Le cholestérol en détails, à priori et vérités

Dans cet article, vous allez apprendre tout ce qu’il y a à savoir sur le cholestérol. Une fois de plus, les choses sont un peu différentes de ce que l’on a bien voulu nous faire croire. En effet, le cholestérol et son métabolisme sont bien plus compliqués que ce que l’on a pensé ces dernières décennies.

Le cholestérol reste un élément important pour la santé et le système cardio-vasculaire, mais contrairement à ce que l’on nous a dit, ce n’est pas le cholestérol total ou le cholestérol de type LDL qui joue le rôle le plus important pour notre santé. Il y a une nouvelle façon de mesurer le cholestérol qui reflète beaucoup mieux le risque cardiovasculaire. Les informations ci-dessous sont en partie tirées d’un ebook du Dr Chris Kresser, The Diet-Heart Myth que vous pouvez trouver ici: https://chriskresser.com/heart-disease/

Nous avons besoin de cholestérol pour notre santé

Mais avant tout, laissez-moi vous expliquer pourquoi le cholestérol est important et pourquoi nous ne pouvons pas vivre sans:

  • Le cholestérol est essentiel au bon fonctionnement de notre corps, on ne peut pas vivre sans cholestérol.
  • Le cholestérol est un des composants des sels biliaires et est nécessaire à l’absorption des graisses.
  • Le cholestérol est un précurseur de la vitamine D ainsi que des hormones stéroïdes et sexuelles comme la testostérone, les œstrogènes, la progestérone, le cortisol et bien d’autres.
  • Le cholestérol est un composant essentiel des membranes cellulaires.

Nous avons en permanence entre 1100 et 1700 milligrammes de cholestérol qui circule dans notre corps:

  • 25% provient de notre alimentation
  • 75% est produit par le foie

La majorité du cholestérol présent dans notre circulation est fabriqué par notre propre corps

Une grande partie du cholestérol contenue dans les aliments ne peut pas être absorbée lors de la digestion.

La plus grande partie du cholestérol présente dans nos intestins a été synthétisée par notre foie puis a été sécrétée dans l’intestin par la vésicule biliaire.

Le corps régule étroitement la quantité de cholestérol présente dans le sang en contrôlant sa production interne. Lorsque l’apport en cholestérol dans l’alimentation diminue, le corps en fabrique plus. Inversement, si l’apport en cholestérol dans l’alimentation augmente, le corps en fabrique moins.

Le cholestérol ne fait techniquement pas partie de la famille des graisses

Le cholestérol est classé dans la famille des stérols. Un stérol est la combinaison d’un stéroïde et d’un alcool. Le cholestérol est liposoluble (soluble dans l’huile mais pas dans l’eau ni le sang) et doit donc être transporté par des protéines spéciales appelées lipoprotéines. Ces lipoprotéines sont classées en fonction de leur densité qui peut être haute (HDL) ou basse (LDL). Les deux classes les plus importantes en relation avec les maladies cardiovasculaires sont les lipoprotéines de basse densité (LDL) et les lipoprotéines de haute densité (HDL). Ces lipoprotéines transportent non seulement le cholestérol, mais également des triglycérides, des vitamines liposolubles et certains antioxydants. Pour cette raison, la concentration de cholestérol que ces lipoprotéines transportent peut varier.

Comment mesure-t-on votre risque cardiovasculaire ?

Les scientifiques ont toujours pensé que c’était la concentration de cholestérol dans les particules de LDL qui était le facteur déterminant dans le développement de maladies cardio-vasculaires. Cependant, des études plus récentes suggèrent que c’est le nombre de particules de LDL présentes dans le sang qui est l’élément le plus important.

Cela a une importance fondamentale en termes de détermination du risque de maladie cardio-vasculaire. En effet, lorsque vous allez chez le médecin pour mesurer votre taux de cholestérol, il est probable qu’il ou elle va mesurer votre taux de cholestérol total, votre taux de LDL et votre taux de HDL. Cela donne une indication sur la concentration de cholestérol (LDL-C) à l’intérieur des lipoprotéines.

Malheureusement ceci n’est pas le facteur qui conduit à la formation de plaque dans les artères, ni aux maladies cardio-vasculaires.

Ce qui devrait être mesuré, c’est le nombre de particules de LDL (LDL-P) présentes dans notre sang. Ces sont ces LDL-P qui donnent une vraie information quant au risque cardio-vasculaire. Ceci est très important, car il est possible d’avoir un taux de cholestérol normal ou même bas tout en ayant un nombre élevé de particules de LDL et donc d’être à risque élevé de maladie cardio-vasculaire, alors que l’on pense que tout va bien. Inversement, il est possible d’avoir un taux de cholestérol élevé mais un nombre de LDL-P bas et donc ne pas être à risque.

Un peu compliqué ? Laissez-moi vous donner une bonne analogie. Imaginons une route, des voitures et des passagers. Les voitures représentent les particules LDL-P (que l’on ne mesure jamais) et les passagers la concentration de cholestérol LDL-C (que l’on mesure habituellement). Les routes représentent les artères et un embouteillage une artère bouchée. Ce qui est important pour éviter un embouteillage ou plutôt ce qui cause un embouteillage, c’est le nombre de voitures (LDL-P) sur la route et non le nombre total de passagers (LDL-C) présents dans ces voitures.

Il a été montré que plus le nombre de composants du syndrome métabolique tels que:

  • L’obésité abdominale,
  • L’hypertension,
  • L’insulinorésistance,
  • Des triglycérides élevés
  • Des HDL bas

sont présents chez un individu, plus il est probable que le nombre de LDL-P soit élevé. Ce qui signifie un risque de maladie cardio-vasculaire plus élevé.

D’autre part, on peut avoir un taux de cholestérol LDL-C élevé avec un nombre de particules de LDL-P bas et avoir un risque beaucoup plus faible.

Si on revient à notre analogie, il y a moins de trafic avec 4000 passagers (LDL-C) dans 1000 voitures (LDL-P) qu’avec 4000 passagers dans 4000 voitures. On peut également avoir un taux de LDL-C plus élevé (8 000 passagers) et un nombre de LDL-P plus bas (2000 voitures) et être moins à risque que dans l’exemple des 4000 passagers dans 4000 voitures. Mais si on va chez notre médecin et qu’il mesure notre taux de cholestérol (LDL-C), il nous dira à tort que c’est trop élevé.

Un taux de cholestérol trop bas n’est pas bon pour notre santé

Des études récentes suggèrent qu’un taux de cholestérol trop bas peut augmenter le risque de décès, en particulier chez les femmes et les personnes âgées. Un taux de cholestérol bas est également associé à un risque accru de maladies, en particulier concernant la santé mentale et les maladies cérébrales.

Voici quelques exemples pour illustrer tout cela:

  • Une étude du Journal of Psychiatric Research a révélé que, les hommes ayant un taux de cholestérol total bas étaient 7 fois plus susceptibles de mourir prématurément de causes non naturelles telles que le suicide ou les accidents, que les autres hommes de l’étude.
  • Dans une étude portant sur plus de 52’000 Norvégiens, les chercheurs ont constaté que les femmes dont le taux de cholestérol total était inférieur à 195 mg / dL présentaient un risque de décès plus élevé que les femmes dont le taux de cholestérol était supérieur à ce seuil.
  • Une étude publiée dans l’American Journal of Medicine a révélé que les personnes de plus de 70 ans dont le taux de cholestérol total était inférieur à 160 mg / dL avaient un risque de décès deux fois plus élevé que celles dont le taux de cholestérol se situait entre 160 et 199 mg / dL.
  • Une étude publiée en 1993 dans The Lancet a révélé que le risque de dépression était 3 fois plus probable chez les hommes de plus de 70 ans ayant un taux de cholestérol bas par rapport à ceux ayant un taux de cholestérol normal ou élevé.
  • Une étude Suédoise a révélé que les femmes avec le taux de cholestérol le plus bas souffraient significativement plus de symptômes dépressifs que les autres femmes dans l’étude.
  • Une étude dans la revue Neurology a montré qu’un taux de cholestérol bas est associé à un risque accru de démence.
  • Un article publié dans le European Journal of Internal Medicine a établi un lien entre un taux de cholestérol bas et la maladie d’Alzheimer.

Que doit-on retenir sur le cholestérol ?

  • Il n’est pas bon pour la santé d’avoir un taux de cholestérol trop bas.
  • Le cholestérol est un marqueur de maladie cardiaque, mais un marqueur n’est pas une maladie.
  • C’est le nombre de LDL-P qui est le meilleur prédicteur de maladie cardio-vasculaire et non le taux de cholestérol LDL-C ou le cholestérol total qui sont malheureusement testés dans la majorité des cas.

Donc la prochaine fois que vous allez voir votre médecin, demandez qu’on vous mesure le nombre de particules de cholestérol (LDL-P). Les deux tests qui existent (aux USA) sont les suivants: Low-Density Lipoprotein Subfraction Profile et NMR particle test.

On continue…

Maintenant que l’on sait que ce sont les LDL-P qui sont importants, voyons ce qui peut élever leurs taux et donc augmenter les risques pour la santé.

Mais avant cela, encore un peu de théorie. Les particules de LDL ne transportent pas seulement le cholestérol; elles contiennent également des triglycérides, des vitamines liposolubles et des antioxydants. On peut imaginer que les LDL sont comme un service de taxi qui transportent des nutriments importants aux cellules et aux différents tissus de notre corps. Donc, si ces particules sont occupées à transporter d’autres choses que le cholestérol, comme des triglycérides par exemple, vous aurez besoin de plus de particules dans le sang pour transporter la même quantité de cholestérol. Et qui dit plus de particules dit… plus de risques! Ça commence à être plus clair ?

Revenons donc à ce qui peut faire augmenter ces particules. Le syndrome métabolique est associé à un taux de triglycérides plus élevé (plus de matière à transporter) et donc à un taux plus élevé de LDL-P (plus de moyens de transport). Une fonction thyroïdienne diminuée est également associée à un taux plus élevé de LDL-P, car l’hormone thyroïdienne augmente l’expression des récepteurs LDL sur les cellules, ce qui augmente la clairance (élimination) des LDL dans le sang. Comme le taux dans le sang est diminué, il faudra en transporter plus pour compenser et donc augmenter les LDL-P. D’autres causes incluent des infections virales et bactériennes qui influencent le métabolisme des lipides, des lésions de la barrière intestinale qui permettent aux toxines de pénétrer dans le sang et ainsi faire augmenter les LDL-P (elles ont une fonction immunitaire) et enfin génétique comme l’hypercholestérolémie familiale.

Pour terminer, voici quelques informations clés tirées d’une interview d’Ivor Cummins

Ivor Cummins est un ingénieur chimiste qui a passé les 25 dernières années à résoudre des problèmes dans le monde des produits de consommation complexes de l’industrie des dispositifs médicaux. En 2013, il a commencé à étudier le cholestérol et le syndrome métabolique et c’est devenu une obsession pour lui. Autant dire qu’il en connait un rayon sur le sujet et ce dans les moindres détails.

  • Plus votre cholestérol est bas, plus votre risque de mourir est élevé
  • Plus votre apport en graisses saturées est élevé, moins vous avez de risque de mourir
  • Le cholestérol total n’est pas un facteur de risque cardio-vasculaire, on peut avoir un taux élevé avec un risque faible de maladie cadio-vasculaire ou un taux bas avec un risque élevé
  • Le cholestérol total n’est pas un marqueur de maladie cardio-vasculaire. Il n’a qu’une association faible, mais pas de causalité
  • Le taux de LDL diminue avec la progression de la résistance à l’insuline (qui est un risque de maladie cardiaque)
  • Le taux de LDL diminue avec la résistance à l’insuline et il est à son plus bas juste avant une crise cardiaque (en raison de la progression de la résistance à l’insuline). Le taux de LDL n’est donc pas spécialement mauvais quand il est élevé au début de la maladie, mais est en revanche très mauvais quand il est plus bas à la fin. C’est pour cette raison que c’est un très mauvais biomarqueur
  • Les personnes qui ont eu une crise cardiaque ont un taux de LDL inférieur à celui des personnes en bonne santé du même âge et du même sexe (étude de 140’000 personnes ayant eu une crise cardiaque)
  • Le calcium dans les artères n’est pas seulement un facteur de risque mais il montre l’état de la maladie dans vos artères. C’est un vrai facteur de risque. Mais il n’a aucune corrélation avec le taux de cholestérol. Le calcium dans les artères peut être mesuré facilement par un CT scanner (coronary calcium scan), mais dont on entend très peu parler…
  • Les ratios tels que le cholestérol total / HDL ou les triglycérides / HDL sont d’excellents prédicteurs de maladies cardio-vasculaires. Le quartile supérieur de ce rapport a 16 fois plus de risque de crise cardiaque que le quartile inférieur. Il est important de noter que ces ratios sont liés à la résistance à l’insuline. Qui a dit que les glucides sont le problème? Moi c’est sur, et vous?

J’espère que cet article vous a intéressé et que vous aurez appris plein de nouvelles choses. Mais surtout, j’espère que cela vous a sensibilisé sur le fait qu’une fois de plus la réalité est différente de nos croyances.

Vous pouvez retrouver sur mon blog d’autres articles sur les sujets à controverses que sont les graisses et les glucides et leur relation avec la santé et les maladies cardio-vasculaires.

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Michael Gaille

Michael Gaille


Chef de clinique au CHUV, Anesthésiste

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