Le judo, bien plus qu'un sport - Podcast Santé Sport CapRol

 | 2022

Le judo, bien plus qu’un sport

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Les intervenant

Transcription du Podcast

Juliette: Bonjour et bienvenue sur le blog santé sport de CapRol. Aujourd’hui, nous allons parler du judo avec Florent Bron. Bonjour Florent, peux-tu te présenter stp ?

Florent: Oui, alors je m’appelle Florent Bron. Je suis professeur de judo diplômé, troisième dan de judo, je prépare mon quatrième dan. Je suis expert jeunesse et sport. Et je suis président et directeur technique du club de judo Budokwai Pully.

Le judo, un art martial.

Juliette: Le judo, c’est un sport, certes, mais c’est aussi un art martial. Est ce que tu peux nous expliquer à quoi correspondent les arts martiaux?

Florent: Tout à fait. Donc, le judo à la base, vient du jujitsu, qui lui même provient des samouraïs. C’est donc un art martial ancestral. Les samouraïs, lorsqu’ils tombaient de leurs chevaux, ont dû trouver des techniques pour se battre, pour continuer à se défendre. Ils ont développé des techniques de combat, qui étaient destinées à pouvoir vaincre leurs adversaires. Et puis, au fur et à mesure, au Japon, puisque le judo vient du Japon, il y a eu une transmission de ces arts martiaux dans différentes écoles. D’abord au jujitsu. Par la suite, Maître Jigoro Kano, le fondateur du judo, a créé le judo. Le judo à la base art martial, est devenu ce qu’on appelle un Shin Budo. Ce qui veut dire « la voie des arts martiaux modernes ». C’est aussi, à l’heure actuelle, un sport de combat qui est présent aux Jeux olympiques, notamment.

Shin Budo : La voie des arts martiaux modernes.

Le judo chez les enfants.

Juliette: A partir de quel âge, peut-on peut commencer le judo?

Florent: Alors cela dépend des écoles. Nous à Pully, on commence à partir de 6 ans. En général autour de 6-7 ans on pourrait commencer le judo. Parfois, certaines écoles, certains clubs commencent un peu plus tôt sous forme de baby judo. Dans ce cas là, on va plutôt travailler la coordination, la motricité, ainsi que la sociabilisation des enfants.

Juliette: Donc, l’intérêt chez les enfants de leur faire faire ce type d’activité, c’est aussi la sociabilisation, la coordination et la notion du corps dans l’espace.

Florent: Voilà exactement. Il s’agit d’apprendre à attraper l’autre. Il y a du contact physique et il faut se mouvoir dans un espace. Il faut aussi travailler la coordination. Le judo est un art martial, un sport de combat très complet. On y travaille avec les jambes, et le haut du corps. On travaille toutes sortes de compétences physiques.

Juliette: Donc, il ne faut pas voir le judo comme un sport de combat chez l’enfant, mais comme un sport de façon générale.

Une pratique possible jusqu’à un certain âge.

Florent: Dans le judo il y a plein d’aspects possibles. C’est pour cela qu’on peut le pratiquer très jeune, mais aussi jusqu’à jusqu’à très tard. Puisqu’on peut faire du judo pour le plaisir, ou du judo orienté compétition. On peut aussi faire les katas, ce sont les formes pures du judo et c’est vraiment très codifié. Et ça, on peut le faire jusqu’à jusqu’à n’importe quel âge. Il faut savoir qu’au judo, il y a tout plein de formes d’entraînement différentes qu’on peut faire sans se blesser. On peut faire un judo plus souple, orienté sur la pratique sportive, sans chercher à vaincre son adversaire ou à blesser l’autre.

Un sport de contrôle de son partenaire.

Juliette: L’objectif, ce n’est pas forcément de blesser, mais c’est de mettre au sol ?

Florent: C’est orienté sur le contrôle. Donc on ne va jamais blesser l’autre. On est vraiment dans la maîtrise, le contrôle du partenaire. On va le retenir, notamment quand on projette, pour en prendre soin et éviter qu’il ne se blesse. Et ainsi pouvoir continuer à pratiquer avec cette personne le plus longtemps possible.

Apprendre a tomber.

Juliette: La peur pour les parents, c’est souvent la chute au sol. Est ce qu’il y a des accidents chez les enfants ? Comment pratiquez-vous ? Au rugby, par exemple, ils ne font pas de mêlées ou ce genre de chose. Au judo, qu’en est-il dans le cas des enfants ?

Florent: Une des premières choses qu’on leur apprend, c’est à tomber, à faire la chute pour justement éviter les accidents. On met la priorité sur le fait de bien rentrer la tête. Pour éviter que la tête ne reçoive le choc. Ensuite, on va frapper le sol avec les mains. C’est ce qu’on appelle le brise chute, pour répartir l’onde de choc dans tout le corps, et éviter de se faire mal. Cela sert vraiment dans la vie de tous les jours. Si on tombe et qu’on a les bons réflexes, on va éviter de poser le bras et de se blesser au poignet, au coude, à l’épaule. Et on va toujours bien rentrer la tête. C’est un réflexe qu’on a pour éviter justement les traumatismes crâniens.

Ukemi : brise-chute contrôlé, permettant de tomber sans se faire mal. Ces techniques sont utilisées par tous les arts martiaux japonais, principalement par le judo et l’aïkido.

Florent: Souvent, des adultes nous rapportent que grâce au judo, ils ont évité, lors d’accidents, d’une chute en vélo, chute en scooter, de se faire mal parce qu’ils ont eu le réflexe de rouler, d’utiliser le sol comme un support pour amortir la chute. Et cela leur a permis justement d’éviter des gros accidents.

Florent: Il faut savoir que le judo se pratique dans un dojo et sur des tatamis. Les tatamis, à l’origine, étaient faits avec de la paille. C’était assez dur. Maintenant, ils sont faits avec de la mousse qui amortie le choc. Ce qui permet que la chute soit moins douloureuse, puisque le sol absorbe aussi une partie de la projection.

Tatami : Tapis de sol que l’on retrouve dans les locaux où se pratiquent les sports de combat.

Le dojo.

Juliette: Et le dojo, ça a une signification particulière ?

Florent: Alors Dojo, c’est le lieu où on recherche la voix. Le dojo ce n’est pas spécifique au judo, c’est pour tous les budokas, donc les pratiquants des arts martiaux, de sports de combat. C’est un lieu à la base religieux, spirituel, de méditation et de recherche de soi. Dans le judo, il a notamment le portrait du fondateur dans tous les dojos où on pratique le judo. On va faire un salut quand on monte sur les tatamis et à l’issue de l’entraînement, ou quand on doit sortir pour aller aux toilettes ou pour chercher quelque chose. On salue toujours en quittant le tatami.

Dojo : salle où l’on pratique les arts martiaux.

Budoka : guerrier au sens noble du terme, combattant expert en arts martiaux, ou plus modestement un pratiquant de Budō.

Juliette: On salue l’instructeur ou le fondateur ?

Florent: On salue le fondateur, le portrait du fondateur de Jigoro Kano.

Jigoro Kano

Le respect une valeur importante du judo.

Juliette: Est-ce que tu arriverais à nous déterminer les valeurs qui sont transmises aux enfants par le judo, de façon en générale ?

Florent: Il y en a plusieurs. Celle qu’on apprend vraiment dès le plus jeune âge, c’est le respect, et le respect de ses partenaires. Puisque, comme je l’ai dit tout à l’heure, il faut prendre soin des personnes avec qui on travaille. Je l’explique aux élèves en disant que c’est comme avec un jouet. Si on le lance n’importe où, qu’on n’en prend pas soin, il va se casser. Je leur explique que si on ne prend pas soin de son partenaire, il ne voudra plus travailler avec nous. Donc, il faut vraiment le retenir, en prendre soin, essayer de travailler pour que chacun ait du plaisir et puisse améliorer sa pratique du judo.

Le judo un moyen de se dépenser.

Juliette: Est ce que tu as des retours des enfants ou des parents sur les bienfaits comportementaux du judo ? La gestion des crises ou de l’énergie des enfants par exemple ?

Florent: Oui, alors, c’est vrai que le judo, c’est aussi un moyen cathartique de pouvoir se défouler. Dans le judo, il y a toute la partie où on doit se concentrer pour apprendre les techniques, pour essayer de maîtriser tout ce que le judo peut apporter. Mais il y a aussi ce qu’on appelle les randoris, c’est une forme d’entraînement où on va travailler le combat. Cela permet vraiment de se dépenser. Mais dans un cadre formel, sous la surveillance d’un moniteur, cela permet d’éviter les accidents, mais qu’en même temps, on puisse vraiment se défouler, se dépenser et puis évacuer un peu toutes les tensions du quotidien.

Randori : pratique que l’on retrouve dans divers arts martiaux. Il s’agit d’un combat d’entraînement lors duquel plusieurs personne s’affrontent.

L’importance du salut au judo.

Florent: Ce qui est aussi important de savoir, c’est que le salut au judo, au départ et à la fin de l’entrainement, c’est une forme de méditation où on va laisser tous les problèmes de la vie courante. On les laisse en dehors. C’est vraiment une phase de préparation mentale où on va se concentrer sur le judo, sur ce qu’on pratique. Une fois qu’on a terminé l’entraînement, on fait un retour au calme. Une fois qu’on a fini le salut de fin et qu’on a salué en quittant le tatami, on reprend sa routine quotidienne.

Juliette: C’est une chose qu’il est plus facile d’inculquer lorsque les élèves sont petits. C’est certainement plus facile d’inculquer cette philosophie lorsque l’on commence petit ?!

Le judo a un code universel.

Florent: On peut commencer à n’importe quel âge, mais c’est vrai que ce sont des règles sur lesquelles on insiste. Et dans le judo contrairement à d’autres arts martiaux, on a un code qui est universel. Notamment les saluts, les valeurs du judo, les principes du judo. Qu’on soit en Suisse, au Japon, en France, en Afrique, en Australie, dans tous les dojos du monde, où on pratique le judo, ce sont les mêmes valeurs, les mêmes codes qui régissent le judo. Et cela permet que chacun puisse se retrouver, même si on déménage, même si on arrête le judo, même si on commence le judo plus tard. On a ces valeurs, qui sont communes aux judokas et judokates.

Les compétitions

Juliette: Et les compétitions elles commencent à quel âge ?

Florent: Il y a différents types de tournois, mais il y a des tournois qu’on peut faire très jeunes. Les tournois type pédagogique où on retrouvera des arbitres amateurs qui expliquent les règles. Il y a d’autres tournois un peu plus formels avec des arbitres officiels, et là on rentre vraiment dans le vif de la compétition. Cela dépend de l’âge et de ce qu’on recherche. En Suisse, il y a des tournois locaux pour découvrir le judo en compétition, le shiai. Et puis ensuite, on peut aller sur les tournois cantonaux, et les tournois nationaux.

Shiai : compétition de judo.

Les compétences physiques du judo.

Juliette: Par contre, dans le cas des adultes, lorsque vous pratiquez le judo, faites-vous aussi du renforcement musculaire ou faites-vous seulement des techniques de judo ? Comment cela se passe-t-il au niveau du sport et du fait d’acquérir plus d’endurance, de force ou d’autres caractéristiques ?

Florent: Cela dépend de l’entraîneur, du club et de la philosophie du club ou de l’école qui enseigne le judo. Nous à Pully on fait aussi en dehors des entraînements judo du renforcement musculaire. Des fois, au début de l’entraînement ou à la fin de l’entraînement. On fait aussi des exercices d’assouplissement. Puisqu’il faut savoir que le judo veut dire voie de la souplesse. Dans le cadre de l’entraînement au judo, dans les types d’entraînements qu’on fait, il y a aussi toutes les compétences physiques, la force, l’endurance, la vitesse, l’explosivité qui sont travaillées. Donc c’est vraiment implicite à la pratique du judo.

Juliette: D’une certaine façon, tout cela est mis en place en fonction de l’instructeur.

Florent: Voilà exactement, en fonction du but que le moniteur cherche à atteindre, du groupe d’élèves avec qui il travaille, et des objectifs qu’il a avec son groupe.

La tenue du judo.

Juliette: Est ce que tu peux nous expliquer la tenue ? Vous avez une tenue particulière ?

Florent: Oui, l’habit de judo s’appelle le judogi. C’est une veste et un pantalon. Traditionnellement, il est blanc. En compétition pour distinguer les deux judokas, un des judokas porte le judogi blanc et l’autre le judogi bleu, à un certain niveau. Et dans certains pays à l’heure actuelle, il y a même encore d’autres couleurs qui sont acceptées.

Jodogi : Vêtement de judo.

Juliette: Que pour la compétition ?

Florent: Pour la compétition, mais certains l’utilisent aussi à l’entraînement. Mais l’habit traditionnel est blanc. La veste de judo se ferme toujours avec le côté gauche qui vient sur le côté droit. Cela provient aussi de la tradition des samouraïs, puisque l’arme, le couteau, était mis du côté gauche. Si on voulait le sortir pour dégainer, il fallait qu’on puisse le prendre facilement.

Juliette: Maintenant, dans le judo, il y a plus du tout d’armes ?

Florent: Alors dans les katas, qu’on travaille toujours. On perpétue la tradition du judo ancestral.

Le kata.

Juliette: Est ce que tu peux définir ce qu’est un kata ?

Florent: Alors kata, ça veut dire forme si on traduit littéralement. Il y a différents types de katas. C’est l’origine du judo et d’autres arts martiaux, notamment le jujitsu. Et aussi des formes primitives de self-défense. C’est la source de ces pratiques. C’est très codifié et quand on travaille le kata, il y a vraiment un règlement, le nombre de pas, la vitesse …

Juliette: C’est un enchaînement de mouvements ?

Florent: Voilà, exactement. C’est vraiment des techniques. Notamment au judo, le premier kata qu’on apprend généralement, c’est le Nage-no-kata. Donc les formes de projection. Et puis, il y a plusieurs séries. Chaque fois, on doit se rhabiller à un moment précis. On doit faire un nombre de pas qui est aussi défini. Les attaques, l’angle, le placement des mains, la projection. Tout est codifié.

Kata : suite codée de mouvements, que l’on retrouve dans les arts martiaux japonais, constituant un exercice d’entraînement à la pureté du geste.

Nage-no-kata : Kata de projection de judo.

Juliette: Mais c’est pratiqué tout seul, ou c’est pratiqué à plusieurs ? Tu es face à un adversaire ou c’est juste un enchaînement de mouvements que tu fais tout seul ?

Florent: Alors c’est un partenaire, ce n’est pas un adversaire parce que normalement le kata se travaille à deux. Il y en a un qu’on appelle torii. C’est celui qui va exécuter les techniques. Uke c’est celui qui va subir les techniques. Généralement, uke c’est celui qui va venir agresser, qui va venir attaquer l’autre. Et torii, va lui répondre en se défendant et en utilisant les arts martiaux. C’est pratiqué à l’entraînement. Cela se pratique aussi pour les passages de ceinture. Notamment au judo pour la ceinture noire et lorsqu’on veut graduer, aller plus loin dans les dans, dans les niveaux d’expertise. Tous ces katas permettent que dans le monde entier, on ait tous une forme de référence. Lorsqu’on a des questions, qu’on se posent des questions, on va chercher dans le kata, dans les mouvements, les détails, puisque c’est là-bas qu’on trouvera vraiment les réponses.

Torii : littéralement cela signifie prendre, choisir. Rôle du partenaire qui exécute les techniques, qui fait l’action.

Uke : littéralement cela signifie recevoir, subir. Rôle du partenaire qui subit l’exercice.

Dan : terme utilisé pour différencier les niveaux d’expertise.

Juliette: Ce sont les mêmes mouvements dans le monde entier ?!

Florent: Voilà exactement. Il y a même des championnats de kata. Il y a des judokates, et des judokas qui s’entraînent pour essayer d’atteindre la perfection, la justesse dans toutes ces techniques.

Le Kodokan

Juliette: Y-a-t il eu une évolution, une modernisation dans ces mouvements ?

Florent: Le judo, comme l’a inventé maître Jigoro Kano a évolué. Son école qui existe toujours, le Kodokan à Tokyo est la première école qu’il a fondée. Elle a vraiment évolué. Maintenant, c’est une école très grande et c’est le lieu de pèlerinage pour les judokates et judokas. Là-bas, il y a un comité. Il y a des gens qui continuent à rechercher, à travailler le judo. Ce sont eux qui décident parfois de changer des détails ou d’adapter. C’est eux, c’est le Kodokan qui a le dernier mot et qui est vraiment l’organe décideur.

Juliette: Il n’y a qu’eux qui ont le droit d’amener une modification ?

Florent: Tout à fait !

Le judo se pratique à n’importe quel âge.

Juliette: Comme tu l’as dit, le judo peut se pratiquer à n’importe quel âge. Mais est-ce que vous avez des personnes d’un certain âge, qui commencent très tard ?

Florent: Le judo évolue vraiment. On peut commencer le judo pour le plaisir, pour être avec les copains. Il y a toutes sortes de raisons pour lesquelles on peut commencer le judo. Ensuite, il y en a certains qui s’adressent à la compétition. Une fois qu’on a plus envie de faire de la compétition, qu’on ne se sent plus à l’aise avec la compétition, on peut continuer le judo. On peut chercher à atteindre des objectifs dans d’autres domaines, par exemple évoluer au niveau de sa technique. Partir sur le kata, … Il y a vraiment plein de possibilités pour continuer à se nourrir du judo.

Juliette: Et puis cela entretien de toute façon !

Florent: Voilà exactement. On peut aussi faire du judo parce que c’est un art martial, et un sport de combat qui permet de rester en forme et de développer des aptitudes physiques.

Le partenaire.

Juliette: Faut-il toujours qu’on ait un partenaire qui soit à peu près du même poids et du même âge ?

Florent: Non, cela dépend vraiment de la pratique du judo. Pour certaines techniques, il est qu’en même conseillé de travailler avec des gens de son poids. Surtout quand on commence à apprendre une technique et qu’on n’a pas toujours les positions juste pour éviter de se blesser. Mais pour certaines techniques, on peut vraiment les faire avec n’importe qui. Ce qui est très intéressant avec le judo, c’est qu’on peut mixer les âges. Des jeunes peuvent travailler avec des personnes d’un certain âge. On retrouve toujours cette notion de respect. On va adapter la force. Lorsqu’on projette, on retient toujours l’autre. Le respect qui chapeaute le judo permet à n’importe qui de pratiquer le judo ensemble. Et de toujours y trouver son compte, sans forcément qu’il y ait cette notion de compétition ou risquer plus la blessure.

Juliette: À l’entraînement, cela permet de s’adapter à l’autre, d’être obligé de s’adapter à l’autre.

Florent: Voilà exactement. Ce que je dis beaucoup à mes élèves, c’est que cela fait partie aussi des qualités d’un judoka, de réussir à adapter. Si on pratique avec quelqu’un qui commence le judo, il faut plutôt lui expliquer, le retenir, lui montrer de se laisser faire. D’accepter aussi qu’il nous projette. Ce qu’on appelle le senpai, c’est l’élève avancé. Le kohai, c’est l’élève débutant. Il existe un rapport hiérarchique entre eux. Où l’élève avancé va pouvoir donner des conseils, va pouvoir corriger l’élève qui est moins gradé. Ainsi on continue la tradition du jita kyôei, qui est le principe de prospérité mutuelle. Où à deux, on va s’élever, on va s’entraider. Et puis, on va pouvoir apprendre le judo.

Juliette: Il y a du partage et de l’humilité.

Florent: Voilà exactement.

Senpai : L’élève avancé.

Kohai : Le jeune élève, l’élève débutant.

Jita kyôei : définition selon le Kodokan.

Le judo Suisse.

Juliette: Quelle est la place du judo suisse au niveau international ?

Florent: Alors, on a un nouveau comité depuis depuis quelques années avec le président, qui est un ancien médaillé olympique, qui a fait plusieurs résultats, médailles, aux Championnats du monde, et aux championnats d’Europe. Il a pour objectif de redynamiser la fédération, et d’acquérir à nouveau plus de membres. Tout le travail fait en amont était un travail de renforcement de la fédération. Et puis, avec ce nouveau comité, il y a vraiment l’envie de dynamiser, de donner une visibilité encore plus accrue à la Fédération suisse de judo et jujitsu.

Juliette: On va peut être voir une ouverture du nouveaux dojos dans l’avenir ?

Florent: Oui, alors, il y a toujours des nouvelles écoles qui ouvrent. Sur le canton de Vaud, la plupart des écoles, associations sont affiliées à l’Association vaudoise de judo et jujitsu. Dans un deuxième temps, ces écoles sont aussi affiliées à la Fédération suisse de judo et jujitsu. Effectivement, actuellement, il y a pas mal de promotion pour attirer plus de monde dans ces écoles, dans ces dojos. Je le vois à Pully, il y a une tendance à ce qu’il y ait de plus en plus de demande.

Juliette: Y-a-t-il des échanges entre la Suisse allemande, le Tessin et la Romandie ? Au niveau des stages, par exemple, faites-vous des camps d’été ou des choses comme ça ?

Florent: Oui, il y a des centres de performance et le centre national d’entraînement qui permettent le regroupement de tous les meilleurs judokas de Suisse, qui s’entraînent et se préparent à des compétitions. Mais il y a aussi pas mal d’échanges entre les différents clubs. En tant que judokas, budokas, on a pour habitude de dire qu’on est tous amis. l’Amitié, c’est une des valeurs vraiment importante du judo. Généralement, la porte d’un dojo est toujours ouverte à un judoka. Dans cette philosophie, on voit des gens qui partent pour faire des stages en Suisse allemande, et qui prennent leur judogi. Ils vont frapper à un dojo, et vont s’entraîner.

Juliette: Il y a toujours cette notion de partage même si on ne fait pas partie du même dojo.

Florent: Il y a une certaine rivalité en compétition. Mais en semaine, lors des entraînements, il y a toujours la possibilité d’aller s’entraîner à droite et à gauche et de créer des liens d’amitié.

Les blessures au judo.

Juliette: Au niveau blessures, vous avez des blessures spécifiques au judo ?

Florent: Le judo, comme je l’ai expliqué, est un sport complet. Il y a donc des blessures comme dans tous les sports. Surtout lorsqu’on fait du sport de performance, du sport à haut niveau, il est vrai qu’on s’expose plus facilement à des blessures. Mais comme on apprend à tomber, que généralement lorsqu’on fait de la compétition, on tombe sur des judokas qui ont pratiqué le judo, donc qui savent comment faire tomber, il y a moins de blessures, je pense que dans d’autres sports. Je pense notamment au football. Mais on n’est pas à l’abri d’une blessure.

Juliette: Le principe, c’est de mettre au sol et d’immobiliser. Mais il n’y a pas de notion, comme tu le dis, de blessure. On n’est pas là pour le faire tomber le plus fort possible, pour le mettre K.O. On est juste là pour le maîtriser.

Florent: Exactement. Un mouvement parfait c’est un mouvement contrôlé. Donc, si au milieu d’une projection, on lâche son partenaire, qu’on n’a plus de contrôle, aucun point ne sera donné. Pour marquer le point, on doit montrer qu’on maîtrise ce que l’on fait et que le partenaire est vraiment contrôlé sur le dos.

Florent: Il y a deux parties au judo, la partie debout, tachi waza. Où on va projeter l’autre, travailler sur le kumi kata. On va prendre le judogi, essayer de bien poser ses mains, travailler pour amener l’autre sur le dos ou l’amener au sol. Ensuite, le judo peut partir sur le travail au sol, qu’on appelle le ne waza. On va essayer d’immobiliser l’autre. A partir d’un certain âge, on peut rajouter les étranglement et les clés de bras. Dans ce cas, lorsque l’adversaire subit un étranglement ou une clé bras, il va taper par terre deux fois, ce qui veut dire qu’il abandonne. A ce moment précis, le combat est terminé.

Tachi waza : techniques en position debout.

Kumi kata : la saisie du partenaire.

Ne waza : ensemble du travail au sol.

Juliette: Donc, les points sont donnés par rapport à la technique et la façon avec laquelle elle est réalisée ?

Florent: Il faut faire tomber l’autre sur le dos. Donc s’il tombe à plat ventre, il n’y a pas de point. S’il tombe sur le côté, on peut marquer waza ari, cela veut dire grand avantage. Si il tombe sur le dos et qu’il est bien contrôlé avec la bonne vitesse. Dans ce cas, on marque ippon, et on a gagné le combat. Donc cela peut aller très vite. Moi, j’ai souvenir de m’être déplacé très très tôt au Tessin, et d’avoir fait des heures de route. On fait le salut, et le premier combat peut durer trois secondes. Et la journée est finie. Par conséquent, le judo est un sport où on doit aussi mentalement être fort. Parce qu’on s’entraîne, on s’entraîne, on s’entraîne. Et lorsqu’on fait de la compétition, on se retrouve face à quelqu’un qui s’est aussi beaucoup entraîné. L’issue est que l’un des deux va gagner, et l’autre va perdre. Il y a donc aussi un aspect de travail mental, accepter la défaite. Il faut pouvoir repartir en se disant que cela n’a pas été inutile. Savoir réfléchir pourquoi on a perdu, et à l’entraînement, essayer de travailler pour revenir plus fort.

Juliette: Cela se fait en un round, en un tour ? Y-a-t-il plusieurs tours pour gagner des points ?

Florent: Tout dépend du système de compétition. Dans les tournois nationaux, généralement, il faut que celui qui nous a battu au premier tour atteigne un certain niveau. Par exemple les quarts ou les demi finales pour que l’on puisse être repêché. Et faire des combats pour espérer obtenir une médaille de bronze. Mais cela dépend vraiment du système, du nombre de participants. Parfois, il y a aussi des pool de combats, où il y a 5-6 adversaires. On les rencontre tous et à la fin il y a un classement.

Juliette: Quand tu rencontres un adversaire, tu arrives sur le tatami, tu combats. Il y en a un qui perd et c’est fini. Cela peut durer 3 secondes, mais combien de temps cela peut-il durer au maximum ?

Florent: Parfois sur les tournois, plutôt amicaux, on accepte aussi, hikiwake, c’est-à-dite match nul. Du coup, les deux ramènent un point dans leur équipe, si c’est un match par équipe. Mais généralement, maintenant, si il y a égalité on continue. On fait ce qu’on appelle le golden score. C’est-à-dire que même si le temps est passé, on rajoute du temps. Parfois, le temps peut être infini. Donc le combat continue jusqu’à ce que l’un des deux perde.

Juliette: En moyenne le temps correspond à quoi ?

Florent: Tout dépend de la classe d’âge. Chez les jeunes, c’est entre 2 et 3 minutes. Chez les élites, c’est 4 minutes le combat. Il faut savoir que 4 minutes, ça paraît court, mais en fait, c’est très, très intense. C’est l’intensité d’un sprint. Quand l’arbitre donne le départ dia jime, on va chercher à poser les mains, et à se déplacer. L’intensité est très, très élevée. Quand l’arbitre dit mate, on doit se relever. Parfois, on doit se rhabiller. Ce sont des temps de récupération très courts. On observe souvent chez les judokas qu’au bout des 4 minutes, c’est vraiment le physique qui va être déterminant surtout quand on part sur du golden score.

Les contre-indications au judo.

Juliette: Y-a-t-il des contre-indications à la pratique du judo ?

Florent: Alors non, parce que généralement, on peut vraiment adapter le judo. Le judo a été pensé par Maître Jigoro Kano pour que ce soit bénéfique à la société. Donc tout un chacun peut pratiquer le judo. C’est vraiment l’entraîneur qui va pouvoir réguler l’entraînement, donner des consignes spécifiques, adaptées. Même si on est blessé, on peut pratiquer le judo. On peut par exemple éviter les projections ou faire simplement le travail de placement. Si on est blessé sur un côté droit, on peut travailler les mouvements à gauche. On peut faire du travail au sol. On peut faire de la technique. On peut même travailler une forme d’entraînement qui s’appelle le tandoku-renshu, où on va travailler avec un partenaire imaginaire et simplement essayer de faire les placements, les positions. Le judo, on peut vraiment le travailler de beaucoup de façons. Et l’idée, c’est que si on a une contre-indication ou quelque chose auquel il faut qu’on fasse attention, on va adapter l’entraînement pour que tout le monde puisse pratiquer.

Juliette: C’est donc plutôt un sport qui est complet, qui est dans le partage, dans le contrôle, dans l’écoute de son adversaire, et dans l’écoute de soi.

Florent: Exactement.

Venir essayer le judo.

Juliette: Est ce qu’il y a d’autres choses que tu voulais rajouter par rapport au judo? Est-ce que tu aurais un message en particulier?

Florent: Je pense que c’est bien de venir essayer le judo pour s’en faire une idée.

Juliette: On peut venir dans tous les dojos, on appelle avant …

Florent: Exactement. Si on va sur le site de l’Association vaudoise de judo. Il y a le listing de toutes les écoles, tous les clubs du canton de Vaud. Il y a les numéros de téléphone. C’est bien d’appeler ou d’envoyer un email, et venir essayer. Le judo est ouvert à tous. De plus en plus, on voit que le judo est aussi accessible aux filles et aux femmes. C’est vrai que pendant un temps, certaines personnes avaient l’idée que les sports de combat et les arts martiaux, c’était plus pour les garçons et les hommes.

Juliette: C’est un peu fini se temps là …

Florent: Oui, c’est complètement fini. On voit que c’est vraiment révolu.

Un sport autant féminin que masculin.

Juliette: Il y a du judo chez les femmes depuis très longtemps, non ?

Florent: Depuis très longtemps. Et on voit qu’elles sont vraiment très fortes. Le judo féminin est aussi très intéressant.

Juliette: Dans les dojos, on mixte les partenaires ?

Florent: Alors à l’entraînement, on mixe. Parce que certains clubs n’ont n’a pas encore assez de filles et de femmes. Nous par exemple à Pully on essaie de trouver des moyens de les faire venir sur le tatami. Et puis, il y a certains clubs, par exemple le club à Yverdon, qui ont tellement de femmes qu’ils ont réussi à faire des cours que pour les femmes. Donc, c’est vrai que c’est chouette aussi d’avoir la mixité, d’avoir garçons et filles qui s’entraînent ensemble. Ça crée des jolis liens d’amitié aussi.

Juliette: Et puis, devoir s’adapter

Judo et handicape.

Syndrach357

Florent: Exactement. Et pour les compétitions pour les tout petits, parfois c’est mixte. A partir d’un certain âge on sépare filles et garçons. Mais on voit, comme je l’ai expliqué, que n’importe qui peut pratiquer le judo. Il existe les Special Olympics, les Jeux olympiques pour les personnes en situation de handicap. Où les personnes, même avec un handicap, peuvent pratiquer le judo. On observe qu’il y a de plus en plus d’écoles qui créent des cours avec des personnes qui ont un handicap ou qui les intègrent dans des cours. Ainsi chacun trouve de quoi se satisfaire.

Juliette: Le judo s’adapte à tout individu et est là pour faire grandir tout individu.

Florent: Exactement.

Juliette: Et la société par la suite.

Florent: Maître Jigoro Kano disait qu’un bon judoka, c’est une bonne personne pour la société. Il y a cette idée … Le judo, ça veut dire voie de la souplesse, mais ce n’est pas que la souplesse du corps, c’est aussi la souplesse d’esprit et une ouverture sur les autres, sur l’entraide. Les deux principes fondateurs du judo : Jita Kyoei, prospérité mutuelle, comme je l’ai défini tout à l’heure. Et puis il y a aussi Seiryoku, qui est la meilleure utilisation de l’énergie. Où on va justement essayer de réfléchir pour éviter de se faire mal, éviter d’aller en confrontation directe avec quelqu’un. On veut utiliser sa vitesse, sa force. Il y a vraiment tout un état d’esprit philosophique derrière la recherche du judo.

Juliette: Que tu réutilise après dans ta vie courante …

Florent: Exactement.

Juliette: C’est intéressant. Autre chose ?

Florent: Non, je pense que j’ai assez parlé.

Juliette: Merci Florent

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Florent Bron
Professeur de sport - Professeur de judo - Expert jeunesse et sport - Président et directeur technique du club de judo Budokwai Pully - Cofondateur d'Expérience coaching

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