnée, c’est une forme de poésie du corps humain. Et je crois qu’effectivement, c’est tellement tout public que toute personne dont l’intérêt est titillé par le discours devrait venir essayer. Même ceux qui ne continuent pas dans l’apnée elle même. En général, ça va les amener au yoga ou à la méditation, ou à des prises de conscience de choses dont ils n’avaient pas conscience auparavant.

Juliette: Simplement à la recherche du bien-être.

Phil: Oui.

Juliette: Moi je dirais allez essayer! Merci.

Phil: Avec grand plaisir. Merci à toi.

Juliette: À bientôt

Le Kinesiotaping

Le kinesiotaping est un concept qui apparaît dans les années 70. Il est élaboré par le Dr. Kenzo Kase, Chiropracteur Japonais.

Les principes du kinesiotaping:

  • Techniques de taping supportant les muscles dans leur fonction
  • Techniques de taping permettant une liberté totale de mouvement
  • Techniques de taping favorisant un processus «d’autoguérison».

Ce type de bandage adhésif thérapeutique est un traitement de physiothérapie, qui a pour but de soulager la gêne fonctionnelle et la douleur dans les atteintes musculo-articulaires. Cette bande adhésive permettant une contention souple est aussi une technique de soutien, qui par tractions orientées sur la peau aurait une action favorable sur les systèmes circulatoires, lymphatiques et nociceptifs dermohypodermiques.

L’activité musculaire ne sert pas qu’au mouvement ! Elle est importante aussi pour favoriser les circulations sanguine et lymphatique, et la thermorégulation

Dr. Kenzo Kase

Les propriétés du KTape :

  • Le KTape n’est pas une contention classique
  • Il s’agit d’une bande de tape élastique en coton (les Leukotape K sont composés de 97% de coton et 3% de lycra)
  • Cette bande de tape élastique est élaborée avec un pourcentage de tension déterminé de 10%, ce qui correspond au pourcentage d’élasticité de la peau
  • Le KTape résiste à l’eau, a un pouvoir d’adhésion d’une semaine, et laisse respirer la peau
  • Il ne contient aucune substance médicamenteuse
  • Il ne contient pas de latex
  • La liberté de mouvement est respectée
  • Le patient ne perçoit plus la présence de la bande

Le KinesioTape stimule la fonction, est proprioceptif et ne limite pas (ou peu) l’amplitude articulaire

Les actions du KinesioTape

  • Facilite la circulation sanguine
  • Inhibe la douleur
  • Améliore l’efficacité musculaire
  • Support efficace à l’articulation
  • Action efficace sur les fascias
Le KTape faciliterait la circulation sanguine

Le KT augmenterait le flux sanguin après application des bandes. L’effet de traction sur la peau engendré par la pose du KTape, serait responsable d’une augmentation de l’espace sous-cutané. Avec le mouvement, l’alternance de pressions et décompressions, provoquerait une augmentation des échanges liquidiens et donc une résorption de l’œdème.

Le collage de la bande soulève la peau et crée des plis successifs, d’où :

  • Un volume augmenté entre la peau et la musculature
  • Une pression intra-tissulaire diminuée
  • Cela entraîne une régulation de la circulation lymphatique et sanguine, et une amélioration du métabolisme.
Le KTape permettrait d’inhiber la douleur

Les tractions orientées par les bandes agiraient sur les tissus aponévrotiques ainsi que sur les nocicepteurs situés dans ces mêmes tissus.

Le KTape appliqué sur la peau faciliterait un effet antalgique.

Le KTape améliorerait l’efficacité musculaire

La pose du KTape améliorerait les échanges liquidiens perturbés lors du traumatisme, et permettrait ainsi une normalisation de l’efficacité musculaire.

La tension et la direction du KTape appliquées sur les fascias du muscle donneraient un effet tonifiant ou détonifiant en fonction de la technique de pose.

Le KTape serait un support efficace à l’articulation

Le KTape appliqué sur la peau agirait comme facilitateur proprioceptif, par stimulation permanente des récepteurs cutanés. Une meilleure proprioception permettrait donc un meilleur contrôle articulaire..

Le KTape aurait une action efficace sur les fascias

Lors d’un stress ou d’un traumatisme, le fascia se met en tension, et perd de son élasticité. Cela engendre une augmentation de la pression intracellulaire, et des échanges liquidiens plus difficiles. En mobilisant les fascias le KTape favorise les glissements des différentes structures les unes par rapport aux autres.

Le kinesiotaping est une technique très utilisée en physiothérapie et dans le milieu du sport. Elle est sans danger, apporte de grands avantages avec peu voir pas de contrainte.

Vous pouvez retrouver dans la boutique de CapRol, le kinesiotape : Leukotape K

Les règles de base dans la pose du KTape

Le KTaping a été conçu par le Dr. Kenzo Kase dans les années 1970 dans le but de traiter les douleurs musculo-articulaires sans limiter les mouvements du corps humain.

Les règles de base pour poser le KTape:

  • Jamais de tensions sur les embases. On retire le KTape du film plastique et on pose sans tension l’embase sur la peau
  • On étend le reste de la bande avec une certaine tension. La difficulté consiste à trouver la bonne tension à appliquer à la bande

Quelle tension appliquer?

La tension de base est de 15-20%, et correspond à la tension d’origine sur le papier.

Une tension modérée de 50% est utilisée pour le drainage ou les lésions musculaires aiguës.

La tension sévère à maximale, de 75 à 100%, est une tension utilisée pour, les techniques ligamentaires, stabilisatrices, ou de correction mécanique.

Quelle direction donner?

En cas de contracture, d’élongation, de déchirure on utilise un montage inhibant (relâchant). Le KTape est alors appliqué de l’insertion distale vers l’origine proximale. Au préalable le muscle sera placé en position d’allongement en tenant compte de la douleur éventuelle. Dans ce cas une tension de base de 15-20% suffit. Il n’est donc pas nécessaire de tendre la bande puisque 15-20% correspond à la tension de départ de la bande.

Pour un montage stimulant (facilitant) utilisé par exemple avant un effort sportif, le KTape est appliqué de l’origine proximale vers l’insertion distale pour faciliter le travail musculaire. Au préalable le muscle sera placé en position d’allongement. Dans ce cas une tension de 25-50% sera utilisée.

Les avantages du Kinesiotape:

  • Confort liberté de mouvement
  • Douche sauna possible
  • Peu d’allergie cutanée
  • Peut s’appliquer sur les poils
  • Ne comprime pas les systèmes circulatoires

Le KT stimule la fonction, est proprioceptif, et ne limite pas ou peu l’amplitude articulaire. C’est un outil sans danger utilisé en physiothérapie et dans le milieu sportif.

Vous trouverez dans la boutique de CapRol, le leukotape K.